‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 223 sur 270 · EXEMPLE CHOISI Z · texte numérisé non relu

EXEMPLE CHOISI Z

tourne déjà notre attention vers l'avenir. La forme grammaticale même de cette dernière proposition, le passage du présent au parfait, semble indiquer la fin du récit et le début d'une nouvelle aventure. La mention de l'embarquement et du départ pourrait être négligée sans embarras pour le lecteur. C'est elle pourtant qui apparaît dès le début du second

membre :

prosequitur rex et dat munus ituris

La nature et l'ordre des idées est, dans cette phrase, tout à fait inattendu : d'abord, le nouveau sujet (rex, c'est-à-dire Anius) n'est plus depuis longtemps présent à l'esprit du lecteur ; ensuite, la notion qui se laisse le plus aisément rattacher au premier membre est celle du départ (ituris) : or c'en est la plus éloignée ; elle est devancée et supplantée par une notion nouvelle, celle des présents (dat munus). La description de ces présents remplit les vers qui suivent (683~7o4). Rien ne la faisait prévoir, et cette suspension ou déviation du récit explique la rencontre d'un repos de sens important avec une coupe très faible au vers 679. L'épisode des vers 683-70/i, qui interrompt le récit des aventures d'Enée, provoque plus de surprise chez le lecteur que n'avait fait auparavant l'aventure des filles d'Anius (vv. 6^-67/i), °,ui forme aussi une digression au milieu des histoires du cycle Troyen. En effet, nous avons appris (v. 638) que les Troyens ont été invités par leur hôte à un banquet, et nous savons que ces repas sont dans les Métamorphoses un prétexte à longs récits. Les descriptions d'objets telles que celle des vers 683 et suivants ne sont pas aussi fréquentes, et ne s'insèrent pas aussi aisément dans le cours de la narration.

Au livre XII, quel que soit le caractère pathétique des événements, leur succession du moins est parfaitement régulière et attendue. Les deux membres relèvent du même thème narratif, et non point, comme au livre XIII, de deux thèmes dis-

tincts qui se juxtaposent et ne s'enchaînent point : c'est le combat singulier d'Achille et de Gycnus qui se poursuit. Il est vrai qu'au vers i32 commence une nouvelle phase de la lutte, pendant laquelle les deux sujets prendront à l'action une part différente de celle qu'ils avaient auparavant. Jusqu'ici, c'est Achille seul qui agit; c'est encore lui qui occupe le premier membre du groupe, les vers i32-i35 :

Haut tulit ulterius

Gedentique sequens instat turbatque ruitque Attonitoque negat requiem |

Au vers i35, le sujet change; pour la première fois, Cycnus conduit l'action :

| pauor occupât illum

Ante oculosque natant tenebrae

(vv. i35-i36.)

Mais cette péripétie est prévue et même nécessaire : tant que les attaques d'Achille demeuraient vaines, Cycnus pouvait demeurer immobile ; maintenant au contraire, il est obligé de s'en défendre, ne fût-ce qu'en reculant. Ainsi, la marche du drame est plus régulière au livre XII qu'au livre XIII. Ce caractère explique l'emploi de la coupe la plus importante dans le premier passage, et de la coupe la moins importante dans le second ; et la comparaison de l'un avec l'autre aboutit, comme les précédentes, à confirmer la loi générale d'attraction.

Il est établi, en effet, que les repos longs qui correspondent à l'étendue totale des membres sont attirés par les coupes fortes du vers, comme les repos courts l'étaient par les coupes faibles. Ils sont le plus souvent disposés à la place qui leur appartient ; dans le cas contraire, le vers présente une disposition anormale, dont l'anomalie est calculée par le poète afin de rendre l'auditeur attentif.

L'étude des repos longs nous conduit, il est vrai, à restreindre

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