‹ Le SacerdoceChapitre 12 sur 34 · MH RÉFORME DV BRÉVIAIRE · texte numérisé non relu

MH RÉFORME DV BRÉVIAIRE

La Restauration de la Psalmodie (suite).

a récente Réforme du Bréviaire, outre qu’elle nous rend une Psalmodie intégrale , nous ramène à la plus saine et à la plus ancienne tradition ecclésiastique.

Très abondant dans les questions — d’intérêt général et primordial — qui concernent notre foi et notre morale chrétiennes, l’Evangile est beaucoup plus sobre en tout ce qui a trait à l’organisation pratique de la discipline et du culte. Est-ce à dire qu’en cela Jésus a laissé ses Apôtres sans aucune direction ? Est-ce à dire, en particulier, que ces quarante jours qui précédèrent l’Ascension du Maître et pendant lesquels Celui-ci entretenait ses disciples du Royaume de Dieu (1), ne furent pas consacrés à fixer entre autres les grandes lignes du culte extérieur et public ?

N’est-ce pas en vertu de ces recommandations de la dernière heure, que, sitôt Jésus parti et l’Esprit descendu, les Apôtres se mettent à fréquenter le Temple et les synagogues aux heures préétablies (2), à observer en leur particulier les heures de la prière (3), puis, quand les chrétiens, se séparant des Juifs, commencent à vivre de leur vie propre, à prescrire pour les réunions cultuelles la pratique de la psalmodie (4)?

N’est-ce pas encore en vertu de la même impulsion, que nous voyons les plus anciens Pères de l’Eglise accorder dans la prière publique et privée une telle importance à la récitation du Psautier? Qu’il s’agisse en effet des Laudes matutinales ou vespérales, ou des heures diurnes (Tierce, Sexte et None), ou encore de ces longues veillées nocturnes, origine de nos Matines; qu’il s’agisse des offices collectifs célébrés avec l’assistance des diverses communautés chrétiennes, églises ou monastères, ou des oraisons domestiques des fidèles, toujours nous voyons préconisée, comme élément prépondérant, à côté de la lecture des Saints Livres, la récitation plus ou moins prolixe des Psaumes.

Il serait aisé, mais trop long, de citer ici les exemples ou les témoignages des Antoine et des Cassien, la règle de saint Pacôme, les traités de saint Epiphane, les épîtres de saint Basile, les prescriptions des Constitutions apostoliques, les indications fournies par les écrits des Chrysostome, des Ambroise, des Augustin, des Hilaire de Poitiers et de tant d’autres. Je me borne à ce texte d’un traité sur la Virginité

(1) Act., I, 3.

(2) LUC., XXIV, 53 ; Act., II, 46 ; III, 1.

(3) Act. X 9.

(4) Ephes., V, 19; WÊloss., 111,16.

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attribué à saint Athanase et qui, dans tous les cas, appartient à la deuxième moitié du iv® siècle : « Récite autant de psaumes que tu pourras en réciter debout, et après chaque psaume, fais une prière et une génuflexion; après trois psaumes, dis Y Alléluia». Déjà les moines d’Egypte récitaient en leurs longues veilles les uns dix-huit, les autres vingt, trente psaumes, ou même davantage (1) ; et quand les abbés Jean et Sophrone furent reçus au mont Sinaï par l’abbé Nil (vers 450), ces trois saints personnages récitèrent le psautier tout entier en une seule nuit, divisée en trois veilles : tant était vive chez nos Pères la passion des poèmes davidiques !

Cette passion, le grand patriarche des moines d’Occident, saint Benoît, écrivant (en 529 ou 530) son immortelle règle, n’eut qu’à la modérer et à la canaliser en établissant le principe, resté immuable jusqu’à nos jours, selon lequel la récitation intégrale du Psautier se ferait à l’office divin dans l’espace d’une semaine. Et cette prescription, que l’humilité de son auteur n’entendait appliquer qu’à ses moines, fut jugée si sage que l’Eglise la fit sienne. Aucun des Papes qui, dans la suite, organisèrent ou réformèrent l’office romain, ne toucha à ce principe ; ni saint Grégoire le Grand, ni saint Grégoire VII, ni Innocent III, ni saint Pie V, ni Clément VIII, Urbain VIII ou Benoît XIV ne jugèrent convenable de tempérer ou d’adoucir l’inflexible règle, qui depuis bientôt quatorze siècles préside à l’ordonnance de nos livres d’ileures : chaque semaine doit assurer la récitation intégrale des cent cinquante Psaumes de David.

Et pourtant!... En 1912, le clergé du diocèse de Rome avait à faire l’office de 106 confesseurs et à célébrer 44 fêtes d’un seul martyr. De ce chef donc, il avait à réciter 150 fois les Psaumes, par exemple, 1, 2 et 3 ; et encore faudrait-il ajouter à ce chiffre de 150, toutes les fêtes de plusieurs Martyrs et tous les Offices propres dont ces Psaumes font partie. En revanche, en dehors du jeudi et du vendredi saint, il n’était pas une seule fois tenu à l’office des Fériés 5° et 6® : l’année 1912 s’écoulait par conséquent tout entière sans qu’il eût à dire les Psaumes 22, 77 à 79, 80 à 86, 88, 95, 96, 131 à 138, 140 et 142 (à moins que le hasard de quelque fête de l’année n’amenât l’un ou l’autre de ces Psaumes — comme le Psaume 88 aux Matines de Noël). Je n’entre pas aujourd’hui dans l’examen des causes et me borne à constater le fait : à Rome même, en dépit de la règle quatorze fois séculaire et non abrogée de la récitation hebdomadaire du Psautier, l’année 1912 tout entière n’y suffisait pas; tandis que certains psaumes revenaient un nombre fastidieux de fois, vingt-trois autres restaient absolument sans emploi...

Vint la Bulle « Divino afflatu ».

Aussi dès 1913, dans le même diocèse de Rome, six semaines entières se présentèrent, pendant lesquelles les cent cinquante Psaumes furent récités sans omission ni interruption. Et, si cela semble peu, j’ajouterai que les Psaumes du lundi furent dits 32 fois, ceux du mardi 37 fois, ceux des autres séries et du dimanche un nombre à peu près égal. Nous ne sommes pas revenus mathématiquement - et nous ne pou-

(1) Oasseen, De Institu. cœnob., II, il.

vons y revenir — à la règle de saint Benoît ; nous nous en sommes singulièrement rapprochés. Mais les chiffres éi-dessus seraient encore bien plus éloquents si je pouvais tabler sur VOrdo, encore inexistant, de 1915, le premier qui appliquera, non seulement la Constitution « Divino afflatu » du 1er novembre 1911, mais son tout récent complément, le Motu proprio « Abhinc duos annos » du 23 octobre 1913.

Comment, malgré les causes nombreuses qui nous privaient de la lecture du psautier, pouvait-on nous la rendre, et comment, de fait , le Souverain Pontife nous l’a-t-il rendue ? C’est ce que nous verrons dans le prochain article.

Pijièrçe à Jésu$ Fifêtije étemel

O Jésus , Pontife Éternel, divin Sacrificateur, Vous qui dans un incomparable élan d’amour pour les hommes, vos frères, avez laissé jaillir de votre Sacré-Cœur le Sacerdoce chrétien, daignez continuer à verser dans vos Prêtres les flots vivifiants de l’amour infini.

Vivez en eux; transformez-les en Vous; rendez-les par votre grâce les instruments de vos miséricordes ; agissez en eux et par eux, et faites qu’après s’être tout revêtus de Vous par la fidèle imitation de vos adorables vertus, ils opèrent en votre nom et par la force de votre esprit, les œuvres que Vous avez accomplies Vous-même pour le salut du monde.

Divin Rédempteur des âmes, voyez combien grande est la multitude de ceux qui dorment encore dans les ténèbres de l’erreur ; comptez le nombre de ces brebis infidèles qui côtoient les précipices ; considérez la foule des pauvres, des affamés, des ignorants et des faibles qui gémissent dans l’abandon.

Revenez vers nous par vos Prêtres ; revivez véritablement en eux ; agissez par eux et passez de nouveau à travers le monde, enseignant, pardonnant, consolant, sacrifiant, renouant les liens sacrés de l’Amour entre le Cœur de Dieu et le cœur de l’homme.

Ainsi soit-il.

{Indulgence de 300 jours. — Indulgence plénière, applicable aux défunts, le 1er vendredi ou le 1er dimanche du mois, pour la récitation quotidienne I)

Pie X, 3 Mars 1905.

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