‹ Le rythme poétique dans les Métamorphoses d'OvideChapitre 245 sur 270 · CONCLUSION DENSEMBLE SUR LA REPULSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION DENSEMBLE SUR LA REPULSION

comme loi unique, la loi d'attraction, l'affinité des repos longs pour les coupes fortes, et des repos courts pour les coupes faibles : aussi les faits qui échappent à cette loi, ceux qui accusent une affinité des repos longs pour les coupes faibles au détriment des coupes fortes, nous ont- ils paru contraires aux principes mêmes du rythme poétique. En réalité, ils trouvent leur explication dans ces principes comme les autres, et à défaut d'expérience, on pourrait les en déduire par raisonnement, comme les autres. La théorie du rythme nous apprend qu'il y a dans le discours et dans le vers des valeurs déterminées, repos et coupes, d'importance inégale : après avoir mis en parallèle ces deux séries de valeurs, on est conduit tout naturellement à supposer l'affinité réciproque des valeurs équivalentes : c'est la loi d'attraction. Mais, de plus, dès notre premier examen des faits rythmiques, nous apercevons dans le discours et dans le vers des valeurs indéterminées, et les motifs d'une répugnance inévitable entre celles-ci et les valeurs déterminées longues : cette répugnance est la cause nécessaire et suffisante de la répulsion. Ainsi, la loi de répulsion est aussi naturelle, aussi nécessaire que la loi d'attraction. Nous pourrions, si elle le méritait, la démontrer par des preuves aussi nombreuses et aussi variées ; il serait facile de recourir, pour le faire, non seulement à l'étude statistique des nombres, telle que nous l'avons présentée, mais à l'étude particulière de certains passages, pris à part, et observés par la méthode logique dans les détails mêmes du sens qu'ils renferment. Pour approprier cet examen à la loi de répulsion, il suffirait de comparer des repos déterminés avec des repos indéterminés, au lieu que l'épreuve logique de la loi d'attraction se fait en comparant des repos déterminés entre eux (v. p. 468).

Mais nous n'avons soumis la loi d'attraction à l'épreuve logique que pour les repos de l'étendue totale : il nous a paru convenable d'y soustraire entièrement la loi de répulsion, afin que cette deuxième loi se trouve exposée moins longuement

que la première. La force d'attraction l'emporte, en effet, de beaucoup sur la force de répulsion, et par son intensité et par le nombre des repos qu'elle atteint. Seuls les repos longs sont soumis à la répulsion ; encore celle-ci, qui émane de la coupe la plus longue et se concentre sur les repos les plus longs, décroît-elle très rapidement en même temps que la longueur de la coupe et du repos : à la coupe finale et pour les repos les plus longs, la répulsion est plus puissante que l'attraction ; partout ailleurs, elle est inférieure à celle-ci, et en atténue les effets sans les détruire. Aussi, même après une étude complète de la répulsion, nous paraît-il légitime de présenter la loi d'attraction comme la première et la plus importante, et, à prendre les choses de très haut, comme la seule loi du rythme poétique. Cependant, nous avons décrit en détail les faits de répulsion, parce qu'ils ont une utilité supérieure à leur nombre et à leur importance. Ils apportent dans le rythme, non de l'imprévu, mais de la complexité ; pour leur assigner leur origine et leur place, il nous a fallu observer le rythme de plus près. Nous avons eu à considérer, non seulement les faits de versification du poème, ou les nombres qui les représentent, mais encore les opérations de notre esprit qui les produisent. Ces opérations embrassent à la fois l'attraction et la répulsion : en étudiant cette deuxième force, nous avons acquis, de la première même et de l'ensemble du rythme, une connaissance plus complète.

y) Dépendance réciproque des repos courts et des repos longs de V ordre des membres.

Jusqu'ici, nous avons considéré en eux-mêmes les nombres qui indiquent la répartition des repos longs entre les coupes ; mais il y a profit à comparer cette répartition avec celle des autres repos, d'abord les repos courts de l'ordre des membres, en-

DÉPENDANCE RÉCIPROQUE DES REPOS LONGS ET COURTS 5Ôl

suite les repos longs de l'étendue totale et de l'étendue relative. Rapprochons le tableau de la page 536, qui contient les nombres de repos courts attribués aux différentes coupes, du tableau de la page 5 1\ i , qui contient les nombres de repos longs attribués aux différentes coupes. Les nombres qui composent les deux tableaux sont presque parfaitement symétriques ; cette symétrie apparaît si l'on considère, non pas les nombres eux-mêmes, mais les différences de deux nombres consécutifs. Nous appelons, comme nous l'avons fait souvent, nombre I le nombre des repos qui occupent les coupes (la coupe) de la classe I, et ainsi de suite. Les différences des nombres dans les deux

tableaux sont les suivantes :

RC» RL2

du nombre I au nombre II ao 21

Ainsi, tous les nombres correspondants sont les mêmes à une unité près.

Cet accord s'explique parce que tous les repos de l'ordre des membres sont ou courts (entre membres à ordre ascendant) ou longs (entre membres à ordre descendant) ; on ne trouve pas parmi eux de repos qui ne soient ni l'un ni l'autre, c'est-à-dire de repos moyens. Il en résulte entre les nombres correspondants des deux groupes une relation mathématique nécessaire, qui fait que ces nombres dépendent l'un de l'autre et se déterminent réciproquement. Représentons par 100 le total A1 (v. p. 535 et p. 54 1) qui comprend tous les repos, à la seule exception des repos entre membres égaux ; représentons par II RG le nombre des repos courts appartenant aux coupes de la classe II, et par II RL le nombre des repos longs appartenant à la même classe ; leur relation est :

II, RC4-II, RL^ioo.

r. RC = repos courts a. KL = repos longs.

Cahen. 36

562 REPOS DE LORDRE DES MEMRRES

En attribuant des désignations semblabes aux nombres de la classe suivante, nous pouvons écrire de même :

III, RC-f-III, RL=ioo.

Il suffît de rapprocher les deux relations pour observer que la différence de II RG à III RC doit être égale à la différence de II RL à III RL. En effet, II RC s'ajoutant à II RL compose le même total que III RC s'ajoutant à III RL : par conséquent, si II RG est plus petit que III RC d'une quantité n, inversement II RL sera plus grand que III RL d'une quantité égale nfi. Si l'on compare les nombres de la classe III (III RC et III RL) à ceux de la classe IV (IV RC et IV RL), on trouve naturellement entre ces quatre termes la même dépendance qu'entre les précédents. Quant aux nombres de la classe I, il faut, pour les admettre dans une comparaison du même genre, leur faire subir une addition qui sera justifiée tout à l'heure ; mais cela fait, la comparaison se poursuivrait sans encombre.

Dans la réalité, les données des deux tableaux, p. 536 et p. 54 1, ne présentent pas la coïncidence parfaite qui résulte de leur relation mathématique. D'abord, les différences des nombres de repos qui se correspondent ne sont pas parfaite-

t . Voici des exemples qui démontreront et éclaireront ce raisonnement : i°) Exemple mathématique :

( 36 -|- 64 = ioo J 99 «f i = too

d'où l'on tire :

2°) Exemple algébrique

d'où :

d'où :

d'où :

( x -\-y ■= ioo ^ x -j-y' = ioo

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