‹ Le sacrificeChapitre 21 sur 79 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

la vois..) Vous avez su mon histoire avec Pipette, hein?... C'est celle-là surtout qui m'a démoli... Puis, mon cher, la vie d'artiste! Ça vous use, ça vous use... (Redevenant gai.) Bah ! c'est égal, la façade n'est pas trop endommagée...

FRANQIIEYKOL

Comment donc, elle est toute neuve, la façade!

MADAME JOURDEUIL, rayonnante

N'est-ce pas qu'il est resté jeune ?

LE PÈRE JOURDEUIL

Le fait est que quand je regarde tous ces peintrailions d'aujourd'hui , un tas de brèche-dents et de chauves...

LOUISE

Pardon... pardon, monsieur mon père; Henri est un de ces peintraillons d'aujourd'hui, mais il n'est ni brèche-dents, ni chauve.

FRANQUEYROL, à part

Quel vaillant petit cœur !

LOUISE

Il a même de très-beaux cheveux.

LE PÈRE JOURDEUIL

Il en a, le lâche ! mais il les coupe. Eh bien ! moi, je les porte aussi longs que je peux et fièrement, comme un drapeau, le drapeau de Raphaël et du Léonard.

MADAME JOURDEUIL

Ça, c'est vrai, fillette, le Léonard avait de grands cheveux comme ton père, c'est de l'histoire. (Louise va se remettre à la fenêtre.)

LE PÈRE JOURDEUIL

Crinière si l'on veut, ma crinière m'est chère, et si elle meurt avant moi, tant pisl je porterai perruque,

• Franqueyrol, Louise, Jourdeuil, madame Jourdeuil. ■• Louise, Franqueyrol. .Tourdeuil, madame .Tourdeuii.

3i LE SACRIFICE

ne fût-ce que pour étonner les bourgeois et pour protester contre l'époque mercantile où nous vivons. Pas vrai, Franqueyrol? (Us trinquent.)

FRANQUEYROL

Le fait est que le vent n'est pas bien bon pour les arts depuis quelques années; nous tournons un peu à l'Américain, en France.

LE PÈRE JOUBDEUIL

Comment, à l'Américain!... mais les Américains sont cent fois plus artistes que n^ous...

FRANQUETROL

Ohl que non...

LE PÈRE JOUEDEUIL

Non! (Il se lève.) Eh bien, mon cher, l'homme qui vous parle, Henri-Charles-Alexis Jourdeuil , connu dans les arts sous le nom de Jourdeuil le Vieux, comme on disait Palma le Vieux, Charles-Alexis Jourdeuil, élève et ami du baron Gros, médaillé on 1825. (A sa femme.) Tu sais, toi, si c'était facile d'être médaillé en 1825?

MADAME JOURDEUIL, avec conviction

Ahl

FRANQUEYROL, à part

Parbleu !

LE PÈRE JOURDEUIL, d'une voix terrible

Monsieur, cet homme-là ne trouve plus à vendre un seul de ses tableaux en France, pas un! (Approchant sa tête de l'oreille de Franqueyrol.) Vous comprenez, je leur

fais peur à ces gandins!... Et savez-vous qui les a recueillis, ces magnifiques Jourdeuil le Vieux, dont la France ne voulait plus? L'Amérique, mon brave homme, l'Amérique!

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