‹ Le Sacré Cœur de Jésus dans ses rapports avec MarieChapitre 51 sur 176 · ALLOCUTION · texte numérisé non relu

ALLOCUTION

prononcée par le cardinal Pie, évêque de Poitiers.

dans l'église de Notre-Dame du Sacré-Cœur à Rome, d!

10 avril 1880.

Et tu, invoca Dominum, et loquere Régi pro nobis.

Et vous, invoquez le Seigneur, et parlez au Roi eu notre faveur.

(ESTHEB, XV. 3).

Mes Très Chers Frères,

I. Ce qui prend naissance sur un point quelconque de la chrétienlé n'atteint son développement régulier et n'obtient sa consécration suprême qu'autant que Rome se prête à l'accueillir dans son sein.

Aussi longtemps que cette naturalisation n'est pas acquise, les choses ne sont guère encore qu'à leur état de germe ou de début. Et comme la prudence est la grande loi de la Ville éternelle, ordinairement ce n'est qu'après des lenteurs prolongées qu'est octroyé ce droit de cité. Ainsi en a-t-il été de la dévotion même au Sacré Cœur de Jésus. Par conséquent, combien nous avons à bénir la divine Providence à propos du titre sous lequel l'autorité apostolique a déjà placé le sanctuaire dans lequel nous sommes rassemblée

II. Oui, pour le culte même du Sacré-Cœur, Rome a opposé aux premiers empressements de la France de longues et nécessaires temporisations.

Le détail en est intéressant, et il montre par quelles évolutions graduelles, par quels progrès continus, une dévotion qui se lie à la doctrine est susceptible de se généraliser et de recevoir enfin le sceau authentique de l'autorité infallible de l'Eglise. Simple culte local toléré tout d'abord par les Ordinaires des lieux, extension successive à des églises particulières, concessions d'indulgences et de faveurs spirituelles: il n'a guère moins fallu que deux siècles pour que la fête du Sacré-Cœur, jusque-là faculta-

(1) Etaient présents: Mgr Sallua, archevêque de chalcëdoine, Mgr. Lequette, évêque d'Arras, Mgr P.oyer. évêque de flermont.

tive, devint fête de précepte dans le monde entier; par suite de quoi Rome a enfin résolu et entrepris de bâtir un temple sous ce vocable.

Durant ce long espace de temps, l'étude de la doctrine, bas 3 obligée de toute dévotion légitime, se continuait sans interruption: les desseins providentiels d'en Haut se révélaient; les faits même les plus étrangers à la cause en amenaient le développement.

C'est ainsi qu'en l'année mil huit cent cinquante six, l'Episcopat fiançais, assemblé à Paris autour d'un Légat à Latere pour une solennité nationale, profitait de l'occasion pour émettre un vœu qui allait aboutir à l'inauguration définitive de l'office du Sacré-Cœur dans le cycle de la liturgie romaine et universelle. Parmi les fêtes et les réjouissances de la terre, les évêques, à 1 exemple du Seigneur Jésus, savent avoir souci des choses qui -ont de leur Père: Xesciebatis quia in lus quae Patris met sunt oportet nie esse (1). « Les sages du monde, écrivions-nous à cette époque, les habiles, les politiques souriraient de pitié s'ils nous entendaient dire que c'est là, pour l'avenir, ie plus grand résultat de la venue d'un représentant du Pape dans la capitale de l'empire français et de la convocation de tout l'épiscopat autour de lui (2). » De fait, le jeune prince dont la naissance avait provoqué tout ce grand mouvement, nous l'avons vu disparaître douloureusement de la scène de ce monde, et avec lui toutes les espérances, tous les pronostics qui s'attachaient à son berceau; tandis que l'acte apostolique motivé sur la démarche « du très florissant et très fidèle épiscopat des Gaules » restera inscrit dans le calendrier de l'année chrétienne jusqu'à la fin des siècles (3).

Conquête infiniment précieuse. Car, disions-nous encore dès ce temps, « le eulte du Cœur adorable de Jésus , c'est la quintersence même du christianisme, c'est l'abrégé et le sommaire substantiel de toute la religion. Le christianisme, œuvre d'amour dans son début, dans son progrès et dans sa consommation; le ehristianisme dont l'histoire est toute entière dans ce mot sublime: «Dieu a aimé le monde» Dileccit (4), et dont le S3*mbole se réduit à ces quatre paroles du disciple bien-aimé: « Nous cro-

,l> s. Luc, ii. 19.

(2) I. Itre synodale de décembre 1851

(3) Décret pontifical du 83 août k56.

(4) S. Joan., III. 16.

yons à l'amour de Dieu pour nous (1), » c'est-à-dire, nous croyons que, dans l'œuvre divine, c'est le cœur qui a tout fait ; le christianisme, dont toute la morale est dans ce seul mot: Diliges (2). « Tu aimeras, » c'esf-à-dire tu me rendras amour pour amour, tu me donneras ton cœur en échange de tout ce que le mien a fail pour toi; le christianisme ne saurait s'identifier ciussi absolument avec aucune dévotion comme avec celle du Sacré-Cœur. » Avoir donné naissance à cette dévotion, c'est donc pour la France avoir bien mérité de Dieu et de l'Eglise. Avoir adopté et consacré cette dévotion, c'est d3 la part de Rome un bienfait dont la chrétienté entière comprendra tout le prix.

II[. Et maintenant, mes très chers Frères, la dévotion établie authentiquement à Rome dans cette ancienne église de l'apôtre saint Jacques, l'invocation de Marie scus le titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur, n'est autre chose qu'une déduction et qu'un appendice de la dévotion au Cœur sacré de Jésus. Là encore l'origine est française, et le second Paray-le-Monial s'appelle Issoudun; mais là aussi nous avons la consolation et la joie de pouvoir dire que la sanction romaine n'a pas fait défaut. Ce que Pie IX avait encouragé pour la France, Léon XIII l'a introduit à Rome. Après avoir subi l'épreuve du temps et de la contradiction, après avoir été éclairci par les explications que le temps amène et que la contradiction provoque, le culte de Notre-Dame du Sacré- Cœur est demeuré intact; et désormais il appelle ici aux pieds de l'image consacrée la foule des pieux fidèles, soutenus par 1 exemple de la confiance du plus auguste des suppliants.

Assurément aucun des dévots clients de Notre-Dame du Sacré- Cœur n'a la prétention que ce titre doive apporter à la sainte Mère de Dieu un nouveau degré de grandeur et de gloire jusqu'ici inconnu de la tradition, et combler ainsi un vide, une lacune regrettable dans la doctrine des saints Pères: ce serait là un ï témérité digne de censure. Tout au contraire, il ne s'agit que d'une forme nouvelle d'un culte doctrinal et traditionnel pratiqué par tous les siècles chrétiens.

Israël tout entier, par la bouche de Mardochée, disait à Esther: El tu invoca Dominum, et toquere Régi pro noMs: « Et vous, invoquez le Seigneur, et parlez au Roi en notre fa-

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