‹ Le sacrificeChapitre 70 sur 79 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

n'est-ce pas? Parbleu I . .. alors tous ces immortels chefsd'œuvre...

HENRI, bas

Roulés là-haut dans un coin de grenier... Qu'est-ce que tu veux? Le pauvre homme a toujours besoin d'un peu d'argent pour ses faïences, et j'ai trouvé ce moyen.

FEANQUEYROL, amer

C'est égal! le bonheur des tiens te coûte cher, à toi... ton art, ton amour, ta vie, tu leur as tout donné, tout sacrifié...

HENRI

Tout!... et je ne me plains pas... Si complet que soit mon sacrifice, il me reste la joie de me dire : « C'est pour eux » et avec cette pensée-là, vois-tu...

FRANQUEYROL, violemment

Tais-toi... c'est épouvantable... c'est épouvantable de penser que des êtres qui t'adorent aient pu te faire tant de mal... Voilà donc ce que c'est que la famille, grand Dieu ! quelque chose qui vous aime et qui vous...

HENRI

Pierre.

FEANQUEYROL

Oh I la vieille légende de la Bible, Abraham immolant son fils, comme elle est féroce et comme elle est vraie.., tiens! te rappelles-tu, à Venise, au couvent des Arméniens, cette singulière peinture qui nous a tant frappés. Cela représentait ce qu'on est convenu d'appeler le sacrifice d'Abraham, et que j'appelle moi, « le sacrifice d'Isaac ». Etrange tableau! Il me semble que je le vois encore... Isaac est au milieu, debout, appuyé contre l'autel; c'est un vigoureux garçon de seize ans, le cou nu, les pieds et les mains libres d'entraves; il pourrait se défendre, il pourrait s'enfuir, mais non!

nu LE SACRIFICE

son sacrifice est volontaire. Il attend la mort et il sourit... A fîauche, Abraham, un vieux paisible et iloux, coiffé à l'archange comme le pure Jourdeuil, aiguise avec le plus grand soin un large coutelas dont il va se servir tout à l'heure... Dans le fond, une vigne sauvage et un petit agneau qui la broute... Tout cela trùs-grossier, tros-naïf ; mais c'est égal I on n'a pas envie de rire... Ce piire qui va tuer est si tranquille, ce fils qui va mourir est si résigné il y a tant de douceurdans ce i^ourirede victime, ces yeux d'enfant ont si bien l'air de dire : « Mon père, prends ma vie, c'est toi qui me l'as donnée, " non, jamais peinture au monde ne m'a plus profondément remué... Eh bien ! mon cher, ce tableau-là, c'est ton histoire, tu es résigné comme Isaac, sacrifié comme lui, et comme lui tu as la famille pour bourreau... Seulement, toi, Dieu n'a pas songé à l'envoyer un petit agneau qui fût immolé à ta place, et le coutelas d'Abraham. (Avec un geste terrible.) A fait son œuvre jusqu'au bout.

NA.MOUN, se dressant avtv. culêre les poiugsBerréb

Macach bono, Abraham !... Ouallah ! macach bono. (Il boudil du divan el suri par le fond d'un air furieux.)

l'RANQUKYROL, se tournant Uein?... qui est donc là?...

IIKNRI

liien... C'est Xamoun qui se réveille et qui retourne au travail... voilà l'heure... (La cloche des ateliers sonne. — La cour du fond be remplit d'ouvriers. — Henri se levant avec eflorl.) Allons 1 (U va vers la table.)

l'RANQUIiYROL Ou VUù-tU ■/...

HENRI

Travailler, comme les autres. Je suis un ouvrier,

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