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SON IMPORTANCE ET SON OPPORTUNITÉ

(Suite)

L est de toute évidence que l’un des plus grands devoirs du Prêtre est de tenir son âme en présence d’un idéal parfait de sainteté et d’aspirer sans cesse à le reproduire et à lui ressembler. Sans quoi, l’infirmité de sa nature, le milieu où il vit, le souffle du monde, les tentations du démon, ses relations avec des personnes dont les vues, les idées, les mœurs sont ordinairement si peu élevées, si humaines et si peu chrétiennes, l’abaisseraient infailliblement au-dessous de sa vocation et compromettraient le succès de sa divine mission. Alors se réaliserait tristement la parole de l’Esprit-Saint : Sicut populus, sic sacerdos (1).

Le plus sûr moyen de conjurer ce danger et de vaincre cette difficulté toujours actuelle, c’est d’entendre avec docilité et de mettre

(l) Is., xxrv, 2.

en pratique avec zèle le conseil de saint Paul : « Levez les yeux au ciel, et considérez le Pontife de notre religion, Jésus { 1). »

Voilà le modèle incomparable qu'il faut étudier sans cesse et copier persévéramment ; voilà le centre autour duquel doit se dérouler toute notre vie ; voilà la cime radieuse et divine qu’il nous faut gravir et atteindre au prix de tous les efforts. Ce n’est qu’à cette condition que nous pouvons espérer réaliser, dans une certaine mesure, le mot presque décourageant à force d’être glorieux, de saint Jean Chrysostôme : Sacerdos, alter Christus.

Or, rien ne nous y aidera davantage que l’étude suivie, la méditation assidue, la contemplation amoureuse du Sacerdoce de Jésus.

C’est non seulement avec l'intelligence, mais avec le cœur, avec lame que cette étude doit êlre faite. On n’en saurait à peine que la moitié, et la moitié la moins belle et la moins féconde, si l’on n’était fidèle à se nourrir devant Dieu, par un travail tout personnel et intérieur, de la substance divine dont cette science est remplie. Volontiers nous faisons nôtre cette remarque du savant et pieux P. Faber : « La théologie bien comprise est le meilleur aliment de la dévotion et le meilleur aliment de l'amour divin ; c’est elle qui l’enflamme plus promptement, qui le fait brûler plus longtemps, et qui le fait rayonner plus ardemment au dehors. La théologie est le meilleur aliment de l'amour, jusqu’à ce que l’âme soit élevée à la hauteur de la contemplation mystique, et même alors, pour montrer jusqu’à quel point elle est nécessaire, Dieu verse une science théologique infuse dans l’esprit des ignorants eux-mêmes et de ceux auquels la jeunesse n’a pas permis encore de faire des études sérieuses... Dans un cœur simple et aimant, la théologie brûle comme un feu sacré (2) ».

Un modèle en cette manière — nous voudrions Limiter de loin — c’est le dominicain Contenson dans sa Théologie de l’esprit et du cœur (3). C’est à fréquenter cet auteur qu’on admire comment il réalise bien ce titre et sait parfaitement allier la doctrine et la piété, le travail de l’intelligence avec celui du cœur.

N’est-ce pas trop souvent pour avoir négligé cette méthode que tant d’études restent infructueuses et tant de sciences sans influence sanctificatrice?

Un maître, M. Sauvé, l’inépuisable auteur de Jésus intime , est bien fondé à dire : « On vaque à la théologie d’un côté, à la piété de l’autre; et la main droite ne se préoccupe guère de ce que fait la main gauche. Dans une région de l’âme, la science de Dieu et des choses de Dieu; dans une autre région, la pratique. Ainsi la

(1) Considerate Pontificem Conjessionis nostrœ, Jesurrt. ( Hébr III. 1.)

(2) Le Précieux Sang, p. 113, lre Edit.

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piété et la doctrine, deux choses évidemment faites pour s’entendre et pour vivre intimement unies, demeurent-elles plus ou moins isolées ; ainsi tombons-nous plus ou moins dans ce que nous sommes tentés d’appeler la piété indépendante (1) ». Telle ne sera pas notre erreur. Nous voulons étudier non pas seulement pour savoir mais pour aimer et pour imiter. On connaît l’avertissement de saint Ambroise : « Connaissons d’abord l’excellence de notre dignité sacerdotale, et ensuite exerçons-nous à vivre conformément à cette excellence (2) ». Sur quoi, le P. Tesnière remarque justement : « Connaître la vérité du Sacerdoce de Jésus, c’est connaître les splendeurs du nôtre. — Son Sacerdoce le déifie personnellement ; le rend tout puissant sur Dieu, sur les personnes et sur les choses; le sanctifie substantiellement et fait de lui la cause de toute sanctification. — Notre Sacerdoce nous identifie à la Personne de Jésus, nous munit de sa puissance et nous revêt de sa sainteté, pour nous sanctifier nous-mêmes et pour nous transformer en des agents de sanctification (3) ».

D’autre part, est-il besoin de signaler que jamais notre Sacerdoce n’a été en butte à plus d’attaques et à plus de calomnies? Le monde hait Jésus ; et, à cause de Jésus dont nous portons le caractère, dont nous représentons l’autorité, dont nous exerçons la mission, il nous hait. Il hait notre action, notre influence et jusqu’au saint vêtement que nous portons. C’est notre déconsidération, notre avilissement, notre ruine, notre disparition enfin, qu’il complote et qu’il prépare. Pas plus aujourd’hui qu’hier, il faut nous en étonner. Jésus, le premier Prêtre, ne l’a-t-il pas prévu, annoncé, promis au soir même de l’institution de l’Eucharistie et du Sacerdoce : « Si mundus vos odii, scitote quia priorem me odio habuit... De mundo non estis, sed ego elegi vos de mundo : proptereà odit vos mundus (Joan., XVI, 33) ».

Que faire? Ah ! rester Prêtres, devenir plus Prêtres que jamais en reproduisant davantage Jésus dans notre vie. Devenir des saints, non seulement pour que « Celui qui est notre ennemi soit couvert de honte et de confusion, ne pouvant jamais dire aucun mal de nous (4) », mais saints devant Dieu, pour la consolation de son Cœur, et in servis suis consolabitur Deus (5) ; mais saints devant les hommes, par une conduite toujours « exemplaire en toutes sortes de bonnes œuvres », qui soit « une lumière pour les plus pervers », de laquelle « sorte comme une vertu qui les guérisse

(1) Jésus intime, I, Préface, p. XLII, XLIII.

(2) Dignum est enim ut dignitas sacerdotalis prius noscatur a nobis, et sic deindè servatur a nobis. (De Dignitate Sacerdotali, I, Oap. II.)

(3) Retraite au Cénacle, Ann, des P. -A. 1903, p. 231.

(4) In omnibus teipsum prœbe exemplum bonorum operum, in doclrina, in integritate , in gravitate..., ut is qui exadverso est, vereatur, nihil habens malum dicere de nobis. (Fit., II.. 7, 8.)

(5) II. Mach., VU, 6.

tous », — réalisant ainsi à la lettre, si c’est possible, cette magnifique idée que saint Paul, en son épitre aux iCorinthiens (1), a donnée de la vie des Prêtres dans les temps d’épreuves.

Le grand saint Augustin ne nous apprend-il pas que a la sainteté des Prêtres est aussi le moyen certain de ramener des temps meilleurs (2) ». N’est-ce pas une loi providentielle qui demeure toujours la même?

Enfin, l’étude et la méditation que nous ferons ensemble du Sacerdoce, en nous aidant à le réaliser plus parfaitement dans notre vie, ne nous inspireront-elles pas le désir de le faire connaître davantage au peuple chrétien ?... Qu’en sait-il?... Révéler au peuple le Sacerdoce de Jésus, mais c’est lui révéler Jésus luimême, lui apprendre à mieux L’aimer, à Le servir plus fidèlement, à L’adorer sous son titre le plus élevé, le plus attrayant et le plus complet; c’est lui révéler notre propre Sacerdoce, qu’il n’apprécie pas toujours parce qu’il ne le connaît pas.

L’heure n’est-elle pas venue de déchirer enfin devant les regards des fidèles ce voile mystérieux qui les empêche de pénétrer au fond du sanctuaire, jusqu’au « Saint des saints » et qui leur dérobe ce « mystère caché depuis les siècles éternels (3) », « et manifesté dans le temps (4) », qui s’appelle le Sacerdoce auguste et sacrosaint de Jésus-Christ?

Il nous semble que cette prédication serait le signal d’un réveil de la foi, d’un culte plus intelligent et plus fervent de la Personne auguste de Jésus et d’une nouvelle effusion de sa grâce Sacerdotale sur toute l’Eglise.

Ne serait-ce pas là le dernier et le plénier épanouissement de la dévotion envers l’auguste Sacrement de nos autels ?...

Cette pensée, qui nous a frappé depuis longtemps et que nous avons déjà entendu exprimer par des hommes de Dieu, ne vautelle pas la peine d’être pesée au poids du sanctuaire et examinée dans la lumière du Tabernacle ?...

Dieu soit béni ! Les « temps eucharistiques » qu’entrevoyait et que préparait le Vénérable Eymard, sont arrivés : Jésus-Hostie triomphe. C’est la suprême consolation de l’Eglise et sa plus grande espérance.

« Qui eût dit aux hommes de la Révolution et du premier Empire, remarque l’éloquent Chanoine Coubé, à ceux qui virent

(1) II, Cor. VI, 8-10.

(2) Serm. OOO AI, de Divers is 115.

(3) Eph. III, 9.

(4) Coloss. I, 26.

la désolation ou la solitude de nos temples durant le premier tiers de ce siècle, alors que le spectacle d’un homme communiant était une curiosité qui faisait sourire, qui eût dit à ces pauvres indifférents ou à ces forcenés, qu’un jour viendrait où leurs petits-fils aimeraient à venir publiquement, par milliers, se prosterner, abîmés dans leur foi et leur amour, au pied de l’autel, pour y recevoir leur Dieu ? Ah! le monde a marché ! Les pères criaient ou laissaient crier : Ecrasons l’infâme ! Et les fils répètent joyeux : O Hostie bien-aimée ! O Salutaire Hostie !

« Les Congrès Eucharistiques, nés de cette dévotion croissante, lui ont imprimé une vive impulsion. Dans tous les pays où ils se transportent comme des camps volants, en France, en Belgique, en Suisse, en Orient, ils suscitent de nouveaux soldats à l’Eucharistie, ils entourent d’une garde d’honneur, en un mot, ils promènent au grand soleil, dans nos grandes villes, l’étendard eucharistique où rayonne le Sacré Cœur, vrai labavum des temps à venir (1). »

Faut-il ajouter les noms de Metz, de Londres, de Montréal, de Madrid, de Vienne et de Malte qui rappellent les récents et inoubliables triomphes du divin Roi d’amour ? Demain, ce sera à Lourdes que la Vierge Immaculée, ostensoir vivant de Jésus- Hostie, le proposera aux adorations des Cardinaux, des Evêques, des Prêtres et des peuples qui s’y donneront rendez-vous?...

Et les actes immortels du Souverain Pontife régnant, le décret Sacra Tridentina Synodus sur la communion quotidienne, et le décret Quarn singulari sur la communion précoce et fréquente des petits enfants, n’ont-ils pas ouvert pour les âmes et pour les sociétés de nouvelles sources de sanctification et de salut, et pour Jésus au Saint Sacrement un nouveau règne de grâce et d’amour?

Eh bien ! nous ne croyons pas être téméraire en exprimant le vœu de voir bientôt notre adorable Jésus acclamé, béni et adoré par les Prêtres et par les fidèles du monde entier sous son beau titre d e Prêtre et de Victime dans le Très Saint Sacrement de l’autel.

Si ce que nous nous proposons d’en écrire pouvait y contribuer quelque peu, combien nous nous en estimerions heureux et abondamment récompensé!

Est-ce illusion de notre part?... Il nous semble aussi que si Jésus Prêtre et Victime occupait une plus large place dans l’enseignement et dans la dévotion populaire, l’idée royale et féconde du Sacerdoce grandirait au sein de nos sociétés décadentes et exercerait sur les âmes une précieuse et salutaire influence. Et les vocations sacerdotales qui s’en vont, hélas ! partout en diminuant et dont les sources s’appauvrissent, se multiplieraient

(1) La Communion hebdomadaire, p. 51.

de nouveau et refleuriraient nombreuses et ferventes autour de nos sacrés Tabernacles.

Sous l’influence toute céleste et toute-puissante de Jésus Prêtre et Victime, plus connu et mieux aimé, les parents chrétiens comprendraient enfin la vérité de ces belles paroles du P. Gratry : « L’homme qui choisit le travail sacré de la moisson de Dieu pour l’emploi de sa vie, choisit la meilleure part. Son ambition est sans comparaison la plus grande, la plus noble de toutes, et son œuvre la plus féconde et la plus nécessaire. Le monde nous trompe quand il nous montre le Sacerdoce sous un masque de mort (1) ». Faisant écho à ces pensées, un auteur bien connu s'écrie : « Le Prêtre est la Force. Il est la joie. Il est l’amour. C’est lui, la Vie. Viendra le moment où le siècle désabusé poussera des gémissements vers le Prêtre, des appels de détresse, des clameurs d’espérance (2) ». Ce sera le jour où il comprendra mieux, où il connaîtra sous son vrai jour, dans ses amabilités divines et humaines, le Souverain Prêtre Jésus, et où il retrouvera dans ses Prêtres le resplendissement encore plus parfait de ses attraits et de ses vertus.

Saint Augustin termine son traité sur la Trinité par ces touchantes paroles : « Autant que je l'ai pu, Seigneur mon Dieu, autant que vous m’avez fait la grâce de le pouvoir, je vous ai cherché et j’ai désiré voir avec l’intelligence ce qui est l’objet de ma foi ; j’ai fait de nombreux raisonnements, j’ai beaucoup travaillé... Seigneur, Dieu un, Dieu Trinité, tout ce que j’ai dit dans ces Livres et qui vient de vous, que vos serviteurs le reconnaissent pour vous en glorifier; mais s’il y a eu du mien, pardonnez-moi et quel es vôtres me pardonnent aussi. A men (3 ). »

Au Souverain Prêtre Jésus nous adressons humblement la même prière, en Le suppliant de daigner Lui-même guider notre pauvre plume pendant quelle essaiera d’écrire sur son Sacerdoce ineffable ; qu’il daigne encore éclairer surnaturellement les yeux de nos lecteurs, échauffer leurs cœurs et leur inspirer de répéter souvent avec nous ce cri d’amour dont tout ce travail ne veut être qu’un commentaire : Amor, laus ac perennis gloria Jesu Sacerdoti et Victimæ in sanctissimo altaris Sacramento.

(1) Henry Perreyve, p. 59.

(2) Ch.au. V AUD ON : Entretiens Eucharistiques, Préface , p. 8.

(3) De Trinitate, Lib. XV, Cap. xxvill.

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Jésus Prêtre et Victime

source et grâce du Sacerdoce

ire de Jésus qu’il est la source universelle et divine où tout être puise la vie et où toute âme revient nécessairement pour entretenir et alimenter en elle la vie de la grâce, c’est énoncer une vérité élémentaire et indiscutable.

Aucun être créé ne se donne à lui-même son existence, pas plus qu’il ne peut se maintenir par ses propres forces dans la vie qu’il possède et dont il n’a nullement le contrôle. Aucune créature humaine ne se donne à elle-même les qualités naturelles dont elle est gratifiée, pas plus les dons de l’esprit et du cœur que les aptitudes et les qualités physiques. Dans l’ordre spirituel également, les âmes ne vivent pas d’une vie qui leur appartient essentiellement et qu’elles peuvent tirer de leur propre fond.

11 en est un « per quem omnia facta sunt », et c’est Jésus ! Il est un principe d’où tout émane : « principium qui et loquor vobis »; et c’est Jésus ; qui est la vie par essence : « ego sum vita », et qui la communique aux âmes : « ego veni ul vitam lmbeant » ; sans lequel nous ne pouvons rien : « sine me nihil potes tis facere », mais qui a la puissance de refaire les forces perdues et de relever tous les courages : « venite ad me omnes et Ego reficïam vos ».

Jésus est dans l’humanité le sommet où tout aboutit et d’où tout découle. Il est la lumière de tout homme venant en ce monde : « ego sum lux mundi » ; Il est la vérité qui enseigne toute sagesse : « ego sum veritas » ; Il est la voie qui conduit au « Père » : « nemo venit ad Palrem nisi per me »; Il est la vie indéfectible qui demeure éternellement : « qui crédit in me, habet vitam æternam ».

Il n’y a ici-bas aucune beauté, aucune grandeur, aucune vertu, aucune perfection qui ne se trouve éminemment en Jésus ; bien plus, rien ne mérite vraiment ce nom, s’il n’est un reflet des beautés suprêmes et des perfections infinies de Jésus.

Jésus est le Saint des saints, et de tous temps les âmes sont venues à Lui pour y puiser les pardons qui purifient, les grâces qui sauvent et les vertus qui sanctifient. Aucun pécheur qui n’ait connu les amertumes du repentir et lesjoies pures de la réconciliation, sans les grâces de Jésus ; aucune âme qui n’ait été sauvée, sans être baignée dans le Sang de Jésus ; aucun saint qui ne le soit devenu, sans que Jésus, dans son amour, ne l’ait entouré de grâces de choix et n’ait déversé abondamment en lui cette vie divine dont la source jaillit jusqu’à la vie éternelle.

De même que Jésus a créé les mondes et qu’il les gouverne, de

même II appelle les créatures à la vie, puis 11 les enseigne et les dirige. C’est de Lui qu’émane tout magistère, toute puissance et toute autorité. A chaque âme II trace la voie. Etant essentiellement libre dans ses volontés, Il appelle qui II veut, Il se choisit des serviteurs fidèles et des amis plus intimes, 11 donne des missions et II impose des responsabilités; mais à côté de chaque vocation Il met les moyens d’y correspondre, Il donne les aptitudes et fournit les grâces propres à chaque état.

A moins de taxer Jésus d’imprévoyance et d’illogisme, il doit en être ainsi. Et qui donc oserait jamais avoir de telles pensées blasphématoires? Aussi sommes-nous forcés de reconnaître que si en vérité Jésus est la source universelle de toutes les grâces, Il communique néanmoins à chaque âme les grâces propres à son état et à sa mission.

Cette vérité apparaît plus clairement suivant la grandeur de la mission et la sublimitéde la vocation. Nous ne pouvons nier qu’il faut plus de grâces pour faire un saint que pour faire un simple chrétien. De même, Jésus devra une assistance plus grande à une âme qu’il charge de diriger les autres, qu’à celle qui vit obscurément dans la solitude. Il y a des vocations qui réclament un ensemble de qualités, une somme de vertus et une intensité de vie surnaturelle, dont l’exercice met nécessairement l’âme en contact plus fréquent et plus soutenu avec Jésus.

Mais que dire de la vocation sacerdotale dont la mission est d'enseigner les peuples de la doctrine céleste, de purifier et de sanctifier les âmes, de fermer constamment les portes de l’enfer et de rouvrir celles du ciel, de rappeler au monde le souvenir de Jésusle grand méconnu, de redire sans cesse aux hommes oublieux et ingrats tout ce que ce divin Sauveur a souffert pour eux et de les inonder en quelque sorte de cette vie divine qui découle surabondamment de tous les Sacrements !

Se peut-il concevoir une semblable vocation, sans qu’il existe des rapports directs et assidus entre Celui qui donne la mission et celui qui la reçoit? Comment prêcher une doctrine divine, sans l’étudier constamment à sa source, en Jésus? Comment parler un langage divin, sans mener une vie angélique ? Comment apprendre aux autres à mépriser tout ce qui passe et à ne s’attacher qu’aux choses éternelles qui demeurent, sans reproduire dans sa propre vie les vertus et la sainteté du Maître dont on se fait l'écho et le hérault? Comment avoir si souvent le nom de Jésus sur les lèvres et ne pas l’avoir dans le cœur ? Comment se dépenser au service d’un Maître dont les intérêts et la gloire sont le principal emploi du temps et l’unique mobile de la vie, sans regarder à tout instant du côté de Celui pour qui on s’immole et sans chercher à pénétrer dans les profondeurs de ce Cœur divin où l’amour se boit avec la vie ?

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Si à ces considérations, on ajoute celle du sublime ministère pour lequel surtout le Prêtre est sacré de Ponction sacerdotale, on comprendra mieux jusqu’à quel point Jésus est la source du Sacerdoce.

Le Prêlre est essentiellement et avant tout sacrificateur. C’est sa mission principale et son titre le plus glorieux. Le Prêtre est l’homme de Dieu « homo Dei », le ministre officiel de la Religion, le médiateur entre Dieu et les hommes, le représentant de la divinité dans l’humanité et le délégué des hommes auprès de Dieu. Mais le Sacrifice étant l’expression nécessaire et la plus élevée de toute religion, le Prêtre ne sera jamais plus Prêtre que quand il remplira son office de sacrificateur.

Or, il a reçu de par son Ordination, le pouvoir et le devoir d’immoler la divine Victime. Il a la mystérieuse puissance de renouveler mystiquement sur l’Autel, chaque matin, le sacrifice de la Croix. C’est bien la même Victime qu’au Calvaire qu’il immole; c’est le même Sang qui est versé pour le salut du monde; c’est le même souverain Prêtre, dont lui, pauvre et faible créature, emprunte la puissance et les divines efficacités pour produire le même divin Sacrifice !

Quelle union intime, dès lors, ne doit-il pas exister entre Jésus et son Prêtre ! Quand deux êtres sont unis dans une action aussi sublime et pour une fin aussi divine, ne doivent-ils pas se considérer comme inséparables l’un de l’autre?

Si Jésus a besoin de son Prêtre pour continuer sa mission et s’immoler de nouveau, le Prêtre n’a-t-il pas un besoin plus impérieux encore de Jésus, lui qui n’est rien en lui-même et qui n’est ce qu’il est en tant que Prêtre, que parce qu’il a tout reçu de Jésus et que Jésus continue incessamment de lui communiquer sa puissance et sa vie ?

Oh ! qu’elle est douce, pour le Prêtre, cette obligation de se considérer constamment dépendant de Jésus, au point de ne se plus comprendre s’il perd Jésus de vue et de ne plus pouvoir donner la vie s’il ne la puise sans cesse en Lui !

O Prêtres du Seigneur, il peut nous manquer bien des joies dans la vie, de ces joies que cherchent les mondains et que les saints méprisent, mais il en est une qui surpasse toutes les joies de la terre, qui nous est propre et qui doit nous suffire, à nous qui ne sommes plus de ce monde et qui n’avons de raison d’être que pour Jésus; c’est celle de l’intimité profonde et des rapports essentiels qu’il a plu à Jésus de créer entre Lui et nous, au jour de notre Ordination sacerdotale. Marchons courageusement et joyeusement dans la vie, en nous répétant au fond de l’âme, dans l'amour et la reconnaissance, ces paroles capables de nous faire remporter toutes les victoires et de nous conduire à la sainteté : Ego sum Sacerdos in ælernum.

Un Devoir sacerdotal : l’amour du Pape

dévotion au Pape est un des premiers devoirs du Prêtre.

Le 18 Novembre 1912, Pie X recevait ceux qu’il voulait bien appeler « ses confrères » de l’Union Apostolique, et au cours de graves enseignements, il leur disait :

« La caractéristique des prêtres de V Union apostolique doit être et est de fait V amour du Pape, et cela aussi contribuera admirablement à votre sanctification. »

L’esprit de l’Union Apostolique n’est que le pur esprit sacerdotal. Cette association si recommandable ne fait que garantir et faciliter par la force de l’union la pratique des obligations sacerdotales.

Tout prêtre doit aimer le Pape. « Et pour aimer le Pape, continuait Pie X, il suffit de réfléchir à ce qu’il est. » Lui-même esquissait alors le résumé des grandeurs du pontificat suprême, en quelques lignes qu’on ne saurait trop méditer :

u Le Pape est le gardien du dogme et delà morale. Il est le dépositaire des principes qui rendent vertueuses les familles , grandes les nations, saintes les âmes . Il est le conseil des princes et des peuples. Il est le chef sous lequel nul ne se sent tyrannisé parce qu’il représente Dieu lui-même. Il est le père par excellence, qui réunit en lui tout ce qu’il peut y avoir d’aimant , de tendre, de divin. »

Le Pape est tout cela dans l’Eglise et par l’Eglise. C’est comme chef visible de la grande famille des enfants de Dieu, qu’il répand à travers les siècles et les espaces ces inappréciables bienfaits.

L’amour du prêtre pour le Pape doit avoir pour première base l’admiration devant la sublimité des prérogatives, devant l’importance vraiment divine du rôle que Dieu lui attribue dans son Eglise au sein de l’humanité.

Dans le premier plan divin, le genre humain devait rester à jamais uni dans l’adoration et l’amour de son Créateur, sous l’autorité du Patriarche chargé de diriger dans le temps la marche commune et déjà pleine de félicité jusqu’au seuil de l’Eternité, où ce bonheur et cette unité du régime admirable de la justice originelle seraient encore surélevés dans la transformation de la gloire.

L’Ennemi de Dieu et de l’homme, le Diviseur, l’auteur desséparations qui se prolongent jusque dans l’éternité, jeta le trouble dans ce plan divin, avec la connivence de la liberté humaine. La miséricorde fléchit le cœur de Dieu à concevoir une réparation qui

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rendrait encore plus éclatant le triomphe tout à la fois de sa sagesse, de sa justice, de sa bonté.

Le nouvel Adam est constitué comme le premier, chef de l’humanité, mais d’une humanité régénérée de sa chute.

Lorsque l’œuvre du salut opérée par la rédemption sera achevée, et que le dernier des prédestinés sera passé du temps à l’éternité, la grande famille des élus ne formera plus dans le ciel, devant le Trône de Dieu, pour chanter avec les anges l’Alleluia éternel, qu’un seul groupe, tellement uni que l’Apôtre l'appelle un corps, le corps myslique dont Jésus est déjà la tête, le cœur, l’âme par son Esprit.

Ce corps mystique, il s’accroît ici-bas, dans les épreuves auxquelles la vie présente soumet la liberté humaine ; chaque individu qui paraît en ce monde, est appelé à en devenir, avec l’aide de Dieu lui-mème par sa grâce, un membre vivant.

Ce corps mystique s’appelle l’Eglise. Animée par une seule et même âme, l’Eglise est la même, sous ses trois modes différents, dans les splendeurs triomphantes de la gloire divine, ou dans les souffrances justicières du Purgatoire, ou dans son accroissement continu à travers les luttes de la vie présente.

C’est le dogme aux profondeurs insondables de la communion des Saints. Sans faire aucune distinction, l’Apôtre écrit : « Dieu a donné le Christ Jésus comme tête à toute l’Eglise qui est son corps et sa plénitude. Ipsum dédit caput supra omnem Ecclesiam quæ est corpus ipsius el plenitudo ejus. ( Ephes ., i, 22.)

L'Apôtre et le Seigneur lui-même ont employé une autre comparaison : l’humanité régénérée, c’est aussi comme un Temple qui se bâtit à la gloire du Dieu de l’Eternité ; tout y résonne de la louange au Dieu trois fois saint. Ces pierres, elles sont dégrossies, taillées, sculptées, embellies, dans les épreuves de la vie terrestre, par le sage marteau du divin artisan, fabri pollita malleo.

Bref, les Saintes Ecritures, déjà dans l’Ancien Testament, mais surtout dans la Loi d’amour, s’ingénient, pour faire comprendre l’état sublime où Dieu appelle le genre humain, à nous représenter la Société des régénérés sous les images les plus capables de nous donner une forte impression de l'unité la plus concentrée.

L’Eglise, ce n’est pas seulement une association, une cité, un royaume, un état, c’est un édifice, un temple aux pierres vivantes ; c’est plus que cela, un corps dont les baptisés sont les membres.

Et cette unité est sauvegardée parce que cette cité n’a qu’un chef, ce royaume n’a qu’un roi ; cet édifice, ce temple repose tout entier, comme sur son premier et son dernier fondement, sur une seule pierre, la Pierre angulaire ; ce Corps n'a qu’un chef, qu’une âme : Jésus, et son Esprit, l’Esprit Saint.

L’Eternité seule nous montrera toutes les beautés, toutes les

splendeurs de cette unité, et par suite tous les motifs de l’ardeur avec laquelle Jésus formulait sa dernière prière : « Qu’ils soient un, comme nous sommes un, sint unum! »

Le désir le plus vif de Jésus, la volonté la plus évidente de Dieu dans la création de l’homme et dans sa rédemption, c’est donc que la Société des rachetés présente avec éclat ce caractère de l’unité. Elle l’aura pleinement quand tout sera accompli. Elle ne peut manquer' de l’avoir dès cette vie et jusque dans ce monde des préparations et des ébauches.

Jésus a voulu, et dès lors réalisé, l’unité pour son Eglise du temps comme pour l’Eglise éternelle. Cette unité, il l’assurerait à jamais par sa présence : il serait dans son Eglise, jusqu’à la fi n des siècles, le centre de toutes les âmes parla foi et l’amour.

Mais, continuant la mystérieuse économie du respect professé par Dieu pour la liberté humaine, Jésus n’avait pas le dessein d’imposer à l’homme sa loi et ses bienfaits divins par le miracle perpétuel de sa présence visible. Sa grâce agirait toujours, mais comme incarnée dans le jeu visible des causes secondes.

L’unité de l’Eglise, ce serait l’union de tous ses membres dans l’amour de Jésus, dans l’amour du Jésus tel qu'il est vraiment, et comme il veut être aimé ; donc, dans la foi au seul vrai Jésus et à son enseignement, et dans la pratique des devoirs de religion et de morale tels qu'il les avait enseignés.

Mais quand il ne serait plus là pour faire entendre sa voix, pour être vu dans la vérité de sa chair et la puissance divine de son regard et de ses miracles, que deviendrait celte unité ? Déjà, malgré . sa présence au milieu d’eux, ses disciples, et même les douze ne s’entendaient pas sur tous les points de sa doctrine, sur toutes les conséquences de ses enseignements? Qu’adviendrait-il de cette unité tant désirée, si divinement voulue, après que sa personne, en ce qu’elle avait pris de visible, serait remontée à son Père ?

Jésus, parmi les douze, en choisit un. En toute occasion, Il a pour lui les attentions dues au Premier, au Chef. Son Eglise sera un édifice; Lui-même en est la pierre angulaire, affirmée par le Prophète; mais avec lui, il y aura une autre pierre toujours visible. Il le veut tellement affirmer, qu’il fait de cette fonction le nom nouveau de son Apôtre : « Tu étais Simon. — Tues Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. »

Des controverses surgiront ; Satan lui-même a réclamé la permission de faire passer les Apôtres par les tentations de toute sorte, comme le grain passe au crible. « Mais toi , Pierre , j’ai prié pour que ta foi ne connaisse jamais aucune défaillance ; au moment voulu, confirme tes frères dans la foi. »

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L’église est un royaume qui s’étend de la terre au ciel. Pierre y reçoit l’autorité souveraine, tellement que son pouvoir s’exerce avec autant d’efficacité dans l’autre monde que dans la vie présente. « Je te donnerai les clefs du royaume... Tout ce que tu lieras sur la terre , sera lié dans le ciel; tout ce que tu délieras , sera délié. » Tout; Pierre peut donc lier même le pouvoir des autres apôtres.

L’Eglise, c’est un troupeau L’une des figures les plus populaires sous lesquelles le Sauveur s’est présenté à l’humanité, n’est-ce pas celle du Bon Pasteur ? Dans ce troupeau il y a des agneaux, il y a des brebis. Sur le troupeau, Pierre reçoit l’autorité souveraine : « Pais les agneaux, pais les brebis. »

Or, ce que nous avons dit le démontre avec évidence, ces prérogatives souveraines de Pierre ne se terminaient pas à sa personne mortelle. C’est jusqu’à la fin des siècles que Jésus serait avec son Eglise, mais d’une présence invisible. Jusqu’à la fin des siècles, jusqu’au jour où il serait vu de nouveau, cette fois dans la transfiguration de sa majesté et la terreur de sa justice, il lui faudrait un lieutenant visible, un Vicaire.

En la personne de Pierre, c’est à quelqu’un qui serait toujours visible dans la longue série des générations humaines, que le Seigneur disait : « Tu es Pierre, et sur cette pierre s’élèvera l’édifice de mon Eglise... Ta foi ne connaîtra jamais aucune défaillance ; à toi de confirmer à chaque nouveau besoin tes frères dans la foi. — Tu as les clefs du royaume. Ce que tu lies ou délies sur la terre, est lié ou délié dans le ciel — Pais les agneaux; pais les brebis. »

Ce chef visible que l’humanité rencontrera à chaque heure delà vie de l’Eglise, c’est le successeur de Pierre. Les Evangélistes n’ont rien dit sur la modalité de la succession ; mais s’il doit y avoir un sucesseur, et il n’y a pas de doute, ce ne peut être que l’Evêque de Rome. N’y aurait-il d’autre raison, il suffirait de constater que personne, à aucun moment, n’a jamais revendiqué cette prérogative, en dehors des Evêques de Rome, et que Ceux-ci l’ont au contraire toujours revendiquée, qu’ils en ont exercé la puissance, dans tous les siècles et à travers tous les pays, sur les fidèles et sur les évêques, contre les hérétiques et souvent à leur sollicitation, sur chaque diocèse comme sur les conciles les plus généraux.

En mourant à Rome, saint Pierre a laissé jusqu’à la fin du monde à la Chaire qu’il y avait établie, la primauté de juridiction qu’il tenait du Christ sur toute l’Eglise.

Et ainsi l’Evêque de Rome est le Pape, le Chef visible de l’Eglise, le Père de ces enfants formant déjà, dès ce monde, la famille de Dieu, son royaume, son temple, le corps mystique de Jésus dont, par son pastorat suprême et son magistère infaillible, il assure, pour sa part, dans la glorieuse lignée des Pontifes souverains, l’unité dans la foi, dans la discipline et dans l’amour.

lia Vie commune dans le Clergé

e tous les moyens de sanctification sacerdotale et de fécondité d’apostolat auprès des âmes, la vie des Prêtres vivant en communauté nous paraît un des plus importants et des plus efficaces. La vie commune n’éloigne pas seulement des inconvénients et des dangers inhérents souvent à la vie solitaire et inoccupée du Prêtre, mais elle lui procure, en outre, de précieux et incontestables avantages tant au spirituel qu’au temporel.

Cette très importante question préoccupe plus que jamais les esprits. On en parle, on y réfléchit, on la discute, on l’attaque et on la défend; puis, on y revient volontiers comme par une nécessité des temps et un besoin secret déplus grande perfection, et on attend l’heure qui solutionnera les difficultés qui en retardent la réalisation.

Nous croyons faire œuvre très sacerdotale en traitant de la vie commune dans notre Revue. Nous y reviendrons souvent, nous examinerons la question sous tous ses aspects, dans ses avantages comme dans ses inconvénients, sans exagération, mais en toute liberté, avec le désir de nous éclairer et dans l’unique pensée de procurer la gloire de Jésus le souverain Prêtre par une sanctification plus grande de ses Ministres et une fécondité nouvelle de leur ministère.

Afin de rendre cette étude plus intéressante et plus pratique, nous ouvrons dès aujourd’hui nos colonnes à nos vénérés Confrères et nous leur demandons fraternellement de nous communiquer leurs vues à ce sujet.

Outre la partie théorique, il y a l’application pratique et les formes variées que peut revêtir la vie commune 9 suivant les personnes, les circonstances et les lieux. Chacun peut envisager la chose à son point de vue. Tout ici a sa valeur, même les objections dont l’examen et la solution peuvent jeter un jour plus grand sur la question.

En haut lieu, on s’est déjà plus d’une fois préoccupé de cette forme nouvelle de vie sacerdotale qui ramènerait les Prêtres à une vie plus apostolique. Tout particulièrement, Mgr Gibier, évêque de Versailles, dont le zèle pour ses ouailles et la bonté toute paternelle pour ses Prêtres ne connaît point de limites, préconise hautement la vie commune. Nos lecteurs seront heureux de lire les pages remarquables écrites sur ce sujet par le vénérable Prélat. Elles contiennent des vérités éloquentes et des aperçus frappants que l’on ne saurait trop peser et méditer.

BULLETIN DE L’UNION SACERDOTALE

It 'Évangélisation des Paroisses de campagne par les Prêtres groupés, Missionnaires et Apôtres

La charge épiscopale pèse lourdement sur nos épaules. La pensée des 750.000 âmes qui composent ce diocèse nous préoccupe sans cesse et nous nous demandons avec effroi si nos efforts répondent suffisamment à notre devoir. Nous ne pouvons pas dissimuler nos inquiétudes. Mais nous ne voulons pas non plus tenir secrets nos motifs d’espoir et de consolation. Dieu d’abord qui nous voit travailler et lutter pour sa cause nous inspire et nous soutient, et plus d’une fois déjà nous avons expérimenté son intervention et sa paternelle assistance. Et puis nous ne sommes pas un chef sans soldats ; nos prêtres avec leur dévouement, leur affection filiale et leur esprit apostolique nous aident et nous aideront chaque jour davantage. Les catholiques enfin marchent avec nous ; leur main très souvent rencontre la nôtre ; leur générosité répond admirablement à tous nos besoins et à tous nos appels ; et à chaque instant ils sont les premiers à nous offrir la collaboration active que réclament les temps nouveaux.

Est-ce à dire cependant que tout va bien, et que le diocèse de Versailles est un diocèse de tout repos ? Ou sont en France les diocèses de tout repos? S’ils ont jamais existé, on les chercherait vainement chez nous à l'heure présente. Dans ce cher diocèse nous avons à évangéliser simultanément les villes et les campagnes. Nous parlerons une autre fois des paroisses de ville. Nous nous proposons aujourd’hui de dire quelque chose à nos prêtres et à notre peuple de l’évangélisation des paroisses de campagne. Le sujet en vaut la peine. Sur 691 communes que compte le département de Seine-et-Oise, il y en a 381, c’est-à-dire plus de la moitié, qui n’ont pas 500 habitants. Oublions donc pour un instant que nous vivons dans le voisinage de Paris, et concentrons toute notre attention sur la portion rurale du diocèse de Versailles.

Les services rendus par le clergé des campagnes.

Le clergé des campagnes mérite le respect et l’admiration de tous ceux qui savent réfléchir et qui veulent être justes. En apparence le curé de campagne est le plus impuissant des mortels. Il est pauvre, il joint à peine les deux bouts. Ce n’est pas une des moindres étrangetés de notre temps que d’entendre de prétendus

défenseurs de la cause du peuple, qui vivent au milieu de tous les raffinements du luxe, déblatérer contre de pauvres prêtres qui vivent au jour le jour des minces ressources de la charité catholique. Car il en est ainsi. Quel est l’homme instruit qui, après quinze ânnées d’études, voudrait la chaumière du curé de campagne, sa difficile existence, son pain parfois si amer? Le curé de campagne n’a certes pas le prestige de la richesse. Du temps du Concordat il pouvait compter sur le traitement de l’Etat qui lui donnait non la réalité, mais l’apparence du bien-être. Aujourd’hui manifestement il ne possède que ce qu’on veut bien lui donner.

Il n’a rien... et cependant il sauve tout. Les ennemis de la religion espéraient décourager le clergé en lui coupant les vivres. Leur espoir a été vain. Le curé de campagne a cessé d’émarger au budget, mais il continue de se tenir au service des populations. Yoyez-le au pied de son crucifix où il fait oraison, à l’autel où il célèbre, dans les sentiers de la paroisse où il récite son bréviaire. Il sauve la gloire de Dieu qui est souvent blasphémé, presque toujours oublié dans le pauvre village. Yoyez-le visitant son troupeau avec un mot de consolation pour les affligés, de tendre reproche pour les pécheurs, de paix et de concorde pour ceux que divisent le ressentiment et la haine, relevant le courage des uns et guérissant les blessures des autres, bénissant le berceau de l’enfant qui vient de naître, le foyer delà famille qui se prépare, la tombe du vieillard arrivé au terme de ses jours. Il sauve les âmes qui sans lui resteraient ensevelies dans le matérialisme le plus profond. Voyez-le debout au milieu de son peuple. Il représente Dieu, Jésus-Christ et l’Eglise. Il tient dans ses mains le Symbole, le Décalogue, la Croix, l’Eucharistie. Il sauve l’Evangile et il empêche l’oubli et les passions de prescrire contre la vérité et la loi divine. Toutes les charges, toutes les dignités, toutes les renommées, si hautes soient-elles, pâlissent à côté de la simplicité et de la grandeur d’une telle fonction. Il y a des ministères plus brillants, il n’y en a pas de plus méritants. Les vrais lutteurs, les vrais héros, ils sont là dans nos campagnes, dans ces postes ignorés et sans gloire, seuls vis-à-vis d’un monde matérialiste et indifférent, seuls à croire, à espérer et à aimer... Saluez, ô hommes, le curé de campagne, et, quand il meurt, inclinez-vous devant le cercueil de ce juste qui a eu le dédain de vos joies comme de vos ambitions, qui n’a pas fait de bruit, mais qui a fait du bien !

Pour nous initier aux gloires religieuses du diocèse de Versailles, nous lisions ces jours-ci la vie de l’abbé Méquignon, curé d’Elancourt et fondateur de l’Orphelinat de l’Assomption, et, dans cet opuscule si intéressant et si remarquablement écrit, une page a retenu notre attention. L’auteur, J. de la Neuville, trace le por-

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trait suivant des curés de campagne : « Toujours prêts à marcher, par tous les temps, pour visiter des malades, secourir des pauvres, consoler des mourants, il n’y a pas pour eux de jour de repos, même le dimanche : ce jour-là, c’est une messe de binage au loin, puis la messe paroissiale ; il faut chanter, prêcher, faire le catéchisme, chanter encore les vêpres. Et tout cela dans une solitude glacée, dans le froid d’une église déserte, où l’on frissonne sous le suaire de l’humidité. Ah ! nous sommes loin de la Madeleine de Paris ou même de Notre-Dame de Versailles ! Et ce n’est pas tout : quand ila rempli son ministère, confident, conseil et secours de misères cachées, d’infortunes occultes qui l’implorent, de pauvretés hypocrites qui l’exploitent, que trouvera-t-il autour de lui pour récompense? L’ingratitude, pis que cela, la haine. La reconnaissance se cache, les regards se détournent, l’insolence seule ose s’afficher. Et pour se consoler, en rentrant à ce presbytère qui n’est pas même à lui, il n’a que la solitude, à peine déguisée par les soins d’une servante, dévouée sans doute, mais quelquefois... peu aimable. Quoi encore ? Il trouve la maladie, la vieillesse, la mort sans une main douce qui rafraîchisse son front, sans un regard en qui se confonde son dernier regard, en un mot sans famille ! Voilà les hommes dont la mission est trop surhumaine pour n’être pas divine... »

La situation difficile du clergé des campagnes.

La mission du clergé des campagnes est incontestablement très haute. N’est-elle pas au-dessus des forces moyennes de la nature humaine? Nous pensons qu’il est nécessaire aujourd’hui de poser et de résoudre cette redoutable question.

Voici jeté au fond d’un humble village, un homme consacré à Dieu et aux âmes, jeune, ardent, actif, capable de grandes choses et tout rempli de saintes ambitions. Il est isolé, muré en quelque sorte dans son presbytère, priant sans réponse et prêchant sans succès, rassemblant autour de lui quelques enfants de paysans qui le comprennent à peine, et sentant que tous les élans de son cœur vont se briser contre une glaciale insouciance, contre une stupide et morne opposition. Son zèle semble stérile. Ses années, ses belles années disparaissent sans laisser de résultats visibles. S'il avait le goût de l’étude, il pourrait peut-être se consoler dans ses livres. Mais les natures bénédictines qui aiment l’étude pour l’étude, sont très rares, même dans le clergé, et en général, pour se livrer au labeur intellectuel, il faut avoir un but, il faut y être poussé par une nécessité immédiate. Si nos populations rurales

avaient conservé la foi et la pratique religieuse, le pasteur chargé de les évangéliser vivrait au milieu d’elles comme un père au milieu de sa famille, et son âme sacerdotale aurait la possibilité de se donner et la joie de se sentir comprise. Mais en réalité que voyous-nous depuis presque un siècle ? Nous voyons la religion s’en aller de nos campagnes, malgré la présence du clergé impuissant et vaincu, nous voyons des milliers et des milliers de prêtres attachés tout vivants à des cadavres de paroisses.

Ayons la sincérité de convenir que, dans nos contrées du moins, la situation du curé de campagne est généralement très pénible, quelquefois angoissante et dangereuse. Elle condamne le prêtre à la solitude, à l’impuissance d'agir, à l’insuccès presque certain dans ses tentatives de zèle, et par conséquent elle le pousse à toutes les tristesses et à tous les périls du découragement. Sans doute la divine Providence veille sur ceux qui lui sont consacrés et les défections retentissantes sont heureusement, on pourrait dire miraculeusement, très rares parmi les élus du sanctuaire. Mais dans les rangs du clergé des campagnes et par suite du genre de vie qui lui est imposé, que de belles intelligences obscurcies et arrêtées dans leur développement ! Que d’élans apostoliques entravés et douloureusement brisés ! Que de vigoureuses volontés anémiées et exténuées ! Que d’activités qui auraient pu être fécondes, et qui se détournent de leur but véritable pour s’égarer sur la route du néant ! Que de jeunesses sacerdotales compromises et à jamais perdues! Depuis cent ans l’Eglise de France perd delà sorte le meilleur de son sang, et d’excellents prêtres, en très grand nombre, ont été les victimes de la vie quasi-impossible qui leur était faite.

Les prêtres groupés.

Nous ne pouvons pas nous résigner à contempler froidement un tel état de choses. Il a trop duré. Nous devons chercher à le faire cesser, et, dans ce but, prendre le principal moyen que la Providence semble, dans les bouleversements contemporains, mettre à notre disposition, ou plutôt nous imposer par une nécessité qui va devenir pressante : il s’agit de l’association et du groupement.

f Charles, Evêque de Versailles.

[A suivre).

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Ii’UflIOfi SflGERDOTRIiE

IKSFIRATIOK DE D’CEUYRE

out en Jésus est beau et grand, saint et divin; et dès lors, tout est digne de nos éternelles contemplations. Jésus, Verbe de Dieu, est mystérieusement adorable dans le sein du Père. Jésus, Verbe Incarné, est souverainement aimable revêtu de notre pauvre humanité.

Dans la crèche, ses sourires nous attirent ; à Nazareth, sa vie calme et contemplative nous charme; sa vie de travaux manuels nous édifie; sa vie apostolique nous instruit; sa Passion nous émeut ; sa mort sur la Croix fait couler nos larmes et nous jette à ses pieds dans le repentir profond de nos fautes ; son Eucharistie nous révèle un excès d’amour qui ravit notre cœur et nous enchaîne à son Tabernacle. Partout, Jésus nous apparaît rempli de charmes, plein de majesté, de douceur, de bonté, le Saint des saints, le Fils bien-aimé du Père en qui Celui-ci a mis toutes ses complaisances.

Nous nous plaisons à contempler Jésus dans la Trinité sainte, dans le cours de sa vie mortelle, dans sa présence eucharistique sur tous les points du globe et dans sa gloire au ciel, entouré des anges et des saints. Sous chacun de ces aspects, Jésus est ineffablement aimable et infiniment adorable. Image parfaite du Père, Sauveur et Rédempteur du genre humain, Victime toujours immolée et intercédant sans cesse pour nous dans tous les Tabernacles du monde, Christ glorieux dans la Patrie devant venir juger les vivants et les morts, Jésus nous est tout un monde de contemplation.

Toutefois, il est en Lui un caractère sacré qui L'éclaire d’une lumière plus vive et nous Le révèle dans une dignité plus grande : Jésus est Prêtre ! Et parce que Prêtre, Il peut être Victime ; et parce que Victime pouvant être immolée par la puissance de son propre Sacerdoce, 11 est Sauveur ; et parce que toujours Prêtre et toujours Victime, Il a droit d’être honoré et adoré comme Prêtre, tout autant que comme Victime, au ciel et sur la terre.

Considérer Jésus dans son Sacerdoce éternel, exercé dans le temps, continué dans l’Eucharistie, et glorifié dans le ciel, c’est donc pénétrer dans l’intime de Jésus et avoir de Lui la science la plus complète et la plus essentielle.

Tant que Jésus ne sera pas honoré, aimé, servi et adoré en tant

que Prêtre, il manquera quelque chose aux hommages que nous devons Lui rendre et il restera dans son Cœur des désirs irréalisés et des droits méconnus.

C’est cette grande et profonde vérité qui a été la pensée inspiratrice de Y Union Sacerdotale. Il nous a semblé que le Sacerdoce de Jésus était laissé trop dans l’ombre. Nous nous sommes demandé si la raison n’en venait pas de ce que nous Prêtres, nous en négligions trop l’étude et la méditation.

Cela nous a d’autant plus frappé, que notre propre Sacerdoce n’est autre que celui de Jésus, et que connaître le Sacerdoce en Jésus c’est nous connaître nous-mêmes. Indépendamment de ce que nous sommes par nature, par notre tempérament, notre caractère, nos vertus et nos défauts, nous sommes, en tant que Pré/res, grands et puissants comme Jésus. Nous empruntons au Sacerdoce de Jésus, sa beauté, sa puissance, sa sainteté et ses divines efficacités. L’homme disparaît en nous pour faire place au Souverain Prêtre opérant, purifiant, sanctifiant, fécondant et sauvant par notre ministère.

Prêtres, nous sommes en réalité d’autres Christs ; et c’est pourquoi tout en nous doit être pur et saint. Pur et saint, comme Celui que nous représentons; puret saint, comme la vie que nous communiquons; pur et saint, comme la divine Victime que nous immolons chaque matin au saint Autel; pur et saint, comme le Prêtre unique et sacro-saint par la vertu duquel nous faisons des saints.

Aussi, est-il impossible de considérer le Sacerdoce de Jésus dans toute son ampleur, sans le considérer dans ses prolongements inévitables : les âmes sacerdotales. Jésus est Prêtre dans ses Prêtres! En leur communiquant ainsi son Sacerdoce, Il le fait d’une manière irrévocable. A partir du moment de leur consécration sacerdotale, les Prêtres deviennent plus que des compagnons inséparables pour Jésus mais encore des aides nécessaires, plus que des rayonnements de Lui-même mais bien en fait d’autres Lui-même.

Dès lors, l’honneur extérieur de Jésus réside avant tout dans ses Prêtres, dans la sainteté de ses Ministres. La raison essentielle pour laquelle le Prêtre doit être saint, c’est que par son Sacerdoce il est Jésus. Toutes les vertus de Jésus souverain Prêtre doivent donc se réfléter dans la vie du Prêtre. C’est là son premier devoir, impérieux et essentiel, sans lequel il ne peut être fidèle à sa sublime vocation.

Plus nous étudierons Jésus en tant que Prêtre, et plus nous aurons une intelligence développée de notre dignité sacerdotale. Plus nous pénétrerons, par l’étude, la prière et la méditation, dans les profondeurs de cette science suréminente, et plus nous com-

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prendrons les obligations sacrées de notre Sacerdoce et nous aurons le désir et la volonté de retracer dans notre vie la sainteté de notre Maître.

Le Prêtre fidèle à sa vocation, doit s’appliquer sans doute à reproduire en lui toutes les vertus qu’il trouve en Jésus ; mais il en est une spécialement qui lui convient essentiellement, c’est la charité. Jésus n’a exercé son ministère sacerdotal que dans la charité : c’est l’amour qui l'a fait s’immoler, c’est l’amour qui le rend captif dans l’Eucharistie, c’est l’amour qui remplit de joies ineffables le cœur des élus dans l’éternité. Sur la terre comme au ciel, Jésus rayonne l’amour. Les Prêtres, participants à la même mission, doivent réfléter les mêmes clartés. Un Prêtre qui n’aurait pas la charité, serait-il un vrai Prêtre?

Mais quels sont ceux que Jésus a d’abord et le plus aimés : ce sont ses Prêtres. Quels sont ceux, dès lors, envers qui les Prêtres doivent exercer avant tout le précepte de la charité, sinon leurs Confrères? La charité fraternelle sacerdotale est donc une des premières comme une des plus douces obligations du Prêtre. Le Prêtre n’est jamais plus Prêtre, que quand, à l’exemple de son divin Maître, il aime les âmes, se sacrifie et s'immole pour elles. Aimer ses Frères dans le Sacerdoce, se montrer toujours aimable et charitable envers eux, chercher par tous les moyens possibles à leur être utile et savoir, à l’occasion, s’oublier et se sacrifier pour eux, n’est-ce pas une vertu éminemment sacerdotale, chère entre toutes au Cœur de Jésus et voulue par Lui : « In hoc cognoscent omnes quia discipuli mei estis, si dilectionem habueritis ad invicem (Joan., xiii, 53) ».

L'Union Sacerdotale est née de cette pensée de charité puisée dans le Cœur de Jésus le Souverain Prêtre.

Prière des (Vtembres de 1’ “ Union Sacerdotale ”

« Domine Jesu, fons totius Sacerdotii et charitatis, fac ut charitate fraternitatis invicem diligamus. »

Cette prière, qui exprime dans une courte synthèse et sous forme d’une ardente invocation la fin et l’esprit de VUnion Sacerdotale , doit être chère à tous les Associés. Ils sont vivement invités à la répéter souvent, en l’adressant à Jésus, Prêtre et Victime dans la divine Eucharistie.

üa charité fraternelle

envers les Prêtres malheureux

ous avons, dans un premier article, rappelé le précepte de la charité fraternelle, promulguée par le divin législateur. Ce précepte est imposé à tous les membres de la famille chrétienne et doit être pratiqué vis-à-vis de nos semblables sans aucune exception. Mais, s’il en est pour qui la loi de la charité devient une obligation plus stricte et plus grave, ce sont bien ceux-là qui ont accepté de marcher à la suite de Jésus dans la voie royale du Sacerdoce, qui ont reçu la mission de continuer l’apostolat du Souverain Prêtre, au prix de tous les sacrifices, prêts à vivre et à mourir victimes avec Lui pour le salut du peuple, et dès lors, pour les plus pauvres, les plus abandonnés et les plus coupables comme pour les justes.

Il n’y a d’ailleurs rien de plus honorable, ni de plus méritoire pour nous que cette douce charité à l’égard des pécheurs.

Tous les hommes de Dieu qui ont eu quelque bienfaisante mission à remplir dans l’humanité, ont toujours été tourmentés parle besoin de se dévouer jusqu’au sacrifice complet d’eux-mêmes. Dans l’ancien Testament, c’est un Moïse qui s’offre à Dieu comme victime pour obtenir le pardon des coupables : aut dimitte eis hanc noxam, aut si non facis, dele me de libro tuo quem scripsisti ( Exod ., xxxii, 21). Dans le nouveau, c’est saint Paul dont la parole de feu, jointe à l’action, a suscité à travers les siècles une légion d’hommes apostoliques, Pontifes, Prêtres et laïques, chez lesquels on a retrouvé et l’on retrouve encore ce même besoin de se donner et de s’immoler pour les âmes. Quis infîrmatur, et ego non infîrmor ? Quis scandalizatur, et non uror ? ( II Cor., xi, 29). Ego autem libentissime impendam et super impendar ipse pro animabus vestris {Ibid., xn, 15). Le zèle nous associe donc à ces héros chrétiens de l’antiquité. Il nous honore encore davantage, car il nous associe aux anges : omnes sunt administrai orii spiritus, in ministerium missi, propter eos qui hæredilatem capient saiutis ( Heb ., i, 14). Il nous associe enfin à Dieu Lui-même : Dei enim adjutores sumus (/ Cor., m, 9).

Si la pratique de la charité en général est déjà quelque chose de si noble et de si divin, que dire de cette même charité exercée à l’égard de nos Frères dans le Sacerdoce, que le malheur a frappés? Parmi eux, il en est qui sont remplis de bons sentiments, qui n’attendent qu’une main secourable pour les aider à supporter

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l’épreuve et à en profiter dans l’intérêt de leur sanctification et d’une vie vraiment sacerdotale. Une épreuve, quelle qu’elle soit, méritée ou non, est une grâce, et quand la grâce triomphe, c’est l’amour de Jésus recouvré et augmenté dans une âme ; et quand cette âme est une âme de Prêtre, se peut-il apostolat plus sublime à exercer ?

Transportons-nous par la pensée au Cénacle, le soir du grand jeudi. Le moment est solennel : le Sacrifice eucharistique vient d’être institué et offert pour la première fois, et pour la première fois aussi les Prêtres nouvellement ordonnés ont communié de la main même de Jésus. C’est l’heure de l’action de grâce et de la prière : voici que le divin Maître, prenant la parole, suggère à ses Prêtres, dans un long et touchant discours, les pensées et les sentiments qui doivent être les leurs, et dont ils auront à s’inspirer pendant toute leur vie, eux et leurs successeurs, jusqu’à la fin des temps. Puis, en route pour Gethsémani, il termine cet entretien céleste par la plus sublime prière qui soit jamais tombée des lèvres humaines. Quels ne durent pas être alors le recueillement et l’émotion des Apôtres témoins de cette scène incomparable ! Et combien, à notre tour, nous devons faire taire tous les bruits du dehors et nous appliquer à graver au fond de notre cœur chacune des divines paroles qui composent cette mémorable prière, si justement appelée la prière sacerdotale de Jésus!

Jésus prie d’abord pour Lui-même... Il priera plus tard pour son Eglise; mais auparavant, Il songe à ses Prêtres bien-aimés de tous les siècles. Or, parmi les grâces qu’il supplie son Père de leur accorder, il en est une, précieuse entre toutes : « Paler sancte serva eos... ut sini unum , sicul et nos (Joan xvii, 11 ». Père saint, que tous les membres de la grande famille sacerdotale demeurent unis dans les liens de la vérité et de l’amour, et qu’ils soient un comme nous!.. Et s’il arrive jamais que des défections s’y produisent, qui brisent ces chaînes et rompent l’unité des esprits et des cœurs, ô vous, mes Prêtres fidèles, sacrifiez-vous autant que vous le pourrez, pour sauver l’âme de vos frères, les ramener au bercail et refaire l’union si chère à mon Cœur.. !

Rien ne peut nous démontrer davantage jusqu’à quel point cet apostolat de miséricorde envers nos frères est une œuvre noble, divine et recommandable entre toutes. Elle est aussi grandement méritoire et libératrice.

L'humanité ne forme qu’un corps au point de vue naturel et surnaturel. Si l’ordre physique a ses lois, l'ordre moral et surnaturel a les siennes, telles que la loi de la solidarité, celle de la réversibilité des mérites et des fautes et celle de l’expiation. « Ces « trois lois, dit de Maistre, sur lesquelles repose l’ordre moral,

« sorties des entrailles de notre Dogme et de notre révélation « primitive, ont traversé les siècles et sont demeurées l’objet « constant de la foi du genre humain. »

Pour ne parler que de la loi de la solidarité applicable à notre sujet, nous pouvons la formuler ainsi : si les Prêtres heureux ne s’intéressent pas à leurs frères qui sont dans l’abandon et dans la peine, il deviendra nécessaire qu’à leur tour ils aient à souffrir quoique innocents, en vertu du lien moral qui les rend participants de la misère et des peines des autres membres de la famille sacerdotale.

« A ceux que le malheur a frappés, dit encore Mgr Deschamps, « dans son ouvrage « La question religieuse au xixe siècle »,nous « avons beau affirmer que la responsabilité est personnelle, — ce « qui est vrai pour nos actes — , les âmes protestent au nom de « la solidarité. »

Si Satan se présentait devant le trône de Dieu et, se prévalant de la triste situation de tant de Prêtres malheureux, s’il osait demander la permission de passer au crible de l’épreuve ceux qui sont restés fidèles, le Seigneur n’agirait-il pas comme autrefois pour le saint homme Job ; et cette fois, en vertu des lois qui régissent l’ordre moral, ne pourrait-il pas laisser au grand ennemi de nos âmes la liberté de frapper le Sacerdoce?... Mais hélas! peut-être Satan parviendrait-il à multiplier les victimes... Alors, qui stat , videal ne cadat !

En présence de cette situation, il est impossible de fermer les yeux, de se détourner et de passer outre, comme l’Evangile nous dit que le firent le prêtre et le lévite en rencontrant l’homme couvert de plaies et blessé sur le chemin. Si les cœurs ne s’émeuvent pas, si les entrailles de la miséricorde se ferment sur le sort de nos Frères disgraciés, la loi de la solidarité amènera la loi de l’expiation.

On peut faffîrmer : il y a parmi les malheureux en disgrâce, des victimes qui, dans la sincérité de leur cœur, demandent chaque jour au ciel, avec instance, la grâce et les moyens de faire tout ce que leur demande la sainte Eglise leur mère. Ces supplications ardentes doivent nous toucher. Les belles pages de nos prophètes et celles des saints Evangiles ne peuvent pas être une lettre morte : il ne faut pas que, pour le Prêtre malheureux, le Sanctuaire soit voilé et qu’il lise sur le frontispice de l’Autel, où il a immolé la Victime sainte, des mots semblables à ceux du Dante : Ici, il n'y a plus d’espérance !

Lors même que la doctrine de la charité, qui nous fait reconnaître des frères dans les malheureux et les coupables, pourrait être oubliée de tous sur la terre, le corps sacerdotal la devrait conserver dans toute sa pureté. Nous vivons dans un temps,

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il faut bien l’avouer, qui a de nombreux points de ressemblance avec les siècles du paganisme ; or, ce qui frappait d’admiration les païens à l’origine de l’Eglise, c’est la charité des chrétiens qui les forçait à s’écrier : voyez, comme ils s’aiment entre eux. Dans notre siècle, il faut aussi que le peuple qui perd la foi, puisse dire en nous voyant à l’œuvre : voyez quelle charité ils ont les uns pour les autres !

Terminons par une parole consolante tombée des lèvres divines et qui est l’annonce d’une prédestination certaine : Beali miséricordes , quoniam ipsi misericordiam consequentur (Matth., v, 7). Le dévouement pour le salut des âmes est donc l’un des caractères les plus rassurants de notre bonheur futur. Saint Paul, parlant de ceux qui l’ont aidé dans ses travaux apostoliques, affirme que leur nom est écrit dans le livre de vie. Et lui-même, sur quoi fondait-il ses espérances, pour le grand jour ou chacun recevra selon ses œuvres? Sur les conquêtes qu’il avait faites à Jésus- Christ.

Mais pour ce Prêtre zélé et charitable envers les simples fidèles et particulièrement envers ses Frères dans le Sacerdoce, n’y aurat-il au ciel qu’une couronne ? Saint Grégoire répond : tôt coronas sibi multiplicat, quot Deo animas lucrifacit. Le Prêtre charitable et miséricordieux ajoutera donc à son propre bonheur, d’abord celui des âmes au salut desquelles il aura contribué directement, et ensuite celui des âmes sauvées par les prières, les sacrifices et les travaux des Prêtres de Jésus que sa charité aura replacés dans le Sanctuaire.

Comme on comprend, après cela, la profonde parole adressée un jour par S. S. Pie X au Supérieur de la Fraternité Sacerdotale : « Sauver une âme de Prêtre , c'est sauver dix mille âmes. » Puissions-nous avoir le bonheur de coopérer au salut d’une seule dans notre vie !

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Retraite du mois de Juin.

La retraite du mois, au centre de Y Union Sacerdotale , à Paris, est fixée au mardi , 9 juin. L’exercice du matin aura lieu à 10 heures, et celui du soir à 4 heures.

Les confrères de Paris et des environs, ainsi que tous ceux de passage à Paris ce jour-là, sont fraternellement invités à y assister.

Les Prêtres qui désirent y faire leur retraite annuelle, ou y passer quelques jours dans le repos et la prière, y sont reçus avec joie et une affection toute fraternelle.

Le f^ôle soeial du PnêtPe

e Prêtre est établi sur la terre, et aux yeux du monde, à l'image de Jésus, et cela d’une manière frappante, bien faite pour nous montrer le caractère admirable et unique de son Sacerdoce divin.

Nous avons l’intention de considérer, dans cette étude, la ressemblance que le Prêtre a et doit avoir avec Jésus, dans sa vie publique, ressemblance qui lui donne des droits indiscutables de mandataire et lui impose en même temps des obligations et des devoirs stricts de disciple consacré.

Nous verrons que la comparaison peut aller très loin dans la vie de tous les Prêtres, si ordinaires que soient leurs occupations dans la Société, car ce n’est pas le privilège des grands saints d’avoir à imiter, aussi parfaitement que possible, le divin Maître. Tous les chrétiens ont cette belle mission vis-à-vis d’eux-mêmes ; mais les Prêtres sont tenus de la remplir strictement, s’ils veulent être dignes de représenter Jésus dans le monde.

Ils sont « le sel de la terre » et « si ce sel s’affadit, avec quoi salera-t-on » ? C’est dire combien ils doivent avoir une saveur excellente, exempte de tout alliage, afin que, grâce à eux, les âmes ne connaissent pas la corruption. Et cette saveur exquise et pure qu’ils doivent posséder en eux-mêmes, afin de la répandre tout autour d’eux, ils la trouveront et iront la puiser à la source de toute grâce, en Jésus, qui est le principe de toute puissance, de toute suavité, de tout amour : Omne delectamentum in se habeniem.

C’est à ce travail indispensable, semblables à de diligentes abeilles puisant le miel dans la corolle des tleurs, que doivent s’appliquer les jeunes clercs, dès que l’appel de Dieu les a séparés du monde pour les initier, en de saintes maisons, aux devoirs de leurs charges futures. Dès ce moment déjà, .ces enfants, ces jeunes gens, Prêtres de demain, ressemblent à Jésus qui a passé la plus grande partie de sa vie dans l’ombre, au sein de sa famille, où il croissait « en âge et en vertu ». Tel est le programme du séminariste : il doit croître en sagesse, en science, en sainteté, jusqu’à ce que sonne pour lui, comme elle a sonné pour Jésus, l’heure de la vie publique, où il faudra mener le bon combat qui est rude et serait impossible si l’on n’était puissamment et surnaturellement armé.

Et voilà que le rôle du Prêtre dans la Société se marque aussitôt, avant de se dessiner dans tous ses détails. 11 y arrive, non point en spectateur indifférent, mais en combattant qui doit, sitôt entré dans l'arène, prendre place pour la lutte, en montrant au grand jour ses armes et sa tactique.

BULLETIN DE LENTON SACERDOTALE

Tel fut Jésus quand il commença la mission extérieure qu’il venait accomplir sur la terre. Il se trouva immédiatement en évidence, lui qui était resté jusqu’ici si obscur, lui que tout le monde ignorait parce qu’il ne s’étail préparé à sa tache surhumaine que dans la retraite, le silence, la prière, l’obéissance et le travail. Mais l’œuvre qu’il poursuivait, une fois révélée, devait attirer l’attention du monde, et Jésus, ainsi posé « en contradiction sur la surface de la terre » ne pouvait passer inaperçu aux yeux de personne. Des ennemis se présentèrent tout de suite, nombreux comme les turpitudes des hommes et implacables comme le mal. Ils le poursuivirent férocement, pas à pas, inlassables à ruiner son action dans les âmes, et ils furent en apparence victorieux et triomphants, puisqu’ils réussirent enfin à ameuter contre lui tout un peuple comblé de bienfaits et qui le renia, l’insulta, le frappa, le voua à la plus infâme des morts. Quel homme a jamais pu accumuler sur sa tète de pareilles haines !

A côté de cela, qui dira les amitiés de Jésus et tout ce qui l’a consolé venant des âmes qui l’ont aimé, servi, soutenu tout le long de sa route, où sa délicatesse et sa sensibilité extrêmes lui faisaient rencontrer à chaque pas la souffrance ! Sa divine Mère, Madeleine, Marthe, les saintes femmes et quelques-uns de ses amis, comme Lazare, les Apôtres et en particulier saint Jean, l’apôtre bien-aimé, lui témoignèrent un amour qui n’était pas de ce monde, que nul autre homme n’a rencontré, et que Jésus devait goûter indiciblement.

Et l’amour des petits, des humbles, des faibles, des malheureux, des déshérités que Jésus a soutenus, consolés, nourris, sauvegardés, guéris, instruits, comme il a dû combler de joie le Cœur de ce doux Maître qui se donnait à tous si généreusement !

Voilà l’exemple de Celui qui « a’passé dans le monde en faisant le bien » et qui veut se continuer, jusqu’à la fin des temps, dans ses Prêtres qu’il a choisis pour accomplir ici-bas une mission semblable à la sienne, toute de dévouement, de sacrifice, de piété et d’amour.

Comme Jésus, les Prêtres « ne sont pas de ce monde », et pourtant ils y sont envoyés, ainsi que Jésus a été envoyé parmi les hommes par Dieu son Père, afin de les sauver et de les ramener à Lui. N’étant pas de ce monde, et devant cependant y vivre, les Prêtres y ont évidemment une place à part, faite à l’image de celle que Jésus eut sur la terre.

C’est pour la situer, cette place unique, l’étudier et en tirer tous les enseignements qu’elle comporte, que nous envisagerons le rôle social du Prêtre, si profond, si grave et si au-dessus de tout ici-bas que ce rôle assure au Prêtre une suprématie religieuse incontestable que celui-ci, pour l’honneur du Maître dont il est le Ministre, doit chercher à conserver dans toute sa dignité.

NOTES LITURGIQUES

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