ACTE II
Avec ça que tu es bien portant... Depuis quelque temps, tu changes, tu maigris...
HENRI
Moi! je maigris?...
MADAME JOURDEUIL Voyons tes mains. (Elle lui passe son alliance à l'un des doigts.) Tiens! il y a deux mois, mon alliance ne pouvait pas entrer... Maintenant, regarde... jusqu'au bout!... Tu vois bien que tu maigris!.. . Ce n'est pas étonnant avec la vie que tu mènes...-
HENRI, souriant Quelle vie crois-tu que je mène?
MADAME JOURDEUIL
Oh ! je ne t'en fais pas un reproche. Je sais bien que c'est nécessaire. Il paraît même que c'est un très-bon signe, vous autres, quand vous menez cette vie-là!... Ça prouve que vous avez du... Comment donc?... du chien!
HENRI, riant
Du chien 1... Qu'est-ce que tu me racontes là?...
MADAME JOURDEUIL
Oh ! tu as beau rire, va! nous savons ce que c'est que la vie d'artiste...
HENRI, grave et doux.
La vie d'artiste, vois-tu ma mère, c'est le travail éternel, incessant, acharné; mais un travail qui n'en paraît pas un aux yeux de bien des gens, parce que nous le faisons avec amour, et que de tous les labeurs humains c'est le seul qui n'ait pas l'air d'être une punition... Voilà ce que c'est que la vie d'artiste... Est-ce que tu avais une autre définition !
• Madame Jourdeuil, Henri.
7r. I.K SACHiriCK
MADAME JOURUELIL
Oui, mai- j ai m o mieux la tienne... (T'n tomps.) Alor.-, tu travailler beaucoup.
HENRI
Beaucoup !
MADAME JOURDEUIL
Ht te» affaires vont bien, toujours?
IIF.NRI
Très- bien!
MADAME JOURDKCII.
l'ourtanl, quand on est mèro. coninie on se fait des idées... Fiprure-toi que, la nuit derni(>re, en runiinatit toute seule dans ma ItHe, oette pen.-^éo m'est venue tout a coup que t«'s affaires allaient trè.s-inal et que ci'tait pour ne pas nous tourmenter que depui> quelque temps tu nuU8 cachais ta vie.
HllNRI
Kn voilà une i<l.'e!...
MAUAMli .liiL'KUEt II.
Tu haih comme la c<M'velU' trotte quand on est concile?... J'avais déjà fait mon plan; je disais : c Voilu! nous rontreron-; à l'aris, I.'iui>e donnera des leeon- ; moi, je reprrndrai mes broderies. «
ilKNUI
Tais'toi, tu nu- fais frémir.
MADAME JOURDKUII.
l*oiii<|U(ii? Tout cela n'est pa^ bien effrayant, je ta.iaur' .
HENUI Mais enfin nou-> n'en sommes pas la... Est-ce que j'ai l'air d'être mallicurcux f... Tiens 1 regarde... ^11 m"iilr«« \';tio\ifr.)
ACTK II 77
MADAME JOURDEUir.
Oh! je lai bien vu, va... Aussi, tout de suite, mes idées noires de cette nuit se sont envolées... Comme il est beau ton aielier! C'est égal, j'aimais encore mieux l'ancien.
HENRI
Pourquoi ?
MADAME JOURDEUIL
Parce que j'y venais plus souvent, et puis, les jours où je ne venais pas, il y avait mon portrait dans un coin, qui te regardait travailler.
HENRI, à paît
. Allons, bon ! le portrait.
MADAME .TOURDEUIL
De cette façon, j'étais toujours près de loi,..
HENRI. vivpmPiil
Mais je l'ai encore, ton portrait ; il est dans ma chambre, au chevet de mon lit, mon petit lit de ter, du temps que j'étais à la maison...
MADAME .TOURDEUIL
Ah! c'est gentil; voyons cette chambre. (F.il.^ va à lu porte de gauche]
HENRI ', l'arvètant
(A part.) Diable! (Haut.) Non... n'entre pas... tu ne verrais rien.,, c'est trop on désordre.
MADAME JOURDEUIL
Bah ! Qu'est-ce que ça fait? une maman.
HENRI
Xon... je t'en prie.
• Henri, Madame .TouvJeuil.
MADAME JOURDBUIL
Mais tu plaisantes... (Subitement.) A moins que... (Bas.) Est-ce qu'il j a quelqu'un là?
HENRI
Personne. . il n'y a que Namoun qui est en train de ranger.
MADAME JOURDEUIL
Ah!... Namoun !... (Kilo seI..i|L'no de 1;) jiorte.) Bien. HENRI
Dame ! je ne suis pas tout à fait installé... C'est un fouillis là-dedans. Un autre jour, je te la montrerai .
MADAME JOURDEUIL
Oui, oui... c'est cela, un autre jour... Maintenant, adieu, je m'en vais vite.
HENRI
Comment! déjà... reste encore un pou.
MADAME .TOURDEUIL
Non! non!... je ne veux pas te gêner.
HENRI
Mais tu ne me gènes pas...
MADAME JOURDEUIL
D'ailleurs, ton père doit commencer à s'impatienter. .. tu ne m'en veux pas trop, n'est-ce pas^ d'être venue...
HENRI
T'en vouloir?
MADAME JOURDEUIL
Vois-tu, quand on aime les gens, on est bien aise de savoircomme c'e.-ît chez eux. De cette façon, lorsqu'on pense à eux, on t^e les représente mieux, on est avec eux davantage.