‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 115 sur 176 · I.° APPENDICE, RELATIF AU CHAPITRE II · texte numérisé non relu

I.° APPENDICE, RELATIF AU CHAPITRE II

APOSTOLICITE DES PRINCIPALES ÉGLISES DE FRANCE, ET EN PARTICULIER DE CELLE DE BOURGES.

Jusqu'au commencement du XYH" siècle, ou croyait en France que la mission des premiers apôtres des Gaules remontait à l'origine du christianisme. A partir de 1603 une opinion contraire a prévalu. La plupart des historiens ont fixé au règne de Dèce l'envoi de ces généreux missionnaires.

Cette opinion, malgré les efforts triomphants d'une critique éclairée, est encore généralement maintenue et protégée.

Qui a pu l'aire abandonner l'ancienne tradition, qui a pour elle des titres aussi concluants qu'authentiques? L'acceptation Irop précipitée d'un texte de Grégoire de Tours: ce texte a sufli, sous l'influence d'une école ouvertement hostile à l'Eglise romaine, pour faire adopter scientifiquement le IIP siècle comme date des origines chrétiennes de la Gaule.

Saint Ursin, l'apôtre du Berry, que tant de monuments antiques nous font un devoir de considérer comme un des soixantedouze disciples de Jésus-Christ, est rangé par les partisants de cette école, parmi les prédicateurs que le pape saint Fabien aurait envoyés dans nos contrées, l'an 250.

Le passage de saint Grégoire qu'ils invoquent est tiré de son Histoire des Francs: mais ils n'ont donc pas lu, dans son ou-

(1) Pag 12, n.° v.

vrage intitulé: La Gloire des confesseurs, ces paroles significatives qui le mettent en opposition avec lui-même:

La ville de Bourges reçut la parole du salul de saint Ursin qui fut ordonné par les Apôtres et envoyé par euœ dans les Gaules, comme nous le lisons dans ses actes (1).

Si l'on s'en rapportait à c? simple lémoignage de l'Evêque de Tours, de toutes les Eglises de France celle des Bituriges serait <-n droit de revendiquer pour elle seule le privilège insigne d'avoir été évangélisée dès le 1er siècle.

Cependant, un des derniers historiens du Berry, après avoirtraité de « légende un peu confuse » les traditions de l'Eglise de Bourges (2), finit par donner à entendre que saint Ursin pourrait bien être le Xathanaël de l'Evangile (3). « Il est en eîïet bizarre, « dit-il, que saint Grégoire, après avoir parlé de saint Ursin comme « de l'Apôtre du Berry, envoyé dans les Gaules par les disciples « des Apôtres (4), ne nomme pas, dans son Histoire des Francs, « qui parait avoir été écrite plus tard (5), le disciple qui fut en- « voyé à Bourges lors de la prédication des sept Èvêques (6). Il « emploie d'ailleurs les expressions différentes pour exprimer les « deux missions: Saint Ursin est consacré évêque et destiné à « la Gaule par les disciples des Apôtres: ce qui semble se rat- « tacher à une plus haute antiquité. Il prêche pour la. première «fois V Évangile à Bourges; tandis que Grégoire, en précisant « l'époque de la mission des sept Evêques. sous l'empereur Dèce, « ne dit pas qu'alors l'Evangile ait été annoncé pour la première « fois aux habitants de Bourges (7). »

(1) Biturica urbs a S. Ursino, qui al> Apostolis ordinatus episcopus in Galliaa

<le-iinatus est, sicut in eius actibus inver.itur, verbum • salutis accepit, ecclesiam bituricensem primus instruxit, rexit. (GrEGOR. Tcron., lib. De Glor. confes,, c. 80). — De la Thaumassiêre, histoire du Berry, liv. 4. c. 13, p. 283.

(2) Histoire du Berry, par M. RaysaL, 1 vol., c. 4. p. 121, édit. 1847

(3) Id., ibid., p. 130.

(4) Biturgia vero urbs primum a S. Ursino, qui a discipulis Apostolorum episcopus ordinatus, in Gallias destinatus tst, etc. (cireg. Trr., De Glor. conf., c. 80). D'après certain- critiques le texte primitif de S. Grégoire de Tours ne dit pas a discipulis Apostolorum. mais bien ab Apostolis. (Voir de l,a Thaumassiêre. Histoire d» Berry, lib. 4, <•. 13, p. 283).

(5) Dom. Rutnabt, préface aux Œuvres de Grégoire de Tours, n. 84.

(6) De horum (septem episcoporum) vero discipulis quidam Biturig. civilatem aggressus, salutare omnium christum Dominum populis nuntiavit. Ex bis ergo pauci admoduni credentes, clerici ordinaii, etc. (Greg. Tur., Hist. Franc, 1. 1, c. 20, t. 71, col. 170, éd. Migne, ainsi que pour les autres Saints Pères).

(7) M. Raynal, BUxt. du Berry, 1 vol., lib. 2. c. 4, p. 130.

Noire éminent historien, pour tout concilier, pense donc, avec quelques auteurs, qu'il s'agit ici d^ deux missions distinctes dans notre Berry: l'une entreprise par saint Ursin, au 1er siècle, et l'autre, en 250, sous le pontificat de Fabien. Ce saint Pape sachant sans doute que la religion chrétienne, jadis si florissante dans le pays des Bituriges, menaçait de disparaître à cause de la persécution qui sévissait avec violence, y aurait envoyé un nouveau missionnaire pour ranimer sa foi — discipulus quidam (1). Cette opinion est très acceptable.

Quant à l'auteur de la Statistique monumentale du département du Cher, malgré les nouvelles découvertes de la paléographie et les preuves architecturales que lui fournit la cathédrale de Bourges, il croit pouvoir affirmer que la mission de saint Ursin ne s'est exercée, dans nos contrées, que vers le milieu du IIIe siècle (2). Cette opinion, du reste est soutenue par des hommes très honorables: in dubii-; libertas.

Le célèbre archéologue a oublié, sans doute, que des études plus approfondies et des recherches plus laborieuses ont exhumé des bibliothèques d'anciens manuscrits qui ont changé le courant d'opposition et l'ont ramené dans sa direction naturelle. Son œuvre, étant une œuvre monumentale, destinée à passer à la postérité, aurait gagné, selon nous, a être mise en rapport avec les sculptures du portail Saint-Ursin, dont il nous fait une description aussi fidèle qu'intéressante (3).

Comme l'apostolat de saint Ursin se rattache à celui des premiers missionnaires envoyés dans les Oaules , établissons d'abord par des preuves incontestables que la mission des sept évêques, dont parle l'histoire, remonte au 1" siècle du christianisme; nous examinerons ensuite celle de l'Apôtre du Berry.

(1) De horum (septein episcoporum) vero discipulis quidam Biturigas civitatem aggressus, salutare omnium, Olu-istum Dominum populis nuntiavit. (gregor. Turo. Hist. Franc, 1 1, c. 29, t. 71, col. 176. -Voir fflst du Berry par M. Raynal, liv. 1, p. 131).

(2) Histoire et statistique monumentale du département du Cher, par M. P.unoT de Kersers, VIe fascicule, p. 105. - Voir la note au bas.

(3) Histoire et statistique monumentale d>< département du Cher, par M. Bumot de Kersers, VIe fascicule, p. 141.

Au commencement du XVIIe siècle, Louis Servin, avocat général au Parlement de Paris, s'écriait dans un plaidoyer célèbre où il poursuivait la condamnation du nouveau Bréviaire d'Angers: « Si nous souffrons qu •> nos saints des Gaules soient ôtés « de notre calendrier, il viendra un temps où les peuples en au- « ront perdu le souvenir, malgré toutes les preuves qu'a fournies « l'antiquité, malgré les monuments de l'histoire et nos vieux « livres, malgré nos traditions et les anciennes chartes, malgré « tout ce qu'en rapporte le docte Hilduin dans ses écrits et le « célèbre Hincmar de Reims et ce que nous lisons dans les histoi- « res de nos rois (1). »

Ces craintes, hélas! ne se sont que trop réalisées! L'abandon des traditions antiques est devenu tellement universel, après deux siècles de propagande, qu'on ne semble même pas se douter qu'elles furent celles de toute notre histoire. Et, le croirait-on, ceux qui s'efforcent de les rétablir passent pour des novateurs!

Voyons donc de quel côté se trouve la vérité. Puisque nos adversaires se retranchent derrière le fameux texte de Grégoire de Tours, qu'ils Jtrouvent concluant, nous allons l'examiner avec soin.

« Sous l'empereur Dèce (2), dit-il, de nombreuses guerres s'éle- « vèrent contre le nom des chrétiens, il y eut un tel massacre « de fidèles qu'on ne saurait les compter. Sixte, évèque de l'Église « romaine, Laurent son archidiacre et Hippolyte souffrirent le « martyre pour la confession du nom de Jésus-Christ. Valentinien « et Novatien, hérésiarques fameux, cédant aux suggestions de « l'homme ennemi, propagent leurs erreurs contre notre foi. Sous « le règne de ce prince, sept évêques furent envoyés pour prêcher « la foi dans les Gaules, comme l'atteste l'histoire de la passion « du saint martyr Saturnin. Il est dit, en effet, que « sous le « consulat de Dèce et de Gratus (3), la ville de Toulouse reçut « son premier évoque, saint Saturnin.» Voici donc ceux qui furent

(1) Servin, Plaidoyers in 4." 1631. - voir aussi Dussausay: De MysticisGaU Une scriptoribus, p. 793, in-4," 1639.

(2) BO.ce m< nta sur le troue en 249 et mourut en 251.

(3) ce consulat tombe à la date de 250.

« envoyés: à Tours, l'évèque Gratien; à Arles, l'évèque Trophime-, «à Narbonne, lévèque Paul; à Toulouse, l'évèque Saturnin; à « Paris, l'évèque Denys; aux Arvernes (1), l'évèque Austremoine; « à Limoges, l'évèque Martial (2). »

Ces lignes renferment bien des erreurs; contentons-nous d'en signaler quelques-unes.

D'après Grégoire de Tours, c'est sous le règne de Dèce que Valentinien et Novatien auraient répandu leur fausse doctrine. D'abord nous ferons remarquer qu'il n'y a pas d'hérésiarque sous le nom de Valentinien. L'historien veut parler de Valentin, mais Valentin vivait, non pas sous l'empereur Dèce, en 249, mais cent huit ans auparavant, sous le règne d'Antonin-le-Pieux en 141. Quant à Novatien, c'est du temps du pape saint Corneille, sous le gouvernement de Gratins et Volusien, qu'il sema ses erreurs.

Ces anachronismes ont été relevés par tous les auteurs qui ont étudié la question (3), mais ce ne sont pas les seuls que nous ayons à mentionner.

Saint Grégoire fait précéder son Histoire des Francs, qui est son œuvre principale, d'un abrégé très succinct de l'histoire universelle, depuis la création du monde jusqu'au martyre de saint Pierre et de saint Paul. Puis il expose très sommairement les événements les plus remarquables de l'histoire ecclésiastique, depuis Trajan jusqu'à Dèce.

Une fois arrivé à Antonin-le-Pieux, mort en 161, il passe immédiatement à Dèce, qu'il semble lui donner comme successeur, puisque, faisant dogmatiser l'hérésiarque Valentin sous le

(1> Clermont, capitale des Arvernes.

(2) Sub Decio vero imperatore, multa bella adversum nomen ctaristianorum exoriuntur, et tanta strages de credentibus fuit, ut nec numerari queant.... Sixtus Homanae ecclesiae episcopus, et Laurentius archidiaconus, et Hippolytus, ob I)oininici nominis confessionem, per martyrium consummati sunt. Valentinianus el Novatianus. maxmi tune haereticorum principes, contra fldem nostram, inimico impellente, grassantur. Iluius tempore, septem viri episcopi ordinati ad praedicandum in Gallias missi sitnt. sicut hisioria passionis sancti maityris Saturnini denarrat. Ait enim: «Sub Decio et Grato consulibus, sicut fideli recordatione re- « t.netur, rrimum ac summum Tolosana civitas sanctum Saturninum habere coe- « perat sacerdotem. » ni ertro missi sunt: Turonicis, Gratianus episcopus; Arelatensibus, Trophimus episcopus; Narbonae, Faulus episcopus; Tolosae, Saturninus episcopus; Parisiacis, Dionysius episcopus; Arvernis, Stremonius episcopus; Lemovicinis, Martialis est destinatus episcopus. (S. Gregor. Tur., Histor. Francor., lib. 1. c. 28, t. 71, col. 175).

(3) Voir Darras, Hist. génér. de l'Eglise, t. 5, p. 518.

règne du premier, il nous le montre continuant à répandre ses erreurs sous le gouvernement du second. Or, tout le monde sait qu'un espace de près de cent ans sépare le règne d'Antonin-le- Pieux de celui de Dèce et que dans cet intervalle ont paru sur le trône du monde dix-sept empereurs que Grégoire de Tours pass ■ entièrement sous silence (1).

Dans le XVIe chapitre de son Histoire de Francs, Grégoire de Tours affirme que le philosophe Justin subit la mort pour la foi du Christ sous Antonin, quand on sait p9rtinemment que c'est sous Marc-Aurèle. Il place de même, sous le règne d'Antonin, le martyre de saint Polycarpe et de saint Pothin, qui eut lieu également sous Marc-Aurele, en 179, et celui de saint Irénée, qui n'arriva qu'en 2U5, sons Septime-Sévère, pendant la cinquième persécution générale.

Quelle est donc la cause principale de ces confusions? Saint Grégoire lui-même nous la fait connaître dans la préface de son Histoire de Francs, c'est l'absence des documents dont il aurait eu besoin. « A.u moment où je trace ces lignes, dit-il, la culture des « lettres est en pleine décadence, ou plutôt elle a péri au milieu « des cités de la Gaule, dans le tumulte des événements bons ou « mauvais, parmi les invasions des Barbares et les fureurs des « rois. On ne trouverait plus, parmi nous, un seul écrivain ca- « pable de transmettre en prose ou en vers, un récit à la posté- « rite. La foule s'écrie en gémissant: Malheur à nos jours ! L'étude « des lettres a péri parmi nous (2). »

Il ne faut donc pas s'étonner si, dans ces temps de trouble, où le désordre régnait partout, l'Evèque de Tous, privé des renseignements qui pouvaient l'instruire, ait commis des erreurs.

D'après lui, Dèce n'aurait pas régné en 250, comme le lui font dire gratuitement nos contradicteurs, mais en 155, puisqu'il ne

(1) Voici leurs noms: Marc-Auréle, commode. Pertinax, P-idius, lui anus. Sévère, Pescennius. N:ger, Caracalla. Macrin, Héliogabale, Alexandre-Sévère, Maximien, Maxime, Puppien et Palbien, Gordien et Philippe.

(2) Decedente atque immo potius pereunte ab urbibus gallicanis liberalium cultura litteiarum, cum nonnullae res gererentur vel recte, vel improbe, ac feritas gentium desaeviret, reguro fmor acueretur.... r.ec reperiri posset quisquam perituin arte diatectica grammaticus. qui haec aut stylo prosaico. aut metrico depingeret visu. Ingemiscebant saepius plerique dicentes: Vae diebus nos tris, quia periit studium htterarum a nobis! (S. GRF.r.oR. Toron., Hist. Franc . praefat., t. 71, col. 159).

compte que six empereurs depuis le règne de Claude Ier à celui de Dèce (1).

Quoi qu'il en soit, c'est sous ce dernir empereur, d'après le passage que nous avons cité, que saint Grégoire fit pénétrer la foi dans les Gaules; cependant, dans un autre de ses écrits, il dit positivement que c^tte même foi y fut implantée dès l'origine du christianisme, puisqu'il affirme que le fondateur de l'église de Bourges fut ordonné par les apôtres et envoyé par eux dans le pays des Bituriges (2).

On est la vérité? La critique moderne va nous l'appprendre.

Ne nous étonnons pas si Grégoire de Tours, dans son Livre de la gloire des confesseurs, fait venir de la Judée et remonter au berceau du christianisme l'apôtre du Berry, saint Ursin. Son témoignage est d'accord, en cela, avec la tradition tout entière. « Du temps des apôtres, dit Eusèbe, une foule incalculable de « missionnaires obtinrent de saint Pierre et de saint Paul l'au- « torisation et le pouvoir d'aller prêcher l'Évangile dans le monde « entier (3). Après avoir jeté les fondements de la foi dans les « contiées les plus éloignées et les plus oarbares, ils y établis- « saient des pasteurs à qui ils confiaient le soin de la nouvelle «plantation; puis, heureux de ce résultat, ils dirigeaient leurs « pas vers d'autres nations et d'autres pays. Armés de la toute- « puissance de l'Esprit-Saint, ils opéraient de nombreux miracles; « en sorte que, à leur première parole, des multitudes immenses « embrassaient, à la fois et d'un cœur joyeux, le culte du vrai « Dieu (4). »

(1) Néron, Vespasien, Domitien, Trajan, Adrien et Antonin. (S Gregor. Tub., Hlst., Franc., lib. 1, c. 24, 2"> et 26. 'bid., col. 173 et 174. - Voir Darras. t. 5 de YHist. de l'EuVme, p. 523).

(2) Piturica urbs a s. Ursino, etc. Voir plus haut.

(3) Praeterquam îllos, quos ex ipsius Aj ostoli verbis facile quivis po-sit ci 1ligere, huius en:m propre innumerabiles adiutores, et, ut ipse nominat, commil'.tones fuerunt. (Euseb , Hlst., lib. 3, c. 4, t. 21, col. 210).

(4) Qui discipu.i tantorura virorum (Apostolorum). relicta patria, p^regre proficiscentes, munus obibant Kvangelistarum, iis qui lidei sermonem uondum audmssent, rnristum praedicare, et sacrorum Evangeliorum libros trad:re satagentes. lli. postquain in remotis quibusdam ac barbaris regionibus fundamenta fldei iecerant, aliosque pastore* constitueront, et novellae plantationis curam iisdem oommiserant, eo coutenti, ad alias gentes ac regiones, comitante Dei gratia ac

Et dans le chapitre suivant de son Histoire de V Eglise, le même auteur nous apprend que, « s >us le pontificat du Pape « saint Clément, au 1er siècle, Dieu suscita une immense phalange « d'hommes admirables, qui, après avoir distribué leurs biens « aux pauvres, abandonnèrent leur patrie, et allèrent annoncer « l'Évangile les uns dans les contrées où les Apôtres avaient « déjà jeté les fondements de la foi, et les autres dans les régions « lointaines et abandonnées (1). »

Voilà bien l'explication naturelle du fameux texte de Sulpice Sévère que les partisans de l'école grégorienne voudraient nous opposer: Serius irans Alpes Dei religione suscepta (2). Oui, les Apôtres commencèrent et leurs Disciples vinrent ensuite.

Si la propagation d^ l'Évangile n'avait pénétré dans les Gaules que vers l'an 250, sous le pape saint Fabien, Eusèbe, qui vivait presque à cette époque, l'aurait su et l'aurait dit. Faisant le panégyrique de ce grand pontife, rappelant sa miraculeuse élection, les principaux événements de son règne et son glorieux martyre, pendant la persécution de Dèce (3), le célèbre historien n'aurait pas manqué de transmettre à la postérité un fait de cette gravité.

Mais ce qui donne aux textes d'Eusèbe, que nous venons de citer, une importance exceptionnelle, c'est que cet auteur est confirmé par Lactance son contemporain. Voici ce que ce dernier écrivait au commencement du IVe siècle : « L'Eglise, depuis le « tyran Domitien, ne fut pas seulement rétablie dan*; son premier « état, mais encore elle apparut plus éclatante et plus florissante « que jamais. En effet, dans les temps qui suivirent, pendant « lesquels plusieurs bons princes tinrent les rênes de l'empire « romain, n'ayant eu à subir aucune persécution violente, elle « étendit ses bras à l'orient et à l'occident, à tel point que, dès « lors, il n'y eut plus un seul coin de terre, si éloigné qu'il fut, «où la religion chrétienne n' eut pénétré, pas de nation si sau-

virtute, properabaut. iv>uip)>e divini spiritus vis ac potentia, raulla per eosd'-iu miracula etiani operabatur. Adpo ut prima statim andita praedicatione, o>>iversi simut i><>i>)'U, von Numinis cultum prumptissimo animo susciperent, etc. (Id., il' <!.. c. 37, col. 291 et 294).

(1) Ecclesiai'iun fundamenta quae variis in locis Apostoli prius iecerat, ; <1ditis aedificiis, extruxerunt. (Id., il) d.).

(2) liiitor. Sacr., lib. 2, c. 32, t. 20, col. 147. - Sulpice Sévère naquit L'an 3(53 en Aquitaine et mourut en 406 ou 410.

(3) Eosbbe, m$t., lib. 6, c. 29-39.

« rage qui n'eut adouci ses mœurs par l'influence du culie de « Dieu qu'elle avait reçu. Mais cette longue paix fut enfin détruite « par l'empereur Dèce (1). »

Ainsi il est donc certain que déjà, avant le pape saint Fabien, en 250, l'Évangile était répandu dans le monde entier, connu jusqu'alors, et par cela même dans les Gauies qui faisaient partie de l'empire romain. Aussi Eusèbe ne craint pas de dire que du temps de l'empereur Adrien, l'an 117, « les églises brillaient alors « dans tout l'univers comme des astres resplendissants, et par « toutes les nations était florissante la foi de Notre-Seigneur « Jésus-Christ (2). »

Saint Ignace d'Antioche affirme de son côté, dans son épitre aux Ephesiens, qu'il écrivait au commencement du IIe siècle, que « des sièges épiscopau.c étaient établis partout (3). » « Ce que l'àme est au corps, dit un contemporain des Apôtres, les chrétiens « le sont au mond^. L'àme est répandue dans tous les membres « du corps, les chrétiens, dans toutes les cités du monde (4). »

L'auteur du Pasteur, qui vivait aux temps apostoliques, affirme également que « toutes les nations qui sont sous le ciel « ont entendu la parole de l'Évangile, et ont cru (5). » « Il n'est « pas une seule race du monde connu, s'écrie saint Justin, au IIe siècle, au sein de laquelle, au nom de Jésus crucifié, des priè- « res et des actions de grâces ne s'élèvent vers le Père et le Créateur de toutes choses (G). »

(1) Rescissis igitur actis tyranni Domitiani, non tantum in statum pristinum Ecclesia restituta est. sd etiam multo clarius ac floridius enituit; secutisque temporibus, quibus multi ac bon; principes Romani imperii clavum regimcnque tenuerunt, nullos inimicorum impetus passa, manus suas in orientera occidentemque porrex:t; ut iam nullus esset terrarum angulus tara remotus, quo non religio penetrasset; nulla dïnique natio tam feris moribus vivens, ut non suscepto Dei cultu, ad iusticiae opéra mitesceret! Sed enim postea longa pax reputa est, Decius, etc. (I.act., De morte Persecut.; c. 3, t. 7, col. 199 et 200).

(2) Porro Ecclesiis iam per universum orbem instar clariss-morum siderum fulgentibus, et vigente per omnes nationes fide in Dominum ac Servatorum nostrum i. c. (Ei'seb ., Hist., lib. 4, c. 7, t. 21, col. 313.

(3) Etenim Iesus-Christus, inse] arabilis vita nostra, sententia Patris est, ut ei Kl iscopi, per traotus terrae constituti. (Ignat., Epist. ad Eph., c. 3, t. 5, col. 647).

(1) Quod est in corpore anima, hoc sunt in nuu.do chris iani. Dispersa est per omnia corporis membra anima, et, cliristiani per mundi civitatis (dispersi sunt). (Épist. ad Diognel., c. 6, t. 2, col. 1115).

(5) Quooiam universae nationes, quae sub coelo sunt, audierunt et crediderunt et m.o nomine Kil.i Dei vocati sunt. (S. Hermas, Pastor, lib. :!. simil. 9, c. 17, t. 2, col. 998).

(6) Nullum enim omnino genus est, sive Graecorum, sive Barba orum, sive

Ecoutons saint Irénée qui vivait à la même époque; s'adressant aux hérétiques, il leur dit: « Voici la foi qu'a reçue des « Apôtres et de leurs disciples l'Église disséminée par tout le « globe terrestre et jusqu'aux extrémités de la terre: Je crois « en un seul Dieu, etc. (1) » Si toute la Gaule celtique, la Belgique et l'Aquitaine eussent été plongées dans l'idolâtrie, saint Irénée, évêque de Lyon, aurait-il pu dire, au milieu du IIe siècle, que l'Église de Jésus-Christ étendit ses rameaux sur l'univers tout entier?

Origène tient le même langage. Voici ses paroles: « Notre- « Seigneur, qui est la vertu de Dieu, est répandu dans tout « Vunivers... et il est avec ceux-là mêmes qui sont séparés de « notre continent, les insulaires de la Bretagne, et avec les habi- « tants de la Mauritanie, et avec tous ceux qui, sous le soleil, « ont cru en lui (2). »

Dans son ouvrage contre Celse il exprime encore la même pensée (3).

Dans son Traité sur Vâme, Tertullien affirme que nulle nation n'est désormais étrangère à Dieu, la lumière de l'Évangile resplendissant sur toute la terre et jusqu'aux extrémités de l'univers connu (4). Mais c'est dans son Livre contre les Juifs que se trouve le texte le plus important: « Le Saint-Esprit, dit-il, a prédit, par « les prophètes, que le nom de Dieu serait invoqué dans tous les « lieux... et que la prédication des Apôtres devait s'étendre à « toute la terre... c'est ce que nous voyons de nos yeux accompli à « la lettre. Toutes les nations ont ajouté foi au Christ, telles que « les diverses branches des Gétules, les nombreux peuples qui « habitent les confins de la Mauritanie, toutes les divisions des « Espagnes et les diverses nations des G aides, et les parties de

quoi bet m. mine appellent ur.... in quo non. per nomen crucifixi Iesu, preces et gratiarum act'ones Patri et Creatori universorum fiant, (s. Iustinus, Dialog. cum Trtphon., c. 117, t. 6, col. 749).

(1) Kcelesia enim per universum orbem u-que ad fines ternie seminata, et ab Apo tolis et a discipulis eorum accepit eam fîdem, quae est in unum Deum, Patrem omnipotentem, etc. (S. InENAErs, contra Haeres., lib. 1. c 10, n. 1, t. 7, col. 550).

(2) Dominus noster Iesus. qui Virtus est Dei, in omnem dillusus est orbem... • ■t cum hia est qui al» orbe nostro in Britannia dividuntur, et cum liis qui in Maurilania, et cum universis qui sub sole in nomine eius credid'runt. (Origbnes, llomil. VI in Luc, t. 13, col. 1 816).

(3) M., contra Cels., lib. 2, c. 13, t. 11, col. 823. (1) Tertulï.., De Anima, c. 49, t. 2. col. 733-73-1.

« la Bretagne, restées inaccessibles aux Romains, mais soumises « au Christ, sans compter les Sarmates, les Daces, les Germains, « les Scythes et une multitude de peuplades ignorées (1). »

Le docteur africain confirme donc de point en point les témoignages irrécusables de Justin, d'Irénée et d'Origène. Comme eux, il atteste qu'au début du IIIe siècle, le christianisme étendait son empire non-seulement dans les Gaules, mais bien au delà du monde romain. Si nous voulions multiplier les citations* nous pourrions encore invoquer l'autorité d<-> saint Cyprien (2), de saint Jean-Chrysostome (3), de saint Jérôme (4), de saint Epiphane (5). de saint Athanase (6), de Théodoret, etc. (7).

Terminons cette partie de notre travail par ces paroles remarquables du grand évèque de Poitiers, saint Hailaire, doit la profonde érudition est vantée par saint Jérôme lui-même. « Les « Apôtres, dit-il, ont établi une multitude de tabernacles, et ont « préparé à Dieu un nombre immense d'habitations dans toutes «les parties de l'univers où l'on pouvait aborder, que dis-je? « jusque dans les îles de l'Océan. Voilà pourquoi le Prophète-roi « ne désire pas seulement un tabernacle, tel que celui de Moïse, « mais un grand nombre et d'innombrables, car encore que l'Église « universelle soit une, cependant chaque ville possède son église. « Eglises qui doivent leur origine aux Aptôtres eux-mêmes, par « qui elles ont reçu commencement, églises qui, fondées sur les « bases les plus solides, ont été constitués dans le monde entier. » En présence de cette chaine de témoins qui commence au Ier siècle et se termine à la fin du IIIe, est-il encore possibile de soutenir que nos contrées, où régnaient en maîtres les Romains, eussent été privées, jusqu'en 250, du bienfait de la foi? Le lecteur peut en juger déjà.

(1) Et caeterae gentes crediderunt: ut iam Getularum varietates... et GalUarum diversae nationes, et Britannorum, etc. (Tertull., adv. Iudaeos, c. 7, t. 2, col. 610).

(2) S. Cyprïan., De unit. Ecclesiae, c. 5, t. 4, col. 502.

(3) S. Ioan. Chrysost., homil, contra Iudaeos et Gentiles, n. 12 et 13, t. 1. col. 829-^32.

(4) S. Hieron., in isaiam., lib. 10, c. 34, t. 24, col. 37 ù.

(5) S. Epiphan., Haeres., 61, n. 2, t. 41, col. 1042.

(G) S. Athan., orat. de Incarnat. Verbi, n. 46 et 47, t. 25, col. 178-182. (7) Théodoret., de (iraecor . affec. curât., serm. 9, de legibus, tom. 83, col. 1034 et seg.

Nous savons donc, d'après la tradition des premiers siècles et les documents historiques les plus certains, que, au début du christianisme, une légion d'apôtres se répandît partout, jusqu'aux extrémités du monde connu, pour prêcher l'Évangile, et que la foi de Jésus-Christ fut embrassée par les peuplades les plus barbares. Nos contrées, qui, à cette époque, formaient une des plus riches provinces de l'empire romain, durent recevoir, sans contredit, la semence de la parole divine. L'apostolat de saint Pothin et de saint Irénép, à la fin du Ier siècle et au commencement du IIe, en est une preuve irréfragable.

La diffusion de la doctrine du Christ, parmi nous, s'est-elle renfermée, au temps de saint Pierre ou de son successeur, dans les seules limites de la métropole lyonnaise? Non, évidemment. Nous avons entendu Tertullien nous dire, au IIe siècle, que « les « diverses nations des Gaules étaient soumises au Verbe in- « carné. Devant lui, ajoute-t-il, les portes dé toutes les cités se « sont ouvertes, et aucune d'elles ne Lui a été fermée (1). »

Avaricum, l'antique capitale des Celtes, selon Tite-Live (2), la plus belle ville de la Gaule, du temps des Césars (3), et la métropole de la vaste province d'Aquitaine, formée par l'empereur Auguste, dut être assurément, à cause de son importance, une des premières à recevoir le flambeau de la foi.

Dans cette grave question de l'évangélisation du pays des Francs par les disciples du Sauveur, nous ne sommes pas réduits à quelques témoignages isolés; c'est par centaines que nous pourrions les produire.

A la dispersion des Apôtres, la foi fut de suite implantée dans l'Italie et l'Espagne. Saint Paul écrivait aux Romains: « Lorsque j'aurai commencé le voyage que je projette en Espa- « gne, j'espère que je pourrai vous visiter en passant... Ainsi, « quand j'aurai rempli ma mission à Jérusalem, je me rendrai,

(1) Oui (Chrigto) crediderur.t ... Galliarum diversae natio.ies uite quem

omnium civitatum portae sunt apertae, et cui nullae sunt clausae. (Tert., adv. Txidaeos, c. 7, t. 2, col. 610 et 611).

(2) Tite-Live, lib. 5, c. 34.

(3) PulcherrimatQ prupe totius Galliae urbem. (C'aes., Corn , VII, 15).

« par chez vous, en Espagne (1). » La tradition tout entière affirme celte vérité.

Le grand Apôtre, d'après saint Jérôme (2), Théodoret (3), et Fortunat (4), alla aussi porter la lumière de la vérité jusqu'aux îles Britanniques; quoiqu'il en soit, l'Angleterre reçut assurément la semence de l'Evangile dès le berceau du christianisme, dit saint Hilaire; Gildas, auteur breton fort estimé du VIe siècle, affirme cette vérité (5); le vénérable Bède partage également ce sentiment (6), que Tertullien émettait au IIe siècle, avec autant d'éloquence que d'autorité (7). La religion chrétienne fit tant de progrès dans ces contrées qu^, en 314, nous voyons figurer au concile d'Arles trois Èvêques bretons, métropolitains des trois provinces les plus civilisées de cette île soumises aux Romains (8).

Est-il possible d'admettre que la Gaule, l'une des plus intéressantes et des plus riches conquèt 'S de l'empire, n'aurait reçu la foi qu'au IIIe siècle, quand nous savons que les trois royaumes qui l'environnent furent évangélisés au temps des Apôtres et qu'ils avaient, bien avant Dèce et Fabien, des églises constituées, jusque dans les plus petites villes. Toutes les lois de l'induction protestent contre une pareille supposition.

Poursuivons nos recherches: au concile de Rimini qui se tint au milieu du IVe siècle (350), six cent cinquante évêques, dit saint Augustin, étaient réunis (9). ceux de la Gaule en formaient la plus grande majorité (10). Or, à qui persuadera- t-on qu'une

(1) Cum in Hispaniam proficisci coepero, spero quod praeterièns videam vos.... Per vos proficiscar in Hispaniam. {Rom., XV, 24-28). - Tout le inonde sait que saint .Tacques-le-Majeur évangélisa aussi l'Espagne.

(2) S. Hieron., De viris illustrib., c. 5, t. 23, col. 615.

(3) Paulus cunctis natioiribus leçes evangelicas attulit, neque solura Romanos.... et l'.ritannos ac Germanos, etc., adduxit. (Tiieodoret., (jraec. affect. curât., s. 9, de legibus, t. 83, co!. 1038).

(4) Vexant. Fortunat, De vit. S. Martin., lib. 3, vers. 4 '"-196, tom. 88, col. 405 et 406.

(5) Gildas Sapient., Hist. de exci'lio Britanniae, c. b' et 7, t. G9, col. 337.

(6) Beda, Hist. écries., lib. 1, c. 4, t. 95, col. 30.

(7) Et Galliarum diversae nationes, et Britannorum inaccessa Romanis loca, Christo vero subdita. (Tertui.i.., adv. Iudaeos, c. 7, t. 2, col. 610).

(8) Eborius, évêque d'York: llestitutus métropolitain de Londres, et Adephius, évê |ue de la colonia Camolodunensium. (Marchi, Concll., VII, 88).

(9) Sed in Synodo Ariminensi.... de sexcentis et quinquaginta, ut fertur episcopis. (s. aug., Opus imperfect., lib. 1, c. 75, t. 45, col. 1100 et 1101).

(10) Sui.p'c. Sev., Hist. Sacra, lib. 2, c. 41, t. 20, col. 152. - S. Hilar., De Si/nod., praef., 2 et 8. - (Voir aussi Mêm. de la Société des Antiquaires de l'Ouest, t. 37, p. 266-271).

contrée qui, dans une réunion si importante, dominait par son épiscopat, était encore au berceau de sa croyance?

Saint Athanase nous parle du synode de Sardique, au commencement du IVe siècle; 344 évèques le composaient (1), et dans la liste incomplète que ce grand docteur nous en a laissée figurent 34 évêques de la Gaule (2).

L'an 314, l'Église d'Afrique est affligée par un schisme déplorable. Les fidèles s'adressent à Constantin et demandent à être jugés par des évèques gaulois (3). L'empereur réunit un concile à Rome où peu d'évêques se rendirent ; la Gaule n'en comptait que trois. Les Donatistes réclamèrent et ne voulurent pas se soumettre à la sentence qui leur était défavorable; ils demandèrent une autre réunion où les évêques des Gaules seraient en grand nombre. Le jeune empereur chrétien voulut bien leur donner satisfaction. Il convoqua à Arles un grand concile où une multitude presque infinie d'évêques se rendirent(4). Saint Augustin en élève le nombre à un chiffre prodigieux (5). Mais en nous appuyant sur des documents authentiques nous pouvons l'évaluer au moins à 600 (6). Les évêques gaidois en composaient la majorité (7). Cette multitude d'évêques des Gaules, en 314, ne saurait nous étonner, si nous nous rappelons ce que les monuments des premiers siècles nous ont appris des évèques ruraux qu'on désigna sous le nom de chorévêques (8).

(1) Una omnes trecenti quadraginta quatuor. (S. Athan., Apolog. contra Artanos, n. 50, t. 25, col. 342).

(2) Revue des questions histor., janvier 1867, pag. 88. - D'après la liste qui nous reste, il résulte que, dans le Concile de Sardique, les Provinces du nord de la Gaule étaient représentées dans la proportion de 19 contre 9. (Id. ib.) Voir les Eglises du. monde romain, par dom Chamard, page 215).

(3) Petimus ut de Gallia nobis iudices dari praecipiat pietas tua. (S. Optât., De Schism. Donat., lib. 1, c. 22, t. 11, col. 930).

(4) Quoniam igitur plurimos ex diversis ac propre infinitis locis episcopos in urbem Arelatensem intra kalendas augusti iussimus convenire. (Euseb., Hist.eccles., lib. 10, c. 5. t. 21, col. 890).

(5) Nec in illis solis episcopis Afris erat ecclesia... Millia quippe collegarum transmarina restabant, ubi apparebat eo^ iudioari posse... Dédit 111e (Imperator) aliud Arelatense iudicium. (S. Auo., Contra Epist. Parmeniani, lib. 1, c. 2, n. 2).

(6) Mansi, Concil. //, 469, not. A, 473, 486. - Patrol. lat., t. 123, col. 92. - Bai.lerini, pars 2, c. 10, S 1, n. 3. - D. Marten. , Thesaur. Anecd., t. 4, col. 58.

(7) Ad quam urbem (Arelatensem) ex omnibus mundi partibus, praecipue Galllcanis, sub S. Martini tempore, legimus celebratum fuisse concilium. (Mansi, Concil. VU, 8-0).

(8) Quand ils furent supprimés, leurs sièges devinrent des archiprêtrés. (Les églises di> monde romain, par D. Chamard).

Ainsi, il est donc acquis à la science historique que, dès Tannée 31-1. l'épiscopat gaulois était assez abondant pour former une majorité relative dans un concile de 600 évêques, venus des seules provinces de l'Ulyrie, de l'Italie et de la Sicilie, de l'Espagne, de la Grande-Bretagne et de la Gaule, l'Afrique n'en a.yant député qu'un petit nombre (1).

Voilà sans doute ce qui explique pourquoi saint Cyprien, au milieu du IIIe siècle, s'écriait que « déjà, dans toutes les provinces et dans chacune des ci lés du monde (romain) et dans les Gaules, par conséquent, il y avait des évêques constitués (2). Cette exubérence de sièges épiscopaux, constatés par l'Evéque de Cartilage, en 249, ne pouvait provenir évidemment des cinq ou six évêques que Grégoire de Tours, fait venir, en 25'J, évangéliser pour la première fois nos contrées. Au reste Terlullien, qui vivait cinquante ans auparavant, n'amrme-t-il pas que, de son temps « chacune des nations gauloises était soumise au Christ (3). » Et saint I renée, qui lui est antérieur d'un quart de siècle, voulant prouver l'unité répandue dans tout L'univers, écrit ces paroles remarquables : « Bien qu'il y ait dans le monde diverses « langues, les églises constituées dans l'extrême Orient comme «dans l'Occident, chez les Ibères d'Espagne ou chez les Celles... « ont tout s la même doctrine (4). » Selon le saint Docteur, ces églises sont établies sur des bases solides et durables (uîpvaevat), et la foi reçue des Apôtres s'y conserve et s'y transmet par les Pasteurs qui les gouvernent, aussi bien que dans les églises constituées au centre même de ce vaste empire romain, qu'on appelle l'univers.

Sous le Pontificat du Pape saint Viclor, (189-197), une grave controverse s'éleva dans l'Église, au sujet de la fête de Pâques. Saint Irénée, dit Eusèbe, réunit un concile, composé d'Évèques

(1) Voir les Eglise* dv inonde romain, notamment celles des Gaules, pendant les trois premiers siècles, par le R. P. dom Chamard).

(2) Cum iampridem per omnes provincias et per urbes singulas ordinati sunt episcopi. (S. Cyprian., epist. 10, ad Antonianum, n. 24, t. 3, col. 790).

(3) Et Galliarum diversae nationss, et Britannorum inaccessa Romanis loca, Chrisio vero subdita. (Tertullian., advers. Judaeos, c. 7, t. 2, col. CAO).

(4) Ecclesia et quidem in universum mundurn dis^eminata, diligenter custodit.. et similiter crédit iis... Virtus tradition ia una eadem est. Et neque hae quae in Germania sunt fundatae Ecclesiae aliter credunt, aut aliter tradunt; neque hae quae in Hiberis sunt, neque quae in Celtis... neque hae quae in medio mundi constitutae, etc. (S. Irenaeus, Advers. Haeres., lib. 1, c. 10, n. 2, t. 7, col, 551 et 554).

gaulois, pour la plupait, afin d'examiner la question. Il y fut décidé qu'on s'en tiendrait à l'usage venant de la tradition des Apôtres (1).

Devant tous ces témoignages, que devient l'opinion qui fait évangéliser les Gaules au IIIe siècle? Mais continuons: sept évoques dont l'histoire nous a conservé le noms (2), adressent à sainte Radégonde de Poitiers une lettre où nous lisons ces paroles remarquables: « Dès V origine même du christianisme, les élé~ « ment s de la foi divine furent enseignés dans les Gaules, et « jusque dans nos contrées qui confinent à V océan ; mais néan- « moins les mystères ineffables de la Sainte Trinité ne parvin- « rent, dans ces provinces extrêmes, qu'à la connaissance du « petit nombre... (3). » Qui nous transmet ce document si précieux? saint Grégoire de Tours lui-même!!!

Ainsi voilà donc les évèques de Nantes, d'Angers, de Rennes, du Mans, de Tours, de Rouen et de Paris qui, en 544, reconnaissent, dans un titre authentique, que leurs églises remontent aux temps apostoliques. Ces témoignages, du reste, sont en parfait accord avec ceux des historiens et des Pères des premiers siècles, comme nous l'avons vu.

Que vont nous dire maintenant les Pontifes d'Arles, de Toulouse, de Narbonne, de Clermont, de Limoges et de Bourges, de la prédication de l'Evangile parmi leurs peuples? La critique moderne va nous répondre.

Dans les articles précédents, nous croyons avoir clairement établi que le christianisme, dès son origine, a pénétré dans toutes les contrées de la Gaule, et que les villes de ces régions, décorées du droit de cité, possédaient un évêque bien avant le IIIe siè-

(1) Epistola quoqiie Ecclesiarura Galliae extat, quibus praeerat Irenaeus. Qui omnes eamdem fldem cademque doctrinam proferentes, nnara edidere senttntiam. (Eus'<b., mst. ecclej., lib. 5, c. 23, t. 21, col. 494).

(2) Euphrone, évêque de Tours, Prétextât, de Rouen ; Germain, de Paris; Féilx, de Nantes; Domitien, d'.\n<rers; Victorins, de Rennes et Domnole, du Mans. (S. Grec. Tur., Hist. Franc, lib. 9, c. .19. t. 71, col. 516).

(3) Itaqne cum ipso catholicae religionis exortu, coepissent Gallicanis in flnibùs venerandae fidei primordia respirare, et adhuc ad paucorum notitiam tune ineffabilia pervenissent Trinitatis dominicae sacramenta. (Id., ibid.).

cle. « Il y en avait même jusque dans les principaux centres de population des campagnes (1). »

Les preuves historiques ne sont pas aussi péremptoires pour déterminer d'une manière précise, les noms des pontifes qui fondèrent ces primitives églises. Nous en trouvons la cause dans l'absence d'un grand nombre de documents qui ont disparu, dans les commotions politiques des premiers siècles et dans les invasions des Barbares qui ont tout détruit, jusqu'aux archives où ces faits étaient consignés (2).

La Gaule n'est pas la seule province de l'empire romain privée de ces titres précieux : l'Orient et l'Italie ont perdu le souvenir de la plupart de leurs premiers fondateurs. Ainsi césarée de Cappadore est mentionnée dans les Actes des Apôtres, XVIII, 22, comme un Église constituée par saint Pierre et visitée par saint Paul; néanmoins saint Grégoire de Nysse nous apprend que la tradition seule avait transmis le nom de son premier Èvèque(3). Les églises d'Anagni, d'Ostie, de Tusculum et tant d'autres, établies incontestablement aux temps apostoliques, ont même perdu toute notion de leurs fondateurs (4). Est-ce une raison pour nier leur apostolicité? Non assurément.

Bien qu'il y ait des réserves à faire sur tel ou tel Evèque, qu'on donne comme étant du nombre des soixante-douze disciples, il ne s'en suit pas que tous doivent être mis en suspicion. Dès que le héros d'une légende sérieusement écrite est représenté comme ayant jeté les premières semences de la foi dans une cité gauloise et dans toute une province, il faut nécessairement admettre qu'il a vécu pendant la période apostolique; car placer sa mission au IIIe siècle, serait se mettre en flagrante opposition

(1) Les Efflises du monde romain, notamment celles des Goules, par dom chamard, b^néd. , p. 365

(2) Nam nostra quidem scripta cur ignibus meruerunt dari? Cur immaniter conventicula dirui, in quibus summns oratur Deus? (arxob., auteur contemporain. Contra gentes, lib. 4, c. 36, t. 5, col. 1076).

— Non illas paginas negligentia perdidit: nec casus abolevit. Nec vetustas incuriosa corrupit : sed malitia persécutons invidit. (Missale Mozarab.,t.85,col.T29)

— Tilmont., Hist, ercl., t. 5, p. 21. 27. - Euseb., Hist. errr., lib. 8, c. ?, t. 21, col. 743.

— Revue des questions hist., janv. 1m3'.\ p. .">( et suiv.

(3) La qu!en, Oriens christ., t. 1, p. 3*57.

(4) Dom Chamard, loc. cit.

avec les documents historiques que nous avons produits dans le cours de ce travail (J).

Examinons maintenant l'origine des Eglises les plus remarquables par leur antiquité. Commençons par celle d'Arles que saint Grégoire place sous l'empereur Dèce, l'an 250.

Le Pape saint Zosime, en 417, reconnaît, dans une lettre qu'il écrivait alors, que saint Trophime en était le premier Evèque, et qu'il y fut envoyé par les Apôtres (2). Aussi confirma-t-il tous les privilèges de cette célèbre métropole et les étendit même plus qu'il n'aurait fallu. Quelques années après, dix-neuf évêques de la province s'adressèrent au Pape saint Léon, l'an 445, pour le prior de rendre à l'Eglise d'Arles certains droits dont elle était dépouillée depuis peu. Voici ce qu'ils lui dirent dans leur supplique: « Toutes les contrées de la Gaule savent, et la très « sainte Église romaine n'ignore pas que la première de la « Gaule (Narbonnaise), la cité d'Arles, a mérité de recevoir pour « Pontife saint Trophime, envoyé par l'Apôtre saint Pierre (3). »

Ce texte écrasant renverse par la base le système grégorien, puisque, selon l'Évéque de Tours, ce ne fut qu'au IIIe siècle que saint Trophime a été envoj^é à Arles, par le Pape saint Fabien, pour y fonder une église. Or cette date est absolument inadmissible, en présence des témoignages véridiques que nous venons de produire.

De nos jours, un savant aussi modeste que distingué, M. Faillon, dû la Société de Saint-Sulpice, a découvert à la Bibliothèque nationale un manuscrit du VIe siècle, appartenant autrefois à l'Eglise d'Arles, portant le n° 5,537, où l'apostolicité des principales églises des Gaules est clairement établie. Voici cette pièce d'un intérêt capital : « Sous Claude, V Apôtre Pierre envoya dans « les Gaules, pour prêcher aux Gentils la foi de la Trinité, « quelques disciples auxquels il assigna des villes particulières,

(1) Nous ne voulons pas dire par là qu'il n'y eut point d'apôtres de la foi au troisième siècle; nous irions contre la vérité.

(2) Sane quoniam metropolitaïae Arelatensium urbi vêtus privilegium minime derogandum, ad quam primum ex hac sede Trophimus, summus Antiste<, ex CUÎU9 fonte totae Galliae fidei rivulo? acceperunt, directus est. (S. Zosim., epist. 1, c. 3, t. 20, col. 644 et 645).

(3) Omnibus etenim regionibus Gallicanis notum est, sed nec sacrosanctae Ecclesiae romanae habetur inco^nitum, quod prima inter Gallias Arelatensis civitas niissum a B. Petro Apostolo sanctum Trophimum habere meruit. (S. Léo, epist. 65, c. 2. t. 54, col. 880).

« ce furent Trophime, Paul, Martial, Austremoine, Gatien, Sa- « lurnin, Valère et plusieurs autres que le bienheureux Apôtre « leur avait désignés pour compagnons (1). » Nous trouvons donc dans ce texte la confirmation dj toutes les preuves que la tradition et les saints Pères nous ont fournies en faveur de l'ancienneté de nos églises.

A Ailes, à l'extrémité des Aliscamps (champs élises) dans l'Eglise, aujourd'hui en ruine, de saint Honorât, appelée aussi Notre-Dame des Grâces, se trouvait enchâssée une petite chapelle antique qu'une tradition unanime dit avoir été fondée par saint Trophime. Au fronton de ce précieux sanctuaire, on lisait, il y a peu de temps encore, cetto inscription gravée sur la pierre: Virgini Deiparae adhuc viventi; à la Vierge Mère de Dieu, encore vivante. Ce marbre précieux fut transporté dans un des musées de Rome où il fait aujourd'hui l'admiration des visiteurs.

A Florence, la science faisait, presque en même temps, une autre découverte inespérée. Elle exhumait de la bibliothèque Ricardi les actes du martyre de saint Saturnin, portant le n° 223, où se trouvent ces paroles remarquables: « Après V Ascension de «Notre -Seigneur au ciel, au commencement de la prédication « évangélique, Saturnin profondément affermi dans la foi, de- « vint le disciple et ï envoyé de V Apôtre saint Pierre (2). » Ces actes, d'après une critique consciencieuse et éclairée, remontent à la fin du Ve siècle (3).

Le savant Macedo, dans son ouvrage sur la propagation rapide du christianisme, s'exprime ansi : « Le Seigneur était à « peine monté au ciel que les Apôtres commencèrent à prêcher « V Evangile; Saturnin, homme profondément convaincu, s'attache « généreusement à saint Pierre (4). » Ces paroles ne simblent-

(1) Sub Claud o igitur, Petrus apostolus quosdam discipulos misit in Gallias ad praedicandam gentibus fidem Trinitatis; quos discipulos singulis urbibus delegavit. Fuerunt ni: Tropbimus, Paulus, Martialis, Austremonius, Gratianus, Saturninus, Valerius et plures alii, qui comités a B. Apostolo illis praedestinati fuerant. (Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Madeleine, par M. Paillon, vol. 2, p. 373-375. - Voir l'abbé Darras, Hist. générale de l'Eglise, 6 vol. p. 540).

(2) Post Sa'vatoris nostri Domini ad coelos ascensum, in primordio praedicationis evangelicae Saturninus, sanctissimae fldei certissime credulus, apostoli Pétri cxtitit d scipulus. (Voir Darras, ibid., p. T>44)

(3) Dom Chamard, loco cit., p. 343-344. — Gallia christ., t. 13, p. 4.

(4) Post Salvatoris nostri Domini ad coelos adscensum, in primordio praedi-

elles pas être une traduction fidèle du manuscrit de Florence? Fortunat regarde aussi l'apôtre de Toulouse comme un de ces missionnaires intrépides, que le Saint-Siège envoie de Rome pour porter le nom de Jésus-Christ parmi les Tectosages (1).

En présence de tous ces textes si afflrmatifs, que devient celui de saint Grégoire qui place au IIIe siècle l'envoi de saint Saturnin dans les Gaules (2)?

Évidemment, ou il y a interpolation dans ce passage de son Histoire des Francs, ou son système chronologique s'appuie sur de fausses données. Tous les documents apportés dans cette discussion nous amènent forcément à cette conclusion. Nous sommes d'autant plus autorisés à parler ainsi que l'évêque de Tours, dans son ouvrage sur la Gloire des Martyrs, place saint Saturnin ;iux temps apostoliques. Voici ses paroles :« Saint Saturnin « martyr, ayant été, dit-on, ordonné par les disciples des Apô- « très, fut envoyé à la cité de Toulouse (3). »

L'école Grégorienne serait-elle plus heureuse dans l'apostolat de saint Paul de Nai bonne, qu'elle fait apparaître aussi au IIIe siècle? Nous ne le pensons pas.

Que nous dit, en effet, saint Adon de Vienne, dans son martyrologe ?

« C'est à Narbonne dans les Gaules, écrit-il, que mourut « saint Paul évèque et confesseur et disciple des Apôtres (4). Selon

cation is apo<tolicae, Saturninus sanctae fidei certissime credulus, Apostoli Pétri perfectus extitit discipulus. (Macedo, De céleri propagatione Evangelii, c. 5, n. 31, p. 29, Eononiae, 1798, in-4.°).

(1) Qui cum Romana propera set ab urbe Tolosam. (Venant Fortunat. Miarellanea, lib. 2, c. 1 ', t. 88, col. 101).

(2) Sub D?cio vero imperatore... septem viri episcopi ordinati ad praedicandum in Gall as missi sunt, sicut historia passions sancti martyris Saturnini narrât. Aitenim: «Sub Decio et Orato consulibus, sicut fid<li recordatione i etinetur, primum ac summum Tolosana civitas sanctum Saturninum habere coeperat sacerdotem.» lli ergo missi sunt: Turonicis, Gratianus episcopus; Arelaten*ibus, Trophimus episcopus; Narbonae, Paulus episcopus; Tolosae, Saturninus episcopus; Parisiacis, Dioaysius episcopus; Arvernis, Stremonius episcopus; Lemovicinis Martialis est destinatus episcopus. (S. Greg. Turon , Hist. Franc, lib. 1, c. 28, t. 71, col. 175).

(3) Saturninus vero martyr, ut fertur, ab Apostolorum discipulis ordinatus, in nrbem Tolosatium est directus. (S. Greg. Turon., .De gloria niart.,\ïb. 1, c. 48, col. 749).

Ce mot disciple a la même signification que celui d'apôtte. - Irenaei, viri apo- Stolici, qui occidentem illustravit, proferam testimonium. (Theodoret., Haeretic., fabul. compend., lib. 1, c. 5, t. 83, col. 351. - Item. S. Basil., lib. de Spiritu Sa>>ct., c. 29. t. 3?, col. 202. - S. Epiphan., Haeres., 24. n. 8, t. 41. col. 315).

(1) In Galliis, civitate Narbona, natale sancti Pauli episcopi et confessons, discipuli Apostolorum. (S. adon., Martyroh, ad dism SSmartii, t. 123, col. 241).

«la tradition, dit-il ailleurs, il serait le même que le proconsul « Sergius; cet homme prudent, (Act. Ap., XIII, 7). à qui Vapôtre « saint Paul lui-même emprunta son nom. Ce même apôtre, « se rendant en Espagne pour y prêcher la foi, le laissa à Nar- « oonne, en paix, couronné de l'auréole des miracles (1). »

Notker et Usuard, dans leurs martyrologes, tiennent le même langage (2).

Ici l'archéologie vient nous prêter son puissant concours. On a découvert, non loin de Narbonne, une inscription romaine que Paul us Sergius fit graver sur la tombe de sa mère; la voici: Paulus Sergius à sa mère, Jidia Paula, fille de Sergius (3).

A toutes ces preuves de l'apostolat de saint Paul de Narbonne, au Ier siècle, nous pourrions joindre celles qui sont tirées des actes authentiques d? saint TVophime d'Arles et de saint Saturnin de Toulouse que nous venons de reproduire.

Arrivons à l'Apôtre des Aquitaines. Aucun des sept Évêques énumérés par saint Grégoire ne présente aussi complèfement que saint Martial les caractères d'un missionnaire du Ier siècle. M. l'abbé Arbellot. dans ses Documents inédits sur V apostolat de saint Martial et dans ses observations critiques sur la légende de saint Austremoine, porte cette vérité jusqu'à la dernière évidence (4). Los martyrologes de Florus, d'Hilduin, de saint Adon et l'auteur de la vie de saint Deicole ne laissent aucun doute sur ce point.

L'opinion qui fait de saint Martial un disciple de saint Pierre,

(1) Quem tradunt eumdem ipsum fuisse Sergium Paulum proconsnlem, virum prudentem, a quo ipse Paulus sortitu* est nomer. ; quique ab eodem saictoApostolo, cum ad Ilispanias praedicandi gratia pergeret, apud praefatam urbem Nar» bonam relictus, i raedicationis officio non segniter impleto, clarus miraculis coronatu< sepelitur. (Id., ibid. , col. 194).

(2) Bolland.. Art. SS., t. 3, martii, p. 369.

— Usuard., Martyrol. ad 12 decemb.. t. 124, col. 794.

(3) P. M. IVLIAE SEROI PILIAE PAULINAE M. SERGIUS PAVI.VS MATRI P. (M. Alexandre du Mége, Mém de la Société arche ol. du Midi de la France, 1852, t. 6, p. 78, sous ce titre: Recueil de quelques inscriptions romaines inédites ou peu connues ou perdues aujourd'hui. «Ce marbre, écrivait M. du Mége, en 1852, existait naguère encore non loin de la ville capitale des Consoranni.

— In Oalliis, civitate Xarbone, natalis S. Pauli episcopi et confessons, discipuli apostolorum Christi, quem tradunt rumdem fuisse Sergium Paulum proconsulem. virum prudentem, a quo ipse Paulus sortitus est nomem, quia ipse eum fidei subegerat. (Ven. Reda, Martyrol., t. 94, col. 864).

— Paulus Narbonensis episcopus, Sergius dictus. {De mijst. (ialliae script., pag. 974).

(4) 1 vol. in 8," 1860 pag. 32-60.

venu comme lui de la Palestine, remonte aux temps les plus anciens. Ce qui lui donne un caractère d'authenticité incontestable, c'est qu'elle se généralisa et fut acceptée par diverses Églises d'Italie et jusqu'à Rome. Paul Diacre y fait allusion dans l'histoire de Metz à la fin du VIe siècle. Les Eglises de l'Espagne, de l'Angleterre et même de l'Orient, d'après les dépositions faites au Concile de Limoges de 1031, attestaient la même tradition dans leurs livres liturgiques respectifs. Aussi saint Martial était-il placé dans leurs litanies immédiatement après les Apôtres.

Le vénérable Bède partage le sentiment de tous les auteurs que nous venons de citer. 11 affirme, sans hésiter, que notre saint « est un des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur et qu'il « fut envoyé de Rome par saint Pierre vers nos contrées pour « annoncer l'Évangile dans la ville de Limoges (1). »

La mission de saint Austremoine à Clermont, de saint Gatien à Tours et de saint Denis à Paris, au Ier siècle, est une conséquence des principes que nous avons établis. Au reste, les témoignages sont assez abondants pour fixer ce point de notre histoire.

Les actes authentiques des fondateurs des Églises d'Arles, de Toulouse et de Limoges, ne mentionnent-ils pas les trois évèques que nous venons de citer, comme appartenant à la période apostolique? Qu'on se rappelle aussi la lettre des sept évêques à sainte Radégonde, affirmant l'apostolicité de leurs Églises. Ces preuves seraient amplement suffisantes.

Un vieux manuscrit, provenant de l'Eglise de Lerins, nous dit « que 1>J glorieux Austremoine fut du nombre des disciples de « Jésus-Christ, et qu'il vint plein de courage, vers la nation des « Arvernes, pour y annoncer la foi (2). »

L'apostolat de saint Denis, au Ier siècle, n'est pas moins cer-

(1) Lemovica civitate depositio Martialis episcopi, qui fuit uuus ex septuairinta duobus, qui a Romana urbe a B. Petro in Gallias missus, in urbe Lemovicina praedicare exi'rsus est. (Ven. P-eda, Martyr ol., t. 94, col. 961).

Lemovicenses plauditant cives, qui Christi filium immuratum tenent Martialem episcopum et consanguinem B. Principis Apostolornm. (Borland., Art. SS. ad 18 januar., t. 2. p. 564, éd. Palmé).

(2) Ac.ta Sancti Austremonii ex veteri miss, codice ecclesiae Lirinensi.

— Posi gloricnissimam igitur Domini nostri Ascensionem, B. Petrus, princeps Apostolorum... misit.... Avernicam inter eos monarchiam Austremonius inclytus martyr post D-eum suscepit regendam. (P. Labbe, Novae blblioth. manuscript., t. 2, p. 482).

tain. Les évèques, réunis à Paris, des diverses parties de l'empire carlovingien, en 825, attestent formellement au Pape Eugène II que, selon l'antique tradition de leurs Églises, saint Clément avait donné à saint Denis et à douze autres prédicateurs de la foi, la mission de venir répandre la lumière de l'Évangile dans le nord de la Gaule (1).

Ces documents joints à tant d'autres doivent suffire pour la démonstration de notre thèse. Nous pourrions donc clore ici la discussion, .car l'apostolat de saint Ursin, au Ier siècle de l'Église, en ressort naturellement. Cependant donnons à cette dernière question tout le développement et l'intérêt qu'elle mérite.

Avant d'aborder les preuves qui établissent directement l'apostolat de saint Ursin au Ier siècle, mettons en lumière un fait important qui vient à l'appui de notre thèse.

Bourges ou Avaricum, l'ancienne capitale des Celtes, selon Tite-Live (2), l'une des villes les plus remarquables de la Gaule, d'après César (3), ne. perdit pas de son importance sous la domination romaine. Devenue métropole de la vaste province d'Aquitaine, formée par l'empereur Auguste (4), ses évêques durent participer à toutes ses prérogatives.

En effet, en remontant aux temps les plus reculés du christianisme, nous les voyons, comme ceux d'Arles et de Lyon, décorés du nom de Patriarches, et étendre leur suprématie sur plusieurs provinces à la fois (5). « Ce titre patriarcal, disent

(1) I/nea ver'.tatis quae ab antiquis patribus nostris usque ad nos inflexibiliter ducta est, B. Dionysio scilicet, qui a S Clémente B. Betri Apostoli, primus eius successor extitit, in Gallias cum duodenario numéro primus praedicator directus. (Mansi, Concil , XIV, 466. - Baron., Annal., an. 825, n. 31)

(2) celtarum . Tarquinio prisco Romae régnante, pênes Bituriges summa iniperii fuit. Hi regem Celtico dabant. (Tit. Liv.„ Décad., I, lib. 5).

(3) Avaricum fuisse pulcberrimam Galliae nrbem. (Caes., Comm,, lib. 4).

(4) Provincia Aquitanica, Metrorolis civitas Biturigum. (Le P. Longueval; - Le P. Sirmond, Xot. in lib. 7, epist. 5, SinoNis apollinaris).

A cette époque, cette province de l'Aquitaine s'étendait depuis les Pyrénées jusqu'à la Loire, qu'elle suivait dans tout son cours. (L'abbé Jaoer, Hist. de l'Eglise catholique en France, t. 2, p. V-XVI).

(5) Saint Didier de Cahors, alors suffragant de Bourges, donne à saint Sulpice de Rourges, vers l'an 630, le titre de patriarche. (S Desiderius Cadurc, epist. XII, t. 87, col. 254, et apud D. Bouquet, t. 4, p. 40).

« les historiens les plus anciens, appartient de droit à la ville « principale des provinces; son Pontife en devient le Primat, et « c'est vers lui que les autres églises métropolitaines, qui en « dépendent, doivent recourir comme à leur propre Juge, s'il y « a nécessité (1). » « Sans doute, la dignité sacerdotale est com- « mune à tous les Evêques, écrit le Pape saint Léon le Grand, « mais non pas l'ordre hiérarchique; aussi, parmi les apôtres, « tous étaient égaux dans la dignité apostolique, mais il y avait « entre eux de la différence dans la puissance. C'est de ce mo- « dèle qu'est sortie la distinction qui existe dans la hiérarchie « épiscopale. On a établi, par une règle générale, que tous les « évèques ne revendiqueraient pas les mêmes droits, mais qu'un « seul, dans chaque province, serait nanti du pouvoir de juger « les causas en première instance, que quelques-uns, dont les « sièges constitués clans des villes plus importantes, seraient « chargés d'une sollicitude plus étendue, et que, par leur moyen, « le soin de l'Eglise universelle convergerait vers l'unique siège «de Pierre (2). En réalité, ils ont une suprématie à laqudle on « ne saurait se soustraire (3). Tous les Evêques des métropoles ne « pourraient prétendre au titre de Patriarche ou de Primat; « il n'y a que ceux qui ont leurs sièges dans les villes dont la « primatie remonte aux temps anciens (4). »

Or, si nous en croyons la critique moderne la plus autorisée,

(1) In capite piv>viiiciaruni ubi dudum primates legis saeculi erant.... ipsis quoque in civitatibus, patriarchas vel primates leges divinae et ecclesiasticae poin et esse iusseru .t. ad quos episcopi (si necesse fuerit) confu gèrent eosque appelèrent, et ipsi primatum nomiue fruerentur, et non alii; reliquae vero metropolitanae civitates, quae minores iudices habebant, haberent metropolitanos suos qui praedictis iure obedirent primatibus. (Mansi, Concil., I, 612)

t.2) Quibus cum dignitas sit commuais, non est tamen ordo generalis: qr.ouiam et inter 15. Apostolos in similltudine honoris fuit quaedam discretio potestatis De qua forma episcoporum quoque est orta distinctio; et magna ordinatione provisum est ne omues sibi omnia vindicarent; sed essent in singulis provinciis singuli, quorum inter fratres haberetur prima sententia; et rursus quidam, in maioribus urbibus constituti, sollicitudinem susciperent ampliorem, per quos ad unam Pétri sedem universalis Ecclesiae cura conflueret. (S. Léo Magnus, epist. 14, c. 11, t. 54, col. t>76)

(3) Niliil sine primatibus oportet inquiri. (Id., epist. 58, c. 1, col. 1011).

(4) Episcoporum ordo unus est, licet sint primates illi qui primas civitates tenent, qui et in quibus locis patriarchae a nonnullis vocantur. Illi autem qui in metiopoli.. constituti sunt non omnes primates aut patriarchae esse possunt; sed illae urbes quae priscis temporibus primatum tenuere, patriarcharum aut primalum nomine fruantur; reliquae vero métropoles, archiepiscoporum aut metropolitanorum. (Mansi, Concil., I, 618).

c'est sous Dioclétien, en 297, que l'Aquitaine fut divisée civilement en trois provinces, la Lyonnaise en quatre et la Narbonnaise aussi (1). D'où il résulte, d'après les règles établies, que les Evêques de Bourges, comme ceux d'Arles et de Lyon, étaient devenus primats de toutes les contrées sur lesquelles s'étendait autrefois leur juridiction et que leurs Eglises, ayant, depuis cette époque, conservé leur titre patriarcal et primatial, remontent par cela même bi<?n au delà du IIIe siècle qui a donné lieu à cette distinction.

Le doutn sir cette question n'est donc plus possible.

Saint Ursin appartient, sans conteste, aux temps apostoliques. Outre le témoignage des anciens écrivains (2), nous avons encore celui de saint Grégoire qui, au risque de se contredire, ne craint pas d'affirmer « que la ville de Bourges reçut la parole du salut « de saint Ursin, qui fut ordonné évèque par les Apôtres et en- « voyé par eux dans les Gaules ; c'est ce grand Saint, dit-il, qui « fonda et dirigea la première église parmi les Bituriges: » Bi- « turica urbs a S. Ursino, qui ab Apostolis ordinatus, Episco- « pus in Gallias destinatus est, sicut in eius actibus invenitur, « verbum salutis accepit, ecclesiam biluricensem prunus insiru- « xit, rexit (3). »

(1) Voici les noms de ces provinces: La première Aquitaine se composait de Bourges pour métropole, Clermont, Rodez, Albi, Cahors, Limoges, Gabales ou Javoulx dont le siège a été transféré à Mende, puis la capitale du Velay, civitas Villarorunt. On croit que c'est la ville aujourd'hui nommée Saint-I'aidien, dont le siège a été transféré au Puy eu Velay.

La Seconde Aquitaine se composait de Bordeaux pour métropole, d'Ages. d'Angoulême, de Saintes, de Poitiers, de Périgueux.

La troisième province s'appelait la Xovempopulanie, elle avait Eauze pour métropole, aujourd'hui Auch; elle se composait d'Acqs, I.ectonrne. Comminges, ronsérans, Bayonne, Lescar, Aire, Basas, Tarbes, Oléron, Auch.

L'Eglise de Bourges, en 297, étendait donc son patriarcal et sa primatie sur toutes ces villes. (Géographie de la Gaule, par le P. Longueval ; — Histoire de l'Eglise catholique en France, par M. l'abbé Jager, p. 20).

(2) Le P. Labbe. Hist. du Berry abrégée, dans l'Eloge panégyr. de la ville de Bourges, 2" partie, § 3, p. 19; — De la Tuaumas., Hist. du 3erry, lib. 4, c. 13, p. 283; — Vincent de Beauvais; — Volateran; — Le Frère Jean de la Gogue, prieur de Saint-(;ildas; — Guillaume de Nangis, Hist. de Drols, Chronique de France; — I'.aronius, Annal, c. 34, 1. 1, etc.

(3) Ce texte est cité par de la Thaumassiére, Hist. du. Ben y, lib. 4. c. 13, qui dit l'avoir tiré de saint Grégoire de Tours. (Glor. confes., c. 80). — Il est vrai qu'une nouvelle édition des œuvres de saint Grég lire porte a discipulis Apostolorum. Les disciples des Apôtres touchant an berceau du christianisme, saint Ursin appartient évidemment, même d'après saint Grégoire de Tours, aux temps apostoliques.

Mais où l'Evêque de Tours a-t-il pris ce qu'il avance ? Il le dit lui-même, dans les Actes de saint Ursin: Sicut in eius actîbus invenitur. Ces Actes étaient donc en circulation de son temps? 11 les a vus; il s'en est servi. Ce texte si précieux de saint Grégoire, était connu non- seulement de tous les vieux historiens du Berry, bien antérieurs au XVIIe siècle, comme nous le raconte de la Thaumassière, mais encore de Raban-Maur, archevêque de Mayence, au VIIIe siècle (1), de Vincent de Beauvais au XIII,e de Baron ius au XVIe (2).

Mais ces Actes de saint Ursin, que nous voyons presque entièrement reproduits dans son histoire primitive et dans les leçons de l'ancien Bréviaire de Bourges antérieur au IXe siècle (3), que sont-ils devenus? Grâce aux intelligentes recherches de l'éminent auteur des Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Madeleine « les Actes de saint Ursin, qui étaient perdus depuis long- « temps, ont été retrouvés, exempts de toutes les additions apo- « cryphes qu'on a mêlées, dans la suite, à la vie de ce Saint (4). » Ce trésor incomparable, qui fixe les origines chrétiennes de nos principales églis s de France et de celle de Bourges en particulier, était enfoui sous les manuscrits de la Bibliothèque nationale portant le n 369; ces manuscrits appartenaient autrefois à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

(1) Voir M. Faillon, Monuments inédits, t. 2, p. 422.

(2) Voir de la Thaumassière, Hist. du Berry, p. 283.

(3) Voici le texte de ces anciennes leçons: Sed cum iam ad Deum innumera fldeliura muUitudo cooveniret, concilio maiorum civitatis, datis sibi trecentis aureis in magno vase argenteo, Lugdunum adiit, ubi tune temporis princeps Leocadius, nui totam Aauitaniam et Burgundiam regebat, morabatur. Quera cum mitissimus princeps, qui- esset et quid peteret interrogasset, dédit ei aulam suam regiam Bituricensem, ut ecclesiam Deo et B. martyri Stephano consecraret, et in ea ipsius sancti protomartyris cruoris, reliquias honorifice collocaret: in qua postmodnm ecclesia ipse princeps cum fllio suo Lusore parvulo, et cuncto exercitv suo baptisatus est.

Postquam autem ipse princeps saecularis iustitiae curam deposuit, tanto fidei calore exarsit, ut pêne omnes antiquissimos Bituricenses vicos in quibus proprias possidebat aulas cum redditibu; universis sancto pro martyri Christi Stephano et l'amulis ecclesiae suae deservientibus perpetuo delegavit. Quam quidem ecclesiam ex regali aula in brevi temporis eurriculo ope largifl.ua, et opère contiguo consummatam idem B. Pontifex Ursinus, ipso die kalendarum octobrium, in nomine Sanctae Trinitatis et B. protomartyris Stephani solemniter dedicavit. Ordinavit ]>ost haec sanctissimus pontifex Ursinus per dioecesim suam ecclesias sacerdotesqne et levitas et cuiuscumque ordinis viros qui inibi fideliter deservirent. (P. I.abbe, Bibliot. nov., t. 2, p. 459).

^4) Mon. inrdits. par M. Faillon, t. 2, p. 405.

Ces Actes remontent au moins au Ve siècle ou au commencement du VIe (1). En effet, saint Grégoire de Tours, qui vivait vers le milieu du VIe siècle, parle du plusieurs circonstances mémorables dont les Actes de saint Ursin ne disent rien, par exemple de l'invention miraculeuse de son corps, au VIe siècle, du lieu de sa sépulture, de sa fête, célébrée avec pompe dans l'église de Bourges, et de la beauté de sa basilique: Miro opère composita. Si l'auteur des Actes de notre glorieux Apôtre garde le silence sur ces faits importants, c'est qu'ils n'existaient pas encore, sans quoi il n'aurait certainement pas oublié de les mentionner.

Nous sommes donc en droit de conclure que ces Actes sont au moins de l'époque que nous leur assignons.

D'après eux (2) « Saint Ursin est un des soixante-douze disci- « pies de Notre-Seigneur Jésus-Christ et le premier évèque de « la ville de Bourges. Il fut ordonné par les Apôtres et envoyé

(1) Id., ibid.

(2) Sanctissimus igitur de septuaginta Domini Iesu Christi, discipulus Ursinus, Biturigae urbis primus fuit episcopus, qui a sanctis apostolis ab urbe Roma, cum pretiosissimo protomartyris Christi Stephani sanguine comitibusque qui sunt sanctus Dionysius Parisiacensis, sanctus Saturninus Tholosensis, Trophimus Are-

latensis, Paulus Narbonensis Austremonius Arvernensis, et sanctus Gatianus

episcopus, evaugelii semina. sparsurus Galliis directus fuisset, Biturigensium fines ingressus est. Hic namque Iustus cum P. Ursino, ad urbe m Biturigam properans, orientali in urbis plaga, milario ab urbe nono, super alveum Utrionera féliciter migravit ad Christum ibidem a B. sepultus est Ursino.

Porro B. Ursinus, ut coeperat, iter al urbe m arripiens, ad eamdem pervenit intrepidus, quia Domini erat auxilio munitus, et hospitio impetrato manere coepit securus. Succedentibus itaque diebus, Evangelii semina quibus potuit dare studuit, Christi gratia imbutus. Coepere namque ad eius praedicationem, primum pauperes. ac veterani utriusque sexus convenire, dehinc médiocres; et post, adiuvante eum Domini protectione crescente, maius diguitatis viri a feminae p?r eum fldem Christi suscipientes, baptizabatur sacro in fonte.

Tune antiquus hostis humani generis semper inimicus coepit huic servo Dei multimoda scandala praeparare, qualiter eum ab hoc sancto opère potuisset inhibera...

Sed isdem Beatissimus, quasi agricola studiosissimus .. m ai or a populis praedicationum seminabat, adeo usque ut, audito circumquaque Christi nomine, ac fama eius omnipotentiae, inuumera populorum frequentia d eius concurreret sacra documenta, et quasi cervus fontem aquae sitiens, potum supprnae praedicationis ab eodem exhaustum, sponte baptizarentur sacro in fonte.

Erat itaque illo in tempore quidam nobilissimus senator Leocadius nomine, qui licet paganus religiosam tamen gerebat vitam. Qui sub potestate Romani imperatoris constitutus in Burgundiam atque Aquitaniam potentissime principabatur... Habebat namque in Lugduno civitate propriam primamque aulae regalis sedem, secundam vero Bituriga in urbe....

Sed cum tamtam innumera fldelium mullitudo ad eumdem Christi servum convenire coepisset.. maioris ac nobilioris aetatis viri.... ad Lugdunum civitatem, ubi tune temporis saepe dictus morabatur princeps, sanctumvirum mortali sunt ire.

« de Rome, par eux, dans les Gaules, vers le pays des Bituriges. « Il emporta avec lui du sang de saint Etienne, premier martyr. « Il fut suivi dans cet apostolat par saint Denis de Paris (1), « saint Saturnin de Toulouse, Trophime d'Arles, Paul de Narbonne, « Martial de Limoges (2), Austremoine de Clermont et Gatien, « évêque.

Milissimus princeps clementer eum interrogavit dicens: Quisnam es, aut unde venis, vel quo appellaris nomine? — Respondit se omnipotentis Domini Iesu Christi di cipulum, Christian u m esse, et Ursinum appellari vocabulo; et quia a sanclis eiusdem Domini Iesu Christi Àpostolis, ab urbe Roma, cum pretiosissimo protomartyris Christi Stephani snguine ad urbem Biturigam ubi non parvam plebem adquisierat directùs luisset, asseruit. — Quid, inquiens, a nobis vis impetrari? — Ait sane B Ursinus: Si lacère volueris quod expeto, aulam quam in Biturgiapossides urbe, Altissimo omnlpotentique Deo, eteius primo martyris Stephano tribue, ubi eius reliquias magno cum h< nore collocem. Nutu autem Domini eius pia voluntas preces B. Ursini suscipiens, ita clementer respondit: Utinam placuisset Altissimo Domino, ut domus mea domus orationis fuisset!...

Statimque. acceptis ab eodem principe litteris, Biturgam ad urbem alacer regressus est, et ostensis litteris, memoratam aulam... in honore Dei omnipotentis, beatique protomartyris Stephani solemniter dedicavit, ac praemissas reliquias perpetuo mansuras nobiliter ibidem collocavit. Basilicam itaque illam ubi ante memoratas posuerat reliquias baptisterii consecr.ivit domum.

Laborante quippe eo in vinea Domini. non post multo tempore, saepe dictas princeps ad Biturigam remeans urbem, huic sanctissimus occurrit alacri vultu Ursinus; et mutuo per pauca loquentes ab invicem recesserunt. Posterea autem die adveniens cum fid^libus catholicis B. Ursinus ad eumdem principem, omnem viam fidei christianae ac Deitatis omnipotentiam, iuxta quod melius potuit purissimo et evidentissimo monstravit sermone. Quia ergo viam fidei catholicae mitissimus prirweps audiéns cer'Jssime Deum credid t, seque baptizaù in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti poposcit: nec mora, continuo ab eodem Antistite, ut petierat, sacro in fonte cum religiosissimo Lusore filio suo adhuc puerulo baptizatus, in gentilitatis errore germano suo Caremuselo permanente. Catholicus denique effectus tanto fidei calore exarsit, ut pêne omnes antiquissimos Bit .rigensis pagi vicos, ubi proprias possidebat aulas...

Praefatas namquc aulas isdem pontifes in honorem B. protomartyris Stephani ecclesias postmodum dedicavit, impositis ibidem ipsis reliquis.

Ipse finem sui exitus praenoscens, fidèles discipulos, ut pote bonus pastor sacris institutionibus validius instruens, firmiores ac promptiores in Dei opère reliquit Et constituto, imo consecrato Seniciano viro satis religiosissimo atque sanctissimo in opère Pontificum. vicesimo septimo anno praedicationis suae, die quarto kalendarum ianuarium, Abrahae patriam i'elice inigravit excessu. (Mauuscrit de la bibliothèque du roi, Saint-Germain, fonds de M. de Harlay, n° 369, 2e-pièce peinte au Xe siècle. Catalogue de la bibliothéjue, article Vita Sancti Ursini).

M b. — On peut voir les Actes en entier au tome II, des Monuments inédits, p. 423-424).

(1) Il parait établi par des documents certains que saint Denis fut envoyé dans les Gaules par le pape saint Clément au premier siècle et non par les Apôtres eux-mêmes. Il s'est glissé une erreur dans les Actes, on y a substitué saint Denis de Paris à saint Valére de Trêves (Monuments inédits, p. 414, t. 2, par M. Paillon).

(2) Le nom de saint Martial a été raturé de ces Actes à l'occasion du Concile de Limoges en 1031. (Id., ibid., p. 419).

« Saint Ursin était accompagné d'un disciple nomme Just qui « mourut, avant d'arriver à Bourges, à neuf milles de cette ville, « du côté oriental, sur les bords de l'Auron. Après l'avoir ense- « veli dans cet endroit, notre glorieux apôtre, rempli d'un cou- « rage intrépide que lui donnait la grâce du Christ continua sa « route et arriva dans la capitale d^s Bituriges où il résida avec « sécurité sous un toit hospitalier. Il répandit autour de lui la « divine semence de l'Evangile. Il s'adressa d'abord aux pauvres « et aux vieillards de l'un et l'auire sexe, puis aux personnes « de médiocre condition, et enfin, Dieu aidant et bénissant ses « efforts, il attira à la foi du Sauveur des hommes et des femmes « d'un rang plus élevé et leur conféra le saint Baptême.

« Satan, jaloux des succès de notre saint, lui suscita une « violente persécution; cette persécution s'apaisa peu à peu, et « l'homme de Dieu fit de nombreuses conversions....

« Ayant besoin d'un local plus étendu que celui qu'on lui « avait déjà concédé (puisque le nombre des chétiens augmentait « de jour en jour), il alla trouver un noble sénateur qui, comme « gouverneur des Aquitaines, au nom de l'empereur romain, pos- « sédait à Bourges un vaste palais; il se proposait de lui en faire « la demande. Ce sénateur du nom de Léocada avait aussi l'ad- « ministration de la Bourgogne. Il résidait en ce moment à Lyon.

« Quoique païen, il menait une vie irréprochable Il reçut avec

« une extrême bienveillance le saint Missionnaire. Puis il lui dit «avec bonté: Qui êtes-vous? D'où venez-vous? Comment vous « appelez-vous? — Ursin est mon nom; je suis chrétien, disciple « de Jésus-Christ; j'ai été envoyé de Rome par les Apôtres dans « la ville des Bituriges où j'ai gagné à notre sainte religion un « peuple déjà nombreux. J'ai apporté avec moi du sang de saint « Etienne, le premier martyr. — Que voulez-vous de moi, reprit «Léocade? — Illustre prince, répondit saint Ursin, si vous con- « descendez à mes désirs, vous offrirez au Dieu tout-puissant et « à son serviteur saint Etienne le palais que vous possédez à « Bourges, afin que j'y dépose avec honneur les reliques que j'ai « de ce premier martyr du Christ. — Ah! plaise à Dieu, s'écria « le clément sénateur, que ma maison devienne une maison de « prière! Puis il lui en fit la concession par écrit

« Ursin retourna joyeux vers son peuple et prit possession « du palais qu'il convertit en église; il dédia solennellement cette

« église à saint Etienne, y transporta ses reliques et fit un baptis- « tère de la première basilique qui les renfermait. Grâce au zèle « de notre bienheureux Apôtre, aux miracles nombreux qu'il « opérait, les conversions se multiplièrent de plus en plus....

« Sur ces entrefaites Léocade vint à Bourges. Ursin alla avec « empressement lui témoigner sa reconnaissance, et profita de « cette circonstance pour lui parler de la religion chrétienne, il « le fit avec tant de force et d'éloquence qu'il le gagna à la foi « et le baptisa avec son fils Lusor, encore enfant. Léocade ap- « préciant tout son bonheur ne se contenait plus de joie et, pour « exprimer sa profonde gratitude, il abandonna au saint Évèque « presque toutes ses possessions du Berry où des églises furent « aussitôt établies en l'honneur de saint Etienne.

« Saint Ursin, sentant sa fin approcher, ne voulut pas laisser « son troupeau sans pasteur, il ordonna évèque Senicien qui lui « succéda sur le siège de Bourges, et mourut la 27e année de sa « prédication, le quatrième jour des calendes de janvier. »

Ici se présente une difficulté : si les actes de saint Ursin sont authentiques (et on ne saurait en douter, d'après toutes les preuves que nous avons fournies), le sénateur Léocade a donc vécu au temps de notre Bienheureux ? Cependant saint Grégoire dit expressément, dans son Histoire des Francs, que ce même Léocade vivait au IIIe siècle et descendait de Vectius Epagathe, martyrisé à Lyon avec saint Pothin, en 177: qui de stiripe Vetii Epagati fuit.

Il y a erreur, c'est évident. Qui l'a commise? L'évêque de Tours seul, nous ne saurions en douter. « Non, disent nos adver- « saires, Grégoire doit connaître ce qu'il avance, puisqu'il affirme «descendre de Léocade par sa mère (1); racontant des souve- « nirs de famille, il ne peut se tromper. » Ce n'est pas notre avis. Expliquons-nous. Saint Grégoire fait ici confusion.

Sachant que'Léocade et Epagathe étaient de la même famille à laquelle sa propre mère appartenait, il en avait oublié

(1) Vie de saint Grégoire de Tours, par M. de la Ravalière. — Mémoires de l'Académie, t. ll,>ol. in-12, 1771, p. 219.

l'origine. Epagathe était mort pour la foi, depuis plus de 400 ans, lorsque l'évêque de Tours écrivait son histoire; et Léocade, d'après les actes de saint Ursin, ayant vécu plus de 500 ans auparavant, faut-il s'étonner si, dans ces temps de guerre et de trouble du VIG siècle où les Barbares avaient tout détruit, saint Grégoire, par faute de documents, n'ait pas su quel était celui des deux qui avait vécu le premier?

S'étant trompé dans la date qu'il assigne aux premiers Apôtres de la Gaule en les faisant venir au IIIe siècle avec saint Ursin de Léocade, il était naturel que, pour rester conséquent avec lui-même, il fit descendre Léocade d'Epagathe qu'il savait avoir été martyrisé en 177.

Mais allons plus loin et prouvons que l'évêque de Tours, dans son propre récit, semble démontrer lui-même que Léocade était l'un des aïeux d'Epagathe. Il rapporte, en effet, dans son Histoire, dont les adversaires de la tradition apostolique veulent se prévaloir, que Léocade était encore païen et, de plus, premier sénateur des Gaules lorsque saint Ursin alla le trouver à Lyon.

Or, ces deux faits, dit M. Faillon, indiquent assez que Léocade n'était point l'un des descendants de Vetius Epagathe. Serait- il bien croyable, en efïet, que les enfants d'un si généreux athlète de la foi n'eussent pas été élevés dans le christianisme, ou, ce qui serait sans exemple dans les enfants des martyrs, qu'ils l'eussent ensuite abandonné pour retourner au culte des faux dieux? Car, non-seulement Léocade, mais encore ses deux fils professaient le paganisme.

En second lieu, la dignité de premier sénateur des Gaules dont jouissait Léocade montre encore qu'il n'était point petit-fils de Vectius Epagathe, puisqu'on ne comprendrait pas que les empereurs romains eussent élevés à de si grands honneurs le petitfils d'un homme condamné à un supplice infâme et' mis à mort, sous Marc-Aurèle, par les mains des bourreaux.

Le don que Léocade fit de son palais pour le transformer en église n'a rien d'invraisemblable, si l'on suppose que Léocade vivait au premier siècle où l'on sait que les chrétiens jouiront d'une grand liberté, principalement sous le règne de Claude qui fut, d'après le monument de l'église d'Arles, l'époque de la mission des sept prédicateurs. Mais si l'on rapporte cette histoire au temps de Dèce, elle devient tout à fait invraisemblable, puis-

que ces temps furent extrêmement orageux et que jamais l'Église ne fut plus cruellement persécutée que depuis l'avènement de Dèce à l'empire jusqu'à la fin du même siècle. Ce fut alors qu'on vit se succéder partout les horribles persécutions de Dèce, de Galère, de Valérien, de Maxime-Galère, de Dioclétien, et que le Saint-Siège compta presque autant de martyrs que de pontifes qui l'occupèrent (1).

A tous ces témoignages nous pouvons en joindre un autre d'une grande valeur.

L'église de Limoges a toujours regardé saint Martial, son premier apôtre, comme un d°s soixante-douze disciples du Sauveur. Tous les monuments anciens sont d'accord avec elle sur ce point (2). Qne raconte-t-elle de son bienheureux fondateur? Qu'il convertit à la foi sainte Valérie, la fille de ce même Léocade que baptisa saint Ursin (3).

Parlerons-nous maintenant de l'antique liturgie du Berry? Elle n'a jamais varié sur le point que nous cherchons à établir. Elle n'hésite pas à affirmer que « saint Ursin est le Sathanaël « de l'Évangile, qu'il eut l'avantage de se trouver à la cène, qu'il « assista au martyre de saint Etienne dont il était l'ami fidèle « et qu'il suivit saint Pierre à Rome (4). »

La tradition s'est empressée de fixer ces précieux souvenirs. « On voit encore au grand séminaire de Bourges, dit M. Faillon, « 1rois lambeaux d'une ancienne tapisserie, dont l'un représente

(1> Voir Monuments inédits, par M. Paillon, t. 2, p. 415.

(2) Voir les Monuments inédits, ibid., p. 575, et Y Histoire de saint Martial, par M. ARUELLOT.

(3> Martialis Lemovicas advenit; qua in urbe ut primura praedicare coepit, eredidit ac professa e>t pra° caeteris Christi nomen Valeria Leocadii senatoris filia. (Brev. Parisiens , 1 iidii sa7icti Martialis, lect. 2).

(4) Brev. Bituricen., IV lect. — Unus ex septuaginta duobus discipulis Domini, iuxta quosdam Nathan aël nomine. Ursinus in baptismo voeatus, a sanctis Apostolis ab urbe Ruraa secns deferens pretiosissimum protomartyris stephani sanguinem, in fiallias missus est.

— Sanctus istc, ouius annum festum honore r'colimus, in prima nativitate Nathanaël, in secunda Ursinus voeatus est.

Dominicis plenissime imbu tu 8 sacramentis ad ipsum sanctissimae coenae convivium a Domino deputatus est oflîcio lecrendi: cum Petro apostolo Romain venit. (I.abbe, A'oc. Bibl., t. 2, p. 459, de Brev. Bituric. veter. Antiphonae ad i)salm.os\.

« saint tJrsin, appelé sous le nom de Xathanaël, par Notre- « Seigneur; l'autre, saint Ursin lisant à la cène, et le troisième, « ce même Saint, recueillant le sang de saint Etienne. »

La sculpture voulut aussi apporter son témoignage. A la cathédrale de Bourges se trouve un portail qu'on appelle le Portail de saint Ursin. On y voit l'apôtre du Berry béni et envoyé par le Pape saint Clément. Il chemine, tenant les reliques de saint Etienne dons un coffret avec son compagnon saint Just. Celui-ci meurt à Chambon, et saiit Ursin vêtu en évèque, le dépose dans un tombeau en s'inclinant sur lui. L'âme de saint Just monte au ciel, saint Ursin prêche à Bourges. A la seconde zone, saint Ursin est assis avec plusieurs personnages à genoux devant lui. — Il bénit une église et y dépose les reliques de saint Etienne. — Au sommet du tympan, saint Ursin baptise Léocade et Lud^ ou Lusor dans une piscine; plusieurs personnages y assistent.

Il est donc incontestable, d'après tous ces documents, que saint Ursin est un des soixante-douze disciples.

Mais comment se fait-il que ses actes primitifs nous disent qu'il fut envoyé par les Apôtres; a sa7ictis Aposiolis ab urbe

Roma Galliis directus fuisset, Biturigensiura fines ingressus

est; ou par saint Pierre, comme le racontent la vieille liturgie de Limoges (l) et de l'église d'Arles (2), tandis que celle de Bourges, postérieure au XIe siècle, et les sculptures de la cathédrale nous le représentant recevant sa mission du Pape saint Clément, vers la fin du Ier siècle (3)?

Si nous voulons avoir la clef de cette contradiction, reportonsnous au moyen-âge où une lutte assez vive s'éleva au sujet de l'apostolat de saint Martial dans les Aquitaines.

(1) Acta sancti Austremonii , ex vetert mis. codice Ecclesiae Lirinensis.

(2) Monuments inédits, par M. Faillon, t. 2, p. 375.

(3) Suscepta B. Clemens Ecclesiae cura sollicitus eorum quae sibi a P.. Petro apostolo luerant commendata, videlicet ut fides catholica per orbis climata praedicatione fldelium propagaretur, misit in Gallias quara pluriraos praedicatores disertos et constantes in fide, de quibus sanctus Ursinus cum uno tantum discipulo raeritls et nomine Juxto Bituricensium fines, Spiritu Sancto ducente, ingressus est. (//* Brev. antiq. noreni lectiones).

— A Clémente laeta mente mis^us in Bituricam. (Prosa).

— B. Petrus cum ex praecepto Xeronis imperatoris crucifigeretur, S Ursinus ante crucem adfuit. Suscepta B. Clemens Ecclesia, praedicatores dissertos et constantes in fide ad Bvangelii fidem dire\ii in Gallias. {In Brev. antiq. Bitur. A<>tiphonae ad psalmos)

Toutes les églises de France avaient constamment honoré ce grand saint comme l'un des sept évêques envoyés par saint Pierre dans les Gaules ; et saint Martial étant désigné pour évangéliser les Aquitaines, la tradition le considéra avec raison comme le premier apôtre de ces contrées : telle était la croyance générale. Mais comme dans la suite plusieurs églises donnaient aussi à leurs fondateurs particuliers les titres d'apôtres, les évêques d'Aquitaine prirent l'alarme et se réunirent en concile à Limoges, en 1031, pour conserver à saint Martial sa prééminence.

L'Archevêque de Bourges. Aymon de Bourbon, tout dévoué à sa cause, soutenait avec chaleur « qu'on ne devait donner le « nom d'apôtre qu'à ceux qui avaient reçu de Notre-Seigneur « lui-même le pouvoir de prêcher la foi, et que Martial, étant « seul de ce nombre parmi les premiers prédicateurs de l'Évan- « gile dans l'Aquitaine, lui seul méritait ce titre; qu'à la vérité * les disciples du Sauveur, c'est à dire, ceux qui crurent en lui, « avaient été en grand nombre, mais que parmi ceux-ci Notre- -Seigneur n'en avait choisi que soixante-douze, à qui il avait « donné le pouvoir de prêcher dans l'univers, leur disant: Allez, « je vous envoie comme des agneaux parmi les loups ; et que ni « saint Denis, ni saint Saturnin, ni saint Ursin, ni saint Austre- « moine, ni saint Front, ni saint Julien, qui avaient vu les Apôtres « ou avaient pu les voir et avaient été envoyés dans les Gaules, <c les uns par saint Pierre, les autres par saint Clément ou par « d'autres Papes, n'avaient point été du nombre des soixante - « douze (1). »

(1) Archiepiscopus (Rituricensis) ita respondit: Nullus nostrura ignorât hosterno coram omnibus rationabiliter esse definitum.... quia qui potestatem ligandi atque solvendi proprie a Christo in terris in carne adhuc degente acceperunt, absque dubio apostoli sunt. Et quia nemo contradicere vero potest. B. Martialem a Christo in terris in carne adhuc degente potestatem ligandi atque solvendi cura reliquis Apostolis accepisse... Et profecto constat multitudinem fuisse discipulorum Domini, illosque specialiter fuisse Apostolos quos ipse illi de quibus Lucas ait: « Desi^navit Dominus et alios septuaginta duos, et misit illos dicens: Ite, ecce ego mitto vos sicut agnos inter lupos?»

Sed quia eontendunt de B. Dionysio, ^t aliis Patribus antiquis Oalliarum, numquid Dyonisius et Saturninus, génère gentiles, ab ipso Iesu, antequam in coelos ascenderet, acceperunt potestatem ligandi atque solvendi cum his qui Doniinura in carne viderunt et secuti sunt?.. Quod denique de Beatis Dionysio et

La prétention d'Aymon de Bourbon, en restreignant ainsi à saint Martial seul l'honneur d'avoir été des soixante- douze disciples, n'était point fondée, puisque d'après les Actes de saint Austremoine et de saint Ursin, nous avons vu que celui-ci jouissait incontestablement de ce glorieux privilège. Si, avant tous ces débats, l'Archevêque de Bourges, se reposant sur la tradition de son Eglise, hésitait à trancher la question et à ravir à son peuple un de ses plus chers trésors, la politique vint peut-être lui dicter sa décision.

A cette époque, Guillaume duc d'Aquitaine, s'étant rendu aussi puissant que redoutable dans ces contrées, ne voulait plus que l'église de Limoges dépendit de celle de Bourges. Il intervint au Concile et fît connaître aux Prélats le désir qu'il avait que saint Martial eut la suprématie sur saint Ursin dans l'apostolat.

Le roi de France, Robert II, qui régnait alors sur tout le Berty, prétendait le contraire. Fulbert, évèque de Chartres, craignant sans doute une lutte entre les dDux souverains, et par cela même de nouveaux malheurs, députa un de ses moines à l'Archevêque de Bourges, pour l'engager à souscrire aux vœux de Guillaume (1). Puis il écrivit à Guillaume lui-même pour le prévenir de la démarche qu'il venait de faire (2).

C'est alors qu'Aymon de Bourbon fit le discours que nous venons de rapporter. Le Concile partageant l'avis du Métropolitain formula son décret.

Pour se conformer à cette décision, on dut composer un autre office de saint Ursin, car celui dont on s'était servi jusqu'ici renfermait tous les anciens actes de notre glorieux apôtre.

Les leçons de ce nouvel office, publié par le P. Labbe, d'après

Saturnine» dixi, eodem modo dictum putat de Ursino et Austremonio, de Frontone génère Petracorico, de Iuliano Cenomenensi génère romano, et de aliis qui apostolos viderunt in carne vel videre poterunt, qui tam a B. Betro quam a B. Clémente sive successoribus eius in Galliara post B. Martialera pr; edicare missi sunt. (P. Labbe, Xov. Biblioth. manuscript., t. 2, p. 482).

(1) Die charissimo nobis principi Ouillelmo. . monuisse quoque Bituriceusem Archiepiscopum per quemdam monachum suum, ut sese pacare non negligat cum ipso domino Guillelmo et episcopis eius, priusquam sibi exinde scandalum oriatur. (Fulb. CArn , epist. 64, ad Hildegar., t. 141, col. 232 et 233).

(2\ ... Fecissetque Bituric. archiepiseopus iuxta concilium nostrum, nisi eum regulariter irae formido detineret. Sed quia rex proximo rugitu, ut dicitur, venire habet in silvam Legium... ego quoque... illuc ire disposui. (Epist. 71, ad Guill. Sucent, col. 230).

un ancien bréviaire de Bourges (1), sont tirées des actes primitifs dont quelquefois elles rapportent les propres expressions, en y mêlant cependant plusieurs circonstances qui altèrent la simplicité et la pureté de la source première. On y a supprimé tous les endroits qui attribuaient à saint Ursin l'honneur d'avoir été du nombre des soixante-douze disciples, et pour qu'on ne put pas l'assimiler à saint Martial, que les anciens monuments faisaient venir de Rome sous saint Pierre, on mit dans les leçons de cet office qu'il n'était venu à Bourges, qu'après la mort du Prince des Apôtres, et y avait été envoyé par saint Clément (2).

Mais sur quelles preuves sérieuses s'appuie-t-on? On n'en cite aucune.

L'Archevêque de Bourges, en supposant que saint Martial avait reçu sa mission immédiatement de Notre-Seigneur et qu'il était venu dans les Gaules avant tous les autres prédicateurs envoyés par saint Pierre, était dans l'erreur, puisque, outre les témoignages produits plus haut qui disent positivement le contraire, saint Innocent Ier assure que « tous les prédicateurs « venus dans les Gaules pour prêcher la foi ont reçu leur mis- « sion de saint Pierre ou de ses successeurs (3). »

D'ailleurs tous les documents anciens, que nous avons rapportés dans le cours de ce travail, mettent, en effet, saint Martial au nombre des sept Évêques envoyés par saint Pierre.

Quoi qu'il en soit, les actes de saint Ursin qui donnent à ce glorieux apôtre du Berry la qualité de disciple de Jésus-Christ, sont un monument bien antérieur au Concile de Limoges, et ils sont confirmés, en ce point, par Raban-Maur au VIIIe et au IXe siècle, puisqu'il rapporte que « saint Pierre choisit le fondateur de « l'Église de Bourges, parmi les soixante-douze (4). »

Nous croyons donc avoir démontré d'une manière péremptoire que saint Ursin est venu dans le Berry au Ier siècle, du temps des A.pôtres.

Ce travail fut jugé digne, par l'autorité ecclésiastique, de paraître dans la Semaine religieuse du diocèse de Bourges.

(1) P, LABBE, Novae Biblioth., t. 2, p. 459.

(2) A Clémente laeta mente

Missus in Bituricam. (P. F,abbe, Prosa, id., ibid.)

(3) Monuments inédits, t. 2, p. 422.

(4) Id., ibid., t. 2, p. 422.

Son insertion fixa l'attention des deux derniers historiens du Berry. Partisants de l'école grégorienne, ils crurent devoir protester; c'était leur droit.

Le savant auteur de la Statistique monumentale du Cher, dans une lettre publique, défi nd sa cause, en disant que nous traitons la question « d'une façon incomplète et superficielle, que « nous ne donnons pas au débat toute l'ampleur qu'il mérite et que « nous négligeons les arguments sociaux, épigraphiques, archéo- « logiques, et les questions de liturgie et d'onomastique, et la « chronologie des sièges épiscopaux, qui faisait dire à l'auteur « bénédictin du Patriarcat de Bourges, au milieu du XVIe siècle « (bien avant 1603) que la date du Ier siècle était absurdum et « a ratione prorsus alienum ( 1 ).

« Certes, ajoute-t-il, si mon éminent contradicteur eût en- « visage les faces si multiples de la question, il eut hésité à don- « ner l'épithète, au moins prématurée, de triomphante à une « école qui a eu contre elle dans le passé les Bénédictins et les « Bollandistes, dans le présent l'Académie des inscriptions et « belles-lettres, école à laquelle des découvertes journalières, « comme la colonne de saint Martial à Limoges, donnent sans « cesse les plus cruels démentis.

« J'avais donc le droit de m'en tenir à d'aussi sérieux té- « moignages. Cependant, puisque M. l'abbé Chevalier semble faire « appel à mes impressions personnelles, je puis lui affirmer que « mes recherches, conformes en cela à celles de M. E. Leblant, « et contrairement à mes sincères désirs, n'ont découvert aucune « trace du Christianisme dans nos contrées aux premiers siècles « de notre ère.

« Par contre, j'ai trouvé singulièrement intelligibles et jus- « tifiés sur les lieux les récits de l'apostolat de saint Uursin au « troisième siècle.

« Ainsi, on nous le représente s'approchant de Bourges par « la voie romaine de Lyon. Son compagnon, saint Just, tombe « malade et meurt près du bourg ancien de Chambon, mais à un

(!) Labbe, Bib'. nova, P. G.

« village portant le nom latin, et même de ba<se latinité, de Villa « nova ou Nova villa, vers le neuvième milliaire de Bourges. « Ce village nouveau, dont le nom indique une origine romaine, « cette voie sur laquelle des villages ont eu le temps de se cons- « traire, ce milliaire dont nous ne connaissons de similaires « qu'au Iroisième siècle, tout cela convient-il au premier?

« Saint Ludre ou Lusor, le fils de Léocade, meurt et son « corps est déposé dans un sarcophage. Cette circonstance sied « absolument à la résidence habituelle de Léocade à Lyon, où « l'usage des cercueils de marbe est gérerai. Le sarcophage de « saint Ludre, que nous avons, est du troisième siècle, avec un « couvercle du deuxième; l'édifice qui l'entoure avec assises de « briques a aussi des apparences contemporaines. Quelle absolue « concordance entre les monuments et les textes ! Combien l'Église « de Bourges a droit d'être fière d'un si rare concours qui affirme « si nettement la sincérité de ses récits d'origine.

« Pour bien d'autres églises de la Gaule centrale, il en est « de même.

« Je le dirai donc, puisqu'on m'y force, je vois avec un pro- « fond regret les efforts qui sont faits pour détruire cet accord « entre les récits et les choses, au risque de jeter un discrédit « complet sur les vestiges les plus augustes de nos églises pri- « mitives.

« Mais quelle que soit la solution qui doive prévaloir et que « fassent triompher des rencontres ultérieures, il est déplorable « de voir attribuer un système historique qui compte tant d'anus ciens et de pieux défenseurs, à une influence hostile à l'Église « Romaine. Pour repousser ces insinuations, j'emprunterai les « lignes suivantes au savant bollandiste qui fixe au IIIe siècle « l'apostolat de saint Martial : Ea sunt quae veritatis studio in- « vestigavi et scripsi, Martialis aut alterius sancti dignitati « derogandi animo minime ductus, (neque enim tempus gratiae « illis a Deo collatae, aliquid addere aut demere potest: vel minor « est eorum sanctilas, quod tardius vixerînt) verum ut quo- « immdam facilitati succurram qui fàbulosis narraiionibus pie- « tatis et religionis praetextu toto animo incumbentes, sacram «nostram historiam maculis aspergunt (1). »

(1) Éd. Vict. Palmé, t. 7, iunii, p. 499.

Le célèbre auteur de l histoire du Berry affirme de son côté que, dans la question qui nous occupe, « il s'est » borné à suivre « les leçons des savants critiques qui, depuis trois siècles, ont « éclairé l'histoire de l'Église, les Mabillon, les Labbe, les Lenain « de Tillemont, et tant d'autres illustres écrivains.

Puis il ajoute : « sur la critique historique, ses règles et « ses convenances, et notamment sur l'apostolicité des Églises, «je citerai seulement l'opinion des Bollandistes, telle qu'elle a « été récemment exprimée par l'un d'eux, le R. P. de Smedt, « dans son livre intitulé : Principes de la critique historique, « livre d'une haute impartialité et dont je me permets de re- « commander la lecture à tous ceux qui se livrent à ces sortes « d'études.

« Il ne suffit pas, dit le P. de Smedt, pour établir la certi- « tude d'une aussi antique origine, de montrer qu'il existe dans « les Eglises une tradition qui remonte au VIIIe et même aux « VIIe et VIe siècles, pour se continuer pendant le moyen-âge. Et « surtout nous ne voyons pas à quel titre certains écrivains ran- « dernes se croient permis d'ériger l'objet d'une pareille tradition « en vérité catholique et de ranger parmi les rationalistes ceux « qui ne partagent pas leur intrépide assurance à affirmer cette

« vérité Du reste, la vraie science ne se laisse pas effrayer

«par de gros mots. Elle suspend son jugement et continue ses «recherches. S'il est un ordre d? faits où cette réserve soit par- « ticulièrement de rigueur, ce sont assurément ceux qui nous « sont transmis par la tradition, surtout lorsque la tradition se « manifeste chez un peuple et dans un siècle naturellement dis- « posés à lui faire bon accueil, sans examiner de trop près la « valeur des titres qui la recommandent à leur attention (1). »

« J'ajoute, sans vouloir entrer avec M. l'abbé Chevalier dans « une discussion qui serait interminable, tant il faudrait relever « d'assertions contestables, de lacunes dans la série des preuves « et de citations dont le nombre n'augmente pas l'autorité, que « M. l'abbé de Lutho, dans une monographie spéciale, a traité la « prétendue identité de Nathanaël et de saint Ursin, la thèse même

(1) Principes de la critique historique, par 1<j P. de Smedt, S. .T., BoVaadiste. — Un vol. in-12. Liège, 1883, p. 211. — V. auss:, p. 285 et suiv., le jugement très sévère que porte le P. de Smedt sur les Histoires f/ênèrales des abbés Parras et Rohibacher et sur leur école.

« de M. l'abbé Chevalier, de fable et de pieuœ roman, imaginé « pour V édification de nos aïeux, et qu'il reconnaît aussi que le « Martyrologe Rom tin, dont il est assurément difficile de ne pas « tenir compte, présente saint L'rsin comme ayant été ordonné, « non par les apôtres, ou les disciples, médiats ou immédiats, des « apôtres, mais par leurs successeurs, ce qui est bien différent (1). »

Voici la réponse aux objections de nos

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