ACTE ITI
deux?... Voyons, est-ce sérieusement que tu es entré
ici?...
HENRI
Très-sérieusement.
FRANQUEYEOL
Alors tu renonces à la peinture?
HENRI
• J'y ai renoncé.
FRANQUEYROL
Mais tu n'en a pas le droit, misérable !
Àh ! oui, l'art, la gloire, mon pays!... Il me semble que j'entends papa Jourdeuil.
FRANQUEYROL
Il s'agit bien de ton pays. Il s'agit de Pierre Franqueyrol, ici présent, qui est allé to chercher au fond de l'Adriatique, et qui ne veut pas avoir risqué sa peau pour repêcher un... papetier... Il y en a déjà trop de ces bonshommes-là! Tu ris?... Eh bien! moi je te dis que si tu renonces à la peinture, j'ai le droit d'aller te flanquer dans l'Adriatique, à la place où je t'ai trouvé et dans la même position... Ma parole d'honneur 1 je te remets là et je ne m'en mêle plus.
HENRI
Ah ! tu aurais bien mieux fait de ne jamais t'en mêler... On doit être si bien sur un bon lit de sable, au fond de la mer, sans penser... (Un temps.)
FRANQUEYROL s'approche
Toi, tu as du gros chagrin, bien sûr.
HENRI, relevant la tète Du chagrin. . Ah! ben oui... je suis très-content, au
1(.J LK SACRIFICK
contraire... J'ai une place magnifi»iue... je gagne beaucoup d'argent...
FRANQUEYROL
Ainsi ce n'est qu'une question do gros sous!... Tu es ici parce que tu veux gagner de l'argent?
HENHI
Oui.
KRANQUEYROI.
Mais, brigand de bon sort! qu'est-ce que c'est donc (|ue cotte rage d'argent qui te pousse? De l'argent! gués aco'i Pourquoi faire, de l'argent? Kst-ce que tu n'en gagnais pas plus qu'il t'en fallait pour toi seul'.'... Voyons! tu as donc des vices, maintenant? Tu joues? tu fais courir?... Quoi?... des enfants?... Non! .. Alors c'e.>^t donc ton p«''re qui est dans le vrai, et les peintres d'aujourd'hui, vous n'êtes tous que des vitriers...
HENRI, (I un :iir iiriuriioniiiir
Hé! mon cher, c'est bien dur aussi d'être exposé toute sa vie aux privations et aux déboires de la bohème arti.stique... Et, ma foi! quand on trouve une jolie situation, bif^n .issjso, bien régulière...
FR.VNQUEYROL
Non !... non!... c'est impossible... ce n'est pas do lui, ces phrases-là; Clémence a raison, ce n'est pas de lui.
HBNRIj tr<s-t'inu Clémence !... tu l'as vue?... (Plus bas.) Que fait-eUc? Que t'a-t-elle dit?
FRANQUEYROL, lui pr^^iiant la main avec ^nerpio Elle m'a dit que tu mentais, que tu lui avais écrit une lettre trop cruelle et trop lâche pour être vraie, et •lue. quoi qu'il arrive, tes amis devaient l'aimer quand même et te rester fidèles malgré toi, parce qu'il y aurait toujours quelque chose de grand et d'héro'ique au