‹ Le sacrificeChapitre 69 sur 79 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

maudit la peinture, à ce moment... J'aurais voulu être portefaix, homme d'équipe, n'importe quoi qui gagne cinquante sous par jour... Pourtant je me mis à Toeuvre avec courage, et sur une toile achetée à crédit, je commençai mon premier tableau... j'eus toute ma chance tout de suite, mon tableau se vendit bien, on en parla, les commandes arrivèrent, et désormais la pauvre maman n'eut plus besoin de travailler. Moi, je mettais les journées doubles; mais je ne m'en plaignais pas. J'étais si heureux de leur faire du repos et du bien être à tous avec mon travail. Tout alla bien pendant trois ou quatre ans; puis un matin la chance tourna. Ah! ces sautes-de-vent de la vogue parisienne, c'est terrible 1 Juste au moment où je sentais le talent me venir, le vrai talent, tu sais, celui de dessous qui monte après le folletis de la vingtième année, juste à ce moment le succès m'abandonna. Tout seul j'en aurais ri, c'était si bête ! mais avec trois enfants sur les bras il n'y avait vraiment pas de quoi rire... Par bonheur, lorsque ma débâcle arriva, je venais de les installer à la campagne; et comme ils vivaient loin de moi, ils ne se doutèrent de rien... Ça vois-tu, c'est mon triomphe 1.... Pendant deux ans, j'ai mené une vie de galère, les courses chez les marchands, les refus, les aflfronts, les protêts, les saisies, tout l'horrible train de la misère ; mais chezeux, là-bas, il y a toujours eu la même existence sûre et paisible, toujours du bon pain blanc sur la table, et un loyer d'avance dans le tiroir... tu comprends, ces pauvres vieux! ils en avaient eu assez de ces histoires-là; je ne pouvais pas les y fourrer encore... Par exemple j'ai eu du mal... Ah ! oui, j'ai eu du mal... cet argent, ce terrible argent qu'il fallait décrocher tous les mois... Et puis, c'est qu'à la maison on ne le ménageait guère. J'avais tellement l'air d'en avoir plein mes poches... on me faisait des cadeaux, des surprises... Le jeudi quand j'arrivais, quelquefois j'étais à jeun depuis la veille, je trouvais des galas, de vrais galas préparés en mon bon-

lOS LE SACRIFICE

neiir. Alors t^i j'essayais de gronder, bien doucement, tout le monde se récriait et j'entendais au fond de la cave la bonne grosse voix du père Jourdeuil : « Ce sc- ^ raittrop fort que lesjoursoùtn viens on ne mit pas " les petits plats dans les grands. »' Il n'y avait rien à répondre. Il fallait s'asseoir, manger avec enthousiasme, et... et de l'entrain tout le temps! sans quoi voilà la pauvre mère très-inquiète, s'imaginant je ne sais quelles folles histoires, et me prenant dans les petits coins pour me dire dun air de reproche : « Tu en mènes une vie, hein! •• C'était navrant.

FRANQUEYBOL

Pécaïre !

HENRI

Mon cher, j'ai fait ce métier-là pendant doux ans, espérant, espérant toujours. Mais un moment est venu où malgré tous mes efforts j'ai senti la misère monter, m'envahir, arriver jusqu'à eux par dessusma tête...Oh ! alors, j'ai eu peur. Non pas pour moi, tu penses bien. J'avais pàti deux ans, je pouvais pâtir dix ans encore, toute la vie s'il eût fallu... Mais revoir ce que j'avais? vu, la misère en famille, ma sœur courant le cachet, ma mère s'épuisant sur ses broderies, ces petites broderies à dents de rats (i.ui mangent les yeux des femmes. . . non! non! ce n'était pas possible. Moivivant, deschoses pareilles ne pouvaient pas arriver. Et c'est pour qu'elles n'arrivent pas, que je suis entré ici.

FBANQUEYROL * Pauvre enfant, (lu tfin|)>. — Nniiionii sur In divan cssuyf

ses jeux avec son poin;,' fernif') Mais enfin ton père, ton père n'aurait donc pas pu t'aider lui qui vend si bien ses affreux tableaux à horloge... Au fait, je suis naïf encore moi, de croire qu'il les vend! Qu'est-ce que c'est que cette histoire de Jackson?.... c'est de ton invention,

■ Naniouii ci'iiclié. 1 l'an'jucyrol. lli'niy.

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