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Basilique de Notre-Dame du Sacré-Cœur

Nous ne pouvons parler du pèlerinage de Notre-Dame du Sacré-Cœur sans faire connaître sa basilique. Nous examinerons d'abord son histoire et les formes extérieures de son architecture; ensuite, pénétrant h, l'intérieur, nous contemplerons les richesses de ses décorations.

1. Construction de la Basilique et son extérieur. — Quand les Missionnaires du Sacré-Cœur s'établirent au nord de la ville d'Issoudun, à l'extrémité d'une place connue sous le nom de place de Vouet, ils ne trouvèrent, au lieu où s'élève actuellement notre chère Basilique, qu'une pauvre grange, qu'ils transformèrent en chapelle. Malgré tous leurs efforts pour la meubler et l'orner convenablement, son dénuement rappelait trop l'étable de Bethléem. Cependant les nouveaux Missionnaires y célébraient leurs offices et les fidèles venaient y prier avec une dévotion dont les anciens ont gardé un doux souvenir.

Hélas! la chapelle improvisée n'était pas solide. Ses murs lézardés menaçaient ruine de tous les côtés. L'Autorité diocésaine crut devoir interdire le Sanctuaire, et les Missionnaires se virent dans la nécessité d'aller célébrer leur messe à l'église paroissiale. L'épreuve était sensible, mais Dieu avait ses desseins... C'est alors que les nouveaux apôtres songèrent à édifier au Sacré Cœur de Jésus, dont ils se glorifiaient de porter le nom, un temple digne de Lui.

Les ressources manquaient, mais des dons et le produit d'images, placées au profit de l'Œuvre par un grand nombre de zélateurs et de zélatrices, permirent bientôt de commencer la construction. Elle s'éleva assez rapidement; et, grâce aux offrandes que les pieux fidèles voulurent bien envoyer, la nouvelle église était terminée, et consacrée solennellement, sous le vocable du

Sacré-Cœur, le 2 juillet 1861, par Mgr Guibert, actuellement cardinal archevêque de Paris, alors archevêque de Tours.

Dans cotte église, Notre-Dame du Sacré-Cœur n'avait qu'une humble chapelle, à l'extrémité de la nef latérale, du côté de l'épître. Son culte prenant chaque jour de nouveaux accroissements, et son Association ayant été érigée canoniqujment (1864), on comprit qu'un autre sanctuaire était nécessaire pour recevoir les pèlerins qui commençaient à affluer. Il fut donc arrêté qu'on bai irait en son honneur, derrière le chevet de l'église, une chapelle r hâtivement vaste et spacieuse. Les associés ayant répondu avec empressement à l'appol qui leur fut adressé, cette chapelle put être inaugurée le jour même de la solennité du couronnement, le 8 septembre 1869.

Elle est en style gothique de la fin du XIIIe siècle, comme l'église du Sacré-Cœur à laquelle elle fait suite.

Déjà cett^ première église était embellie, à l'intérieur, par de magnifiques peintures, tandis que les murs du nouveau sanctuaire se trouvaient sans ornements. Ce contraste ne pouvait pas durer longtemps; en effet, les enfants de Notre-Dame du Sacré- Cœur faisant assaut de générosité, la nouvelle chapelle fut enrichie à'eœ-voto, de fresques et d<> verrières d'une beauté incomparable.

Avant de pénétrer dans son enceinte, examinons l'extérieur de la Basilique. La façade n'a pas le grandiose de celles de nos vieilles cathédrales; cependant elle n'est pas sans dignité; il y a de la hardiesse dans sa flèche qui s'élance dans les airs, à une hauteur de quarante mètres environ; le sommet de cette flèche sert de base à une statue, en pierre, du Sacré-Cœur: cette statue domine toute la contrée, et apparaît au loin comme un signe de salut et un gage de bénédiction.

Approchons-nous des portes d'entrée; elles offrent en relief les quatre Evangélistes, sculptés avec leurs symboles traditionnels. Au-dessus Notre-Seigneur, assis dans la gloire, présente son Cœur, et r< çoit les adorations des anges. De chaque côté du portail, les apôtres saint Pierre et saint Paul, debout et adossés à la muraille, semblent garder l'entrée du lieu saint. Plus haut, sur la pierre du tympan, Notre-Seigneur est attaché à la Croix: sa gauche, la Synagogue, qui a méprisé ses enseignements et qui va disparaître, est figurée par une femme qu'un bandeau

aveugle, et qui s'appuie sur des ruines et sur un sceptre brisé; tandis qu'à droite, l'Eglise, qui vient de naître, se montre sous la forme d'une jeune reine pleine d'avenir -. elle tient dans sa main une coupe toute remplie du sang qui s'échappe du Cœur de son divin Fondateur. Elle puise dans ce sang une force mystérieuse qui la rendra toujours triomphante jusqu'à la fin des temps; mais cette grâce vivifiante lui viendra par Marie: c'est pourquoi la statue de cette Vierge bénie domine le groupe dont on vient de parler. Elle nous apparaît au bas du grand vitrail de la façade, comme Notre-Dame du Sacré-Cœur.

2. Intérieur de l'église du Sacré-Cœur. — Le seuil du temple est franchi et nous voilà dans un vestibule, tapissé de plaques de marbre portant des inscriptions: ce sont des ex-voto; comme nous en rencontrerons d'autres; entrons sans nous arrêter. Enfin nous sommes dans l'enceinte sacrée; nous avons devant nous une vaste nef, coupée par la balustrade du sanctuaire, et terminée par le maître-autel et l'abside; tandis que, de chaque côté, deux petites nefs longent les murailles latérales et se perdent derrière le sanctuaire. Nos yeux sont d'abord frappés par ce jour mystérieux qui vient des vitraux, par cet admirable variété de couleurs et de dessins qui couvrent les piliers et les murailles, partout où ils ne sont pas revêtus d'ex-voto; car on en découvre de toutes parts; ils sont en marbre et artistement plaqués sur le pourtour des nefs latérales, sur les surfaces des piliers, dans les embrasures des fenêtres.... C'est bien là le plus bel ornement de la Basilique, celui qui publie avec le plus d'éclat l'ineffable puissance de Marie auprès du Cœur de Jésus.

Pénétrés d'un sentiment religieux, avançons; nous voici à la balustrade du sanctuaire; agenouillons-nous pour saluer l'adorable Cœur de Jésus, dont l'image apparaît de tous les côtés.

Maintenant considérons les merveilles aussi pieuses qu'artistiques que nous avons sous les yeux: ces deux rangées de stalles sculptées, qui longent le sanctuaire et disparaissent derrière l'autel; cet autel admirable, tout en pierre et si bien polychrome; ce groupe de Kotre-Seigneur et de la Samaritaine, en relief, sur le tombeau. Arrêtons-nous devant ce tabernacle splcndide d'un genre tout nouveau; il a la forme d'un cœur tout étincelant d'or, couronné d'épines, surmonté des flammes de la charité et de la croix du sacrifice ; la plaie de ce cœur sert de

passage à la clef; sous la main du prêtre elle devient béante et laisse apparaître l'auguste Eucharistie qui semble en jaillir comme un fleuve d'amour; et le divin Captif, sorti de sa prison volontaire, se donne avec bonheur aux âmes affamées. De chaque côté de ce tabernacle symbolique, on remarque douze statuettes figurant les Apôtres; et au-dessus, une superbe exposition avec ses tourelles et ses clochetons si bien dentelés.

Elevons nos regards et portons-les sur ces charmantes verrières qui couronnent l'abside. Il y en a cinq. Au milieu, c'est la célèbre apparition de Notre-Seigneur à la B. Marguerite-Marie; à droite, ce sont les papes Grégoire XVI et Pie IX, avec plusieurs Cardinaux, et Mgr de Marguerye, évêque d'Autun, qui tous ont travaillé à la béatification de la célèbre Visitandine. A gauche, on voit les papes Clément XIII et Pie VI, le roi Louis XVI et NN. SS. Languet et Belzunce, qui ont tous honoré le Sacré-Cœur et propagé son culte avec zèle. Enfin, à la deuxième verrière de droite et de gauche, Notre-Seigneur confie aux nouveaux Missionnaires la charge de faire connaître et aimer son Cœur, et de réparer les outrages qu'il reçoit de la part des hommes.

Tournons-nous maintenant vers l'entrée du lieu saint. Nous découvrons, au-dessus du vestibule, les grandes orgues qui font entendre leurs sons harmonieux aux grandes solennités ; l'arceau qui les encadre nous offre une fresque aussi belle que touchante: Notre-Seigneur est au sommet, assis dans sa gloire; il montre son Cœur et invite les mortels à venir s'y reposer comme dans un refuge assuré. Toutes les misères humaines diversement personnifiées répondent à cette douce invitation du Sauveur, et gravitent vers le centre des miséricordes.

Derrière les orgues se cache un grand vitrail, où Notre- Seigneur en croix est transpercé par le soldat. Isaïe et Zacharie apparaissent dans les deux petites fenêtres adjacentes, prophétisant la source des grâces renfermées dans le Sacré-Cœur (1) et l'ouverture de ce divin Cœur (2). Au-dessous de la tribune, à droite et à gauche des portes, deux autres prophètes sont peints sur la muraille: Ezéchiel et Daniel annonçant la réunion des hommes dans un seul Cœur, celui de Jésus (3), et nous invitant

(1) Is., XII, 3.

(2) Zach., XII, 10.

(3) Ezecii., XI, 19.

à nous approcher de ce Cœur sublime (1). Dans la grande nef, à quelques pas, la chaire à prêcher est adossée à un pilier du côté de l'évangile, elle est ornée de nombreuses sculptures: l'Esprit-Saint plane au-dessus du prédicateur pour l'inspirer: mais Jésus, montrant son Cœur par derrière, fait voir qu'il est la source de cette inspiration; tout autour de la chaire sont figurés des apôires et des évangélistes, parce que c'est leur doctrine qui est enseignée dans l'Eglise; enfin, au-dessous, trois statues symbolisant la foi, l'espérance et la charité, bases de la perfection chrétienne, soutiennent ce véritable objet d'art qui fait l'admiration de tous les visiteurs.

Les quatorze stations du chemin de la Croix ont fourni le sujet des admirables peintures que nous remarquons au-dessus des sept arceaux ouverts de chaque côté de la grande nef. Ce chefd'œuvre, car c'en est un, est dû au pinceau de M. Paute, élève de Flandrin. L'espace laissé à droite et à gauche du sommet de chaque arceau est occupé par des anges portant des emblèmes ou des inscriptions. Les grandes verrières, ouvertes au-dessus des stations, portent les images des saints qui ont excellé dans l'amour du Sacré-Cœur. En marchant lentement vers les grandes portes, et en revenant sur nos pas, nous contemplerons leurs visages rayonnants: ce sont, du côté de l'évangile: saint Alphonse de Liguori et saint Louis de Gonzague, saint Philippe de Néri et saint Thomas de Villeneuve, saint Antonin et saint Bernardin de Sienne, saint Vincent Ferrier et saint Bonaventure, saint Thomas d'Aquin et saint François d'Assise, saint Bernard et saint Laurent Justinien, saint Thomas apôtre et saint Jean l'Evangéliste. Du côté de l'épître, ce sont: sainte Angèle de Foligno et sainte Ludgarde, sainte Gertrude et sainte Claire de Montefalco, sainte Marguerite de Cortone et sainte Catherine de Sienne, sa'inte Brigitte de Suède et sainte Mecthilde, sainte Françoise Romaine et sainte Catherine de Gênes, sainte Jeanne de Valois et sainte Térèse, sainte Rose de Lima et sainte Madeleine de Pazzi.

il faut parcourir maintenant les nefs latérales, en commençant par le côté de l'évangile: nous n'avons que cinq arceaux dans chacune, les autres étant occupés par des chapelles que nous visiterons plus tard. Chacun de ces arceaux est éclairé par

(1) Ps. LXIII, 8.

un magnifique vitrail, ouvrage de M. Lobin de Tours-, et, sur chaque côté, la muraille porte l'image d'un saint personnage qui a glorifié particulièrement le Sacré-Cœur par sa sainteté ou sa doctrine. Voici l'ordre des sujets peints sur les verrières avec leurs fresques latérales, en descendant du sanctuaire du côté de l'évangile : 1° Guérison de l'aveugle de Jéricho, Bienheureux Henri Suzo et saint Elzéar; 2° Ascension de Jésus-Christ, saint Antoine de Padoue et saint Pierre Damien; 3° saint Michel archange (1), saint Isidore de Séville e': saint Eucher de Lyon; 1° saint François de Sale-^ avec les Visitandines, saint Jean Chrysostome et saint Antiochus de Ptolémaïde; 5° saint Augustin, saint Ambroise et saint Cyprien. — Enfin, au détour et en face de la nef, une fresque nous montre saint Pierre assis sur les ruines de Rome païenne; l'artiste s'est dépassé; cette peinture est une merveille.

En nous transportant dans la nef du côté de Lrépîtré, nous trouvons un tableau, parallèle à celui de saint Pierre: c'est saint Paul, debout avec son glaive, au-dessus d'un confessionrJ; puis viennent les sujets qui suivent, en montant vers le sanctuaire: 1° Madeleine repentante aux pieds de Jésus, B. Marguerite de Hongrie et B. Julienne-Gabrielle de Fiezole; 2° saint Vincent de Paul et les filles de la charité, B. Julienne Falconieri et B. Elisabeth de l'Ordre des Prémontrés; 3° sermon sur la montagne, B. Philippa de Lorraine et sainte Jeanne-Françoise de Chantai; 4° Jésus enfant au milieu des docteurs, B. Marie des Anges et Vén. Anne- Marguerite Clément; 5° saint Simon Stock recevant le scapulaire, Vén. Marie de l'Incarnation et B. Marie-Victoire-Angélique, de l'Ordre des Servîtes.

Il nous reste à visiter les chapelles latérales, qui rayonnent de ch :que côté du sanctuaire, avant d'arriver à la chapelle de

(1) Saint Michel est représenté sous les traits d'un jeune guerrier, au vi rayonnant, armé d'une épée flamboyante, et tenant haut le drapeau du Sacr* - Tl tmirlie du pie.] le globe terrestre enveloppé par les ténèbres de l'eneur, amoncelées spécialement sur l'Europe où régnent les sociétés secrètes. L'archange est tout environné d'une auréole céleste, formée par des rayons de lumière et des .lards aigus et enflammés, lances dans toutes les directions, pour combattre les suppôts de Satan. Si nous en croyons le donateur du vitrail, le Prince de la milice des anges serait apparu, sous cette forme, à une sainte âme, et lui aurait dit: «C'est au nom du Cœur adorable du Verbe incarné, source de toutes grâces et centre M tout, que j'ai terrassé autrefois l'orgueil de Lucifer. C'est avec le drapeau du Sacré- Cœur que je détruirai son empire, dans ces derniers temps, lorsque viendra la lutte suprême. Fais reproduire l'image de cette apparition, et tu l'offriras au Sanctuaire de... et si on le refuse, c'est Issoudun qui la possédera.»

Notre-Dame du Sacré-Cœur. Il y en a deux plus spacieuses et plus richement ornéQs, consacrées, l'une, du côté de l'épître, à saint Joseph ami du Sacré-Cœur, et l'autre, du côté de l'évangile, à saint Jean l'E<-angéliste. Ellos se composent d'une travée et d'une abside, et se regardent de face. Elles ont chacune un autel parfaitement peint et sculpté, et sont éclairées par deux fenêtres latérales; au-dessus de chaque autel so trouve une niche circulaire, creusée dans l'épaisseur du mur-, cptt" niche reçoit le jour par en haut; et ce jour, dont le regard curieux ne saisit pas l'origine, est si bien ménagé que la magnifique statue de saint Joseph, en marbre de Carrare, et le groupe, en pierre polychrômée, de saint Jean reposant sur le Cœur de Jésus sont environnés d'uno lumière mystérieuse, qui en fait ressortir toute la beauté.

Les vitraux de saint Joseph représentent l'intérieur de Nazareth et la mort du saint Patriarche. Quatre fresques nous le montr nt contractant mariage avec la sainte Vierge, adorant l'Enfant Jésus nouveau-né, recevant l'ordre de fuir en Egypte et voyageant dans les déserts.

Les vitraux de saint Jean le représentent penché sur le Cœur de Jésus pondant la Cène, et se tenant debout au pied de la Croix, recevant Marie pour Mère. Les peintures nous rappellent sa vocation à l'Apostolat, son extrême vieillesse, son martyre et sa célèbre vision dans l'île de Patmos.

Trois autres chapelles se succèdent à la suite de celles de Saint-Joseph et de Saint-Jean. Elles se composent d'une simple abside plus ou moins profonde, avec un autel au milieu. Elles sont dénommées du sujet peint sur leur unique vitrail. Du côté de Saint-Joseph, chapelle de la B. Marguerite-Marie, chapelle de l'Ange-Gardien, chapelle de Saint- Joachim et de Sainte-Anne; du côté de Saint-Jean, chapelle des âmes du Purgatoire, chapelle du Rosaire, petite chapelle de Saint-Joseph, destinée à devenir chapelle du Christ (1).

(1) Dans ces derniers temps, un Christ, en ivoire, de 0, 00 centim. d'élévation et d'une seule pièce, était exposé, dans une Ville d'eaux, au milieu d'objets d'art <1" la dernière inconvenance. Ce Christ, sculpté au XVIP siècle par un Maître italien, faisait l'admiration des baigneurs intelligents: chacun s'arrêtait devant ce chefd'œuv e incomparable. Un prêtre, en le contemplant, se disait: Ah! si ce Christ m'apparlen' it, je lui rendrais un culte public, pour réparer les outrages qu'il reçoit au milieu de ces turpitudes. Ce Christ entendit cette prière... et aujourd'hui il appartient aux Missionnaires du Sacré-Cœur; il attend L'exécution de la promesse qui lui fut faite.

3. Intérieur de la chapelle de Notre-Dame du Sacré-Cœur. — Enfin nous arrivons à la chapelle de 'Notre-Dame du Sacré-Cœur. On y pénètre par trois arcades, dont une plus grande au milieu: leurs arceaux sont richement sculptés et décorés ; mais que font ces anges qui se tiennent debout de chaque côté, avec un visage si gracieux? L'un a reçu l'humble mission de quêter des offrandes pour les besoins de l'Association, l'autre vous invite à déposer vos recommandations dans le tronc qu'il tient entre ses mains.

En parcourant la chapelle dans sa longueur, nous trouverons qu'elle a trois travées jusqu'à la balustrade de son sanctuaire. A genoux, un salut et une prière à la Patronne des causes désespérées! Pour l'heure, détournons les yeux de sa statue et faisons quelques pas en arrière, pour admirer ces merveilleux vitraux qui sont, comme les plus beaux du Sacré-Cœur, l'ouvrage de M. Lobin. Les premiers qu'on rencontre à gauche et à droite sont deux magnifiques présents de la pieuse famille de Parme: l'un représente V Annonciation, l'autre la Visitation; dans l'arceau suivant nous trouvons V Adoration des bergers et celle des L'ois mages, offrande de la famille Munster de l'Angleterre; enfin viennent la Présentation de Notre -Seigneur au temple et le Couronnement de Notre-Dame du Sacré-Cœur dans le ciel; ces deux verrières ont été données par Mme Moore, de Londres. En retournant à la balustrade, voyons ces trois confessionnaux, espacés de chaque côté et à moitié enfoncés dans le mur, au-dessous des verrières; quel beau travail, quelles riches sculptures! comme l'artiste a bien exprimé par divers emblèmes les effets du sacrement de pénitence !

Nous voici dans le sanctuaire, sous le regard de la divine Mère: considérons cette merveilleuse statue couronnée par Pie IX; qu'elle est ravissante ! En la voyant, comme on dit volontiers avec cet immortel Pontife: Qu'elle est bonne Notre-Dame du

Un peu plus élevée que la statue de saint Joseph, celle de Notre-Dame du Sacré-Cœur est, comme elle, en marbre blanc de Carrare

Si le titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur traduit dans un seul mot toutes les relations qui existent entre le Cœur de Jésus et celui de Marie, son image n'est pas moins heureuse à montrer à tous les yeux cette sublime pensée; elle est reproduite par millions

d'exemplaires et répandue dans tout l'univers catholique; il sera facile à nos lecteurs de la rencontrer, s'ils ne la possèdent déjà. Un regard sur cette délicieuse représentation de Marie leur en dira plus que tous les discours; et leur cœur se sentira captivé.

Notre-Dame du Sacré-Cœur s'offre à nous, d'abord, sous les dehors si aimables d'une Vierge Mère dans l'extase de la prière et de l'amour ; ses yeux se portent, avec une ineffable tendresse, sur Jésus, le fruit béni de son incomparable virginité. C'est l'épouse des Cantiques, publiant tout ce qui l'entoure pour s'écrier, dans le saisissement de la joie: « Je l'ai trouvé, le bien-aimé de mon âme : Inverti quem diligit anima mea (1). Voilà l'objet de mon étemelle contemplation, je le retiens auprès de moi, je ne le laisserai point aller: Tenui eum nec dimittam (2). Des liens indissolubles m'attachent à Lui. Mon Fils, donnez-moi votre Cœur: Praébe, fili mi, cor luum miJii (3). »

Mais, devant notre bonne Mère, une autre figure attire, à son tour, nos regards : c'est Jésus âgé de 12 ans, le Verbe fait chair par amour pour nous, le Fils de Dieu reconnaissant Marie pour sa Mère.

Il est là, debout, avec toutes les amabilités de son enfance et toute la majesté de sa nature divine. D'une main, il présente au ciel et à la terre, aux hommes et aux anges, aux siècles passés et aux siècles futurs, à nous et à sa Mère, son Cœur véritable fournaise de l'amour, source de toutes les grâces, centre et royaume de tous les cœurs...; de l'autre main, et d'un geste expressif, que la plume ne peut rendre, il montre Marie, en disant: «Voici ma Mère et la vôtre; c'est de son sang virginal que mon Cœur adorable a été formé; Elle peut l'ouvrir à son gré. Je La proclame Intendante de ce royaume, Dispensatrice officielle de ses biens, sous ce titre de Notre-Dame du Sacré-Cœur.»

La statue est dans une niche et couronnée par un dais, elle est surmontée par un vaste vitrail, au sommet duquel apparaît la première image de Notre-Dame du Sacré-Cœur, peinte sur verre par l'artiste que nous connaissons.

Aux côtés de la statue, des écussons représentent les divers établissements des Missionnaires du Sacré-Cœur et différentes contrées du Berry.

(1) Cant , III, 4

(2) Id., ibid.

(3) Prov., XXIII, J).

Abaissons nos regards sur le grand autel: quelles richesses dp sculpture, de peinture, de décor! que ce tabernacle est gracieux! Admirons, à droite et à gauche, ces tourelles si élégantes, qui servent de base aux chandeliers, et ces anges si frais, si beaux, si pieux qui portent les attributs de Marie. Sur le tombeau, cette Vierge bénie nous apparaît bien comme la Patronne des causes désespérées. Assise sur un trône, elle a devant elle son Jésus debout et toujours montrant son Cœur; elle est occupée à rendre ce Cœur propice à une foule de misérables qui se pressent autour d'elle.

Mais n'oublions pas les chapelles latérales du sanctuaire. Elles sont éclairées chacune par une belle verrière géminée. Ces verrières, ainsi que les deux autres qui donnent sur le grand autel, représentée des épisodes du temps de la guerre de 1870-71-, ce sont des témoignages de reconnaissance offerts par les villes de Bourges, de Chàteauroux et d'Issoudnn. Au-dessous des vitraux, les espaces qui ne sont point envahis par les ex-voto sont occupés par des peintures du premier mérite. Elles nous représentent les auteurs sacrés qui ont loué ou prophétisé Marie. Ce sont, dans les petites chapelles, les quaire évangélistes, et en face Moïse, Isaïe, David et Salomon. Mais quels sont ces médaillons encadrés par les dessins les plus riches et les plus variés et qui encadrent eux-mêmes si gracieusement les petits autels? Il y en a trois, un grand au milieu, deux petits à droite et à gauche. Dans la chapelle qui est du côté de l'épître, celui du milieu figure le festin des noces de Cana: on voit à droite les serviteurs qui remplissent les urnes, et à gauche les apôtres émerveillés confessant la divinité de Jésus-Christ. Dans la chapelle qui est du côté de l'évangile, celui du milieu représente la cène: on voit à droite /' intervention de Marie dans l'institution de l'Eucharistie et à gauche sa première communion des mains de saint Pierre. Auprès du grand autel, la muraille nous offre, de chaque côté, deux personnages en pied: ce sont des docteurs qui ont spécialement exalté le pouvoir de la sainte Vierge auprès de Dieu; du côté de l'épître, saint Ephrem et saint Bonaventure; du côté de l'évangile, saint Bernard et saint Pierre Damien.

Si, en finissant, nous levons les regards vers la voûte, parmi les nombreux dessins polychromes qui la décorent avec tant d'élégance, nous découvrons des personnages; ce sont des anges

qui tiennent dans leurs mains des banderolles à la gloire de la Reine du Ciel; ce sont les bustes des femmes célèbres qui ont figuré Marie, sous l'Ancien Testament: Eve, Ruth, Jahel, Sara, Rachel, la femme sage de Thécua, la veuve de Sarepta, Judith, et finalement Esther et Bersabée accompagnées de leurs époux royaux.

Au-dessous de la chapelle de Notre-Dame du Sacré-Cœur, se trouve une crypte ou chapelle souterraine de la même grandeur. Elle n'est ouverte au public que dans les grandes circonstances; visitons-la. Elle est bien simple et dépourvue d'ornements: cependant nous y verrons des ex-voto qui n'ont pas trouvé place dans l'église supérieure: un vaste et magnifique marbre, avec une inscription lapidaire, retraçant en quelques lignes les faits les plus saillants du glorieux pontificat du regretté Mgr de la Tour d'Auvergne, archevêque de Bourges, insigne bienfaiteur de l'Association et des Missionnaires du Sacré-Cœur; un autel en pierre sculptée ; et, dans l'abside, trois petites verrières, qui méritent d'être examinées : au milieu c'est Notre-Dame des Sept- Douleurs, tenant sur ses genoux le corps inanimé de Jésus; à droite c'est le Saint Cœur de Marie, répandant des grâces de conversion, sur diverses classes de pécheurs personnifiant les sept péchés capitaux. Enfin, à droite, c'est le Cœur agonisant de Jésus, répandant des grâces particulières sur les infortunés qui agonisent, et quittent la vie par divers genres de mort.

4- Sanctuaire provisoire de Notre-Dame du Sacré-Cœur à l'église paroissiale. — L'église de Saint-Cyr, la seule église paroissiale d'Issoudun, où se trouve le nouveau sanctuaire de Notre- Dame du Sao-é-Cœur, est une ancienne collégiale nouvellement réparée et en partie reconstruite. Son architecture est le gothique flamboyant. Bâtie sur de vastes proportions, elle a trois nefs, dont une, celle du milieu, est immense: ces trois nefs ont la même longueur et comprennent onze travées. Des chapelles rayonnent dans toute la longueur des bas-côtés; de plus, il y a deux sacristies monumentales dont la profondeur n'est pas uniforme. On admire pour sa grandeur un immense vitrail, qui forme le fond de l'église, derrière le grand autel; on admire encore, suspendue au-dessus des grandes portes, une vaste et sublime descente de Croix sur toile, original du célèbre Jean Boucher, et, dans les nefs latérales, un beau chemin de Croix, inauguré en 1883.

La façade de cette belle église, avec ses deux flèches gothiques, reste encore à construire ! ! !

La chapelle de Notre-Dame du Sacré-Cœur est au milieu de l'église, auprès de la porte latérale du nord, en montant vers l'autel. Depuis que l'auguste Exilée en a pris possession, à toutes les heures du jour, on trouve des personnes en prières devant sa balustrade.

La statue qu'on voit là n'est pas celle de la Basilique; mais elle en est une fidèle reproduction; même taille, mêmes traits, même attitude. Si elle n'est pas en marbre précieux, elle a l'avantage d'être richement pory chromée, et elle gagne, par le décor, ce qu elle perd du côté de la matière. Notre puissante Reine est donc debout avec son divin Enfant, sur un trône modeste, au bas d'un splendide vitrail, où figurent quatre personnages : saint Jean-Baptiste, sainte Marguerite, vierge et martyre, saint Augustin et sainte Félicité martyre avec son enfant entre ses bras, don précieux de la famille Guignard et Dardy, dlssoudun.

La chapelle nouvellement construite n'offre aucune ornementation, mais la nudité de ses murs disparaît sous les couronnes, et sous les bannières bleues et blanches, suspendues au-dessous du vitrail et sur les murailles latérales. Des degrés sont ménagés devant le trône de Marie et descendent de chaque côté de l'autel; ils sont couverts de vases précieux, portant des fleurs naturelles ou artificielles entremêlées de riches flambeaux.

Aux jours de fête, grâce au zèle des filles de la Charité, qui dirigent un orphelinat déjeunes filles à Issoudun, les degrés s'étendent dans toute la largeur du sanctuaire; les vases, les fleurs et li 's flambeaux se multiplient et sont distribués avec art. Aux saluts du soir, les lumières étincellent de toutes parts, ici groupées en corbeille, là échelonnées en amphithéâtre ou rangées en lignes gracieuses. Cette illumination dépasse tout ce que nous pourrions en décrire. Mais les splendeurs du nouveau sanctuaire de Notre-Dame du Sacré-Cœur ne pourront jamais faire oublier à ses enfants qu'elle est une exilée; et ils ne se consoleront qu'au jour heureux où ils pourront lui rendre leurs hommages dans le lieu qu'Elle s'est choisi. Puisse ce jour arriver bientôt!

Approbation et faveurs accordées par le Saint Siège.

Ces approbations et faveurs diverses se rapportent à la Congrégation des Missionnaires du Sacré-Cœur, à V Association et autres Œuvres dont nous avons à parler. Nous les mentionnerons ici dans leur ordre chronologique, en citant, dans leur entier, les brefs les plus importants concernant l'Archiconfrérie.

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