ACTE PREMIER
BÉZÜCHON,
C’est à dire que c’est une vraie chance de finir comme çà. charançon.
Ah ! vou« avez bien raison !
LANTERNOIS.
Du reste, c’est ce que je demande au ciel tous les jours!
MADAME LANTERNOIS, se jetant k son cou.
Ah! mon ami !
BÉZÜCHON.
Quand on pense que ce pauvre Bérillot pouvait, d'un jour à l’autre, être atteint d’une de ces maladies qui vous clouent au lit pendant des mois.
CHARANÇON
C’est lui qui aurait été malheureux! car il était comme moi, il ne pouvait pas rester en place!
Il s assied k gauche.
BÉZÜCHON.
Le voyez-vous forcé d'observer une diète sévère, lui qui aimait tant la table... contraint à ne boire que de Peau? lui qui aimait tant le vieux bourgogne.
LANTERNOIS.
Mais il aurait souffert le martyre.
PRINCARROT, avec brusquerie.
Tenez, vous allez peut être trouver que je vas un peu loin, mais je vous dis carrément ce que je pense... c’est très-heureux qu’il soit mort...
BÉZÜCHON.
Mais oui, c’est très-heureux.
'LANTERNOIS, k Bonami.
Il a raison, c’est très-heureux, d’autant plus que... je ne sais pas trop ce qui serait arrivé si... Tenez... Charançon, vous connaissez bien le père Béju?
CHARANÇON, approchant son fantenil
Le cantonnier... un bambocheur, un ivrogne!... si je le connais? j’ai dû faire vendre chez lui à la Saint-Martin pour quatre termes qu’il me devait.
LANTERNOIS.
Mais, au dernier moment, vous avez été payé?
CHARANÇON
Oui.
LANTERNOIS.
•Eh bien, savez-vous qui lui avait donné l’argent?
f CHARANÇON.
Bérillot peut-être?
' LANTERNOIS.
Juste et ça, parce que Pierre Béju avaitune fille de dix-huit ans, bien fraiche, bien rose... et que Bérillot en était amoureux.
TODS.
Pas possible...
LANTERNOIS.
C’est-à-dire qu’il avait juré de l’épouser... je le sais... Eh bien, si ce mariage s’était fait, que serait-il arrivé? Je vais vous le dire? La petite Béju, qui a des goûts de dépense, aurait usé de son pouvoir sur son mari pour l’emmener à Paris ; là, plaisirs et folies do toutes sortes dont eût souffert la santé du cousin. Puis, comme la fille est jolie, elle aurait eu des intrigues... Bérillot, jaloux comme tous les vieillards, aurait mangé jusqu’à son dernier sou pour lutter avec ses rivaux... Ceux-ci l’eussent emporté tout de môme, et un beau jour, triste, souffrant et miné par le chagrin, Bérillot se serait éteint dans quelque coin ignoré de la grande ville... vous voyez donc bien que c’est très-heureux qu’il soit mort.
TOUS
Très-heureux!
Bézachoo rit à part.
BONAMI, en confidence.
Je voqs dirai qu’il y a un motif plus sérieux encore pour se féliciter de cet état de choses 1
LANTERNOIS.
Comment?
BÉZUCUON, riant de nouveau.
Ils vont très-bien, tout seuls.
BONAMI
Vous n’ignorez pas que notre pauvre ami n’accomplissait que très-imparfaitement ses devoirs de chrétien I
LANTERNOIS.
Ma femme était toujours en guerre avec lui pour ça.
BONAMI
Eh bien... l’excellent curé de Valrose avait juré de lui faire faire son salut malgré lui, et savez-vous ce qu’il imagina pour en arriver à ses fins?
TOUS
Non...
BONAMI
Il proposa au cousin défaire chaque jour avec lui un cent de piquet.
LANTERNOIS»
Comment ?
CHARANÇON
Un cent de piquet! ,
BONAMI
Il faut vous dire que le curé de Valrose a dans son jardin, cinquante pieds de tulipes des plus rares... do louttemps, Bérillol avait voulu les acheter et le curé avait toujours refusé