ACTE TROISIÈME
BERNARD, souriant.
Tout ce que vous en pensez-vous môme !
Lazare lui serre la main.
LAZARE mettant des pipes et du tabac sur U table.
Vous ne fumez pas la pipe ?
BERNARD
Si fait...
Il ps end une pipe que lui présente Lazare — Ils allument leurs pipes. Lazare met sur la table un carafon de coguac et il verse.
LAZARE, regardant la fenêtre, par laqucllo la lune envoie un rayon.
Belle nuit, sacrebleu!... froide... mais belle!... Les toits reluisent comme s’il étaient d’argent.
Ils fument tous deux. Un silence.
BERNARD, fumant.
Cette fumée ne va pas faire mal à la petite?...
Elle y est habituée !... (Lui tapant gaiement sur l’épaule.) Maintenant peub-on savoir ce qui s’est passé depuis hier...
BERNARD
Bien des choses, mon cher Lazare...
LAZARE
Des choses... bonnes?
BERNARD, radieux.
Excellentes I
LAZARE
Dites-moibien vite tout ça.
Il lui verse un verre de cogaac.
BERNARD, après avoir bu.
Vous savez mon histoire, mon cher Lazare... l’amour terrible que j’ai au cœur...
LAZARE
Oui! ouil Et je sais aussi la jolie petite vie que vous menez depuis un an!... Des scènes... des reproches... des menaces môme!... Tonnerre! l’amour grincheux, ça ne m’irait guère. .. Parlez-moi de l’amour qui rit et qui chante!
BERNARD
Eh! mon ami, pouvait-elle avoir le cœur à chanter et à rire, la pauvre enfant!... Songez donc : c’est si effroyable pour une femme jeune et belle, habituée au luxe, au plaisir, d’être forcée d’y regarder à deux fois pour s’acheter des gants ou des bottines!...
Le fait est que... c’est pas drôle... Mais c’est vous-même qui...
BERNARD
J’étais injuste pour elle... j’aurais dû, sans rien dire, accepter ses reproches... Mais, que voulez-vous, moi aussi cette gène perpétuelle m’affolait... j’étais aigri... irrité...
LAZARE
Ça se comprend, parbleu, ça se comprend... On dit un mot... un auire et, de fil en aiguille, on en arrive à se chamailler pour tout de bon'... J’ai été marié, moi, je connais ça 1... Dieu merci, à ce que je vois , les hostilités ont cessé.
BERNARD
Depuis hier, mon cher Lazare, elle est méconnaissable... Ce n’est plus la même femme!... bonne, douce, indulgente,
' elle me redonne force et courage... Plus un seul mot cruel... plus d’amertum», de colère... Croiriez-vous que ce soir, elle voulait me demander pardon, comme si elle était coupable!... Elle m’aime enfin, Lazare... Elle m’aime et voilà pourquoi j’ai la joie au cœur et la gaieté au front.
LAZARE se 1ère et dessert la table tout en parlant.
Eh bien! parole sacrée, ça me fait plaisir ce que vous me dites-là.... Depuis trois mois à peine, vous habitez ici... et il n'y en a pas seulement deux que je vous connais! mais je m’intéresse à vous comme si nous étions à tu et à toi depuis vingt ans !... Vous m’allez, quoi, vous m’allez... et votre chagrin me faisait de la peine... Je n’ai donc pas besoin de vous dire combien votre bonheur me rend heureuxl (Trinquant.) A votre santé, voisin...
BERNARD
A la vôtre (se lerant.), et à demain!...
A demain! Vous allez passer une bonne nuit, pas vrai?
BERNARD
Ah! je vous en réponds I... Bonsoir... bonsoir 1 Bernard sort. Louise paraît snr le seuil de la chambre à coucher.