ACTE II
qu'est-ce qu'elle va dire en lisant cela? (A Xaraoun avec colère.) Tais-toi donc, toi,
NAMOUN , fermant la porte doucement, et venant remettre la chaise à sa place, sur le devant de la scène. Très-bas... le doigt sur les lèvres.
Chouia ! Namoun . . . Mouci fâché ! . . . (Il va se couchersur le divan du fond) .
HENEI, lisant la lettre qu'il vient d'écrire
« Ma chère enfant, les meilleures choses ont une un. « Voilà sept ans que nous nous aimons et que nous « sommes l'un à l'autre... » Sept ans'.... Ainsi cette femme m'aura donné sept ans de sa vie, sept années de dévouement, de tendresse, de renoncement à tout ce qui n'était pas moi. Elie aura tout quitté, tout brisé pour me suivre. Elle aura été ma compagne, mon amie, ma chose et puis... (Montrant la lettre.) Et puis voilai... (Un silence, il lit la lettre des yeux, ironique.) Elle est vraiment très-jolie, cette lettre... pleine de pensées philosophiques... hé! hé! Il y a même le mot pour rire : « Sept ans, ma belle, presque un congé... » pouah ! c'est cruel et c'est bête, jamais je n'enverrai cela. (Il se lève, jette la lettre avec dégoût sur son bureau et se met à marcher avec agitation.) Pourquoi ce mensonge, après tout? Pourquoi cette rupture banale et lâche?... Il serait plus simple de lui dire loyalement ce qui m'oblige à la quitter... Oui, ce serait plus simple, et en tout cas plus digne, mais je ne peux pas! je ne peux pas!... Il faudrait raconter ma vie, livrer mon secret... je n'en ai pas le droit. Et puis, est-ce qu'elle est femme à se séparer de moi pour des raisons si misérables? Je la connais bien : elle voudrait travailler, gagner sa vie, prendre sa part de mes privations et de mes misères... C'est ce que je n'accepterai jamais... moi, c'est bien... mais elle?... (Devant le bureau.) Allons!... allons!... voici encore ce qui vaut le mieux, (il prend la lettre.) Elle est monstrueuse cette lettre, cynique, laide, sans entrailles... c'est bien dans
ce goùt-là que Margarot doit écrire à ses colombes quand il les lâche... une lettre à tuer l'amour... Eh bien ! tant mieux!... Qu'elle me méprise et que je sois seul à souffrir!... (Cachetant «a lettre.) Namoun!,.. où estil donc?... Namounl...
NAMOUN, sur le divan
Ewouah I...
HENRI
Comment ! te voilà encore couché... Tu as donc fini de ranger ici?
NAMOUN
Ci fini.
HENRI
Tu as enlevé ce qui pouvait nous trahir : les dessins, les portraits, les vêtements?
NAMOUN, sans lioufrer du divan, montrant la pièce à côté
Ih ! tout ça là-dans.
HENRI
Bien... Il faudra enlever la clef de cette chambre. Tout serait découvert si on y entrait... Et nos tableaux, combien en as-tu descendu? (Regardant l'atelior.) Quatre! Oh ! c'est assez... (il prend une toque en velours grenat, attacliée à un rhevalet, et la jette à Namoun.) Emporte-moi donC cette toque... Ils savent bien que je ne mets pas de ces choses-là... Il faut être ce gandin de Gontaut pour se fourrer des inventions pareilles sur la tète. Encore un qui croit qu'on a besoin de se déguiser pour faire de la
peinture. (X.'nnoun emporte la toque dans la pièce à côté.) Pauvre mère ! va-t-elle être contente de me voir au milieu de tout ce luxe. (Itegardant sa lettre, qu'il tient.) C'est égal, j'ai le coeur un peu serré pour jouer cette comédie. (A. Namoun, qui rentre.) C'est bien, Namoun, je suis content de toi, ce matin. Seulement, écoute : je t'ai menacé quelquefois de te faire manger du bâton,
• Namoun, Henri.