SCÈNE II
RAV1G0T, MARGOTET, BANCROCHE.
Margotet marche le premier, Ravigot le sait en traient la jambe. RAVIGOT, humant arec délices.
Ça sent la friture!
MARGOTET,
Asseyons-nous... assieds-toi, Ravigot...
fiancroche qui vient de reparaître, essuyant la table. BANCROCHE.
Que faut-il servir à ces messieurs ! bons vins, bonnes liqueurs, bonnes fritures, goujons, éperlans!
RAVIGOT, joignant les mains.
Des éperlans !
MARGOTET, à Bancroche.
Vous me donnerez.. *>une bouteille à un franc.
RAVIGOT.
Ça c'est une idée! il doit être excellent à un franc...
MARGOTET.
A mon ami Ravigot, vous donnerez un demi-litre à douze.
RAVIGOT, vexé.
Ah!
Le cabaretier sort. Ravigot allume nn cigare. MARGOTET.
Mon cher, je n’ai sur moi qu’un franc trente centimes... Je hais le vin au litre...
Et vous prenez pour vous le vin en bouteille. C’est bien simple !
MARGOTET, qui mâchonnait un bout de cigare.
Du feu, je te prie !
Ravigot lai passe son cigare. Margotet le prend, te fume et rend k Ravigot le bout qu’il mâchonnait.
RAVIGOT.
Ah! mais pardon... pardon!... vous vous trompez!
Il veut reprendre son cigare.
MARGOTET, avec sévérité.
Je ne me trompe jamais!
RAVIGOT, navré.
Pas de chance!
Bancroche a apporté deux verres, une bouteille et un litre â moitié plein . MARGOTET, trinquant avec Ravigot.
Ma foi! à la campagne, c’est un plaisir d’écraser un grain.
C’est charmant!
RAVIGOT.
Écrasons donc.
Écrasons! .
RAVIGOT.
Ils boivent.
MARGOTET.
Est-il bon ton vin à douze, Ravigot ?...
RAVIGOT, faisant la grimace.
Excellent !
MARGOTET.
Sois gai alors.
RAVIGOT.
Mais je suis gai... (Riant.) Mon Dieu, suis-je gai ! (Effrayé.) Pourquoi donc suis-je gai comme ça ?
Sans être vu de Margotet, il change les verres de place.— Margotet vide celui de Ravigot, se lève fuiieux et frappe de sa canne sur la table.
MARGOTET. „
Môssieur Ravigot!
RAVIGOT, tremblant.
Eh bien! quoi, je me suis trompé!
MARGOTET.
Je ne me trompe jamais, moi... Tâche de m’imiter... (Ravigot fait un mouvement de mauvaise humeur.) Décidément, il n’y a rien à faire avec toi, je passe ma vie à te donner des distractions. Tu fumes mes cigares... tu bois mon vin... et tu fais toujours ton nez!
RAVIGOT, avec reproche. *
Avant de vous connaître, monsieur Margotet, quand j’étais clarinette aux Funambules, je menais une existence réglée, honnête... toujours sans le sou, c’est vrai, mais honnête!
MARGOTET, chantonnant.
* Faut d’ la vertu, pas trop n’en faut. »
RAVIGOT.
C’est mon avis. Aussi, quand j’ai fait votre connaissance et que vous m’avez dit : « Je suis imprésario, je cherche à monter un café-concert, voulez-vous être ma clarinette? » J’ai accepté. Vous n’avez pas monté le moindre café-concert.
MARGOTET.
Non! mais j’ai utilisé ta clarinette...
RAVIGOT, soupirant.
Dans quelles occasions, mon Dieu !
Il presse son instrument sur son ccenr.
MARGOTET.
Je ne sais pas de quoi tu te plains; ma parole d’honneur, on dirait à t’entendre que nous sommes deux brigands calabrais.