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Le Sacré-Coeur [microforme]

Quand les cieux tressaillaient à ce suprême appel, Lui, la tête inclinée, à son Père éternel Avait remis son âme.

Le soleil éclipsé, de lamentables voix, Au temple et dans les airs, dénonçaient à la fois Le déicide infâme.

La terre avait tremblé ; les morts étaient sortis . Des tombeaux, et par eux les vivants avertis Se frappaient la poitrine.

Nature, anges, démons, larron justifié, Juifs et soldats romains, du Dieu crucifié Proclament la doctrine.

h Les pharisiens seuls poursuivent avec soin Leur atroce vengeance, et de la ville au loin N. Ils font garder la porte.

ES Par leurs ordres secrets, et pour mieux contenir À L'émeute redoutée, on voit alors venir N Une ignoble cohorte.

Les plus vils des bourreaux marchent au milieu d'eux ; Ils s’en voni, rassurant ces docteurs scrupuleux, 1 Ce sont les deux premiers chants d'un poème qui doit en avoir six ou sept, et que l’auteur avait commencé À la demande d’une personne chère qui n’est plus,

Sec. I, 1884—18.

M. CHAUVEAU

Achever leur victime.

Le temps presse ; plus tard, contre les saints décrets On verrait le sabbat souillé par des gibets !

Eux le sont par leur crime !

Sinistres assommeurs, les archers se hâtaient Vers le lieu du supplice : avec eux ils portaient Des cordes, des échelles.

La mère et celles qui partagent son malheur Sentent plus vive encor leur poignante douleur, Comme ils passent près d'elles.

Sous leurs coups redoublés le plus vieux des larrons Livra son âme affreuse aux griffes des démons, Dans un dernier blasphème.

À tous deux l’on brisa les os également ; Le jeune, qui priait, s'en alla saintement Avec le Christ lui-même.

On jette dans un trou ces cadavres obscurs “ De la mort de Jésus n'étant pas encor sûrs, Les bourreaux se consultent.

Au Calvaire déjà, comme au jour des fureurs, Le partage se fait de ses adorateurs Et de ceux qui l’insultent.

Des femmes, un jeune homme, en ce terrible instant, Sont près de lui ; de ceux qui suivaient en chantant Hosanna, nuls vestiges !

À la gauche l'on voir ses anciens ennemis, Effrayés, abattus, mais encore insoumis, Malgré tous les prodiges.

La douceur de Jésus, son supplice cruel, Pour ses persécuteurs à son Père éternel, Sa prière sublime, Dans la foule avaient fait de nouveaux convertis : La plupart cependant étaient déjà partis :

Peu restaient sur la cime.

Dieu le voulait ainsi : demeurés plus nombreux,

Ils auraient, au défaut des apôtres peureux, Compromis son ouvrage.

Près des femmes groupés, tout frissonnants d'horreur,

Eux aussi redontaient, pour le corps du Sauveur, L'abominable outrage.

LE SACRÉ CŒUR

Qui pourra jamais dire, ou seulement penser, Quand de nouveaux affronts tu voyais menacer Sa dépouille chérie, Ce que furent pour toi ces terribles moments, Combien il te fallut endurer de tourments, O divine Marie !

Mais tout était réglé pour lui-même et pour toi. “Vous ne briserez point ses os,” disait la Loi; Puis dans un autre livre :

“Ils reverront celui qu'ils avaient transpercé.” De ces textes anciens le sens trop effacé À l'instant va revivre.

Inspiré par le ciel, un officier romain Aux archers indécis fait signe de la main Et, brandissant sa lance, Il presse son coursier, qui d’un bond vigoureux Jusqu'au pied de la croix, passant au milieu d'eux, Comme un éclair s'élance.

D'un bras ferme et cruel, dans le flanc du Sauveur Il dirige le fer pénétrant jusqu'au cœur.

Par la large blessure, Du divin réservoir de suprême bonté, Jaillit comme un torrent qui de l'humanité Lave la flétrissure !

La loi de la terreur finit ; la loi d'amour Commence ; tout le sang de son cœar en ce jour Au début la féconde!

Pour Jésus c'était peu d’avoir brisé nos fers, Et par sa nassion délivré l'univers :

De sa grâce il l''nonde.

Dans sa bouche mourante était la vérité ;

De son cœur entr'ouvert sortit la charité e Et la douce espérance,

Sur le premier rayon du soleil renaissant,

Du ciel jusqu’à la terre aussitôt s’élançant, À comblé la distance.

Atteinte avec ton fils par le glaive acéré, Mère, console-toi ; dans ton sein déchiré,

Ünive:

DR

M. CHAUVEAU

Va s'enfanter l'Église !

Les vertus du Calvaire, espoir, amour et foi, Grandissant par tes soins, de la nouvelle Loi

Resteront la devise.

Ce gibet infâme pour vous,

O juifs, écartez-le! Le monde Au pied de la crix à genoux, Bénissant sa vertu féconde, Saura bientôt la relever !

Un étranger vient d'achever Ce qu'avait prédit le prophète ; Entr'ouvrant le cœur de Jésus, Il a préparé la retraite

Où les peuples seront reçus.

La vigne aux généreuses grappes

À su fournir avant le soir

Le vin des divines agapes :

Vous pouvez ôter le pressoir !

Dieu, qui préside à ces vendanges, Pour vous aider prête ses anges ;

Le cr : ec soin “onservé

Verra passer plus d’un orage ;

Mais pour toujours le doux breuvage Aux hommes seuls est réservé.

Du ciel remplissant les promesses, Le fer de ta lance, 6 Romain, Eclipse aujourd’hui les prouesses Des conquérants du genre humain.

Dévoré d'une soif ardente,

Le monde dans sa longue attente Soupire après l’eau du rocher ; Près du Sauveur qu'il symbolise, Grâces à toi, nouveau Moïse,

Les nations vont s'approcher.

Ce que l’humanité désire

Et méconnaît tout à la fois,

Ce que les peuples en délire

En vain demandent à leurs rois ;

En

LE SACRÉ CŒUR

Ce n'est ni la sagesse altière,

Ni la richesse avide et fière ;

Ce qu'ils veulent sans le savoir, C’est l'égalité, la justice, L'humi!ité, le sacrifice

Dont J'sus nous fait un devoir.

Prosternés devant la Nature, Toujours ils l’invoquaient en vain ; De leurs faux dieux la tourbe impure N'aima jamais le genre humain.

Le Dieu qu'au Calvaire on adore Fait briller à leurs yeux l'aurore D'un culte sublime et nouveau, Culte d'amour et de souffrance,

Qui met la joie et l'espérance,

Dans la douleur, dans le tombeau.

De la religion nouvelle

Tout le mystère est dans son cœur.

Aimant d'une flamme éternelle, Par l’amour seul il est vainqueur ; Il transporte, à divin prodige !

Des grands et des forts le prestige, Aux doux, aux humbles comme lui.

De Bethléem la sainte étoile,

De l'avenir perçant le voile,

Pour tous les malheureux a lui.

Les enfants ont eu ses caresses, Les simples son enseignement, Les pauvres toutes ses tendresses ; La mort per son commandement Rend au père sa fille aimée,

Son fils à la mère éplorée,

Et, spectacle digne des cieux, Lorsque exauçant Marthe et Marie À leur frère il rendit la vie,

Des pleurs jaillirent de ses yeux.

Mais sa bonté fait plus encore ; S'il guérit le pauvre lépreux De l’ulcère qui le devore,

S'il chasse les démons affreux,

102 M. CHAUVEAU

Aux ombres du sepulcre avare

S'il peut d’un mot ravir Lazare, D'un mot il transforme les cœurs ; Au lieu des plus impures flammes, D'un regard il met dans les âmes, Les plus héroïques ardeurs.

Ce miracle, par sa nature,

Est d’un Dieu le trait le plus fort ; Les autres en sont ia figure :

Il met sa gloire en cet effort.

Aux yeux de l'antique sagesse,

Se repentir, c'était faiblesse ;

Seul, aux terrasses de Sion,

David en ses saintes alarmes, Avait cu du pouvoir des larmes La douce révélation.

Au criminel qui s’humilie

Par de véritables regrets

Le Fils de David concilie

Le ciel dont il a les secrets ;

Du pain de vie et dn calice,

S'il établit le sacrifice,

C’est pour rester près des pécheurs, Les attirant par sa clémence,

Et refaisant une innocence

Aux plus souillés, avec leurs pleurs.

Il vient dans nos cœurs, dans nos veines ; Il est en nous et nous en lui :

Au cœur des pauvres Madeleines, Au cœur de tous ceux dont l'appui Est dans ses grâces invincibles, Point d’offenses irrémissibles Que de refuser son amour:

Les publicains, les pécheresses, | Se confiant en ses promesses Ont été payés de retour.

Mais il fait sent :à justice À qui ne sut jamais aimer, À ceux dont l'infâme avarice Ne peut jamais se désarmer.

LE SACRÉ CŒUR

Au jour affreux de sa vengeance,

Il punira surtout l’engeance

Des hommes froids et sans pitié,

Des lâches apostats, des traîtres Comme Judas vendant leurs maîtres, Sourds à la voix de l'amitié !

Si le vrai repentir allège

De nos péchés le lourd fardeau, L’innocence a son privilège :

Son rôle est toujours le plus beau.

À ses pieds pleura Madeleine,

Mais sur son cœur, pendant la cène, Il pressait l'ami chaste et doux,

Le plus fidèle des apôtres,

L'aimant à rendre tons les autres, À rendre les anges jaloux.

O le plus doux des jeunes hommes, Le plus terrible des vieillards,

Par delà le siècle où nous sommes, Dieu fit pénétrer tes regards !

Toi qui savais le sort des mondes, Perçant les ténèbres profondes,

De l'avenir, la charité

Fut le commandement suprême Que tu reçus du Sauveur même, Pour le siècle et l'éternité !

Tu fis la plus belle exégèse

Dans l’évangile de l’amour,

Publié par toi dans Ephèse,

Où ta répétais tout le jour :

Aimez-vous bien les uns les autres.

Resté seul de tous les apôtres,

Ce fut ton supplice, ô martyr!

De ses secrets dépositaire,

Oublié par lui sur la terre,

Loin de ton Jésns de vieillir !

Tu fus la dernière prière

Du premier siècle dans son deuil ; Tu fus la dernière lumière,

Que l'on vit briller sur l’écueil,

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