HONORABLES CONTRADICTEURS
Monsieur le Rédacteur,
« Dans les articles précédents, je crois avoir solidement établi l'apostolicité de nos églises de France, et en particulier celle de notre antique métropole. Si j'en juge d'après les appréciations qui m'ont été transmises, la démonstration de ma thèse n'est ni trop « incomplète » ni trop « superficielle ». Je l'ai dévoloppée avec concision, il est vrai, mais aussi avec une certaine « ampleur. » « Les arguments sociaux, épigraphiques, archéologiques, et les questions de liturgie, d'onomastique, de chronologie » et même d'ethnographie sont loin d'avoir été négligés. Pour s'en convaincre, il suffit de lire attentivement le travail.
Mon éniinent contradicteur semble s'étonner de l'importance que j'ai cru devoir donner aux preuves tirées de l'histoire de l'Eglise, des Saints Pères et de la tradition. Mais ces preuves sont les plus concluantes. De quoi s'agit-il, en effet? D'élucider une question purement ecclésiastique. Or, à qui demanderonsnous des lumières? N'est-ce pas aux juges compétents? c'est-àdire, aux écrivains contemporains les mieux instruits en cette matière. Quels témoins plus autorisés que le savant Eusèbe de Césarée, qui avait lu, ce semble, tout ce qui avait été écrit, jusqu'au IVe siècle, sur les origines de l'Église; que saint Justin, attestant ce qu'il voyait de ses yeux, au IIe siècle; que Tertullien, l'auteur le plus érudit de son temps; que saint Irénée, Origène, saint Cyprien, saint Jérôme, saint Augustin, Théodoret, et tant d'autres, dont les écrits pleins de science et de doctrine, sont
(1) Saint Ursin, apôtre du Berry, par M. l'abbé de Lutho, vicaire général. — In-18, Bourges, E. Pigelet, éditeur, 1858, p. 60, 61 et 65.
parvenus jusqu'à nous. Ils parlent tous d'après des ouvrages contemporains, aujourd'hui perdus, mais dont ils citent fidèlement les fragments ou dont ils reproduisent les pensées. Leurs affirmations sont, à proprement parler, les seuls documents historiques incontestables qui nous restent sur les origines du christianisme. Contre ces preuves écrasantes et péremptoires, que peuvent les découverts d'une inscription, d'une borne milliaire ou d'un tombeau à date indécise? Que peuvent des systèmes de chronologie aventurés, manquant absolument de données certaines, au moins pendant les trois premiers siècles des persécutions, où les sièges épiscopaux furent plus d'une fois vacants?
L'auteur de la première lettre nous oppose la science épigraphique de M. Edmond Le Blant, membre de l'Institut, derrière laquelle il se retranche, comme derrière une forteresse inexpugnable. L'illustre savant, dans son ouvrage sur les Inscriptions chrétiennes de la Gaule, réimprimé sous le titre de Manuel d'épigraphie chrétienne, soutient que l'Évangile n'a dû être prêché dans nos contrées qu'au IIIe siècle, parce qu'aucune inscription tumulaire n'est antérieure à cette époque; que, s'il en était autrement, on aurait trouvé des dates remontant aux temps apostoliques, tandis qu'il n'en est rien. Voilà à peu près le fond de son argumentation.
L'épigraphie, assurément, est, de toutes les branches de la science archéologique, celle qui est appelée à rendre les plus grands services à l'histoire; mais de l'aveu de M. Ed. Le Blant lui-même, «il ne faut ni en exagérer, ni en méconnaître l'importance (1). »
Dans la question qui nous occupe, le docte académicien semble ignorer la loi de prudence qu'imposait aux premiers chrétiens la crainte des persécuteurs.
Puisque M. de Rossi est, aux yeux de M. Le Blant, comme aux nôtres, le Mabillon de l'épigraphie chrétienne et le prince de cette science, voici ce qu'il nous dit, dans son livre intitulé: Inscriptiones christianae urois Romae (2). « On peut assigner « deux causes à l'excessive rareté des tituli à dates certaines et « antérieures à la paix de l'Église : ou bien, l'usage des inscrip- « lions fut extrêmement rare pendant cette période primitive « du christianisyne, ou bien, tout en ne négligeant pas absolu-
(1) Manuel d'cpigraphie, o. 97.
(2) Introduct., p. 108.
« ment cet usage, les chrétiens n'eurent aucun soin d'y noter « Cannée.
« La vérité de cette dernière supposition est démontrée par « une infinité d'arguments et d'indices. Les plus anciens tituli «. des chrétiens sont presque tous des tumulaires. Or, parmi les « tituli de ce genre, un petit nombre seulement porte l'indication « du jour et de l'année des premiers Césars ; mais cet usage « même tomba presque aussitôt en désuétude, et il ne fut repris « que plus tard, et peu à peu, par les chrétiens..,. Au contraire, « les inscriptions qui sont contemporaines du IIIe siècle environ,
«indiquent souvent le jour ou le mois Vers la fin du même
« IIIe siècle, les exemples se multiplient. Enfin, au IVe siècle, cette « coutume devint, de plus en plus, une loi générale, dans les « inscriptions chrétiennes. » — « Pendant lps siècles des persé- « cutions, dit-il ailleurs, les monuments écrits et figurés des fi- «. dèles eurent, généralement parlant, des conditions diverses de « lib >rté, selon qu'ils purent être placés dans des cryptes ou, en « plein soleil, dans des aires légalement déterminées et destinées « aux inhumations.... Pour l'ordinaire, les tombeaux restèrent nus «et anépigraphes; ou bien, s'ils avaient des inscriptions et des « ornements, c'était sans aucune allusion religieuse. Les iscriptions, « évidemment chrétiennes, portent presque toutes des dates con- « sulaires dont les plus anciennes remontent au temps de Gratien « et de Théodose, de 375 à 394..., Je n'y découvre aucun indice « d'épigraphes antérieures à la paix constantinienne. Mais ce qui « importe à mon sujet, c'est qu'aucun des tombeaux des martyrs « ne présentait le moindre signe extérieur de christianisme (1). »
Ainsi, en présence des conclusions du célèbre archéologue romain, devenues des principes dans la science archéologique et épigrapbique, que devient la théorie de M. Ed. Le Blant qu'on nous donne comme le représentant autorisé de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et les recherches de notre savant compatriote? Nous laissons nos lecteurs juges de la question.
M. de Rossi n'est pas le seul savant qui vienne nous apporter l'appui de son autorité ; nous pourrions encore citer M. Paulin Paris, membre de l'Institut, qui s'est fait un nom justement célèbre dans la science. Cet homme aussi modeste que distingué,
(1) Bulletin d'archéol. rhrét., édit. franc, an. 1871, p. t'6.
vaincu par l'évidence, s'est cru obligé d'avouer « qu'il avait long- « temps professé les mêmes sentiments que Tilmont, dom Rivet, etc., «sur les origines du christianisme dans les Gaules; mais que « les nouveaux arguments présentés par les soutenants de l'opi- « nion contraire l'avaient complètement ramené à la conviction « que Rome, où le christianisme faisait chaque jour de nouveaux « progrès, depuis le règne de Néron était dans un rapport trop im- « médiat, trop continuel avec les Gaules pour que les prêtres et les « confesseurs chrétiens n'eussent pas fréquemment passé dans les « Gaules, pépiniaires de rhéteurs, de philosophes et de grammai- « riens qui ne cessaient de venir, d'aller et de courir de Rome « à Lyon, à Arles, Marseilles, Toulouse, Nimes et Narbonne. « Non, ajoute notre illustre savant, cela semble aujourd'hui mo- « ralement impossible, car nos grandes cités gauloises (et Bour- « ges était du nombre) vivaient de la vie, des sentiments, des « mœurs de la Rome impériale; et supposer que le christianisme, « qui avait déjà envahi les Germains et l'Espagne, n'eut pas alor.s « assez de retentissement pour que le bruit en arrivât dans les « Gaules, pourtant si voisines, c'est aller contre le sentiment de « Sénèque, de Pline et de Tacite, c'est fermer les yeux à la « lumière de VMstoîre (1). »
Mon illustre contradicteur semble méconnaître l'origine, je ne dis pas de l'opinion, mais de Y école grégorienne, qui s'intitule fièrement « école historique (2). » Le sentiment qu'il défend a été soutenu, dans le passé, par des hommes intelligents, pieux, honnêtes et de bonne foi, comme il l'est encore aujourd'hui, j'en conviens; mais son érection en système, appuyé sur «la critique éclairée des temps modernes », ou, si on l'aime mieux, en école historique, s'est opérée au XVIIe siècle, « sous l'influence d'un parti ouvertement hostile à l'Église romaine (3). » Plus ou moins imbu des idées de tolérance, ce parti voulut contester à nos églises leurs origines apostoliques que patronnait le Saint-Siège afin de ménager les Protestants. Le père de cette école fut le fameux
(1) Histoire littéraire de la France, t. 1, lr" partie, note XXII, p. 441
(2) M. Ed. Le Blant, Manuel d'épir/raphie, p. 98.
(3) L'Eglise, en admettant l'évangélisation de la Gaule au 1"' siècle, n'impose pas cette croyance comme un dogme de foi catholique, mais son enseignement sur ce point nous parait bien préférable à celui de Mabillon, de Labbe et de Lelain de Tillomont.
Launois, que l'histoire a baptisé le Dénicheur de Saints. « Tous les lundis, nous dit son biographe, il rassemblait chez lui un certain nombre d'érudits pour réviser les légendes des Saints et leur faire la guerre. Ces conférences furent une espèce d'école académique où l'on prétendait assigner au IIIe sièle l'introduction de la foi dans les Gaules. » Son ouvrage intitulé: De tempore quo primum in Galliis suscepta est Chrisli fides (1), devint un arsenal où la science moderne alla puiser des armes.
Pour combattre la mission de saint Ursin, aux temps apostoliques, et nous forcer à l'admettre au IIIe siècle, notre savant adversaire met encore en avant plusieurs raisons que nous allons examiner:
« On nous représente saint Ursin, dit-il, s'approchant de « Bourges par la voie romaine de Lyon. Son compagnon, saint « Just, tombe malade et meurt près du bourg ancien de Chambon, « mais à un village portant le nom latin et même de basse la- « tinité de Villa-Xova ou Nova- Villa, vers le neuvième milliaire « de Bourges. Ce village nouveau, dont le nom indique une ori- « gine romaine, cette voie sur laquelle des villages ont eu le « temps de se construire, ce milliaire dont nous ne connaissons « de similaire qu'au IIIe siècle, tout cela convient-il au Ier siècle? »
L'argument n'est pas concluant. D'abord, faisons remarquer1 que les actes de saint Ursin, que j'ai rapportés, ne parlent ni de Chambon, ni de Villa-Nova, ni de villages, et je n'en ai nullement fait mention ; cette objection contre ma thèse tombe donc à faux. Mais admettons qu'une tradition respectable en fasse mention: qu'y aurait-il d'étonnant que la ville de Bourges, regardée du temps de César comme la plus belle des Gaules, ait eu à proximité, sur les bords de sa rivière, une villa appartenant ù quelque riche Romain-, Cicéron, Horace, Ovide et tant d'autres nous parlent de faits semblables. Je ne vois pas qu'il soit besoin de recourir au IIIe siècle, pour expliquer cette maison de campagne, et l'existence d'un village, afin de lui laisser le temps de se former. De Jules César qui conquit Avarie (Bourges), vers l'an 52 avant l'ère chrétienne, jusqu'à la fin du 1er siècle, il s'est écoulé plus d'années qu'il n'en fallait, pour élever quelques bourgades.
Quant au milliaire en question, est-ce bien sérieusement qu'on
(1) Paris, V}')9, un vol. in-S.
place au IIIe siècle son existence parmi nous? Tout le monde sait que' cette mesure des distances fut imposée par C. Gracchus, vers l'an 133 avant Jésus-Christ, et que les Romains en couvrirent toutes leurs routes; p°ut-on croire qu'ils seraient restés si longtemps sans l'introduire dans les Gaules, sur leurs grandes voies de communication? J'accepte, pour un instant, que cette Villa Nova et ce militaire n'existait qu'au IIIe siècle; s'en suivrait-il que saint Ursin ne serait apparu parmi nous qu'à cette époque? Nullement. Nous pourrions dire que le narrateur de la légende, qui vivait deux ou trois siècles plus tard, s'est exprimé comme les écrivains de son temps, en se servant des dénominations alors en usage. L'objection n'aurait de force que dans le cas où l'on prétendrait donner à la rédaction des actes de notre saint Apôtre une date antérieure ou contemporaine au IIIe siècle; mais il n'en est rien, puisque la critique la plus autorisée place cette rédaction à la fin du Ve siècle ou au commencement du VIe.
On se flatte encore de trouver dans le tombeau de suint Ludre ou Lusor, flls du sénateur Léocade, une nouvelle preuve que le christianisme n'aurait pénétré parmi les Bituriges qu'au IIIe siècle. « Ce sarcophage, dit-on, est du IIIe siècle, avec un couvercle « du IIe; l'édifice qui l'entoure avec assises de briques a aussi « des apparences contemporaines. » Voilà une assertion ! Mais la preuve?
Ce monument porte-t-il une date certaine? Non. — Est-il de construction uniforme? Non. — Son support et la crj^pte qui le renfrme s'harmonisent-ils avec l'ensemble? Sont-ils de la même époque? Ils en ont seulement X apparence l Mais, de l'aveu de notre contradict ur, il y a deux époques au moins; à laquelle appartient ce sarcophage? La science archéologique est-elle bien sur.' d'elle-même, lorsqu'il s'agit de déterminer si un tombeau, du genre de celui que nous décrivons qui ne porte aucune date, appartient plutôt au IIIe siècle, qu'au Ier ou au IIe? Les plus habiles s'}" trompent; et beaucoup affirment que les nuances architecturales qui séparent les deux ou trois premiers siècles sont parfois tellement imperceptibles qu'ils hésitent à se prononcer. Au reste, des hommes également compétents, après avoir examiné avec soin les sarcophages de saint Ludre et de saint Léocade, placés à droite et à gauche du maître-autel de l'église de Déols, leur assignent une époque encore plus rapprochée de nous. —
Quoiqu'il en soit, en admettant que ces monuments remontent au IIIe siècle, serait-ce une preuve certaine, indubitable que les saints qui y reposent vivaient à cette époque? Non. Car, étant du Ier siècle, ils auraient très bien pu être inhumés suivant les lois romaines, alors en vigueur, ou déposés dans des tombeaux cîrovisoires et transportés ensuite dans ceux que nous voyons aujourd'hui. Cet argument ne prouve donc rien contre nous. Il ne détruit en aucune manière le témoignage de Jean de la Gogue. Voici ce qu'il affirme, dans son histoire manuscrite, chap. IIIe, dont l'original fut entre les mains de la Thaumassière. « Léocade, « dit-il, était un noble sénateur romain de la parenté de l'em- « pereur Claude.... Il fut envoyé, environ l'an 42 de l'empire d'Au- « guste ou peu après, pour être gouverneur du Lyonnais et du « Berry (1). »
On nous parle encore de la découverte d'une colonne de saint Martial qui nous donnerait « le plus cruel démenti. »
Quelques savants modernes, il est vrai, ont cru trouver une objection péremptoire contre la tradition de tant d'églises, dans cette borne milliaire, récemment découverte, non pas à Limoges, mais au Moutier d'Ahun. « Cette pierre, disent-ils, d'après une « antique tradition, serait la colonne à laquelle saint Martial « aurait été enchaîné pour subir le supplice de la flagellation. « Or, d'après l'inscription qu'elle porte, elle aurait été dédié à » l'empereur Gordien III, l'an 240 de notre ère. »
« Pour toute réponse, s'écrie le docte bénédictin, dom Cha- « mard, nous opposons une fin de non recevoir à la prétendue « tradition qui rattache un souvenir quelconque de saint Martial « à ce monument. C'est une fable inventée par le zèle indiscret « d'Adhemar le Chabanais. Si le sang du grand apôtre de l'Aqui- « taine avait réellpment coulé sur cette pierre, elle eût été hono- « rée comme une relique, au lieu d'être reléguée sur la voie pu- « blique et dans des lieux profanes (2). »
Enfin, l'éminent auteur de la seconde lettre nous oppose, comme un argument sans réplique, un texte d'un savant Bollandist.e qui fixe, au IIIe siècle, la mission de saint Martial et par cela même celle de saint Ursin, sans doute. Mais nous en avons cité vingt qui disent le contraire! En voici un d'un autre Bol-
(1) De La Thaumassière \ liv. 7, c. 7, p. 504.
(2) Les Églises du monde romain, 1 vol. in-8, p 388, par dora Ciiamard.
landiste non moins érudit: Non minori laetitia Lemovicenses plauditant cives qui sanctissimum Christi filium immuratum tenant Martialem epîscopum et consanguineum B. Principis Apostolorum (1).
Aux témoignages que nous avons déjà produits en faveur de l'apostolat de saint Martial, au Ier siècle, nous pouvons ajouter encore ceux d'Albert-le-Grand, de saint Thomas, d'Anselme de Laon, de Pierre Comestor, Gerald de Frachet, Adam de Clermont, Durand de Mende, Nicolas de Lyre, Ludolphe le Chartreux, saint Abbon, abbé de Fleury, saint Antonin, Bernard Guidonis, etc. (2). — J'ai tort, sans doute, de faire tant de citations, puisque « le nombre n'augmente pas l'autorité. »
Dans la deuxième réponse, on prétend en outre « que M. l'abbé « de Lutho, dans une monographie spéciale, a traité la prétendue « identité de Nathanaël et de saint-Ursin, la thèse même de M. l'abbé « Chevalier, de fable et de pieux romain, imaginé pour Védifi- « cation de nos aïeux. » Non, ce n'est point là ma thèse, il est impossible d^ s'y méprendre. Ma thèse, ma vraie thèse a été de prouver que l'apostolat de saint Ursin n'a pas eu lieu au IIIe siècle, mais bien au 1er, je crois avoir réussi. Quant à l'identité de Nathanaël et de saint Ursin, ce n'est qu'une question tout à fait accessoire. Je n'ai mentionné cette antique tradition que parce qu'elle est consignée dans le nouveau Propre de notre Bréviaire, rédigé par Mgr de la Tour d'Auvergne et approuvé par Pie IX, après avoir été révisé par une commission compétente de la Congrégation des Rites, le 25 juin 1863; cette commission et la Sacrée Congrégation n'ont donné leur adhésion qu'après s'être convaincues que les faits et légendes relatés dans les leçons de la fête de saint Ursin avaient été puisés à des sources légitimes et autorisées. E legitimis probaiisque fontïbus desumptis Orationibus et Lectionibus propriis a suo Clero (Bituricensi) recitandis. (Caïd. Patrizi, S. R. C. Praefectus, ad Archiep. Bituric.)
Cette tradition n'est donc pas si mal fondée; autrement Rome et l'Autorité diocésaine n'auraient pas proposé à la piété des Prêtres une légende qui ne serait qu'une fable et un pieux roman, imaginé pour Yédification de nos aïeux. Penser le contraire, serait peu flatteur pour le clergé berrichon.
(1) Bolland , Ac.t. SS. ad 18 janitar., t. 2, p. 564, édit. Palmé.
(2) Voir les PP. Bollandistes , t. G, 30 juin.
Non, M. de Lutho, bien qu'il ne fasse pas autorité, ne présente pas saint Ursin « comme ayant été ordonué, non par les « Apôtres ou des disciples, médiats ou immédiats des Apôtres, « mais par leurs successeurs, ce qui est bien différent. » M. le vicaire général n'a qu'un but dans son opuscule, c'est de nous prouver que saint Ursin appartient aux temps apostoliques et qu'il est du nombre des soixante-douze disciples. Voici ce qu'il dit, à la page 65: « Mais, quoiqu'il en soit, d'après ce même texte, « le premier évèque de Bourges appartient aux temps apostoli- « ques et est du nombre des premiers disciples. N'est-il pas juste « de lui laisser le titre dont il est en possession, malgré la déci- « sion qui a prétendu l'en priver, et d'attendre des preuves so- « lides et incontestable^ pour le lui retirer? Jusque-là, nous aime- « rons à voir dans saint Ursin un disciple proprement dit, un « des soixante-douze. C'est une vieille tradition chère à la piété-, « pour l'abandonner, il faudrait une certitude contraire. »
En terminant cette trop longue discussion, nous dirons aux partisans de l'école grégorienne. « Ne soyez pas plus romains que le Pape, c'est-à-dire, plus exigeants que votre maître. Ecoutez l'un des plus doctes et des plus chauds partisans de Vécole historique de M. Ed. Le Blant, M. l'abbé Casimir Chevalier, aujourd'hui Clerc national à Rome et président de la société archéologique de la Tourraine. « Tout le monde, dit-il, est d'accord sur ce point « fondamental : il n'est pas douteux qu'une première mission « chrétienne ait été envoyée en Gaule du temps même des Apô- « très ou de leurs successeurs immédiats, et particulièrement de « saint Clément... Saint Grégoire de Tours mentionne saint Eu- « rtope de Saintes, évèque et martyr, envoyé, dit-on, fertur, dans « les Gaules, par le Pape Clément 1er à la fin du premier siècle, « et saint Ursin de Bourges, ordonné évèque par les disciples « des Apôtres pour évangéliser les Gaules (1) ».
Ainsi donc, en dehors de toutes les preuves que nous avons fournies, il est avéré, d'après l'école grégorienne elle-même, que plusieurs contrées des Gaules reçurent la foi du temps des Apôtres ou de leurs successeurs immédiats et que le Berry fut evangélisé par saint Ursin au Ier siècle.
J. Chevalier.
(1) S. Gregor. Turon., de Gloria martyr., lib. 1, c. ~>6. - De Glor. confes., c. 80. - Les origines de ? Église de Tours, par M. Casimir Chevalier, p. 2.