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CHAPITRE XXVII

COMMENT LA DÉVOTION AU SACRÉ-CŒUR ET LA DÉVOTION À NOTRE- DAME DU SACRÉ-CŒUR SERONT LE REMÈDE AUX MAUX DE NOTRE ÉPOQUE.

Nous avons terminé la partie doctrinale de notre ouvrage.

Nous connaissons maintenant la DEVOTION à Notre-Dame du Sacré-Cœur, sa nature, son excellence, son efficacité, son autorité et ses rapports intimes avec la DÉVOTION au Sacré Cœur de Jésus.

Nous avons montré que si le Cœur adorable de Jésus-Christ est la source intarissable de toutes les grâces, Notre-Dame du Sacré- Cœur peut l'ouvrir à son gré pour répandre sur les hommes tous les trésors d'amour et de miséricorde, de lumière et de salut qu'il renferme (1).

De là nous avons pu augurer que ces deux Dévotions, dans les desseins miséricordieux de Dieu sur le monde, sont le RE- MEDE aux maux de notre époque.

Il nous reste à ajouter à notre œuvre sa conclusion et sa partie pratique, en exposant, dans les chapitres suivants, les moyens destinés à propager ces deux Dévotions et par elles à épancher sur le monde le nouveau fleuve de vie appelé à le régénérer.

Dans ce chapitre nous voulons d'abord rappeler que la dévotion au Sacré-Cœur, unie à celle de Notre-Dame du Sacré- Cœur, est bien toute l'espérance de la société moderne au milieu

(1) Le Souvenez-vous à N.-D. du S.-C approuvé par la Sacrée Congrégation des Indulgences et celle du Saint-Office.

des maux qui la désolent, puis nous dirons, par quelles œuvres les Missionnaires du Sacré-Cœur se proposent d'appliquer le remède en répandant ces deux Dévotions dans toutes les classes de la société.

Le Ciel s'est toujours plu à créer dans le cours des temps des institutions en harmonie avec ses desseins et les besoins des âmes.

Notre siècle s'est ouvert sous les auspices de Marie. Les ruines désastreuses, que la grande Révolution venait de semer partout, dans les intelligences et dans les cœurs, réclamaient impérieusement le secours efficace de Celle qui est appelée la Réparatrice des maux de l'humanité (1); aussi, le culte de l'auguste Vierge a-t-il répandu sur la France et sur le monde un vif éclat, et la promulgation du dogme de l'Immaculée Conception, en donnant à ce culte son dernier couronnement, et en couvrant la Mère de Dieu d'une gloire incomparable, a ouvert une ère de grandeur et de régénération.

Depuis lors un nouveau soleil, s'élançant plus radieux de cette resplendissante aurore, inonde de plus en plus de ses feux, et pénètre de sa chaleur bienfaisante les esprits et les cœurs.

Ce nouveau soleil, qui s'était déjà levé sur l'univers, au XVIIe siècle, est le Cœur de Jésus, la source de toutes les grâces, le foyer du véritable amour et de tous les nobles sentiments, Vâme de nos âmes et la vie de nos vies.

Depuis le 8 décembre 1854, jour à jamais mémorable, la dévotion au Sacré-Cœur a fait des progrès immenses; elle s'est répandue partout, et aujourd'hui elle étend son influence salutaire dans toutes les contrées du globe.

L'heure du règne du divin Cœur, prédit par saint Jean à sainte Gertrude et annoncé par Notre-Seigneur lui-même, est sonnée.

La béatification de la vénérable Marguerite Marie Alacoque, l'amante par excellence du Sacré-Cœur et la révélatrice de cette

il) Roparutrix saeculi. (D. Laur. Justin., in serm. Sativ. B. M. V., - Reparatrix omnium malorum. (Maur. de Villa, serm. 12). - Reparatrix nostra. (BERK; de Bustis, serm. 1, de Nomlnat. M.).

dévotion, lui a donné un nouvel élan et contribuera puissamment à sa diffusion.

Et l'auguste Vierge Marie, qui nous a donné cette source intarissable de bénédictions, viendra encore, sous un nouveau nom, l'épancher sur le monde; le titre de Xotre-Dame du Sacré- Cœur, dont elle est décorée, nous dit assez les sublimes fonctions qu'elle remplit dans cette régénération des âmes et de la société, par le Cœur de son Fils; et la fin du XIXe siècle, tout en appartenant excellemment au Sacré-Cœur, appartiendra aussi à Celle qui est la Trésorière de toutes les grâces qu'il renferme.

La dévotion au Sacré Cœur de Jésus doit fixer aujourd'hui tous les regards, parce qu'elle est, ainsi que nous l'avons déjà dit, la complète manifestation de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; la quintessence du Christianisme et le résumé de toutes les dévotions; parce qu'elle répond à tous nos besoins, ferme toutes nos blessures et met entre nos mains les secours les plus puissants, pour atteindre le dernier développement de la perfection et former Jésus-Christ dans nos âmes.

En effet, en lisant l'histoire du Christianisme jusqu'à l'apparition de la dévotion au Sacré-Cœur, que voyons-nous? Le dogme chrétien complètement formulé. Tout ce qui regarde l'existence de Jésus-Christ, en lui-même comme dans son Eglise, a été établi de la manière la plus irréfragable, depuis le concile de Nicée jusqu'au concile de Trente. Que restait-il encore?... Il restait à sonder la profondeur du dogme, à dévoiler tous les mystères de l'intérieur de l'Homme-Dieu, à manifester ses sentiments au dehors et à établir son règne dans les âmes: Hoc sent ite in vobis quod et in Christ o le su (1).

C'est donc pour donner de lui-même la connaissance la plus étendue, et la manifestation la plus complète, qu'il nous a découvert, dans ces derniers temps, ce qu'il y a de plus intime dans sa personne adorable, c'est-à-dire son Cœur avec tous ses mouvements divins, ses aspirations sublimes ; son Cœur avec tous les trésors d'amour et de miséricorde, de sagesse et de science qu'il renferme: In quo sunt omnes thesauri sapientiae et scientiae nhsconditi (2).

La dévotion au Sacré-Cœur, en nous reportant à l'origine

(1) Philip., II, y.

(2) Col., II, 3.

de la grâce, à la source de toute lumière, à l'océan de la vie, au foyer de l'amour divin, contribue, par cela même, à donner à la piété son dernier développement; en effet, plus on connaît Jésus- Christ dans les manifestations de son amour, plus on doit l'aimer; plus nos rapports avec lui sont intimes et plus notre dévotion se développe et grandit ; et, partant, plus son règne tend cà s'établir dans nos âmes, et plus nous faisons d'efforts pour l'imiter et marcher sur ses traces: Amor aut pares invenit aut facit.

La dévotion au Sacré-Cœur a un autre avantage elle apporte un remède à tous les maux de notre époque, et répond à toutes les aspirations des âmes.

Quelles sont les plaies du siècle? Nous l'avons déjà dit: Yégoïsme, l'indifférence et le sensualisme engendrés par l'orgueil et le culte de la matière. Ah ! mettez Yégoïsme qui enlace tant de cœurs, en présence de l'infini dévouement du Cœur de Jésus, qui le porta à s'immoler pour notre amour; mettez l'indifférence qui courbe tant de chrétiens vers la terre, en face de cette soif ardente du salut de nos âmes qui le dévore, et du désir immense qu'il a de nous arracher à ce monde périssable et de nous reporter vers le ciel; opposez au sensualisme qui pénètre partout, les tristesses et les amertumes, les souffrances et les angoisses de ce divin Cœur, et vous verrez que tout rentrera dans l'ordre et qu° la vertu reprendra son empire.

Que veulent les âmes?... Jouir, posséder, être heureuses; voilà leurs tendances. Eh bien! au lieu d'aller demander aux créatures la satisfaction de leurs désirs, qu'elles se tournent vers le Cœur de Jésus; qu'elles se plongent dans cet océan sans fond, comme sans rivages, de richesses, de grandeur et de félicité, elles seront bientôt enivrées de bonheur et savoureront les joies les pins pures et les douceurs les plus ineffables.

Ainsi, d'après ce qui précède, il est facile de se convaincre que la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, bien comprise, n'est pas une pratique particulière de piété, mais la religion tout entière, mais la religion envisagée sous son aspect le plus lumineux et le plus consolant; c'est le Christianisme pris dans sa source et ramené à son unité. Et ce qui rend cette dévotion plus précieuse encore, ce sont les bénédictions qui l'accompagnent et les moyens si puissants qu'elle fournit aux âmes pour arriver à la perfection.

Rappelons-nous ces paroles de la Bienheureuse Marguerite Marie déjà citées en partie: « Notre-Seigneur me fit connaître que « le grand désir qu'il avait d'être parfaitement aimé des hom- « mes, lui avait f.iit former le dessein de leur manifester son « Cœur, et de leur donner, dans ces derniers siècles, ce dernier « effort de son amour, en leur proposant un objet et un moyen « si propre pour les engager à l'aimer, et à l'aimer solidement. « Qu'en cela, il leur ouvrirait tous les trésors d'amour, de misé- « ricorde, de grâces, de sanctification et de salut que son Cœur « contient, afin que tous ceux qni voudraient lui rendre et lui « procurer tout l'honneur et l'amour qui leur seraient possible, « fussent enrichis avec profusion des trésors dont il est la source « féconde et inépuisable ! (1). »

« Que ne puis-je raconter, dit-elle ailleurs, tout ce que je sais « de cette aimable dévotion au Sacré Cœur de Jésus, et décou- « vrir à toute la terre les trésors de grâces que Jésus-Christ ren- « ferme dans ce Cœur adorable, et qu'il a dessein de répandre « avec profusion sur tous ceux qui la pratiqueront!... Les trésors « de bénédictions et de grâces que ce Sacré-Cœur renferme sont « infinis; je ne sache pas qu'il y ait nul exercice de dévotion, « dans la vie spirituelle, qui soit plus propre pour élever en peu « de temps une àme à la plus haute perfection (2). »

« Il me fit ensuite connaître que le grand désir qu'il avait « d'être parfaitement aimé des hommes lui avait fait former le « dessein de leur manifester son Cœur (3). »

« Mon divin Sauveur m'a fait entendre que ceux qui travail- « lent au salut des âmes auront l'art de toucher les cœurs les « plus endurcis, et travailleront avec un succès merveilleux, s'ils « sont pénétrés eux-mêmes d'une tendre dévotion à son divin « Cœur (4). »

« Pour les personnes séculières, elles trouveront, par le moyen « de cette aimable dévotion, tous les secours nécessaires à leur « état, c'est-à-dire la paix dans leur famille, le soulagement dans « leurs travaux, les bénédictions du Ciel dans toutes leurs en- « treprises, la consolation dans leurs misères; et c'est proprement

(1) Vie et œuvres de in B. Margverite-Marie, t. 1, p 118, éd. 2.

(3) Id , t. 2, p. 325.

(4) Id , t. 2, p. 335.

« dans ce Sacré-Cœur qu'elles trouveront leur refuge pendant « toute leur vie, et principalement à l'heure de leur mort (1). »

D'après ce que nous venons de dire, la dévotion au Sacré- Cœur et celle à Notre-Dame du Sacré-Cœur sont donc bien l'unique espérance de l'Eglise et de la société, et le seul remède efficace aux maux de notre époque.

C'est pourquoi, en voyant les effrayants progrès de la Révolution, ses terribles ravages au sein des peuples, et la guerre aussi acharnée que funeste qu'elle livre à la sainte Eglise, les âmes fidèles appellent de tous leurs vœux le règne libérateur et bienfaisant du Sacré Cœur de Jésus.

0 divine Aurore, Notre-Dame du Sacré-Cœur, notre espérance à cette heure désespérée, apparaissez et donnez à la terre, ensevelie dans la nuit de l'erreur et du péché, le Cœur resplendissant de votre Fils ;

Et Vous, ô divin Soleil de Justice, Cœur adorable de Jésus, il en est temps enfin , levez-vous sur le monde et régnez en Maître souverain!...

Dieu a de grands desseins sur l'Eglise et sur le monde, par la dévotion au Sacré Cœur de Jésus. Mais pour la faire connaître, il faut des hommes qui en soient les Missionnaires.

Depuis l'origine de cette dévotion un grand nombre de religieux, de prêtres, de pieux fidèles se sont empressés de la propager avec zèle, et déjà les succès obtenus sont immenses.

Mais, d'un côté son excellence, et de l'autre, V étendue et la profondeur du mal dont elle est le remède, ne semblaient-ils pas motiver doublement la fondation d'une Société spéciale, donl les membres, par goût, par attrait, par vocation particulière, se consacreraient officiellement au Sacré-Cœur et en deviendraient les apôfres, afin d'appliquer le remède et de propager le bienfait?

Telle est la considération qui a donné naissance à la CongrégaUon des Missionnaires du Sacré-Cœur, comme le démontrant leurs Constitutions et le Décret d'approbation. « Afin de « fournir à cette salutaire dévotion envers le Cœur de Jésus, disent

(1) id., ibid.

« ces Constitutions (1), les moyens de se propager au loin, soil « parmi les laïques, soit surtout dans les rangs du clergé, et de « porter ainsi dans toute la société chrétienne des fruits plus « abondants, il a paru utile d'établir une Société religieuse qui « se proposât spécialement cette fin et la poursuivît par toutes « les voies possibles. On a donné aux membres de cette congré- « gation le nom de Missionnaires du Sacré Cœur de Jésus, parce « qu'ils acceptent la glorieuse mission de glorifier le Sacré-Cœur , « de manifester les trésors de grâce dont il est rempli, et de « réparer les outrages dont les hommes V abreuvent. »

Voilà donc une nouvelle Congrégation qui s'est levée au milieu de tant d'autres, et qui, toute humble qu'elle est encore, vient prendre place à leurs côtés pour travailler, sous le joug de la vie religieuse, à la défense de la Sainte Eglise et au salut des âmes. Elle prit naissance en un moment bien solennel : le jour même de la promulgation du dogme de l'Immaculée Conception, comme nous l'avons déjà dit. Pendant les neufs jours qui précédèrent cette grande fête, la grâce de cette fondation fut sollicitée du Cœur de Jésus par l'entremise de Marie, comme le premier fruit du triomphe que la terre allait lui décerner. La volonté du Ciel se manifesta providentiellement. . . et le 8 décembre 1854 la grâce fut obtenue, contre toute espérance (2).

Sans considérer leur faiblesse, mais uniquement appuyés sur les promesses de Celui qui a dit en parlant de ceux qui se dévouent à son Cœur : « Je répandrai d'abondantes bénéditions sur « toutes leurs entreprises, » les premiers membres de cette Société naissante, témoins de la puissance de Marie sur le Cœur de Jésus, cherchaient un nom pour Lui témoigner leur amour et leur reconnaissance. Ce nom, ils le trouvèrent en appelant l'auguste Vierge Notre-Dame du Sacré-Cœur, et confièrent à cette Médiatrice toute-puissante le patronage des causes difficiles et désespérées.

(1) Ut autem vera haec et maxime salutaris erga Cor Christi devotio, sive inter laicos, sive maxime inter sacerdotes, late propagari si-cque in christiana societate uberiores fructus proferre possit, utile visum est Societatem instituera quae hune sibi finem specialiter proponat, omnibusque modis illum prosequatur. Huic nomen datum est Missionariorum Sacratissimi Cordis Jesu. quippe qui gloriosam missionem accepere Cor Jesu g l or l fi candi et gratine thesaaros, quibus plénum est. manifrstandi, neenon injurias Ipsi ab hominibus illatas reparaniU. (Constitutiones Miss. S. S. Cordis Jesu, cap. II, n. 4).

(2) Voir le chapitre I.

Deux prêtres formèrent d'abord la communauté; une grange servit de chapelle. Malgré les grandes épreuves qui accompagnent ordinairement les Œuvres de Dieu, la Société est arrivée à se constituer et à s'étendre (1).

Telle est l'origine de la Congrégation des Missionnaires du Sacré-Cœur.

Toute leur mission (2), ils l'ont résumée dans cette belle devise: Aimé soit PARTOUT le Sacré Cœur de Jésus! Ametar UBIQUE TERRARUM Cor Iesu Sacratissimum!. .. Oui, ils veulent, sur l'appel de Dieu et dans la mesure de leurs forces, travailler à répandr- la dévotion au Sacré-Cœur partout, c'est-à-dire dans toutes les contrées du monde, parmi les personnes de tout sexe, de tout âge, de tout rang, de toute condition; ils veulent en pénétrer toutes les âmes, tous les degrés de la société et toutes les institutions, afin que le remède étant appliqué universellement, la guérison fut aussi universelle et complète.

Or par quelles œuvres spéciales {2) les Missionnaires, du Sacré- Cœur espèrent-ils poursuivre cette sublime et immens? mission? Principalement par V Archiconfrérie de Notre-Dame du Sacré- Cœur , l'Agrégation des Prêtres séculiers , le Tiers-Ordre du Sacré-Cœur pour les laïques, la Congrégation des Enfants du Sacré-Cœur et de Notre-Dame du Sacré-Cœur; la Petite-Œuvre du Sacré-Cœur et le Culte perpétuel.

L'exposition de chacune de ces œuvres fera l'objet des chapitres suivants.

(1) Voir le chapitre I, page 4 et 5.

(2) Cette mission peut se résumer dans les trois points suivants: lr' rendre au Sacré Cœur de Jésus un culte spécial d'adoration, d'amour, de louange et de reconnaissance ; 2" répandre sa dévotion comme un moyen de régénération et de sanctification; 3" réparer, par une vie aussi pure que possible, les outrages qu'il reçoit.

(3) Ces œuvres spéciales, qui répondent plus directement à leur fin, ne sont pas les seuls ministères auxquels se livrent les Missionnaires du Sacré-Cœur. Ainsi, dans le même but, ils s'appliquent encore: 1° aux Missions dans les villes et les campagnes, et dans les pays infidèles; 2" aux retraites pour les fidèles, les religieuses et les ecclésiastiques; 3" à la conduite des unies par la confession; 4" à l'éducation de la jeunesse par la direction des maisons d'éducation confiées à la Société ou fondées par elle.

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