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IL EST LE MODÈLE ET LE PATRON DES AMIS DU SACRE CŒUR DE JESUS

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les regards, parce qu'il se lie par des nœuds indissolubles au Cœur de Jésus, c'est celui qui le désigne sous le nom d'Ami du

Oui, toute la gloire de saint Joseph est dans le Sacré-Cœur. Là se trouvent les racines de ses grandeurs et de ses vertus Puisque le Cœur de Jésus est, à l'heure présente, notre unique espérance, ne semblait-il pas convenable que celui qui fut à Nazareth l'objet de son amour, le Confident de ses secrets le Compagnon de son exil, le Témoin de ses tristesses, fût de nos jours associe à sa mission régénératrice, et à son glorieux apostolat, sous un nom qui marquât sa coopération à cette œuvre de salut!

Dans cet article nous ferons connaître l'origine du titre de saint Joseph Ami du Sacré-Cœur, les fondements de la dévotion qui s'y rattache, les développements et l'efficacité de cette dévotion.

Origine du titre: Saint Joseph Ami du Sacré-Cœur.

Ce titre, comme celui de Notre-Dame du Sacré-Cœur, remonte à la fondation de la Société des Missionnaires du Sacré- Cœur. Le dimanche, 9 septembre de l'année 1855, l'Eglise célébrait la fête du saint Nom de Marie. Ce jour-là, avait Heu notre installation et la bénédiction de notre première chapelle. Ce modeste sanctuaire possédait trois autels : le principal était dédié au Sacré-Cœur, le deuxième à Notre-Dame du Sacré-Cœur, et le troisième était réservé à saint Joseph. Mais sous quel titre l'invoquer dans ce lieu sacré où tout nous parle du Cœur adorable de Jésus? Après avoir prié et réfléchi, il nous vint à la pensée de lui donner le nom de saint Joseph Ami du Sacré-Cœur. Plus nous étudions ce vocable, plus il nous paraissait juste, fondé et opportun. Aux pieds de la statue du virginal Epoux de Marie, nous mîmes donc cette nouvelle inscription: Saint Joseph Ami du Sacré-Cœur, priez pour nous.

Nous fîmes connaître aux fidèles la signification de cette glorieuse invocation.

Une circonstance toute particulière nous força, pour ainsi dire, de mettre à l'épreuve la puissance de ce nouveau Titre. La

chapelle que nous venions d'improviser ressemblait plutôt aune étable qrt une église. Le côté gauche, où se trouvait adosse l'autel de notre saint Patron, vint à s'écrouler pendant la nuit. Sans nous décourager, nous nous jetâmes aux pieds ; de saint Jo- Zl Ami au Sacré-Cœur, dont la statue était restée intacts au milieu des ruines, et nous lui dîmes: « l'ébranlement s est produit de votre côté, c'est à vous qu'il appartient de tout réparer Usez de votre crédit sur le Cœur de Celui que vous avez appelé votre Fils, et qui vous a nommé son Père. Sur la terre vous u commandiez: au ciel votre prière n'a rien perdu de son ef- « vous n'avez qu'a, parler, et son Cœur Q^£"£ de son amitié, ne refusera jamais de vous exaucer.» Les res sources arrivèrent en effet, et les ruines furent promptement

relevées. fi.

Cette merveilleuse intervention de saint Joseph nous fit comprendre que le Sacré-Cœur de Jésus voulait un temple plus digne

de son amour. ,,Iec...

L'antique sanctuaire devint donc l'ins.gne Basilique d Issoudun Cette ravissante Basilique renferme un chef-d'œuvre d art Dans sa nef latérale, du côté de l'épitre, l'œil du pieux visiteur ^repose sur une élégante chapelle où tout invite au reçue, le ment et à la prière. Eclairée d'un jour mystérieux, une blanche statue de marbre de Carrare, d'une beauté ««£*> " * f tache comme une céleste apparition sur un fond d azur, c est fi; ZP,i Ami au Sacré-Cœur. I. descend du ciel portant Jésus sur son bras. L'Enfant Dieu nous montre son divin Cœur quj tient d'une main, et de l'autre il indique ^.^'^Z étant le dispensateur de ses trésor,: il semble dire a tous « Ite ad loseph, allez à Joseph-, c'est lui que j'ai établi le gardien de mes richesses. » Devant cette apparition tout, céleste les .nuages disparaissent comme aux premières lueurs de 1 aube. Les lis naissent sous les pas du saint Patriarche-, l'Eglise et le monde don il est le Protecteur, sont à ses pieds; le tabernacle, 1 autel, les vitraux, les fresques, tontes les splendides ornementations qui, d» sol à la voûte, embellissent ce lieu béni, forment un véritable concert de louanges à la gloire de l'Ami fidèle du Sacro-Cœur- Son chiffre s'y montre partout -, il s'épanouit au nulieu des fleuis, des arabesques et des étoiles; il brille à la voûte et aux colonnés- il est enchâssé comme un diamant dans toutes ces doiure....

c'est le noble écusson d'un Prince, qui joint à ses propres armes les armes mêmes de son roi, dont il est le meilleur Ami.

Mais ce ne sont là encore que des lignes gracieuses, les riches encadrements destinés aux tableaux des plus belles scènes de la vie de Joseph.... Voici, en effet, Joseph, époux virginal de Marie,

— Joseph, père nourricier de Jésus; — Joseph, averti par lAnge;

— Joseph, fuyant en Egypte; — Joseph, travaillant à Nazareth)

— Joseph mourant; — Joseph couronné ; — Joseph gardien de V Eucharistie; — Joseph , patron et modèle des amis du Sacré-Cœur.

Et au-dessus de chacune de ces ravissantes représentations qui charment les yeux et versent dans l'àme je ne sais quel suave parfum de piété, des anges font rayonner le Sacré-Cœur de Jésus et le chiffre de Joseph. Le Sacré-Cœur est là pour expliquer toutes les prérogatives accordées à notre saint; et le chiffre de Joseph, associé à la gloire du Sacré-Cœur, indique sa fidèle correspondance à toutes les grâces de ce divin Cœur.

Fondements de la dévotion à saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur.

Saint Bernard nous fait connaître en deux mots les raisons profondes sur lesquelles s'appuie cette admirable dévotion. « Saint « Joseph, dit-il, est l'homme juste par excellence que le Seigneur « a trouvé selon son Cœur; c'est pour cela qu'il lui a confié en « toute sûreté le mystère le plus intime et le plus sacré de son Cœur. (1). »

Oui, saint Joseph est bien selon le Cœur de Dieu. Destinant Marie à devenir la Mère de son Fils, le Très-Haut ne négligea rien pour en faire un chef-d'œuvre de sa puissance et de son amour. Il accumula dans son àme tant de grâces et de bénédictions, qu'elle surpassa toutes les splendeurs des anges et des saints réunies. Puis contemplant cette incomparable créature dans

(1) loseph, quem Dominus invenit secundum Cor suum, cui tuto committeret «ecretissimum atque sacratissimum sui Cordis arcanum. (Saint Bernard, super Missus, tiom. 11).

tout son rayonnement, il s'écria : « Oh, que vous êtes belle, ma bien aimée.... vous avez ravi mon Cœur! » Voulant trouver un époux à cette Vierge unique, il devait donner à cet époux des qualités exceptionnelles et des mérites proportionnés à ceux de Marie. Voilà pourquoi saint Joseph fut de tous les hommes passés, présents et futurs, le seul digne de cet honneur; ce fut là, nous dit l'Esprit-Saint, la récompense de ses sublimes vertus (1). Aussi la grâce le prévint et le sanctifia dans le sein de sa mère: elle éteignit en lui la concupiscence, et lui inspira la pensée de mener sur la terre la vie des anges; elle en fit le juste par excellence, l'élu du Seigneur et le privilégié de Marie.

Quand Dieu eut créé Adam, orné de tous les dons de l'innocfnce et de la justice, il le contempla avec amour, puis il s'écria: «Il n'est pas bon que l'homme soit seul; faisons-lui « une aide semblable à lui. » De même, lorsqu'il donna naissance à la Vierge immaculée, il s'arrêta devant elle avec admiration, et se dit: «Il n'est pas bon qu'elle soit seule; faisons-lui un époux semblable à elle. » Et cet époux de Marie, ce confident de sa vie, ce gardien de sa vertu fut Joseph. Qui dira ses grandeurs? Le ciel seul les connaît.

Saint Joseph n'est pas seulement destiné à être l'époux de Marie; il doit être de plus le Père nourricier de Jésus, Celui qui lui donnera le pain et le vêtement, qui l'emportera en Egypte, le pressera si souvent dans ses bras et sur son cœur, Celui qui en aura la garde et la sollicitude, qui lui parlera avec l'autorité et l'affection d'un véritable Père. « 0 Joseph, voilà votre destinée, « voilà votre sublime mission, s'écrie saint Bernardin de Sienne. « Dès lors, Dieu, comme un roi magnifique, proportionnant ses « dons et ses secours à la mission de chacun, vous a libéralement «enrichi; il vous favorisa de toutes les grâces qui pouvaient « vous rendre capable d'exercer cette sublime dignité (2). » Qui calculera jamais le nombre et le prix de ces grâces? Saint Joseph les a toutes reçues; elles l'ont sanctifié et l'ont rendu digne de dire au Sauveur, au premier moment de son apparition dans ce

(1) Pars bona, mulier bona: dabitur pro factis bonis. (Eccli. XXVI, 3).

(2) Saint Bernardin de Sienne, serm. 1, de saint Joseph - Quandocumque divina gratia eligit aliquem ad aliquem sublimem statura, omnia cbarismata donet, quae illi personae sic electae et eius officio necessaria sunt, atque illam copiose décorant, quod maxime verificatum est in sancto Ioseph, pâtre D. N. I. C. - Id. orne

monde: « Praeoe, Fili mi, Cor tuum mïhi. Mon Fils, donnezmoi votre Cœur. »

Nous pouvons donc affirmer, avec un pieux auteur, que saint Joseph fut toujours et partout selon le Cœur de Dieu : « Fuit iustus Ioseph et vir in omnibus secundum Cor divinum (1) » ; et avec saint Bernard que le Seigneur l'a trouvé selon son Cœur: « Ioseph, quem Dominus invenit secundum Cor suum. » Et c'est pour cela, ajoute le même Docteur, qu'il lui a confié, en toute sécurité, le mystère le plus profond et le plus sacré de son Cœur: « Cui tuto committeret secretissimum alque sacratissimum sui Cordis arcanum. »

Quel est donc ce mystère? car c'est sur lui que repose le nouveau titre donné à saint Joseph. Pour bien le saisir, jetons un regard sur le Sacré-Cœur.

Le Cœur de Jésus vit d'une vie divine, d'une vie humaine et d'une vie mystique.

D'une vie divine qu'il puise dans le sein du Père céleste-, d'une vie humaine qu'il a prise, par l'incarnation, dans le sein de la B. Vierge Marie; d'une vie mystique, dans le sein de l'Eglise et dans le cœur de tous les fidèles.

Par sa vie divine, le Cœur de Jésus communique à Joseph la grâce de la Paternité.

Par sa vie humaine, il lui en fait acquérir le mérite.

Par sa vie mystique, il lui en confère, dans l'Eglise, tous les honneurs.

Et sous ce triple point de vue, Joseph exerce réellement sur le Sacré-Cœur l'autorité paternelle, au degré le plus haut qu'une créature puisse atteindre.

Descendons maintenant dans la courte explication de chacune de ces vérités.

Dans la vie divine de Notre-Seigneur, nous pouvons distinguer trois choses: la source de la grâce, Y auteur de la grâce, et la grâce elle-même.

La source de la grâce, c'est la nature divine qui existe avant tous les temps dans le sein des trois adorables personnes de la sainte Trinité.

(1) Morales in Matth., edit. Vives, p. 165.

L'Auteur de la grâce, c'est la personne du Verbe divin qui existe aussi éternellement.

La grâce, c'est le fruit de l'incarnation même du Verbe, réunissant dans la personne d'un Dieu fait homme, la grâce, l'auteur de la grâce et la source de la grâce.

Cette vie divine, ainsi rassemblée, a son siège principal dans le Sacré-Cœur de Jésus.

Ne chantons-nous pas, en effet, avec l'Eglise: 0 Cœur de Jésus, dans lequel habite la plénitude de la divinité (1). Et encore : 0 Cœur de Jésus, sanctuaire du Verbe ! (2).... Et cette autre parole: 0 Cœur très-divin de Jésus, où se trouvent tous les trésors de la science et de la sagesse divine (3).

C'est par ce Cœur Sacré que se ratifient et s'accomplissent, dans le temps, les décrets éternels portés sur les grandeurs de saint Joseph.

Etudiée sous ce triple point de vue, la vie divine du Sacré- Cœur de Notre-Seigneur communique à Joseph la grâce de partager avec Dieu la plus sublime Paternité.

1. Et d'abord, cette vie divine, comme source de la grâce, nous pouvons la contempler avant l'incarnation, avant tous les siècles, avant la création du monde, tenant de toute éternité le grand conseil qui prédestinait Joseph à revêtir sur la terre la dignité dont le Très-Haut est revêtu dans le Ciel, la dignité de père, et à l'exercer, comme Lui, sur la personne même du Fils de Dieu.

Voilà un profond mystère, qui nous force de nous écrier: Quomodo fiet istud? Comment cela se fera-t-il?

11 n'y a qu'un seul moyen, il faut que le Seigneur prédestine Joseph à être formé selon le Cœur de Lieu. Et cette parole, appliquée par figure à David, sera plus littéralement vraie de notre glorieux patron: Le Seigneur s'est choisi un homme selon son Cœur. Quaesivit Dominus sibi virum iuccta Cor suum (4).

Et c'est ce qui a été fait.

(1) Cor Iesu diviaissimum, in quo habitat plenitudo divinitatis. Off. du S. C de J., à l'usage du Diocèse de Marseille et approuvé par le Saint-Siège.

(2) Cor Iesu Verbi Dei sacrarium. Id.

(3) Cor Iesu divinissimum in quo sunt omnes thesauri sapientiae et scientiae Dei. Id.

(4) I Reg. XIII, 14.

Ecoutez saint Bernard : Le Seigneur a trouvé en Joseph un homme selon son Cœur, et il lui a confié ce qu'il y a de plus intime et de plus sacré dans le Cœur de Dieu (1).

Et si le Seigneur a ainsi trouvé Joseph, c'est qu'il l'avait fait ainsi, car c'est d'en haut que vient tout don parfait (2), et c'est de Dieu le Père que procède toute paternité dans les deux comme sur la terre (3).

Mais que doit-on entendre par ce Cœur de Dieu, dans lequel, comme dans un moule, la grâce de la paternité de Joseph a été préparée de toute éternité sur le modèle de la paternité divine ?

Le Cœur de Dieu, dit saint Grégoire, c'est ce qu'il y a de plus intime dans la volonté et dans la charité divine.... per Dei Cor intima eius voluntas, intima eius charitas (4); c'est donc l'autorité et la tendresse divines réunies dans ce qu'elles peuvent avoir de plus fort et de plus aimable. C'est là l'autorité paternelle de Dieu, que Joseph représentera et exercera sur la personne sacrée de Jésus-Christ.

Mais que doit- on encore entendre par ce Cœur de Dieu, dans lequel, comme dans un océan, la paternité de Joseph se remplira de tous les sentiments les plus nobles et les plus élevés de la paternité divine?

«Le Cœur de Dieu (5), c'est la source d'où jaillissent toutes « les grâces; le Cœur de Dieu, c'est la plénitude de tous les biens, « et l'âme qui pénètre dans ce Cœur, les possède à ce point qu'ils « lui paraissent communs avec Dieu. »

C'est là ce qui deviendra l'état habituel de Joseph, il entrera en communication des sentiments du Père céleste envers Jésus- Christ.

Mais que doit-on encore entendre par ce Cœur de Dieu, dans lequel, comme dans une fournaise ardente, la Paternité de Joseph sera embrasée d'une charité divine?

« Ce Cœur de Dieu, c'est le Cœur du Père, c'est le Cœur du « Verbe, c'est le Cœur de l'Esprit divin, ce sont trois Cœurs di-

(1) Saint Bernard, super missus, nom. 2.

(2) Et orane donum perfectum desursum est. (Iac. I, 17).

(3) Ex quo omnis paternitas in coelis et in terra. (Eph. 3, 15).

(4) Cité par Corn, a Lap., I Reg.

(5) Œuv. de Marie Lataste, t. 3.

« vins qui ne forment qu'un Cœur (1), » et ce Cœur, sainte Melchtide l'appelle le Cœur de la très-sainte Trinité (2).

Et selon ce Cœur, c'est-à-dire selon cet amour qui unit ensemble les trois adorables personnes de la Trinité sainte sera formée cette affection paternelle dont le Cœur de Joseph environnera dans le temps la personne de Jésus-Christ.

Quelle belle méditation pourrait nous fournir maintenant la parole si profonde de saint Bernard:

Le Seigneur a trouvé en Joseph un homme selon son Cœur, et il lui a confié ce quil y a de plus intime et de plus sacré dans le Cœur de Dieu.

2. V Auteur de la grâce. — Dans la vie divine du Cœur de Jésus, nous venons de contempler la source de la grâce, plenitudo Divinilatis, existant de toute éternité et portant dans ses profondeurs les plus intimes la grâce future de la paternité de Joseph.

Dirigeons maintenant nos regards sur le Verbe de Dieu.

Cette seconde personne de l'auguste Trinité unit en Jésus- Christ la nature divine à la nature humaine, et repose dans le Cœur de Notre-Seigneur comme dans son tabernacle de prédilection, Cor Iesu, Verbi Bel sacrarium; nous pouvons l'adorer là dans le temps; mais nous pouvons aussi, en remontant le cours des âges, l'adorer dans l'éternité, avant le grand mystère de l'Incarnation.

Dans le sein de son Père, le Fils de Dieu pense à cette grande œuvre qui doit être par excellence le chef-d'œuvre de l'infinie charité, je veux dire le mystère d'un Dieu se faisant homme,

Il en voit les plans, il en prévoit les préparatifs, il en approuve le décret

D'une part, il voit donc son Père céleste désireux, de toute éternité, de communiquer à Joseph la grâce d'une paternité qui sera unique dans le monde; et de l'autre, il voit dans la suite des siècles, Joseph menant une vie humble et cachée.

D'une part, c'est la source où réside la précieuse faveur, de l'autre, celui qui en doit être enrichi.

Mais entre l'éternité et le temps, quelle distance ! Entre Dieu et la créature, qu°l abîme! Entre le Père céleste et Joseph, choisi pour le représenter sur la terre, quel infini à combler!

(1) Œuv. de Marie Lataste, t. 3.

(2) Œuvres de Sainte Melchtide.

Qui rapprochera ces deux termes?

Jamais Joseph n'aurait reçu dans son cœur cette participation aux sentiments qui animent le Cœur paternel de Dieu, si le Verbe éternel n'avait consenti à s'incarner, à se faire homme, et par cela même, à reconnaître, selon le plan du Très-Haut, dans l'autorité de Joseph, l'autorité même de son Père céleste.

S'il en est ainsi, n'est-il pas vrai de dire avec Bossuet: « Tandis que les autres adoptent des enfants, Jésus adopte un « père (1), »

Et cette adoption, le Verbe de Dieu l'a voulue de toute éternité; il a choisi Joseph entre tous, il l'a préparé à cette grande destinée, et si Joseph s'est trouvé à Nazareth revêtu de cette dignité si étonnante, c'est le Verbe de Dieu qui est Yauteur de cette grâce.

Si donc Joseph exerce un jour sur la personne du Verbe fait chair, une autorité qui jettera les anges du ciel dans l'admiration, cette autorité s'exercera sur un Fils qui, contrairement à tous les autres, aura donné lui-même cette autorité à son Père, et qui se fera une joie de lui être soumis et de le reconnaître devant les anges et devant Dieu.

Représentons-nous, si c'est possible, avec quelle force, au premier instant de l'Incarnation, dut jaillir du Cœur divin de Jésus vers Joseph cette source d'amour filial qui s'amoncelait, pour ainsi dire, et se concentrait de toute éternité dans la personne du Verbe.

Elle peut se traduire par cette parole, que Jésus, entrant dans le monde, adresse à son Père du ciel, et qui* peut si bien s'appliquer à Joseph.... Tune diœi: ecce venio.... Alors foi dit: me voici... je viens... ut faciam voluntatem tuam... pour faire votre volonté (2).

?>. La grâce. Nous venons d'arriver à ce premier instant de l'incarnation du Verbe, à ce moment à jamais mémorable où la source éternelle de la grâce, fauteur de la grâce, et toutes les grâces qui rempliront le monde, prennent leur vie dans le temps et se rencontrent à la fois dans le Cœur de Jésus ; mais

(1) Rossuet, panég. Saint Joseph.

(2) Hebr. X

nous n'avons salué que le premier acte de cette vie ; et le Cœur de Jésus, vivra à tout jamais de cette vie divine. Joseph à tout jamais recevra en lui ces torrents d'amour, que le Cœur filial de Jésus ne cessera de lui donner, et qui feront dire du patriarche ce qui est dit de Dieu.... Nemo tam pater.... Personne sur la terre n'a une paternité semblable à la paternité de Joseph.

Ecoutons Bossuet sondant de son immortel génie le cœur paternel de saint Joseph:

« Cet homme selon le Cœur de Dieu, dit-il, ne se montre pas « au dehors, et Dieu ne le choisit pas sur les apparences ni sur « le témoignage de la voix publique. Le temps était arrivé que « Dieu cherchait un homme selon son Cœur, pour déposer entre « ses mains ce qu'il avait de plus cher, je veux dire la personne « de son Fils unique, l'intégrité de sa sainte mère, le salut du « genre humain, le secret le plus sacré de son conseil, le trésor « du ciel et de la terre.

« Il laisse Jérusalem et les autres villes renommées; il s'ar- « rète sur Nazareth, et, dans cette bourgade inconnue, il va choisir « encore un homme inconnu, un pauvre artisan, Joseph en un

« mot, afin que nous entendions que l'homme selon le Cœur

« de Dieu, doit être, lui-même, cherché dans le cœur, et que « ce sont les vertus cachées qui le rendent digne de cette « louange (1). »

Reconnaissez-vous celui qu'une attention toute divine faisait grandir, et préparait d'avance à recevoir la grâce d'une telle paternité.

Mais poursuivons: « Dieu ordonne au juste Joseph de regarder « comme son fils propre un enfant qui ne le touche que parce qu'il

« est dans sa maison Lorsqu'il faut prendre des sentiments

« délicats et que la nature ne peut donner, il n'y a qu'une ex- « trême simplicité qui puisse rendre le cœur docile. Voyons ce « que fera le juste Joseph?

« Dieu veut que vous receviez comme votre fils cet enfant « de la pureté de Marie. Vous ne partagerez pas avec cette vierge « l'honneur de lui donner la naissance..., mais vous partagerez « avec elle ces soins, ces veilles, ces inquiétudes, par lesquelles « elle élèvera ce cher fils. Vous tiendrez lieu de Père à cet en-

(1) Rossi ki. 11 panég.

« fant. qui n'en a point sur la terre: et quoique vous ne le soyez « pas par la nature, il faut que vous le deveniez par l'affection. « Mais comment accomplir un si grand ouvrage? Où prendra-t-il « ce cœur paternel, si la nature ne le lui donne pas? Les inclina- « tions peuvent-elles s'acquérir par choix? Un cœur qui cherche « Dieu en simplicité est une terre molle et humide, qui reçoit « la forme qu'il lui veut donner; ce que Dieu veut lui passe en « nature. Si donc c'est la volonté du Père céleste que Joseph « tienne sa place en ce monde, et qu'il serve de père à ce fils, « il ressentira, n'en doutez pas, pour ce saint et divin enfant, « cette inclination naturelle, toutes ces douces émotions, tous ces « tendres empressements d'un cœur paternel. »

Et ailleurs Bossuet s'écrie encore... « Vous lui donnerez le « nom de Jésus (1). Pourquoi vous, ô Joseph? Vous n'en êtes pas « le Père, il n'a de Père que Dieu.... mais Dieu vous a transmis « ce droit: vous tiendrez lieu de père à Jésus-Christ, vous serez « son père en effet d'une certaine manière : puisque, formé par « le Saint-Esprit dans celle qui est à vous, il est aussi à vous « par ce titre.

« Prenez donc avec l'autorité et les droits de père un cœur « paternel pour Jésus. Dieu, qui fait en particulier tous les cœurs « des hommes (2), fait aujourd'hui en vous un cœur de père: « Heureux, puisqit'en même temps il donne pour vous à Jésus « un cœur de Fils. Vous êtes le vrai époux de sa sainte Mère, « pour partager avec elle ce Fils bien-aimé et les grâces attachées « à son amour (3). »

Résumons maintenant en quelques courtes paroles la somme incalculable des grâces que, pendant trente ans, le Cœur divin de Jésus déversa dans le Cœur paternel de Joseph.

« Quand j'entends Notre-Seigneur dire dans l'Evangile: Ignem « veni mittere in terram, qu'il venait exprès pour apporter le « feu du ciel et pour embraser tout dans la terre, cette pensée « m'est tombée dans l'esprit, dit un des plus dévots et des plus « savants panégyristes de saint Joseph (4), que le Fils de Dieu « ne vient faire sur la terre que ce qu'il fait au ciel; or, il ne

(1) Mat. I, 21.

(2) Ps. XXXII, 15.

(3) Possuet, élev. XVI, 1.

(4) Grandeurs de la sainte Vierge^ par d'ARQBNTAN, p. 285.

« fait là qu'une seule chose éternellement; il embrase toute la « divinité par le feu sacré de l'amour infini, en produisant le « Saint-Esprit par un même cœur avec Dieu, son Père; et je « pense qu'il continuait à faire la même chose sur la terre avec « son aimable père Joseph; son exercice était d'allumer conti- « nuellement le feu de l'amour divin dans son cœur. »

D'après tout ce qui précède, nous pouvons donc conclure (lue saint Joseph mérite le titre à' Ami du Sacré-Cœur.

Il le mérita, parce qu'il est celui que le Sacré-Cœur a le plus aimé, après Marie, et le plus enrichi de ses grâces. Il le mérite, parce qu*il est celui qui, à l'exception de sa virginale épouse, a le plus aimé et aimera toujours le plus le Sacré Cœur de Jésus. Il le mérite, parce que, di saint Bernard, Dieu a trouvé en lui un homme selon son Cœur, et qu'il l'a choisi entre tous, pour en faire ici-bas l'unique et fidèle coopérât eur de sa grande œuvre: solum denique in terris magni consîlii coadiutorem fîdelissimum (1). Il le mérite, parce que, dit saint François de Sales, il a porté bien des fois dans ses bras l'amour du ciel et de la terre, et que le divin Enfant murmurait à ses oreilles ces paroles pleines de suavité : « Vous êtes mon grand ami et mon Père bien aimé (2).» Il le mérite, parce que, ajoute le P. d'Argentan, il a été le gouverneur du Fils de Dieu, le plus aimé de tous ses favoris, son plus familier, son plus confident, celui auquel il a toujours donné plus de liberté et même d'autorité (3).

Nous croyons en avoir dit assez pour engager les chrétiens à étudier cette sublime prérogative de saint Joseph et à se rendre compte des merveilleux rapports qui l'unissent au Cœur de Jésus.

Mais à qui saint Joseph doit-il, après Dieu, toutes ses grandeurs, tous ses privilèges et les éminentes prérogatives que nous venons d'énumérer? C'est à Marie, Omniaper Mariam. S'il n'avait pas été destiné à devenir son époux, il n'aurait pas eu la garde du Fils de Dieu, il ne serait jamais devenu le dépositaire de ses secrets et l'Ami de son divin Cœur, et, par cela même, le ciel n'aurait pas versé sur lui tous ces torrents de grâce, de lumières et de bénéd étions dont il fut enrichi.

(1) De Laud. B. M. V.

(2) Traité de l'amour de Dieu, épit. dédie.

(3) co,>r. sur la sdlnte vierge, t. 1. p. 47)5 el 518

Notre-Dame du Sacré-Cœur, ici comme partout, est bien le canal de tous les dons que le Cœur de Jésus se plait à répandre sur les hommes, quels qu'ils soient.

Développement de la dévotion à saint Joseph Ami du Sacré-Cœur.

Il y a dans l'histoire de l'Eglise un fait remarquable dont les fidèles ne se sont peut-être jamais bien rendu compte; c'est que le culte de saint Joseph a suivi pas à pas celui du Sacré- Cœur. Plus ce dernier prenait d'expansion, plus la connaissance et l'amour du saint Patriarche se propageaient. Il ne pouvait en être autrement, puisque saint Joseph avait la garde des secrets du Cœur de Jésus (1), et qu'il en possédait les trésors (2).

Il nous est donc facile, en remontant le cours des âges, de constater cette importante vérité. Arrêtons-nous à saint Bernard qui vivait au XIIème siècle. Ce grand Docteur, outre son amour incomparable pour Marie, cultivait avec soin deux dévotions: celle au Sacré-Cœur de Jésus et celle à saint Joseph. Les pages qu'il écrivit sur ces deux sujets sont tellement admirables, que l'Eglise les inséra dans l'office du Sacré-Cœur et dans celui de saint Joseph au 19 mars et au 23 janvier, pour la fête de ses fiançailles.

Qui ne connaît les œuvres sublimes de sainte Gertrude, et en particulier son livre intitulé: l'Ambassadeur de la divine Bonté. C'est le plus bel ouvrage qu'on n'ait jamais écrit avant le XIIP siècle sur les merveilles du Cœur de Jésus ; elle y montre ce divin Cœur sous les symboles les plus attrayants, en révèle les mystères les plus doux, et en cite les révélations les plus étonnantes; elle annonce son règne futur; mais en même temps, elle donne à la dévotion à saint Joseph une vive impulsion; elle raconte ce qu'elle a vu dans le ciel au sujet de ce glorieux saint; elle nous le montre comme faisant l'admiration de la cour céleste,

(1) Cui tuto coramitteret secretissimum atque sacratissimum sui Cordis arcanum (S. Bern. sup. Missus, hom. 2).

(2) Ioseph custos principalium thesaurorum Domini. (S. Bern. sen., serai. 1. de sancto Joseph)

couronné de mérites, enivré de délices et l'objet des complaisances du Cœur de Jésus. Voici ses paroles : « Lorsque le nom du bienheureux Joseph, époux de la Vierge Mère, était prononcé dans les prières des fidèles, tous les saints du ciel inclinaient respectueusement leurs têtes en son honneur, le félicitaient amicalement de leurs regards, et se réjouissaient avec lui de son éminente dignité (1). »

Qui dira combien d'âmes a gagnées à saint Joseph la connaissance de cette vision et tous les désirs qu'elle a fait naître de voir ce grand saint honoré sur la terre, comme il l'est au ciel.

Saint Bonaventure, saint Bernardin de Sienne, sainte Brigitte et une multitude de saints et de saintes, dans le XIVe et le XVe siècle, excitent tour à tour les fidèles à vénérer le Cœur de Jésus et à vénérer en même temps saint Joseph (2).

Au milieu de tant de voix qui s'élèvent à cette époque pour chanter les louanges du Sacré-Cœur et du virginal Epoux de Marie, il en est deux surtout qui font écho.

Le pieux Gerson, héritier de la dévotion de ses devanciers envers le Cœur de Jésus, voulut aussi payer à saint Joseph un tribut d'hommages et donner à son culte le développement que prenait celui du Sacré-Cœur. Au Concile de Constance, tenu en 1416, il demande, au nom de la piété catholique, la célébration d'une fête en l'honneur de saint Joseph. Dans son discours, il supplie l'Eglise de se donner, pour puissant Patron, le saint Epoux de Marie (3). Il déclare, en terminant, que, dans la gloire rendue à ce grand saint, se trouve le remède au schisme qui désolait alors la chrétienté.

Un siècle plus tard, lorsque la dévotion au Sacré Cœur de Jésus avait déjà poussé de profondes racines, un homme suscité de Dieu apparut pour renouveler la demande du célèbre Chancelier de l'Université de Paris, et donner au culte de saint Joseph un nouvel élan: c'est Isidore d'Isolanis.

(1) Et cuiii QOminabatur Oeatus Ioseph, cui desponsata erat Mater virginea, nmnes Sancti capita sua reverenter ob honorem ipsius inclinabant, H nutu oculorum amicabiliter blandiebantur, ipsius dignitate fongaudente. (Legatus divinae Piet., lib. 4, c 12).

(2) Surge, anima, arnica Christi, vigilare non cesses, ibi os appone, ut hauriai aquas de fontibus Salvatoris. (S. Bonav., de ligno vitae).

(3) Ioseph tantus, tamque potens, et imperiosus Patronus. (Gers. dise).

« Très Saint Père (1), dit-il, en s'adressant au Pape Adrien VI, « vous qui avez l'autorité de Pierre, je vous en supplie, ordonnez, « commandez, décrétez que l'Eglise universelle célèbre, chaque « année, en l'honneur de Joseph, des fêtes solennelles; en retour « de cet hommage, elle recevra du haut du ciel le secours néces-

* saire pour retrouver la paix, baptiser les nations barbares, prè- « cher le nom du Christ aux contrées lointaines, détruire le « Mahométisme et convertir Jérusalem. »

« Des temps viendront où des génies chrétiens feront con- « naître les merveilles que Dieu a faites dans saint Joseph (2). « c'est-à-dire, parmi les fidèles adonnés à la vie active, et dans « Israël, c'est-à-dire, parmi les âmes contemplatives, douées de

• génie et de science, on dira ce que Dieu a fait dans saint Joseph...

« Quelques-uns des faits extérieurs de sa vie sont connus « par l'Evangile, mais les mystères de sa vie intérieure, de sa vie « intime ne seront révélés que dans les derniers temps, c'est-à- « dire lorsque la sainte Eglise Romaine aura décrété un culte « public et solennel au saint Epoux de la Bienheureuse Vierge « Marie.

« Ce sera une immense joie (3) partout, lorsque les peuples « chrétiens connaîtront les grandeurs de cet illustre Saint. Le « Saint-Esprit ne cessera d'exciter les coeurs des fidèles jusqu'à « ce que l'empire tout entier de l'Eglise militante donne une « splendeur nouvelle au culte de saint Joseph....

« C'est alors que le Seigneur choisira ce glorieux Patriar-

(1) Te vero Patrem humanae reipublicae, auctoritate Patrum supplex exoro, Ino ut imperio, tuo iussu, tua lege iubeas universam Ecclesiam divini Iosephi gratia, festos eelebrare dies, annuos, solemnes, iucundos, summa observatione, ingeuti reverentia, apostolica veneratione; talibus tandem honoribus, militantis Ecclesiae imperium vira a Superis recipiet, qua pace Ecclesiae restituta, in barbaras nationes Sancti Baptismatis aqua effundatur. Christique nomen gentibus nraedicetur. (Isid. Isol. Summa de dont s S. Ioseph. Praef. ad Adrianum Vf).

(2) Temporibus autem suis dicetur in Iacob, idest apud fidèles vitae activae deditos, et in Israël, videlicet, apud contemplativos ingenio preclaros ac scientia prapditos, quid operatus sit Deus in Santo Ioseph. Et recte et considerate dicetur in Eo, quia extra illum facta innotuerunt cum notitia Verbi Dei caro facti, in eo vero facta non nisi temporibus suis, quae sunt tempora novissima in quibus S. R. Ecclesia annuit, ut publicis solemniis sponsus Hmae Virginis Sanctus Ioseph veneraretur. (Id., pars 3, c. 6).

(3) Ultima particula erit exultatio ingens futura, in militant i Ecclesia, pro sanctitatis divini Ioseph certa notitia. Non enim Spiritus Sanctus deficiet a movendis cordibus fidelium donec omne imperium militantis Ecclesiae exultans divinum Ioseph nova prusequatur veneratione. (Isid. de Isol. summa, pars 3, c. 8)

« che (1) pour l'établir Chef et Patron spécial de l'Empire de « l'Eglise militante.

« Il faut qu'avant le jour du jugement, tous les peuples con- « naissent, vénèrent et adorent le Seigneur à cause des dons ad- « mirables qu'il a réunis en si grand nombre et tenus cachés si « longtemps en saint Joseph...

« Alors des temples s'élèveront en l'honneur de saint Joseph, « des fêtes seront célébrées à sa gloire, les multitudes le prieront « et seront exaucées-, le Seigneur enverra sa lumière dans le plus « intime de l'intelligence, et de grands hommes scruteront les « dons intérieurs de Dieu, cachés en saint Joseph, et Us trouve- « ront en lui un trésor d'un ineffable prix, tel qu'ils n'en ont « point rencontré dans les Saints de l'ancienne alliance

« Alors la fête de Joseph ne passera pas inaperçue dans le « calendrier, mais elle y brillera aux yeux de tous; car le Vicaire « de Jésus-Christ sur la terre, inspiré par le Saint-Esprit, sancto « suadente spiritu, ordonnera que la fête du Père putatif de Jésus, « de l'Epoux de la Reine du monde, de cet homme si élevé en « sainteté, soit célébrée jusqn'aux dernières limites de l'empire de « l'Eglise militante....

« Et ainsi, celui qui, dans le ciel, plane au-dessus de tous « les Safrits, sur la terre ne sera point au-dessous d'eux; et ce « que l'on découvrira en lui sera aussi élevé au-dessus de ce que « l'on en savait, que les choses spirituelles sont supérieures aux « terrestres, et les biens intérieurs préférables aux extérieurs (2). »

(1) Suscitavit Dominus Sanctum Ioseph sibi ad honorem nominis sui, Caput et Patronum peculiarem imperii militantis Ecclesiae. Ante quoque diem iudicii futurum est, ut omnes populi cognoscant, venerentur, adorent nomen Domini, ac magna Dei mimera, quae Deus ipse in Sancto posnit Ioseph et latere pêne voluit tempora. Quocirca abundavit nomen Sancti Ioseph muneribus omnium bonorum terrae, aediflcabuntur templa ad illius honorem! lesta celebrabunt et vota vovent eidem populi, et solvet. (Id. pars 3, c. 8).

(2) Aperiet enim Dominus aures praecordiorum intellectus et viri magni scrutabunt interiora Dei dona in Sancto abscondita Ioseph, et invenient thesaurum optimum, qualem apud Sanctos Patres veteres instrumenti non invenerunt, in Calendariis Sanctorum nomen decantabitur Sancti Ioseph, et iam non erit in caudam, sed in caput. Fiet enim de illo festum praecipuum et venerabile. Mandabit enim Christi Vicarius in terris, Sancto suadente Spiritu, et festum patris putativi Christi, sponsi Regin;ie înundi. honiinis sanctissimi, celebretur in omnibus finibus imperii militantis Ecclesiae. Quamobrem quod in coelis semper fuit supra, in terris non erit subter, quibus omnibus diligenter animadversis, exploratum redditur benedictiones praedictas in Sancto Ioseph tanto clariores reperiri, quanto spiritualia praestantiora sunt terrenis et interiora exterioribus. (Id., pars 3, c. 8).

Et voulez-vous savoir maintenant quelle sera cette gloire dont resplendira la figure de Joseph, quel sera ce trésor d'un ineffable prix dont on le trouvera en possession?

Isidore de Isolanis n'hésite pas à nous dire que ce sera la participation à la gloire même de l'humanité de Jésus-Christ, gloriae hominis Cfiristi participalio (1). Mais la gloire que Notre Seigneur fait aujourd'hui paraître, c'est la gloire de son divin Cœur, c'est donc à cette gloire-là qu'est attachée la gloire de saint Joseph.

C'est par cette lumière que Joseph grandira à tous les yeux et qu'il se montrera, après Marie, le plus beau modèle et le plus puissant patron de tous les amis du Cœur de Jésus, puisqu'il sera reconnu corne C Ami par excellence du Sacré-Cœur....

C'est bien là ce que veut dire Isidore de Isolanis lorsqu'il termine son beau livre par ces mots: «Jésus a tellement aimé Joseph de toutes les entrailles de sa charité, qu'il ne saurait rien lui refuser....» Quid entra Ioseph negàbit Filius Dei, qui lotis charitatis visceribus illum semper dilexit ? (2). N'est-ce pas dire qu'il faut chercher dans saint Joseph l'amour que le Sacré-Cœur lui porte, et l'amour qu'il porte lui-même au Sacré-Cœur?

Un des premiers offices de saint Joseph, celui même qu'Isidore de Isolanis donne à la fin de son livre, commence ainsi : « Adorons Notre-Seignenr Jésus-Christ , qui a aimé d'un privilège d'amour saint Joseph le juste. » Adoremus Dominum Iesum Christum, qui privilegio amoris sanctum Ioseph dilexit iustum. « Et cet amour a tellement dévoré de ses divines flammes saint Joseph, que rien au monde ne peut dire la douceur céleste que Joseph trouvait dans les paroles, les actes, les regards, les embrassements et les caresses de Jésus (3). »

C'est donc là, dans le Sacré-Cœur, que se trouve le secret de la glorification de notre Saint bien-aimé.

Poursuivons, et nous verrons ces deux grandes gloires, celle du Sacré-Cœur et celle de Joseph, grandir et se rencontrer pour demeurer inséparablement unies.

(1) id., pars 3, c. 9).

(2) Id., pars 4, c. 8).

(3) Quapropter ea charitate diviaa exarsisse Joseph rr^diderim , qua iiihil terrenum magnit'aceret, lesu Christi verbis, actibus, vultu, amplexibusque, oblectationibus qu'bus dulcedo inerat coelestis. (Id., pars 1. c. 8).

Par quels sublimes accents la Séraphique Vierge du Carmel, Thérèse de Jésus, au XVIe siècle, ne célèbre-t-elle pas le Sacré Cœur de son céleste Epoux, en même temps que l'efficace protection de son glorieux Protecteur, saint Joseph? Ecoutez comment, un siècle avant la Bienheureuse Marguerite-Marie, elle parle du Sacré Cœur de Jésus.

« La plaie du côté de Notre-Seigneur, (ainsi écrit-elle le mois « de mai 1581 à D. Alphonse Yélasquez, Evêque d'Osma,) vous « révélera l'ineffable tendresse de l'amour qu'il nous a témoigné, « en voulant que cette plaie sacrée fût notre nid et notre refuge, « et nous servît de porte pour nous introduire dans l'arche pen- « dant le déluge des tentations et des afflictions. Vous le sup- « plierez, puisqu'il a voulu que son côté lui fut ouvert en preuve « de l'amour qu'il nous porte, qu'il daigne dans sa bonté faire « que le nôtre s'ouvre aussi, que nous lui découvrions notre cœur, « que nous lui révélions nos misères et implorions de sa misé- « ricorde un remède efficace. »

Ecoutez maintenant comme elle parle de saint Joseph, écoutez quelques-unes de ses belles et ardentes expressions par lesquelles elle a coopéré à l'accroissement extraordinaire de son culte dans l'ordre du Carmel et dans tous les rangs des fidèles.

« Je pris pour avocat et pour protecteur le glorieux saint « Joseph, et je me recommandai très-instamment à lui. Son se- « cours éclata de la manière la plus visible. Ce tendre père de « mon âme, ce bien-aimé protecteur se hâta de me retirer de « l'état où languissait mon corps, comme il m'a arrachée à des « périls plus grands d'un autre genre qui menaçaient mon hon- « neur et mon salut éternel. Pour comble de bonheur, il m'a « toujours exaucée au delà de mes prières et de mes espérances. « Je ne me souviens pas de lui avoir jamais rien demandé, jusqu'à « ce jour, qu'il ne me l'ait accordé.

« Quel tableau je mettrais sous les yeux, s'il m'était donné « de retracer les grâces insignes dont Dieu m'a comblée, et les « dangers, tant de l'âme que du corps, dont il m'a délivrée par « la médiation de ce bienheureux saint! Le Très-Haut donne seu- « lement grâce aux autres saints pour nous secourir dans tel ou « tel besoin; mais le glorieux saint Joseph, je le sais par expé- « rience, étend son pouvoir à tous. Notre-Seigneur veut nous faire « entendre par là que, de même qu'il lui fut soumis sur cette

— mi -

« terre d'exil, en reconnaissant en lui l'autorité d'un père nourri- « cier et d'un gouverneur, de même il se plaît encore à faire sa « volonté dans le ciel en exauçant toutes ses demandes. C'est ce « qu'ont vu comme moi, par expérience, d'autres personnes aux- « quelles j'avais conseillé de se recommander à cet incomparable « protecteur; aussi le nombre des âmes qui l'honorent commence- « t-il à être grand, et les heureux effets de sa médiation con- « Arment de jour en jour la vérité de mes paroles.

« Je déployais pour sa fête tout le zèle dont j'étais capable, « plus par vanité que par esprit intérieur. Je voulais qu'elle se « célébrât avec la pompe la plus solennelle et avec la plus élé- « gante recherche

« Connaissant aujourd'hui par une si longue expérience l'éton- « nant crédit de saint Joseph auprès de Dieu, je voudrais per- « suader à tout le monde de l'honorer d'un culte particulier. « Jusqu'ici, j'ai toujours vu les personnes, qui ont eu pour lui une « dévotion vraie et soutenue par les œuvres, faire des progrès « dans la vertu; car ce céleste protecteur favorise, d'une manière « frappante, l'avancement spirituel des âmes qui se recomman- « dent à lui.

« Déjà, depuis plusieurs années, je lui demande le jour de sa « fête une faveur particulière, et j'ai toujours vu mes désirs ac- « complis. Si, par quelque imperfection, ma demande s'écartait « tant soit peu du but de la gloire divine, il la redressait admi- « rablement, dans la vue de m'en faire retirer un plus grand bien....

« Je ne comprends pas comment on peut penser à la Reine « des Anges et à tout ce qu'elle essuya de tribulations, durant le « bas âge du divin Enfant Jésus, sans remercier saint Joseph du « dévouement si parfait avec lequel il vint au secours de l'un et « de l'autre. Que celui qui ne trouve personne pour lui enseigner « l'oraison choisisse cet admirable Saint pour maître, il n'aura « pas à craindre de s'égarer sous sa conduite (1). »

La Bienheureuse Marguerite-Marie, dont le nom seul rappelle le commencement d'une nouvelle ère dans la dévotion au Sacré-Cœur, élève dans le monastère de Paray-le-Monial, au XVII* siècle, la première chapelle en l'honneur du Cœur de Jésus . . . Saint Joseph sera-t-il oublié?

(1) Vie de sainte Thérèse, écrite par elle-même, c. 6.

Kcoutez la Bienheureuse: « Je vous dirai, écrit-elle en avril « 1688, que nous avons un second tableau du Sacré-Cœur, où il « y a au bas, en place de deux anges, la sainte Vierge d'un côté « et saint Joseph de l'autre ; et entre les deux une âme sup- « pliante; c'est notre chère sœur de Farge qui l'a fait faire. Il est « comme je l'avais désiré pour cette petite chapelle, qui est la « première dédiée au divin Cœur (1). »

Voilà donc saint Joseph qui se montre pour la première fois associé à la gloire extérieure du Sacré-Cœur. . . Gloriae participatio. . . (2).

Mais comment y est-il représenté? Le Sacré-Cœur est tout rayonnant et Joseph est tout illuminé de ses splendeurs. En adoration devant ce foyer de la divine charité, Joseph l'indique, il le regarde avec complaisance, il y appelle le monde tout entier; le lis qu'il porte à la main s'épanouit dans tout son éclat à ce soleil de l'amour infini; et le plus grand désir de Joseph paraît au dehors dans cette parole qui s'échappe de ses lèvres: Venez, il est ouvert à tous.

Voilà Joseph, tel que la Bienheureuse le fit représenter dans lo précieux tableau conservé à Paray-le-Monial.

Voilà Joseph, qui ne pourra désormais échapper aux regards de ceux qui cherchent le Cœur de Jésus ! Partout où le culte du Sacré-Cœur se développera, là le culte de Joseph se développera aussi. Et ce divin Cœur, en montant chaque jour d'un degré dans l'esprit et l'amour des fidèles, dira à Joseph : Amice, ascende superius, montez, vous aussi, plus haut, augmentez en gloire, une marche seule doit séparer votre trône du mien; uno tantum regni solio te praecedam (3). Et de fait, c'est ce que l'on peut suivre à la lettre en étudiant les progrès de la dévotion au Sacré-Cœur.

Mais arrivons à l'époque où cette vérité brille dans tout son jour.

Voici apparaître le grand Pie IX. Il sera, tout à la fois, le Pontife de Marie, le Pontife du Sacré-Cœur et de saint Joseph;... de Marie; nous savons tout ce qu'il a fait pour glorifier la Vierge immaculée... du Sacré-Cœur; c'est lui qui, par un décret Apostoli-

(1) Œur. de la B. M. -M. 1, p. 257.

<-^) ivib. de Isolanis, déjà cité.

(3) Qen., Xl.l. 40.

que, en date du 23 août 1856, s'inspirant de son tendre amour pour le Sacré Cœur de Jésus, prescrivit au monde catholique la célébration annuelle de la Messe et de l'office du Sacré-Cœur. C'est lui qui, en 1860, après avoir scruté les trésors renfermés dans le Cœur adorable de Jésus et sondé les abîmes de miséricorde qu'il confient, s'est écrié, en jetant un regard inquiet sur le monde agité: « V Eglise et la Société n'ont d'espérance que dans le Cœur de Jésus: c'est lui qui guérira tous nos maux. » Puis il établit et approuva une Congrégation de Missionnaires, spécialement chargés de répandre le culte de ce divin Cœur. C'est lui qui, par un rescrit authentique, engagea tous les fidèles du monde entier à se consacrer au Sacré-Cœur de Jésus, le 16 juin 1875 (1).

Ce n'est pas assez pour Pie IX d'avoir imprimé à la dévotion au Sacré-Cœur une impulsion générale ; il veut aussi donner au culte de saint Joseph un éclat nouveau. Que fait-il pour cela? . . Il réalise le vœu du grand Gerson et accomplit la prophétie du moine espagnol, Isidore de Isolanis. Voici ce précieux document:

« Comme en ces tristes temps, l'Eglise est de toute part « poursuivie par ses ennemis, et tellement accablée par les plus « violentes calamités, que les hommes impies comptent voir en- « fin les portes de l'enfer prévaloir contre elle, les vénérables « évêques de tout le monde catholique et les fidèles de Jésus- « Christ, qui sont confiés à leurs soins, ont adressé au Souve-

(1) Notre humble congrégation ne fut point étrangère à cette consécration solennelle de tout le peuple chrétien au Sacré Cœur de Jésus; nous pouvons même affirmer que c'est elle qui l'a provoquée. Voici comment. Le 12 juin 1874, nous étions trois Missionnaires du Sacré-Cœur, prosternés aux pieds du saint Père, sollicitant l'approbation de notre Institut. Pie IX daigna nous accorder cette immense faveur.

Encouragés par sa bonté, nous lui demandâmes s'il lui serait agréable de nous voir recueillir les adhésions de NN. SS. les Evêques et des fidèles dans le but d'obtenir la consécration solennelle de tous les chrétiens au Cœur de Jésus. « Oh! oui, certainement, nous répondit-il. Il y a plusieurs années qu'on me demanda cette faveur; mais les temps n'étaient pas propices. Aujourd'hui, si on m'adresse la même requête, je l'exaucerai. Puisque vous êtes Missionnaires du Sacré-Cœur, mettez-vous à l'œuvre.

Aussitôt nous dressâmes une supplique qu'approuva .Mgr de la Tour d'Auvergne, alors à Rome, et le soir même Sa Sainteté y donnait su sanction. Cette supplique fut répandue partout, et, dans l'espace de six mois, nous pûnv.îs réunir trois millions de signatures et cent soixante lettres d'évêques. Ces signatures et ces lettres renfermées dans vingt volumes in-folio, richement reliés aux armes pontificales, furent déposées par nous, le 11 janvier 1875, aux pieils de Pie IX. Sa Sainteté les accueillit avec joie et nous laissa les plus douces espérances. Nous «avons le reste.

« rain Pontife des supplications par lesquelles ils demandaient « que Sa Sainteté voulût bien décerner à saint Joseph le titre « de Patron de V Eglise Catholique. Ces supplications et ces «. vœit.r ayant été renouvelés avec de plus vices instances, dans « le Sacré Concile œcuménique du Vatican, Sa Sainteté le Pape « Pie IX, touché du nouvel et lamentable état des choses, dans « le oui de se placer Lui et tous les fidèles, sous la puissante «protection du Saint patriarche Joseph, a résolu de donner « satisfaction aux vœux des vénérables évêques, et Va déclaré « solennellement Patron de V Eglise universelle. »

Puis il éleva la fête de saint Joseph au degré de double solennel de première classe.

Partout où la double dévotion au Sacré Cœur de Jésus et à Notre-Dame du Sacré-Cœur a pénétré, celle à saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur, s'est établie. Nos quinze millions d'associés connaissent et invoquent, pour la plupart, le glorieux Epoux de Marie sous son nouveau titre. Tous les nombreux pèlerins, qui viennent à Issoudun, emportent avec eux, s'ils ne les ont déjà, la connaissance et l'amour de notre bien-aimé Protecteur. Les Annales de NOtre-Dame du Sacré-Cœur, publiées en six langues, tirées à plus de 40,000 exemplaires, proclament chaque mois notre grand Saint, sous son vocable nouveau. Dans toutes les parties du inonde, saint Joseph Ami du Sacré-Cœur, a sa statue et ses autels. Dans presque toutes les villes importantes, il possède un sanctuaire où les âmes pieuses le prient. Rome a le sien depuis 1876. Eloigné d'abord du centre de la ville et modeste à son début comme l'étable du Sauveur, il fut transféré au cœur même de la cité. Tous les visiteurs de notre belle église de Notre-Dame du Sacré-Cœur de la place Navone, remarquent l'autel et la statue de saint Joseph Ami du Sacré-Cœur. Une force mystérieuse les pousse vers ce lieu béni et les force à s'agenouiller pour implorer le crédit de Celui qui tient dans ses mains les trésors du Cœur de Jésus.

Efficacité de la dévotion à Saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur.

Ce nouveau titre de saint Joseph reçut la sanction du ciel par l'approbation que lui donna Pie IX. Le Souverain Pontife daigna, le 8 juin 1874, enrichir de 100 jours d'indulgence cette invocation « saint Joseph ami du Sacré-Cœur priez pour nous. » A peine ce glorieux titre était-il connu, que déjà on nous envoyait, de tous les côtés, des recommandations pour être déposées aux pieds de la statue de l'Ami fidèle du Cœur de Jésus. Cette confiance fut récompensée par des faveurs insignes. Aussitôt nous arrivèrent de nombreuses lettres d'actions de grâces, où se trouvaient exprimés les sentiments de la plus vive gratitude. L'autel de saint Joseph s'illumina des lampes qu'y faisait brûler la piété, et se décora promptement des ex-voto qu'apporta la reconnaissance.

Témoin des merveilles qu'opérait chaque jour saint Joseph Ami du Sacré-Cœur, les âmes pieuses nous exprimèrent le désir de faire une sainte Ligue de prières, sous son puissant Patronage. Les fidèles qui en font partie ont pour but 1° de prier pour le Souverain Pontife, le triomphe de l'Eglise et la conversion des pécheurs endurcis et surtout des idolâtres;

2° de demander pour eux-mêmes la connaissance et l'amour du Cœur de Jésus, leur avancement dans la vertu et le succès dans leurs entreprises:

3° le soulagement et la délivrance des âmes du Purgatoire.

Tous les associés de l'Archiconfrérie de Notre-Dame du Sacré- Cœur font, par cela même, partie de cette sainte Ligue, sans, être obligés de donner, de nouveau, leurs noms, ils participent à toutes les œuvres pies inspirées par cette pieuse union. Ils peuvent envoyer leurs recommandations et leurs actions de grâces, que nous aurons le soin d'enrigistrer. Les adhérents ne se refuseront pas à ajouter, au inoins une fois le jour, à leur prière ordinaire, cette invocation: Saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur, priez pour nou<. (100 j. d'ind.)

Nous di'vons en outre faire remarquer, que s'il n'est pas nécessaire de se fairp inscrire de nouveau pour être membre de

nette pieuse croisade de prières, cependant nous mentionnerons volontiers, sur un registre spécial, ceux de nos associés qui voudraient devenir zélateurs ou zélatrices de saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur. Leur humble mission, qu'ils se trouvent dans le siècle, dans le cloître ou en quelque communauté, sera de prier, autant que leur suggérera leur ferveur particulière, pour les intentions générales, et de travailler au progrès et à l'extension du culte de saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur. Toutes ces pratiques cependant n'imposent aucune obligation. Ces âmes pieuses seront largement récompensées par le glorieux Patriarche; elles auront toujours leur place dans les intentions recommandées par l'Archiconfrérie, et bien certainement elles obtiendront des grâces particulières de Celui qui est le Protecteur de l'Eglise catholique.

Ces grâces, comme nous l'avons déjà dit, sont nombreuses: ne pouvant toutes les citer, nous nous bornerons à quelques-unes. Commençons par Rome. Aussitôt que le culte de saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur fut inauguré dans la Ville éternelle, les pieux fidèles vinrent avec empressement se prosterner au pied de son autel.

« Il y accourut une si grande foule de peuple, nous écrit-on, « il y eut une telle manifestation de zèle et de piété, une telle « abondance de grâces que, dès les premiers jours, le Saint-Père «en avait connaissance; l'on sait la dévotion toute filiale de « Léon XIII envers ce glorieux Patriarche; non-seulement il lui « confia le succès du Jubilé dont il fixa l'ouverture au 19 mars, « mais encore il exhorta tous les chrétiens à implorer, par des « prières quotidiennes, le très chaste époux de la B. V. Marie.

« Cuius opem suppliciter, quotidie implorari ab omnibus « (liristi fidelibus optamus (1). »

« A la veille d'un si beau jour, le Souverain Pontife voulant, « en secret, faire un don à saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur, <• appelle un de ses plus anciens serviteurs, auquel il avait déjà re- « commandé de suivre tous les jours les exercices du mois de saint « Joseph dans notre Eglise, et II lui dit: «Je me souviens d'avoir « toujours vu, depuis plus de cinquante ans, cette vieille Eglise « (de la place Navone). Elle menaçait ruine et me faisait pitié, les « bons Missionnaires d'Lssoudun l'ont sauvée. Notre-Dame du Sacré- « Cœur la relève pour Elle: saint Joseph s'y fait aimer, je désire

il> Encyclique de Léon XIII. - 12 mai 1881.

* lui faire un don. Vous-même, vous porterez ces deux belles lani- « pes, afin qu'on les suspende à l'autel de saint Joseph, mais « gardez-vous bien de dire qui les envoie. »

« Soyez tranquille, Très-Saint -Père, le secret sera gardé. » « En effet, pour mieux garder sa consigne, le bon serviteur juge « à propos d'imiter son maître, en faisant lui-même un présent « à saint Joseph. « Le Pape envoie deux lampes, se dit-il à lui- « même, et moi je porterai deux belles couronnes d'argent, l'une « pour le Patriarche saint Joseph, et l'autre pour l'Enfant-Jésus...» « Il y ajoute une belle nappe d'autel, le tout acquis au fruit de

* ses épargnes, et nous porte triomphalement toutes ses richesses « pour l'autel de saint Joseph.

«Dans sa pensée rien ne pouvait le trahir; mais il avait «compté sans les glands d'or, aux couleurs pontificales, qui « étaient demeurés suspendus aux deux lampes.

« Cela suffit. . . Le devoir de nos Pères était d'aller remercier « aussilôt Sa Sainteté. Le crédencier du Pape (tel est le titre du « serviteur en question) les avait prévenus, en avouant de suite « son inadvertance au Saint-Père. Pour pénitence, il reçut ordre « de retourner vers eux, et cette fois pour leur dire officiellement « que le Souverain Pontife, non content des lampes qu'il avait « offertes, voulait se mettre à la tète d'une souscription dans « le but d'élever une magnifique chapelle à saint Joseph, dans « notre Eglise, qu'il s'inscrivait le premier pour la somme de « deux mille francs, qu'il ne voulait pas être seul, désirait voir « beaucoup de fidèles imiter son exemple et unir leurs généreuses «offrandes à la sienne; que le soir de la fête de saint Joseph « il enverrait à notre Eglise un Evèque chargé de faire connaître « aux fidèles la satisfaction que lui avait fait éprouver leur dé- « votion envers saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur, dans l'Eglise « de Notre-Dame du Sacré-Cœur. Le Saint-Père désira qu'en retour « de sa pieuse offrande, on fit les 5, 6 et 7 mai, à ses intentions par- « ticulières, un triduum solennel qui servit de préparation à la fête « du Patronage de saint Joseph, tombant, cette année, le 8 mai. »

« En effet, le lendemain arrivait Mgr Anivitti, Evèque de « Caristo, célèbre orateur apostolique, si connu de Rome, qui, par « ordre de Sa Sainteté, vint prononcer, en l'honneur de l'auguste « Patriarche, ami du Cœur du Jésus, le beau panégyrique dont « nous reproduirons le passage suivant. »

EXTRAIT DU DISCOURS PRONONCÉ EN L'HONNEUR DE SAINT JOSEPH AMI DU SACRÉ-CŒUR

Al NOM DU SOUVERAIN PONTIFE

PAR SA GRANDEUR MONSEIGNEUR ANIVITTI, EVEQUE DE CA.RISTO, dans l'église de Notre-Dame du Sacré-Cœur à Rome, le 19 mars 1881.

«... C'est au nom de Sa Sainteté Léon XIII que je viens féliciter les Missionnaires du Sacré-Cœur de la grande dévotion que, dans cette église renaissante, ils excitent envers saint Joseph. sons le titre d'Ami du Sacré-Cœur.

« C'est au nom du Pape que je viens. . . Depuis onze ans déjà que le suprême Pasteur de l'Église ne peut traverser les rues de sa chère ville de Rome, il doit se servir du ministère d'autrui pour faire entendre sa voix, et vous^ témoigner sa profonde satisfaction. Avec quelle joie il apprend le culte spécial qur> vous avez voué à saint Joseph ! ! ! Avec quelle paternelle sollicitude il en suit l'heureux développement! ! ! Oui, saint Joseph doit £tre honoré ici, dans cette église de Notre-Dame du Sacré-Cœur, avec une ferveur toujours plus grande. Ce glorieux patriarche n'a-t-il pas exercé le droit de l'amour le plus fort et le plus tendre sur le Cœur divin de Jésus, et sur le Cœur immaculé de Marie? A titre de Père nourricier de Jésus, ne mérite-t-il pas les hommages et la reconnaissance de tous les chrétiens? Son nom doit-il rester caché entre les murs de la petite maison de Nazareth? Restera-t-il toujours dans son humble obscurité, ce d< --rendant de la famille royale de David? Ah! toute la terre devrait être à ses pieds!... Mais Rome surtout, le centre du catholicisme, ne doit cesser de faire grandir son culte et de propager sa gloire; et dans cette belle église de Notre-Dame du Sacré- Cœur, que les Missionnaires du Co^ur de Jésus reconstruisent au prix de tant d'héroïques sacrifices et de si infatigables dévouements, l'autel de saint Joseph doit s'élever splendide et lui apporter une gloire de plus. Quel est celui qui donnera le premier un précieux encouragement?.... Ce sera l'auguste Pontife luimême... Hier, il envoyait ces deux riches lampes qui se balancent

aux pieds de la statue vénérée. . . Aujourd'hui, il me délègue vers vous pour vous dire, et, par votre zèle, pour dire à tous les amis de saint Joseph, que le Pape veut ici une belle chapelle qui soit le foyer de la plus solide et de la plus tendre dévotion envers celui dont l'amour s'harmonise si bien avec l'amour du Cœur de Jésus et l'amour de Notre-Dame du Sacré-Cœur. ... ;

« Le Souverain Pontife se met à la tète d'une généreuse souscription pour une somme de deux mille francs, mais il a ajouté cette parole: je ne veux pas être seul; et il fait les vœux les plus ardents pour le succès de cette œuvre. Il désire voir s'achever bientôt cette immense église, et saint Joseph y régner à côté de Jésus et de Marie. Qui d'entre vous, mes frères, refu<serait de se mettre à la suite de cet auguste Pontife? Qui ne consentirait à joindre quelque offrande à la sienne? Si Léon XIII eût envoyé dans vos familles quelqu'un des siens pour vous demander un léger secours, n'eussiez-vous pas été fiers de répondre à ses désirs? Eh bien, aujourd'hui il m'envoie auprès de vous pour attirer votre attention sur une œuvre qui est digne de tout votre zèle. Que nul parmi vous ne se prive de l'honneur d'y contribuer selon ses moyens. Saint Joseph a été pauvre, il acceptera l'obole des pauvres, comme il a accepté celle des rois. Préparez-vous donc, mes Frères, à soutenir cette œuvre digne de tout votre zèle.' Ne soyez pas en repos jusqu'à ce qu'une magnifique chapelle dédiée à saint Joseph resplendisse dans cette église. Saint. Joseph qui obtient tout ce qu'il veut du Sacré Cœur de Jésus, et de Notre-Dame du Sacré-Cœur, ne manquera pas de vous témoigner de mille manières sa reconnaissance: il fera pleuvoir sur vous les grâces les plus signalées. . . »

(E. •■trait des Annales de N. D. du S. C, avril 188JJ.

« Ces chaleureuses paroles, qui exprimaient si bien la pensée, les sentiments et l'expresse volonté du Vicaire de Jésus-chri-t, furent pour tous les fidèles de Rome et aussi pour tous nos associés un puissant encouragement à prendre part au culte de saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur. A cette chapelle provisoire , à ce modeste autel les fidèles accouraient en grand nombre, afin d'obtenir mille grâces diverses par l'intercession d'un si puissant avocat; de tous les points de l'Italie, et souvent

encore de contrées éloignées venaient des lettres contenant les causes à recommander, où le récit de grâces obtenues.

« Vint enfin le jour où les deux nefs de l'Eglise achevées, bien qu'encore privées de tout ornement, furent consacrées solennellement, en l'honneur de Notre-Dame du Sacré-Cœur, par S. Em. le Cardinal Vicaire de Sa Sainteté.

« Ce jour fut le 7 décembre 1882. Notre-Dame garda la possession de sa nef; le Sacré-Cœur eut le maître autel et la nef du milieu, et à saint Joseph fut destinée la troisième nef. Telle fut donc la place d'honneur qui lui fut réservée; là fut placée, sur un autel provisoire, notre chère statue, en attendant l'autel plus magnifique que la généreuse piété de Léon XIII et la dévotion des fidèles veulent lui voir élever. Quelque temps après, le Souverain Pontife, parlant au Supérieur de nos Pères, lui disait, en regardant le plan d'un bel autel de marbre : « Il faut que ce autel soit très beau;» et il ajoutait: «je le veux très riche. »

« Déjà auparavant Sa Sainteté, s'inspirant de sa piété si délicate, avait envoyé, pour être posées dans les fondations, deux belle; et précieuses plaques de marbre, l'une de Porte Sainte (marmor claudianum) des Catacombes de sainte Domitille, l'autre de jaune antique (marmor Numidicum) des Catacombes de saint Callixte, toutes deux extraites, à l'époque de son Pontificat, des Catacombes où, depuis les premiers siècles de l'Eglise, le culte de saint Joseph était pratiqué par les premiers chrétiens.

« Cette année même, cet insigne exemple fut imité par l'académie d'Archéologie chrétienne de Rome, qui nous faisait parvenir, par l'entremise de l'illustre Commandeur G. B. De Rossi, un autre marbre précieux extrait des Catacombes.

« Monsieur le Commandeur accompagnait ce don de ces belles paroles.

Rome, le 16 mai 1882.

« G. B. D ^ Rossi présente ses hommages au Révérend Père « Supérieur des Missionnaires du Sacré-Cœur, et au nom de la « Commission d'Archéologie sacrée, présidée par Son Eminence « le Cardinal Vicaire de Sa Sainteté, offre, pour l'ornement de « l'autel de saint Joseph, dans l'Eglise de Notre-Dame du Sacré- « Cœur, une petite plaque de marbre broccatelle antique d'Espa- « gne, trouvée au cimetière des SS. Pierre et Marcellin. »

Pendant Tannée 1883, les fidèles accoururent en grand nombre pour témoigner leur amour et leur confiance envers saint Joseph, Ami du Sacré-Cœur, et tous les jours du mois consacré à sa gloire furent des jours de prière; autour de la statue, se multiplièrent les ex-voto et les cœurs d'argent qui, réunis ensemble, forment en grandes lettres, cette inscription: Patronus Ecclesiae catholicae.

Quelle belle action de grâces !

Nous ne pouvons mieux terminer cet appendice sur saint Joseph; ami du Sacré-Cœur, qu'en faisant connaître la relation suivante qui témoigne éloquemment de la puissance du Bienheureux Patriarche sur le Cœur adorable du Sauveur.

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