‹ Le sacerdoce éternelChapitre 13 sur 33 · HÉBR. VI · texte numérisé non relu

HÉBR. VI

(4) Rom. vin, 23.

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et pour l'Agneau. » c'est-à-dire pour la plus grande gloire de Dieu (i).

En conséquence, si les régénérés sont les prémices du monde, les prêtres de Jésus-Christ sont les prémices des régénérés. Si les prémices sont pour une plus grande gloire de Dieu, les prémices des prémices doivent être pour sa plus grande gloire. Etre choisis parmi le peuple choisi, les élus des élus ; participer au sacerdoce du Fils incarné, à son caractère et à sa puissance ; être les témoins visibles de son esprit et de sa perfection ; être aliorum perfectores ; avoir mission de rendre les autres parfaits ; être consacrés pour offrir continuellement le Christ comme victime pour les péchés du monde ; nous offrir nous-mêmes à Dieu en union avec lui ; et. de plus, nous offrir nous-mêmes à lui pour remplir la mission dont il nous a chargés : qu'y a-t-il de révélé qui puisse, plus que tout cela, rendre gloire à Dieu, en dehors du culte éternel et des perfections de la cour céleste ? Un prêtre est constitué pour continuer l'œuvre de son Maître. L'œuvre de son Maître a été de sauver et de sanctifier le genre humain. Il est choisi, il est appelé, il est consacré pour rendre visibles et sensibles la vie, l'esprit, la parole et la volonté de Jésus-Christ. S. Bernard dit : « Nourris le troupeau par ton esprit, par tes lèvres,

(i) Apoc. xiv. 4.

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par tes œuvres, par ton esprit de prière, par les exhortations de tes paroles, par les exemples de toutes tes actions. Quand Notre-Seigneur disait : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie, » il entendait que ses prêtres devraient perpétuer dans le monde, non seulement sa vérité et ses saints sacrements, mais son propre esprit, sa ressemblance et sa vie. 11 nous a donné tous les moyens nécessaires pour remplir cette mission. 11 a choisi, instruit et formé ses Apôtres ; il se les est assimilés par une action directe et immédiate. Il choisit, il appelle ses prêtres ; il ne se les identifie pas moins maintenant qu'au commencement, bien que son action ne soit que médiate, par la tradition divine et par l'action de son Corps mystique s'édifiant lui-même dans la charité. Denis l'Aréopagite, (ou quel que soit cet auteur), dit : « Celui qui parle d'un prêtre, parle d'un homme très-auguste, absolument divin et tout-à-fait versé dans toute la science sacrée (1), » c'est-à-dire, dans la science de Dieu. S. Ignace appelle le prêtre « le point culminant de toute bonté parmi les hommes (2). »

Que l'on considère les devoirs ou l'esprit de la vie sacerdotale, ce sera donc un axiome : qu'un

(1) De Ctelest. Hier. cap. i.

(2) Ep. ad Smyrx. recensio longior, c. IX.

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prêtre est choisi pour la plus grande gloire de Dieu.

De là. il suit encore que tout prêtre doit avoir gravées dans son cœur ces paroles de S. Paul : « J'estime que tout est perte, comparé à l'éminente science de Jésus-Christ mon Seigneur, pour qui j'ai voulu tout perdre, et je regarde tout comme du fumier, pour gagner Jésus-Christ; » — « pour le connaître, ainsi que la vertu de sa résurrection et la participation de ses souffrances, je me suis conformé à sa mort, afin de parvenir de quelque manière à la résurrection des morts: non que j'aie déjà atteint jusque-là, ou que déjà je sois parfait ; mais je poursuis afin de saisir le but pour lequel j'ai été saisi par Jésus-Christ. Mes frères, je ne crois pas l'avoir saisi : mais seulement, oubliant ce qui est derrière moi et m'avançant vers ce qui est devant, je marche sans cesse vers le terme, vers le prix de la vocation céleste de Dieu dans le Christ Jésus (i). // Ces paroles de l'Esprit Saint expriment le but, les aspirations et les efforts d'un prêtre fidèle, qui marche toujours en avant, et qui toujours s'élève de plus en plus dans la vie de Dieu, — dans la vie céleste de la science et de la force, dans la vie de la Croix et de la conformité avec le Fils de Dieu. On ne saurait rien ajouter à ces paroles sans en

(i) Philip, m, 8-14.

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diminuer l'énergie. Il n'est pas un degré de sainteté ou de perfection auquel ne doive aspirer un prêtre. Ne pas tendre au but le plus élevé serait manquer à notre vocation. « Ne pas avancer dans la vertu, ne pas se dépouiller de soi-même pour devenir un homme nouveau, mais languir dans le même état, est un vice (1). » S. Grégoire de Nysse dit : « Que personne ne se plaigne de voir combien la nature change facilement; mais que chacun change constamment pour devenir meilleur et se transformer de gloire en gloire ; que les progrès dans la vertu grandissent chaque jour, et qu'on ne pense jamais avoir atteint le faîte de la perfection. Car la vraie perfection consiste en ceci : ne jamais rester stationnaire en face de ce qui est plus parfait, et ne point vouloir mettre des limites à la perfection (2). » S. Bernard dit aussi: « Jacob vit sur l'échelle des anges qui montaient et descendaient. En vit-il s'arrêter ou s'asseoir? Il n'est pas possible de rester immobile sur une faible échelle, et dans l'incertitude de cette vie mortelle rien ne peut rester sans mouvement. Nous n'avons pas ici une cité permanente, mais nous cherchons la cité future. Il faut monter ou descendre. On n'est pas sûr d'être bon. si on n'a pas le désir de devenir meilleur : et l'instant où vous

(1) S. Greg. Nyss. Orat. iv. g 124, tom. 1, p. 147

(2) Id. Orat. de Perf. Christ, tom. 1, p. 298.

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commencez à ne pas vouloir devenir meilleur, vous commencez à cesser d'être bon. » Si ce conseil est vrai pour tous les chrétiens, de quelle force irrésistible n'est-il pas pour tous les prêtres. Le même Docteur dit encore : « Soins Deus mélior se ipso esse non vnlt, quia non valet (i). »

Si telle est notre prédestination, où en sommesnous ?

I. Du prêtre pécheur, il n'y a rien à dire. Depuis la chute des anges, il n'y eut jamais rien de si horrible que la chute de Judas. Et depuis la chute de Judas, rien qui inspire plus de terreur que la chute d'un prêtre. Mane eras Stella rutilans : v espère conversus es in carbonem. Le matin, semblable à une étoile dans tout l'éclat de la pureté, le soir, noir et mort comme un charbon. Et ce malheur peut être causé non seulement par les péchés de la chair, — qui étaient impossibles aux anges, — mais encore par ceux de l'esprit, tels que les péchés contre la charité, la piété et l'humilité. Le péché de Judas, autant que nous pouvons en juger par les Ecritures, était un péché de l'esprit, qui se termina par la vente et la trahison de son divin Maître. Parce que nous sommes chastes et purs, il ne s'en suit pas que nous soyons exempts de péché mortel. S. Jérôme dit: Perfulus Judœus,

(i) S. Bernard, Epist. xci, 2, 3, tom. 1. p. 265.

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