‹ Le sacrificeChapitre 68 sur 79 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

fond de tout ce que tu ferais... Voilà ce qu'elle m'a dit, la pauvre! voilà ce qu'elle m'a dit avec ses beaux yeux tout reluisant de larmes. (Henri se détourne très-ému.) El maintenant. .. maintenant je suis sûrqu'elle ne s'est pas trompée.

Eh bien ! oui, c'est vrai... J'aime cette femme avec passion! j'aime mon art avec rage ! mais dussé-je en mourir, il faut que je renonce à tous les deux... Tiens ! laisse-moi, Pierre, va-t'en... Tu ne saispas, toi... il y a des devoirs terribles...

FRANQUETROL

Mais, enfin, dis-moi au moins quels sont ces étranges devoirs?...

HENRI

Jamais!... C'est le secret de ma vie... je ne le livre à personne.

FRANQUEYROL

Ingrat! Et moi qui serais si heureux de pouvoir te livrer le mien. Car j'ai un secret moi aussi dans ma vie, un gros secret qui me pèse et que j'aurais bien besoin de confier à quelqu'un... mais à qui veux-tu?... Je n'avais qu'un ami, et tu vois, je suis en train de le perdre... (Le prenant par le bras.) Mais réponds -moi donc, cap de dieu! Dis quelque chose... non! tu ne veux pas? Eh bien ! alors embarque, Pierre qui roule ; il était dit que je roulerais toute ma vie... Il fait un pas vers la porte).

HENRI Pierre!... (Franqueyrol s'arrête.) Tu t'en vas '?

FRANQUEYROL

Et pour toujours...

HENRI

Pour toujours ? ... tu me j ures que c'est pour touj ours. . . Alors écoute, mai:> rappelle-toi qu'en me forçant à te

livrer mon secret, tu me condamnes à ne plus te revoir... (il le prend pnr la main et l'amène sur le devant de la scène. Le tapis du divan s'agite. La tète de Namoun parait avec deux petits yeux très-brillants qui écoutent) Tu me demandais tout-à-l'heure si j'avais des enfants, eh bien! oui j'en ai!

FRANQUEYROI.

Ah ! l'imbécile...

HENRI

J'ai trois enfants qu'il faut nourrir.

FRANQUEYROL

Trois!'.!

HENRI

Oui, trois enfants, tu les connais... mon père, ma mère et ma sœur.

FRANQUEYROL

Comment I ton père... mais je croyais... tu m'avais dit que tes parents

HENRI, souriant

Avaient de petites rentes... hé! sans doute. Ils ont celles que je leur fais.

FRANQUEYROL

Ah ! je comprend.s alors.

HENRI, b.nissantla voix

Il y a six ans, lorque je revins d'Italie, je trouvai la maison ruinée, mon père vieilli, sans courage, et près de la petite sœur malade, ma mère qui brodait nuit et jour pour gagner gros comme ça de pain... un vrai désastre... tu penses, moi qui revenais de mon beau voyage avec ma boîte à couleurs pleine de soleil, me trouver en face de cette misère et de ces nouveaux devoirs !... C'était dur... Dix-neuf ans et des pinceaux neufs, nourrissez donc une famille avec cela... Ah! j'ai

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