LE PRÊTRE DOIT ÊTRE SAINT
Extrait de l’exhortation de S. S. Pie X au Clergé
De toutes nos préoccupations la principale est celle-ci : il faut que les hommes honorés du sacerdoce soient absolument tels que l’exige l’accomplissement de leur charge. Nous sommes, en effet, persuadé que c’est de là surtout qu’il faut attendre le bon état et le progrès de la religion.
Quiconque exerce le sacerdoce, ne l’exerce pas seulement pour lui, mais aussi pour les autres. Car tout Pontife pris d’entre les hommes est établi pour les hommes en ce qui regarde Dieu (1). Le Christ a exprimé la même pensée lorsque, pour montrer en quoi doit consister l’action sacerdotale, il comparait les prêtres au sel et à la lumière. Le prêtre est donc la lumière du monde, le sel de la terre. Personne, sans doute, n’ignore que cela consiste surtout pour lui à communiquer la vérité chrétienne ; mais peut-on ignorer davantage que ce ministère est à peu près inutile si le prêtre n’appuie de son exemple ce qu’il enseigne de vive voix? Ceux qui l’écoutent pourront dire alors, injurieusement il est vrai, mais non sans raison : Ils font profession de connaître Dieu et ils le renient par leurs actes (2) ; et ils repousseront la doctrine et ne profiteront pas de la lumière du prêtre. C’est pourquoi le Christ lui-même, constitué le modèle des prêtres, a d’abord enseigné par l’exemple et ensuite par la parole : Jésus a commencé par agir , il a enseigné après (3). De même, s’il néglige la sainteté, le prêtre ne pourra en aucune façon être le sel de la terre; car ce qui est corrompu et contaminé n’est aucunement propre à conserver : et là où la sainteté fait défaut, il est inévitable que la corruption s’introduise. Aussi le Christ, poursuivant cette comparaison, appelle de tels prêtres un sel fade, qui n’est plus bon à rien, sinon à être jeté dehors , et dès lors à être foulé aux pieds par les hommes (4).
Ces vérités sont d’autant plus certaines que nous n’accomplissons pas les fonctions sacerdotales en notre nom, mais au nom de Jésus- Christ. Ainsi, dit l'Apôtre, que l'homme nous considère comme les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu (5) ; c’est donc pour le Christ que nous remplissons les fonctions d' ambassadeurs (6). C’est aussi pour cette raison que le Christ lui-même nous a placés au nombre de ses amis et non de ses serviteurs : Je ne vous appellerai plus serviteurs...; mais je vous ai appelés amis parce que tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître... Je vous ai choisis et constitués pour que vous alliez et que vous portiez du fruit (7).
Nous avons donc à remplir le rôle du Christ; la mission qu’il nous a donnée, nous devons l’accomplir en prenant pour but celui qu’il s’est proposé. Et comme n'avoir qu’un même vouloir et une même aver¬
ti) Hebr., V. 1. — (2) Tit., I. 16. — (3) Act., I, 1. — (4) Matih., v 13. — (5) I Cor., iv, 1. — (6) II Cor., V, 20. — (7) JOAN., XV, 15, 16.
sion est le propre d'une solide amitié , nous sommes tenus, en qualité d’amis de conformer nos sentiments à ceux de Jésus-Christ qui est saint, innocent et sans tache (1). Envoyés par lui, nous devons gagner l’esprit des hommes à ses doctrines et à sa loi, en commençant d’abord par les observer nous-mêmes ; en tant que participant à son pouvoir de délivrer les âmes des liens du péché, nous avons l’obligation de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous préserver nous-mêmes du péché.
Mais par-dessus tout, en tant que ses ministres dans l’offrande du Sacrifice par excellence, perpétuellement renouvelé pour le salut du monde, nous devons nous mettre dans le même état d’esprit que celui dans lequel, Hostie immaculée, il s’est offert à Dieu sur l’autel de la croix. Car si, autrefois, où il ne s’agissait que d’apparences et de figures, une si grande sainteté était requise des prêtres, qu’en sera-t-il de nous maintenant que la victime est le Christ ! Combien donc ne doit pas être plus pur celui qui prend part à un tel sacrifice ? plus immaculée que le rayon de soleil, la main qui partage cette chair , la bouche que remplit un feu spirituel , la langue que rougit un sang si redoutable ? (2)
Une messe solennelle selon le rite grec
EN UK fÊTE DU SACRÉ-CŒUR
e vénéré Métropolitain Grec-Melchite de Beyrouth, S. G. Mër Savoya, notre hôte, a bien voulu pontifier dans la chapelle de notre maison de retraite, le jour de la fête du Sacré-Cœur. Assisté de ses deux secrétaires qui ont concélébré avec lui, Mer l’Archevêque nous a profondément édifiés et inté¬
ressés.
Le liturgie grecque, connue sous le nom de liturgie de sain Jean Chrysostome, appartient à la famille du rite dit byzantin. On ne peut pas dire que le saint Docteur en soit proprement l’auteur, mais d’autre part, on ne peut nier que les données historiques fournies par l’étude de ses écrits et des monuments contemporains, ne présentent des analogies frappantes avec elle. On sera dans le vrai en affirmant que les origines de cette vénérable liturgie doivent se rechercher dans les usages de l’Eglise d’Antioche et même dans celle de Jérusalem, mais que le type s’en est fixé dans l’Eglise de Byzance.
Ce n’est donc pas sans raison que les Grecs sont fondés à vanter l’antiquité de leur rite puisqu’il remonte à Antioche, le premier siège de saint Pierre, et à Jérusalem, le berceau de toutes les liturgies et la ville sacrée du premier Sacrifice eucharistique.
(1) Hebr.. vil, 26. — (2) S. JOAN. CHRYSOST. : Hom. LXXXII in Matth., n° 5.
BULLETIN DE L’UNION SACERDOTALE
Toute l’action liturgique de cette Messe, pleine de symboles, se divise en trois parties principales : la préparation, la liturgie des catéchumènes, la liturgie des fidèles.
l.a préparation de /’ Eucharistie est triple : celle de l’âme par la récitation des prières; celle du corps par le revêtement des ornements spéciaux au rite ; celle de la matière du sacrifice. La prosphora ouoblat est un pain fermenté de forme ronde et composé de deux parties pour signifier la double nature de Notre-Seigneur. La Prothèse symbolise d’abord la naissance et la vie cachée du Fils de Dieu et sa préparation au sacrifice de la Croix renouvelé sur l’autel.
La liturgie des catéchumènes comprend dans ses grandes lignes : le chant des psaumes entrecoupé de prières litaniques, le petit introït, les lectures et la prédication, les oraisons sur les catéchumènes et leur renvoi de l’église.
La liturgie des fidèles est la partie la plus importante de toutes, parce qu’elle contient le Sacrifice eucharistique. On peut en distinguer les actes : prières sur les fidèles ; — procession des oblats ou grande entrée ; — baiser de paix et Symbole ; — anaphore ou canon de la messe ; Oraison Dominicale ; — consécration, élévation et fraction de l’Hostie ; — communion et action de grâces.
Le chant de Y Agios ou Sanctus au milieu de Y anaphore est très solennel. Lors du xive centenaire de saint Jean Chrysostome fêté à Rome en 1908, Pie X voulut lui-même participer à la liturgie grecque en célébrant avec le Patriarche, les Archevêques et Evêques grecs présents dans la Ville Eternelle. Ce fut S. G. Mgr Savoya qui chanta alors le Trisagion de sa belle voix si juste et si pieuse. Le Pape, après la fonction, mettant paternellement sa main sur la tête du digne chantre, lui dit : « Mon fils, vous avez bien chanté Y Agios. »
Le moment de la Consécration est impressionnant. Pendant que le Pontife prononce lentement et sur un ton de mélopée les paroles sacramentelles, ses concélébrants, aux deux extrémités de l’autel, le bras étendu vers la prosphora et tenant de trois doigts de la main droite YOrarion — l’étole diaconale — répètent en même temps que lui la sainte formule.
A la Communion le diacre exclame : Soyons attentifs! Et le Célébrant, élevant le Pain, dit à haute voix : Aux saints, les choses saintes!
Avant de communier, le Prélat incline la tête à droite et à gauche pour demander le pardon des assistants.
Les concélébrants reçoivent l’Eucharistie dans leur main droite préalablement purifiée et se communient eux-mêmes. Ils viennent aussi boire au saint Calice que leur tend le Pontife en disant : Le saint et précieux Sang de Notre-Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ est encore donné à toi N *** pour la remission de tes péchés et pour la vie éternelle.
Un chantre de l’église grecque de Saint-Julien-le-Pauvre à Paris, chantait d’une voix harmonieuse les antiphones , les typica , les makarismes, etc., et parfois les trois voix des célébrants et celle du chantre se mêlaient en une mystérieuse et touchante symphonie.
Après la Communion, un prêtre croate, également notre hôte, chanta en Slave, une pieuse antienne à la Sainte Vierge.
Quand la cérémonie fut terminée, Mgr l’Archevêque, encore revêtu de ses ornements, voulut bien nous adresser quelques paroles à la salle des conférences.
Il dit qu’il avait été heureux de venir fêter le Sacré-Cœur de Jésus avec nous. 1/Orient, fit-il remarquer, fut le berceau du genre humain et des grands mystères de notre sainte religion. Il a produit d’innombrables martyrs, de grands Docteurs, et ces belles liturgies qui ont résisté aux siècles et à l’assaut des hérésies. Hélas ! la cour de Byzance fut fatale à l’esprit du clergé, et ses belles traditions ne résistèrent pas aux funestes entraînements des ambitions humaines, des calculs politiques, des oppressions et des séductions du monde. Et vinrent les divisions, les schismes, les scandales, la décadence...
Aujourd’hui, c’est vers l’Occident que les Orientaux doivent venir pour retrouver les grands exemples d’union dans la charité, de fécondité dans les œuvres, de zèle apostolique et de florissante sainteté qui illustraient leurs antiques chrétientés.
Ce qui m’a frappé pendant mon séjour parmi vous, ajouta Monseigneur, ce que j’emporterai à Beyrouth, avec les souvenirs de votre charité fraternelle et de votre hospitalité toute sacerdotale, ce sera l’exemple de votre foi, de votre respect, de votre culte si plein d’amour envers le Très Saint Sacrement. On sent que vous y traitez comme il convient l’adorable Personne de Jésus Prêtre et Victime dans l’Eucharistie.
M. le Supérieur remercia Sa Grandeur de sa grande bienveillance, et exprima les sentiments de tous en disant combien nous avions été édifiés de cette belle cérémonie liturgique célébrée avec une piété si communicative. Il fit remarquer tout ce qu’il y a d’impressionnant dans cette communion des concélébrants, qui rappelle si bien la première Cène eucharistique et Jésus communiant ses Apôtres.
Toutefois, ajouta-t-il aimablement, des deux rites, le grec et le latin, lequel est le plus beau?... Nous n’avons pas à le décider... Tous deux viennent de notre Mère, la sainte Eglise, et tous deux glorifient le Seigneur. Bien loin de nous séparer, ils nous réunissent dans le Cœur de Jésus. Si nos cérémonies sont différentes, nous n’avons tous qu’une unique Mère, la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, qu’un seul Père, le Souverain Pontife, une même Eucharistie, un même Sacerdoce, un même Prêtre, Jésus, le Christ béni dans tous les siècles.
On photographia ensuite le groupe si heureusement réuni à cette heure en notre Cénacle sacerdotal ; et les « agapes fraternelles » se prirent en plein air, assaisonnées de cette bonne gaîté qui est un des fruits les plus exquis de la charité fraternelle et qui réalise le mot de saint Paul : Gaudete in Domino. Le Seigneur est tout près de nous au Tabernacle, Dominus enim prope est ; c’est dans son Cœur, foyer d’amour divin et humain, que nous formons tous le cor unume t l 'anima una qui doivent être la grâce et le charme de toutes les réunions sacerdotales.
BULLETIN DE L’UNION SACERDOTALE