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LETTRES DE PRÊTRISE

Pendant la grande révolution, un vicaire de Saint-Paul, à Lyon, est arrêté et condamné à mort. Au moment où il allait monter sur l’échafaud, le président lui dit :

Citoyen Pavy, livre-nous tes lettres de prêtrise et la République t’absout et te remet en liberté.

— Mes lettres de prêtrise? J’en ai perdu l’original; mais il en existe un double dans le ciel ; fais-moi monter sur réchafaud et j’irai te le chercher.

Le Légat du Pape au Congrès Eucharistique de Lourdes

u moment où paraît ce numéro du « Sacerdoce », sous le beau ciel des Pyrénées, dans le cadre incomparable de Lourdes, se déroulent les merveilleuses solennités du xxve Congrès Eucharistique international.

Toute la tribu sacerdotale y est réunie dans ses chefs les plus augustes et dans les nombreux représentants des clergés de tous les pays de l’univers. On peut dire que le Pape lui-même y préside dans la personne du Légat qu’il a daigné choisir pour tenir sa place et parler en son nom.

C’est pour nous un vrai bonheur de pouvoir offrir à nos vénérés lecteurs une photographie authentiqua — et la plus récente — de

BULLETIN DE L UNION SACERDOTALE

FEminentissime Cardinal Granito Pignatelli de Belmonte, qui est à cette heure Fhôte bienvenu de la France.

Nous la devons à la particulière bienveillance dont Son Eminence daigne honorer notre Œuvre. On remarquera qu’Elle a voulu l’autographier de sa propre signature et y attacher le souvenir de l’ouverture du Congrès, en la datant intentionnellement du 20 juillet ; délicate attention dont nous exprimons toute notre reconnaissance au très vénéré Cardinal.

Voici un aperçu très exact de sa rapide et brillante carrière.

Janvier Granito Pignatelli de Belmonte naquit àNaples, le 10 avril 1851, du Seigneur Angelo Granito, Marquis de Castellabate, Directeur général des Archives du royaume des Deux Siciles, et de Donna Françoise- Pauline Pignatelli y Aymerich, Princesse de Belmonte.

Il est Comte de Copertino, par un titre de sa famille qui possède les terres où naquit saint Joseph de Copertino, célèbre par sa dévotion enflammée envers l’adorable Sacrement de nos autels.

Il fit ses études au collège Mondragone, près de Rome, tenu par les Jésuites. Très lié avec le Cardinal Sisto Riario Sforza, Archevêque de Naples, il n’entra cependant dans l’état ecclésiastique qu’à l’âge de vingt-sept ans, sous la juridiction du Cardinal Sanfelice. Ordonné prêtre en 1879, Don Granito rendit les plus précieux services à son archevêque dans l’administration du diocèse. En 1883, il contribua notamment à l’organisation des secours en faveur de la population de Casamicciola, ruinée par un tremblement de terre. En 1884, il se dévoua sans compter au service spirituel des cholériques avec la faculté extraordinaire de donner aux malades, qui ne l’avaient pas encore reçu, le Sacrement de Confirmation. Il protégea et encouragea par un généreux appui les Filles de Sainte-Anne qui purent, grâce à lui, étendre leur pieuse mission dans la Campanie.

Le 4 avril 1884, il fut nommé Prélat de la Maison de Sa Sainteté. En 1890, il acheta le journal La Libertà Catholica et en fit un puissant organe de défense catholique, ce qui lui valut un Bref louangeux de S. S. Léon XIII. En 1893, il fut nommé chanoine-diacre de l’insigne cathédrale de Naples, fonction réservée par la tradition à des ecclésiastiques de naissance illustre. Plusieurs fois, le célèbre miracle de saint Janvier,, son populaire patron, s’est accompli dans ses mains.

Déjà très avantageusement connu à la Cour Romaine par ses vertus sérieuses et ses rares aptitudes, Don Granito fut appelé en 1893 à la Secrétairerie d’Etat. Envoyé en juin de la même année comme ablégat en France, pour porter la barrette Cardinalice à Mgr Lecot, Archevêque de Bordeaux ; en 1896, en Russie comme Conseiller de l’Ambassade Pontificale pour le Couronnement du Tzar ; conseiller de la nonciature à Paris, en 1897 ; député à Londres, en mai, pour assister au jubilé de la reine Victoria; chargé d’affaires à Paris, en 1899, à la mort de Mer Clari, le distingué et noble Prélat fut nommé Nonce à Bruxelles, le 2 décembre 1899, et sacré Archevêque d’Edesse. En ce catholique pays, Mgr de Belmonte conquit toutes les sympathies, exerça la plus salutaire influence et y laissa d’impérissables.

souvenirs et d’unanimes regrets, quand il fut promu, en janvier 1904, à une nonciature de première classe, à Vienne. Il y demeura jusqu’en janvier 1911. Par la mauvaise foi de certains personnages, il y traversa de longues et douloureuses difficultés, parmi lesquelles s’affirmèrent son dévouement absolu au Saint-Siège, sa fermeté doctrinale, son tact parfait, et cette entière possession de lui-même qui est la marque infaillible d’une haute vertu, d’une sage prudence et d’une grande force de caractère.

Au mois de juin 1911, S. S. Pie X le choisit comme chef de la mission pontificale qui se rendit à Londres pour le sacre du roi Georges V. L’accueil qui lui fut fait alors par la famille royale fut universellement remarqué. Déjà, étant Nonce en Belgique, il avait été envoyé en Angleterre, pour offrir au roi Edouard VII les condoléances de Léon XIII pour la mort de S. M. la reine Victoria.

Le Cardinal est par-dessus tout une âme apostolique. Comme il passait par Rome, en juillet 1911, au retour de sa mission à Londres, il ne dissimula point la hâte qu’il avait de rentrer à Naples où le choléra sévissait alors. Au péril de sa vie, il voulait accourir au chevet des pestiférés pour leur prodiguer les trésors inépuisables de sa charité sacerdotale. Au mois d’octobre suivant, il les dépensa largement au service spirituel des soldats italiens qui partaient pour la lointaine expédition de Tripoli. Il passa des journées entières à entendre les confessions des jeunes militaires dans l’église de Sainte-Marie des Anges à Naples. Pour continuer les heureux effets de son apostolat dans ces chères âmes, il fit éditer, à leur intention, un opuscule pieux et pratique : Il soldato christiano.

Le Saint-Père couronna une si belle et si noble carrière en créant M§r Granito Pignatelli de Belmonte Cardinal-Prêtre de la Sainte Eglise Romaine, dans le Consistoire du 27 décembre 1911, et lui assigna comme titre cardinalice Sainte-Marie des Anges.

Le jour de la prise de possession de la splendide église de Michel- Ange, le 7 janvier 1912, son Eminence fit une large distribution d’aumônes aux pauvres du quartier, et affirma dans un magnifique discours son dévouement absolu à l’Eglise et au Pape dans les graves circonstances actuelles.

Le sanctuaire de Sainte-Marie des Anges fondé sur les larmes et le sang des martys, remarqua le Cardinal, lui en rappellerait sans cesse l’obligation.

Telle est en résumé la vie de celui que Sa Sainteté Pie X vient de désigner officiellement pour le représenter au Congrès Eucharistique de Lourdes.

La noble distinction de l’Eminent Cardinal, sa tendre piété, sa connaissance expérimentée des personnes et des choses, son tact exquis, son affabilité attrayante, la bonté de son cœur, assurent à la haute et délicate mission dont il est investi le plus brillant succès.

Plusieurs fois déjà Son Eminence est venue, humble pèlerin, se prosterner aux pieds de l’immaculée, aux roches de Massabielle ;

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mais ce que l’on ignore peut-être, c’est que la chapelle privée de Son Eminence, dans son palais cardinalice à Rome, est consacrée à Notre-Dame de Lourdes, et que le Cardinal célèbre chaque matin la sainte Messe à un autel couronné par la blanche Madone des Pyrénées.

Qu’il soit mille fois le bienvenu, l’Envoyé du Saint-Père, le Cardinal si dévot envers Jésus-Eucharistie et envers sa Mère Immaculée, l’ami fidèle et éprouvé de la France ! C’est le Pape lui-même, c’est le Chef de l’Eglise universelle que toutes les nations catholiques, représentées à Lourdes pour adorer le divin Roi du Sacrement, acclameront dans la personne de son Légat : Benedictus qui venit in nombre üomini.

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