‹ Le sacrilégeChapitre 96 sur 141 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, dans le cabaret.

MAHGOTET, jonant.

Deux cent cinquante.

IULES, jonant. »

Deux mille.

Veinard !

JULES

C’est Margotet qui paie les œufs rouges.

MARGOTET.

Ma revanche. Une bouteille à quinze...

JULES

Ça va...

Us jonent. Pipencorne verse an comptoir. Lodoïska, tont en achevant de i manger; son œuf rouge, est venue rasseoir à la table de Bernard qui la regarde silencieusement.

LODOtSK A.

T’as les yeux pleins de larmes...

BERNARD, d’une voti faible.

Oui.,.

LODOÏSKA

Ne pleure pas comme ça! (Elle prend son mouchoir et essuie les jeux du jeune homme. Mouvement de Bernard. Avec naïveté-] Oh ! il est

propre !

Bernard lni prend la main.

BERNARD, ému, à Lodoïska.

Tu es donc bonne! toi?... Tu as donc pitié de moi?

lodoïska.

Pourquoi pas?... (Silence.) Pauvre garçon! V’ià qu’il pleure encore !

Elle va lui essuyer les yeux de nouveau. Bernard la repousse. BERNARD, brusquement.

Mais au fait, qui es-tu? Que me veux-tu?

LODOlSKA, doucement.

Ne bois plus .. (Bernard se met b rire. Il se verse des verres pleins et les vide d’un trait.) Ne bois donc plus...

BERNARD

Laisse-moi!... Je ne veux plus penser!

JULES, à part, en continuant de jouer.

Qu’est-ce qu’elle fiche donc avec ce paroissien-là?

LODOÏSKA, à Bernard.

Tu vas te griser.

BERNARD, qui s’enivre.

Tant mieux!... (D’une voix rauque.) Vois-tu, j’avais une maîtresse que j’adorais... Eh bien ! elle est partie... elle est loin, bien loin... en Allemagne. Elle va se marier là-bas!.. Se marier... et je ne la reverrai plus jamais... Car je n’ai pas d’argent... et je ne puis aller la rejoindre.

JULES, distrait, à part.

Oh ! mais il va finir, ce collégien là.

* II laisse le jeu.

MARGOTET, le ramenant au comptoir.

Viens donc!

JULES

J’ te dis qu’elle le reluque!

BERNARD, avec éclat.

Ah! si j’avais de l'argent!... je ne serais pas long à partir, va, et ce mariage, je saurais bien l’empêcher... Oui! dussé-je la tuer, jé l’empêcherais!... mais je ne peux pas partir!... (Se versant do nouveau et buvant avoc rage.) Ah! que 1 ivresse vienne donc, mon Dieu, qu’elle vienne et que j’oublie I

LODOlSKA, très-émue.

C’est à fendre l’âme... et, si j’étais pas dans la débine, parole sacrée, je te donnerais ce qu’il te faut pour aller là-bas 1 (Avec inspiration.) Veux-tu ma montre? (Elle tire une petite montre d’argent i mouvement de Bernard.) C’est vrai, on ne prêterait pas gras là-dessus.

„ BERNARD

Tu as du cœur, je te plains! ce n’est pas toi qui me ferais pleurer.

Il lui prend la main.

JULES, l’apercevant et avec colère.

Des attouchements à c’t’ heure P

M A RGOTET, qui vient dejouer.

Gagné à mon tour.

JULES, qui est descendu près de Bernard ot frappant du poing sur la table.

Eh! c’est la faute à ce môme-là.

LODOÏSKA

Qu’est-ce qui te prend à toi.

JTE QUATRIÈME

JULES

Il me prend que ça no me va pas que tu causes avec les passants.

LO DOIS K A, arec un étonnement naïf.

Et depuis quand? ,

JULES

Eh ben... cause-lui encore et tu vas voir...

lodoTska.

Va donc !

Elle hausse les épaules.

JULES, furieux.

S’il te dit un mot de plus, je le mange.

LODOlSKA, menaçante, se levant

Eh ben, touche-le donc.

BERNARD, l’écartant doucement.

Laisse, laisse, ma tille.

JULES, écornant.

Il la tuteyel...

Il sc met en positio LODOlSKA, h Bernard.

Prends garde! il est fort 1...

BERNARD

Tant mieux... Oh! s’il pouvait me tuer.

MARGOTET, mettant les tables de côté.

Faisons le ménage!

BERNARD, à Jules.

Mange-moi donc!

Lutte de quelques instants; il lui donne un coup de poing dans la ligure. JULES, reculant.

Tonnerre !

PIPENCORNE.

Touché !

MARGOTET, riant.

Hardi ! le petit ! (Us se battent, Margotet, pendant une seconde d’arrêt, A Jules avec bienveillance.) Voyons. tombe-Ie gentiment et que ça finisse...

BERNARD

Me tomber ? es-tu bétel puisque je n’ai plus rien à perdre, c’est moi qui vais gagner.

D’un coup droit dans la poitrine, il envoie Jules rouler sur le plancher et se précipite sur lui le poing levé. Lodoïska s’élance et l’arrête.

LODOlSKA, A Bernard.

Oh! non, alors! (a Jules en souriant ) l'.h bien! y os-tu. JULES, so relevant.

Oui... j’en ai assez.

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