‹ Le sacrement de l'orde d'après le pontifical romainChapitre 3 sur 8 · L'ÉVÊQUE REVÊT LES NOUVEAUX CLERCS DU SURPLIS · texte numérisé non relu

L'ÉVÊQUE REVÊT LES NOUVEAUX CLERCS DU SURPLIS

quement, et on leur confère en même temps (ô beaux usages perdus ! ) le droit de bénir le pain et les fruits nouveaux. Le rite est à peu près le même pour les exorcislæ y à qui l’on fait toucher le livre où sont contenus les exorcismes et à qui l’on donne la puissance de chasser le Démon par l’imposition de leurs mains. On va jusqu'à comparer ici leur office à celui des Souverains, des Empereurs: Sint spirituales imperalores ad abjiciendos dæmones.

Il ne reste plus, pour les Ordres mineurs, qu’à consacrer les acolytes. Ceux-ci ont un caractère plus sacré que les précédents, et leur fonction leur donne accès plus près de l’autel. Ils seront chargés d'offrir l'eau et le vin destinés au Sacrifice ; ils porteront les chandeliers d'or. C’est un de ces chandeliers qu’on leur fait en ce moment loucher de la main droite, ainsi que les burettes 1 , et l’Église, qui, dans cette partie du saint office, ne cesse de penser à la Lumière, demande instamment à Dieu qu’entre les mains de ces jeunes clercs la lumière visible soit le symbole de la divine. L'Évêque cependant lit la Collecte, et l'on entend l’Archidiacre qui s’écrie : <( Qu'ils s'approchent, ceux qui doivent être ordonnés sousdiacres. » Ils s'acheminent vers l'autel, et s’arrêtent à quelques pas du Pontife.

Les ordinands qui vont être élevés au diaconat et à la prêtrise viennent également se grouper autour de l'autel. Puis tous, sans exception, se jettent à terre et s’y prosternent de tout leur long. C'est le beau rite de la prostration, auquel

1. « Les acolytes étaient chargés, dans la primitive Église, de tenir au courant la nomenclature des catéchumènes ; ils récitaient le Symbole pour les petits enfants, portaient l’eucharistie aux absents et encensaient l’autel. » V. Martène, De antiquis Ecclesiæ ritibus, I, 98, 406, 318, 431,

nous n’avons jamais assisté sans être profondément ému. Ce rite accompagne toujours le chant de la grande Supplication, le chant des Litanies, et rien n’est beau comme de voir tous ces hommes presque collés contre terre, pendant que le Chœur invoque au-dessus d’eux le nom et le souvenir de tous les Saints. On peut d’ailleurs s’imaginer aisément à quoi pensent tous ces jeunes clercs et ce qu’ils demandent à Dieu en cet instant solennel dont ils se souviendront toute leur vie. Ils font leur sacrifice, ils oublient leur vie passée (excepté leurs mères) et rêvent de conquérir les âmes.

La Litanie est achevée : ils se relèvent, et les futurs sous-diacres restent seuls en présence de l'Évêque, qui leur fait alors une courte instruction sur leurs fonctions prochaines et présente à chacun d’eux un calice vide surmonté de sa patène, que leur main doit toucher \ C’est à eux qu’imcombera désormais, sous la direction des diacres, le soin matériel du saint autel. « Cette charge est humble, dit l’Évêque ; mais comprenez bien ce qu’elle exprime, et n’oubliez pas que l’Autel, c’est Jésus-Christ. » Ils tendent vers lui leurs regards et leurs âmes.

La Messe cependant va continuer.

Les sous-diacres ont été parle Prélat revêtus de l’amict, du manipule sur le bras gauche, et enfin de la tunique. Comme ils sont appelés à lire l’épître du haut de l'ambon, on leur fait alors toucher l’Épistolier. Et voilà qu'ils se mettent à penser à tout ce que contient ce livre admirable, à la sainteté de saint Pierre qui fut le premier pape, à la doctrine de saint Paul qui fut l’Apôtre des nations, à la douceur et à la sublimité de saint Jean, à l’Ancien comme au Nouveau Tes-

i. Ils touchent ensuite les burettes garnies d’eau et de vin, le bassin et le manuterge.

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tament, aux Prophètes comme aux Apôtres. L’un d’eux a été choisi pour chanter l’épître de ce jour : il monte à l’ambon et chante. Le caractère spécial de tout cet office est, encore un coup, de faire corps très étroitement avec la Messe, dont toutes les péripéties se développent en même temps que celles de l’Ordination elle-même. On n’admirera jamais assez Vivement un si naturel et si beau parallélisme.

L’évangile d’aujourd’hui sera lu par un des nouveaux diacres ; mais il faut avant tout conférer leurs pouvoirs à ces lévites. La fonction devient de plus en plus imposante, et voici que le Pontife entonne une de ces Préfaces qui sont, avec les litanies et la prostration, le rite le plus caractéristique de toutes les ordinations. Avant que cette mélopée antique soit achevée par la voix épiscopale au milieu du silence universel, le Prélat pose sa main droite sur la tête de chaque ordinand, en lui disant : « Accipe Spiritum sanctum ; reçois l’Esprit-Saint. » Il étend ensuite cette main bénissante sur tout leur groupe et achève le chant solennel ; puis il place l’étole sur l’épaule gauche de chacun des diacres, les revêt de la dalmatique et leur fait enfin toucher le livre des Évangiles. Les voilà institués.

La Messe cependant continue toujours.

Tout ce qui précède n’a été en quelque manière qu’un Prologue. Mais voici que l’attention redouble parmi les fidèles, et l’on sent les approches de quelque chose de très grand. C’est l’ordination des prêtres qui commence '.

1. L’Archidiacre les présente à l’Évêque, disant : « Révérendissime Père, la sainte Église catholique vous prie d’élever ces diacres à la fonction de la prêtrise. » L’Évêque fait cette question à l’Archidiacre : « Savez-vous s’ils en sont dignes ? » L’Archidiacre répond : « Autant que la fragilité humaiue permet de le savoir, je sais et atteste qu'ils sont dignes

Ils s’avancent, vêtus comme les diacres et portant la chasuble pliée sur le bras gauche. Ils sont très graves, ils sont très recueillis, et c’est en effet l’heure la plus auguste de leur vie. Après avoir rappelé cette doctrine des Pères, « que le peuple doit être consulté quand il s’agit de l’élection de ceux auxquels incombe le gouvernement de l’autel », l’Evêque adresse à ces chers lévites une monition solennelle, et qui est poétique autant que profonde : « Que le parfum de votre vie fasse les délices de l’Eglise du Christ ; bâtissez par vos paroles, bâtissez par vos exemples cette maison qui est la famille de Dieu : de telle sorte que nous ne soyons pas un jour condamnés par le Seigneur, nous, pour vous avoir élevés à ce ministère, et vous, pour y avoir été élevés*. » Puis le Pontife, debout, mitre en tête, impose solennellement les deux mains sur chacun des ordinands ; les prêtres, tous les prêtres qui assistent à l’ordination, font ensuite la même imposition, et tous, Pontife et prêtres, restent quelque temps la main droite étendue sur ceux qui vont devenir tout à l’heure leurs frères dans le Sacerdoce. La mélopée de la Préface, l’admirable mélopée, se fait entendre de nouveau : « Il est véritablement raisonnable et juste, il est équitable et salutaire de

du fardeau de cet office. » L’Évêque dit: « Grâces en soient rendues à Dieu I » Puis il annonce celle nouvelle au clergé et au peuple.

1. Il faudrait citer toute cette Monition : « Vous allez, mes enfants très aimés, être tout à l’heure ordonnés prêtres. Recevez dignement cette fonction sainte et, une fois que vous l'aurez reçue, appliquez-vous à la bien remplir. — Il appartient au prêtre d’offrir, de bénir, de présider, de prêcher, de baptiser. — C’est avec un grand sentiment de crainte qu’il vous convient de monter à un faite si haut. Une sagesse toute céleste, des mœurs honnêtes et pures, la pratique constante de la justice, voilà, mes enfants très aimés, ce qui recommande le mieux ceux qui sont désignés pour un tel office ; voilà ce qu’ils doivent s’efforcer d’acquérir. »

vous rendre partout et toujours des actions de grâces, ô Seigneur saint, ô Père omnipotent, ô Dieu éternel, qui ôtes le premier auteur de toutes les dignités terrestres et qui donnez à toutes choses leur progrès et leur force K » C’est dans ces pièces liturgiques qu’il convient surtout de chercher la véritable doctrine de l’Église, et ce sont là, pour tout dire, d’admirables traités de théologie. Cependant il est temps d’en venir à des rites plus précis : l’Évêque croise l’étole sur la poitrine de ceux qui ne sont pas encore des prêtres, mais ne sont plus des diacres, et il les revêt ensuite de la chasuble, de cette antique castila qui faisait jadis de si beaux plis artistiques. Mais le chant triomphal éclate de nouveau : c’est le Veni Creator, c’est l’hymne des ordinations. Le chœur, avec l’orgue, en chante toutes les strophes ; mais l’Évêque s’est assis, et, pendant le chant suppliant et vainqueur, fait à chaque ordinand, avec l’huile des catéchumènes, une onction dans l’intérieur des mains 2 . Oh ! ces mains, ces nobles mains sacerdotales, les voilà bénies, et elles vont pouvoir bénir.

Surtout elles vont pouvoir « consacrer ».

Ces mains qui tiendront Dieu, on les joint ensemble, on

1 . Cette Préface se termine ainsi qu’il suit : « Père tout-puissant, nous vous en supplions, conférez vous-même à vos serviteurs la dignité sacerdotale et renouvelez au fond de leur être l’esprit de sainteté... afin que l’exemple de leur vie soit la meilleure censure des mœurs et de la vie des autres. Puissent-ils être les sages coopérateurs de notre ministère ; puisse la plénitude de la Justice briller en eux, si bien qu’ils arrivent un jour à rendre un bon compte de la charge qui leur a été confiée et qu’ils obtiennent enfin la récompense de la Béatitude éternelle I »

2. « Il trace une première ligne, qui va de l’extrémité du pouce de la main droite jusqu’à l’extrémité de l’index de la main gauche; puis une secoude qui va de l’extrémité du pouce de la main gauche jusqu'à l’extrémité de l’index de la main droite. Il étend ensuite l’onction sur toute la paume de chaque main. Les ordinands sont à genoux. »

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les lie, on les soutient avec un linge blanc qui est suspendu au cou de chaque ordinand. C’est alors que l’Évêque, assis sur son trône, mitre en tête, « présente à chaque ordinand un calice dans lequel on a mis du vin et de l’eau avec la patène au-dessus, où est l’hostie ». Chacun d’eux touche la coupe du calice, la patène et l’hostie, et l’on entend

L'IMPOSITION DES MAINS POUR L’ORDINATION D’après un© fresque dos Catacombes de Rome (Cimetière de l’Ardéatine).

1’Évôque qui, très solennellement, donne aux ordinands le pouvoir d’offrir le saint Sacrifice : Accipe polestatem offerre sacrificiiim Dco missasque celebrare, tam pro vivis quam pro defunctis. In nomine Domini. Ces paroles sacrées retentiront, pendant toute leur vie, dans l’oreille des nouveaux prêtres.

La Messe continue toujours.

Le chœur achève l 'Alléluia du Graduel, et l’un des diacres que l’on vient d’ordonner lit, d’une voix ferme et

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haute, l’évangile du jour. Puis l’Offertoire est chanté. L’Évêque est à l’autel, qui dit Suscipe Pater, et voici que tous les nouveaux prêtres disent en môme temps que lui : Suscipe Pater. Désormais le Pontife d’une part, et tous ces jeunes prêtres de l’autre, vont dire la Messe ensemble et exactement dans le môme temps. En une fonction où tant de beautés éclatent, cette beauté nous semble la plus profonde et la plus admirable de toutes. Mais le moment où cette simultanéité dans la célébration du sacrifice est certainement le plus émouvante, c’est celui de la consécration. Toutes les paroles en sont dites très lentement et durant la même seconde par l’Évêque et parles Prêtres. Il y a là comme un Chœur incomparable, auprès duquel les plus célèbres chœurs du drame antique ne sont vraiment qu’un vain bruit.

La Messe continue toujours.

Le Pontife, après l’oraison Domine Jesu Christe, donne le baiser de paix aux nouveaux ordonnés, disant à chacun d’eux : « La paix soit avec toi. » Et ce baiser circule alors dans toute l’église, de rang en rang, d’âme en âme. Puis l’Évêque communie ces prêtres, ces diacres, ces sous-diacres, ces minorés, ces clercs. Il dépose l’hostie sur ces lèvres pures, et fait dans ces cœurs purs descendre Dieu. C’est le sommet du rite.

On pourrait croire que tout est fini ; mais l’Église profite de la belle plénitude de grâces qui est dans ces âmes pour leur demander tout d’abord une Profession de foi solennelle. Jamais le Credo n’est sorti d’un entendement plus convaincu, plus enthousiaste, plus ai’dent. Puis donc que ces nouveaux prêtres sont, pour ainsi parler, dans la première virginité et blancheur de leur sacrement, c’est aussi le moment de leur donner le pouvoir d’effacer par l’absolution les fautes despé-

Gravure tirée da Pontificale romanum de 1726.

nitents : « Reçois l’Esprit-Saint ; les péchés seront remis à qui tu les remettras, et ils seront retenus à qui tu les retiendras. » Mais, aux yeux de l’Église, il n’est pas de société religieuse qui soit durable ici-bas sans la notion de la hiérarchie, sans la pratique de l’obéissance : « Me promets-tu, dit l’Évêque, me promets-tu, à moi et à mes successeurs, obéissance et respect ? » Comment toutes ces lèvres, comment toutes ces âmes ne crieraient-elles pas : Oui? C’est, en effet, le cri qu’elles jettent vers l’Évêque, qui, comme dans l’hommage féodal, tient en ce moment leurs mains entre les siennes. Décidément tout est accompli : il ne reste plus au Pontife qu’à faire descendre sa grande bénédiction solennelle sur ces nouveaux ordonnés qui pensent à leur première messe. La cérémonie s’achève au chant du Te Deum , auquel les Martyrs, les Confesseurs et les Vierges font écho dans le ciel. Bientôt les nouveaux prêtres pourront tomber aux bras de leurs mères.

MAIN DE PRÊTRE ÉLEVANT L’HOSTIE Miniature du neuvième siècle, d’après la Messe, par M. Rohault do Fleury.

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