FIN
IANNING (Henri-Edward) a aujourd'hui I 81 ans. 11 est né à Totteridge, dans le comté de Hertford, le 15 juillet 1808. Son père, William Manning, fut pendant longtemps gouverneur de la Banque d'Angleterre, et pendant 40 ans membre du Parlement anglais.
Le futur cardinal fit ses études, d'abord dans la grande école de Harrow ; il passa de là, en 1822, à l'université d'Oxford dont il obtint, en 1830, les grades les plus élevés. Vers la même époque, il fut élu fellow ou agrégé du collège de Merton.
Un moment le jeune homme se destina à la carrière politique, qui d'ailleurs eut toujours pour lui un grand attrait. Il se prépara même à y entrer, en étudiant les lois constitutionnelles du royaume et l'histoire de^ institutions publiques. Mais les sentiments de profonde religion qui remplissaient son cœur, le poussèrent à renoncer à la place qu'il avait obtenue dans les bureaux du ministère des colonies. Il revint à Oxford, entra dans la hiérarchie de l'église anglicane et obtint la cure de Lavington dans le comté de Sussex. Là, il épousa la fille du ministre de laparoisse. Mme Manning mourut jeune ; elle avait trois sœurs, dont deux sont devenuescatholiques; la troisième avait épousé l'évêque d'Oxford.
Le curé de Lavington se distingua, dès son entrée en fonctions, par son zèle, par la régularité de sa con-
duite et par une série de sermons fort goûtés. Le mouvement puséiste commençait à se faire sentir. M. Manning entra dans ce mouvement ; ce qui n'empêcha pas le très révérend docteur Shuttlevorth, évéque anglican de Chichester, qui était latitudinarien, c'est-àdire à peu près libre-penseur, de l'appeler, à cause de son mérite, à l'archidiaconé de sa ville épiscopale, en 1840. L'année suivante, désigné comme prédicateur, sélect preacher, de l'université d'Oxford, fonction dont la durée est de deux ans, il fît entendre des sermons qui le placèrent dès lors à la tête des orateurs sacrés de l'église anglicane.
A cette époque, le Rév. Manning était le champion des droits et privilèges de l'église établie, et un évêque anglican pouvait dire avec vérité : « Il y a trois hommes sur lesquels la Grande-Bretagne peut se reposer pour V avenir : Manning dans la cliaire, Gladstone à la tribune, H opes Scott au barreau. »
La période qui s'écoula de 1842 à 1850 porta au comble la réputation de l'archidiacre Manning. Il publia en 1844 les sermons qu'il avait prêches devant l'université d'Oxford, puis trois autres volumes de sermons, tous « remarquables par l'élévation des idées, « la force de la doctrine, la grâce et la beauté du style, « non moins que par les traces bien sensibles du travail « que la vérité imprimait à son esprit » ('). Il publia aussi des sermons détachés, des brochures sur les questions qui occupaient le clergé anglican, des charges ou mandements adressés au clergé en sa qualité d'archidiacre, et un traité sur l'Unité de l'Église, qu'il dédia à son ami M. Gladstone, aujourd'hui l'un des
1. Jules Gondon, les Récentes Conversions de l Angleterre, Paris, 1852.
hommes d'État les plus considérables de l'Angleterre, le grand vieillard (great old m an) comme l'appellent dans leur admiration nos voisins d'Outre-Manche.
Cependant l'archidiacre de Chichester se sentait de plus en plus poursuivi par des doutes sur la légitimité de l'établissement ecclésiastique auquel il appartenait. Il était attiré vers la religion catholique par ses méditations, ses études sur les saints Pères et la droiture de ses intentions. Chacun des livres qu'il écrivit à cette époque dénote un pas fait en avant vers la vérité complète et infaillible. Un incident qui eut lieu en 1850, orienta définitivement l'archidiacre vers l'Église catholique. Le révérend Gorham, socinien, avait été, en 1847, nommé par le gouvernement curé d'une paroisse anglicane. En sa qualité de socinien, il rejetait la divinité de JÉSUS-CHRIST et la nécessité du baptême. L'évêque anglican d'Exeter, dans le diocèse duquel se trouvait la paroisse, refusa de l'instituer, pour cause d'hérésie manifeste. Gorham porta sa cause devant un premier tribunal, la Cour des Arches, qui se prononça en faveur de l'évêque. Gorham appela à un second tribunal, institué par les ministres de la reine, chef suprême de l'église d'après la loi. Ce tribunal décida : 1° qu'il n'avait ni juridiction, ni autorité pour décider quelle est la doctrine de l'église anglicane ; 2° que la doctrine de Gorham sur le baptême n'était pas contraire à la doctrine de cette Église. On dit que cette déclaration fut rédigée par l'archevêque anglican de Cantorbéry. L'évêque d'Exeter protesta, mais il fut condamné par le conseil privé de la reine, et finit par signer la nomination du curé hérétique. « C'est alors, dit le Tablctt (n° d'avril 1881), que Manning aperçut
l'étoile qui devait le conduire à Bethléem, et qu'il se mit en route pour la suivre. »
Après l'arrêt du conseil privé, qui faisait sortir l'église anglicane du christianisme même, l'archidiacre Manning, avec quelques autres qui revinrent comme lui au catholicisme (le rév. Dodsworth, le rév. Henry \V, Wilberforce, frère de l'évêque d'Oxford, et le jurisconsulte M. Hopes), crurent devoir à leur conscience de protester publiquement ; ils signèrent un document dans lequel l'archidiacre déclarait « que l'Église angli- « cane se trouvait liée jusqu'à ce qu'elle eût rejeté ouver- « tement et expressément la doctrine énoncée qui s'y « trouve sanctionnée. » Il ajoutait que le silence de l'église anglicane aurait pour effet de la séparer d'une manière formelle du christianisme. Cette église ne fit rien ; le docteur Manning et ceux de ses amis que nous venons de citer se montrèrent conséquents et abandonnèrent une église qui se trouvait ainsi placée sous le joug séculier, et qui renonçait à soutenir la nécessité du baptême. D'autres docteurs avaient signé avec eux, entre autres le docteur Pusey, qui n'eut pas le courage d'être aussi conséquent.
Une fois entré dans cette voie, Manning se convainquit bientôt que X Eglise catholique seule a conservé la tradition du vrai christianisme, qu'elle offre dans son unité une garantie sûre de sa fidélité à garder la tradition. Un dernier point restait cà éclaircir : « l'Église catholique n'est-elle qu'un témoin humain, un dépositaire faillible ? Son témoignage doit-il être soumis à un examen préalable comme un simple témoignage historique ? — Ou bien, est-elle par elle-même un témoin divin ? Offre-t-elle sur son front la marque lumineuse
d'une origine céleste ? Est-elle un fait surnaturel posé dans le monde et qui porte en lui-même sa preuve?... En un mot, l'Eglise est-elle en quelque sorte la rêvé' latiotl du christianisme continué visiblement sur la terre .?...»
Quand il fut évident pour Manning que l'Eglise catholique est manifestement la vérité surnaturelle, rayonnant ici-bas, il n'hésita pas à faire les sacrifices que demandait une telle conviction. Il occupait une grande et importante position officielle ; il l'abandonna immédiatement. Pour un homme consciencieux, honneurs et dignités ne pèsent point dans la balance quand il y a dans l'autre plateau, la vérité.
Cependant l'abjuration de l'archidiacre de Chichester ne se fit pas immédiatement. M. Manning ne renonça à l'anglicanisme que lorsqu'il lui fut bien démontré que cette église était l'esclave du pouvoir séculier. D'accord avec M. Wilberforce et un autre ministre anglican, il fit un appel au clergé en demandant aux ecclésiastiques anglicans s'ils adhéraient à la proposition suivante: «Nous avons reconnu jusqu'ici et « nous reconnaissons, par la suprématie de la cou- << ronne en matières ecclésiastiques, simplement une « puissance civile sur les personnes et les choses, dans « les affaires temporelles et les accidents temporels « des choses spirituelles. Nous ne reconnaissons pas, et << en conscience, nous ne pouvons reconnaître dans la <( couronne la puissance, récemment exercée, de juger « en appel des questions spirituelles touchant la doc- « trineet la discipline, question dont la loi de JÉSUS- <<.. CHRIST confie la solution à l'Eglise seule. Nous dé- « clarons par la présente, pour l'acquit de notre con-
« science, que nous entendons la suprématie royale <£ dans le sens ci-dessus exposé, et non dans un autre « sens. »
Cet exposé était une tentative désespérée pour concilier la suprématie royale avec la liberté de l'Église , mais il resta sans résultat ; les adhésions furent peu nombreuses ; le clergé ne se montra pas plus empressé de fixer des limites à la suprématie royale que l'épiscopat n'avait été jaloux de défendre la doctrine de la régénération baptismale.
On était en 1850; Pie IX venait de rétablir en Angleterre la hiérarchie épiscopale, et les clameurs contre X agression papale se faisaient entendre de toutes parts. Le clergé de l'archidiaconé de Chichester pria M. Manning de convoquer un meeting afin d'adresser une pétition à la reine contre cette prétendue agression. M. Manning convoqua en effet la réunion et la présida, mais il exposafranchement à l'assembléedes sentiments qu'elle était loin de partager et fît entendre en terminant qu'il se trouvait probablement pour la dernière fois avec ses confrères en qualité d'archidiacre. Presque immédiatement après le meeting, il donna sa démission d'archidiacre et de curé, à la grande douleur de ses paroissiens qui lui étaient fort attachés ; puis il passa quelques mois dans la retraite, l'étude et la prière ; et le dimanche de la Passion 185 1, il quitta la secte de Cranmer et de Burnet pour Y Eglise de saint Augustin et de saint Anselme.
Peu de temps après sa conversion, il reçut les ordres sacrés, et fut ordonné prêtre. Puis il se rendit à Rome pour compléter ses études.
A Rome, M. Manning entra dans l'intimité de
Pie IX : et cette intimité, les années la rendirent aussi tendre que profonde.
Avant sa conversion, il était allé deux fois à Rome, et dans son premier voyage en 1848, il avait été reçu par le Souverain-Pontife qui lui avait dit : « Quand on fait le bien, Dieu donne sa grâce. Je prie tous les jours pour l'Angleterre. >>
Après avoir reçu le grade de docteur en théologie, M.Manning revint en Angleterre. Il y fonda bientôt une Congrégation de prêtres séculiers nommés les Oblats de St-Charles Borromée. Protonotaire apostolique en 1860, le docteur Manning succéda au cardinal YViseman, comme archevêque de Westminster, le 30 avril 1865.
Il assista au concile du Vatican où il fut très remarquent il en a écrit une histoire très instructive. Dans la suite, il défendit la doctrine de l'infaillibilité contre les objections fantaisistes de Gladstone.
Mgr Manning fut créé cardinal par Pie IX en 1875 avec le titre des SS. André et Grégoire in Monte Cœlio.
De son côté, le gouvernement anglais a reconnu ses services exceptionnels et sa grande compétence pour toutes les questions de charité et d'éducation, en le nommant, en 1885, membre de la commission royale pour les logements des pauvres, et en 1886, membre de la commission royale pour l'instruction publique.
Disciple de saint Charles Borromée, le cardinal Manning est austère et simple dans sa vie. Mais comme il désire toujours la gloire de Dieu, le bien des âmes et l'amélioration de la condition du peuple, il ne néglige aucune occasion de paraître en public, et de prendre la parole dans les réunions où il espère promouvoir ces grandes fins.
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Présent dans toutes les parties de la capitale pour prêcher, et remplir les devoirs innombrables de son épiscopat, il a toujours trouvé le temps de provoquer des résolutions dans les assemblées populaires, d'envoyer des mémoires aux sociétés littéraires ou scientifiques et d'écrire des articles sur les grandes questions religieuses et sociales pour les revues anglaises, particulièrement pour la NortJi American Review. Mais en tout, il n'a qu'un véritable but : ramener l'Angleterre au bercail d'où elle est sortie dans une heure déplorable de ténèbres.
Mgr Manning ne frémit, ni ne recule devant l'état social qui nous fait trembler pour l'avenir. Il sait que le prêtre doit rester jusqu'à la fin des temps « le sel de la terre et la lumière du monde ».
Le cardinal est l'archevêque de la démocratie (entendue dans le sens acceptable du mot), parce que. dans une société où les distinctions sociales vont s'affaiblissant de plus en plus, il possède les deux seules supériorités qu'elle accepte: celle de la science communicative et de la vertu austère.
« A voir ce vénérable octogénaire, écrivait dernière - « ment Y Irish catJwlic, on lui donnerait encore au <<; moins dix ans de vie. Dieu veuille les lui accorder ! « Car le cardinal Manning est un des hommes les plus « nobles de caractère, les plus affectueux et les plus « distingués que l'Eglise catholique puisse revendiquer « en ce temps. »
—MSN—
Imprimé par la Société St-Augustin.
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Manning, Henry Edward, 1808-1892.
AWZ-8897 (ab)