‹ Le sage de l'IndostanChapitre 1 sur 14 · LETTRE-PRÉFACE · texte numérisé non relu

LETTRE-PRÉFACE

Par m. Maurice de LA SIZERANNE

Secrétaire gOnOral de l'Association Valeiitin llaliy pour le bien des Aveugles.

Paris, le 14 février iSç)].

Monsieur,

Vous voulez bien nie consulter sur l'opportunité de la publication du « Sage de V Indostan >). Ce n'est pas, sans doute, une appréciation littéraire que vous attendez de moi : bien d'autres ont pu vous la donner avec plus d'autorité que je ne saurais le faire. Si vous vous adressez au Secrétaire Général de /'Association Valentin Haûy pour le bien des aveugles, c'est qu'en écrivant ce petit drame la pensée dominante du bienfaisant Fabre d'Olivet a été d'attirer l'attention, la sympathie du public, sur la grande œuvre de son illustre ami, Valentin Ilaiiy : la régénération sociale desaveugles par l'enseignement intellectuel et professionnel. A ce point de vue, il est un des nôtres, un précurseur de l'Association T)alentin Haily qui a inscrit en tête de son vaste programme la vulgarisation, par la parole et par la presse, des aptitudes des aveugles instruits à notre époque. Un jour, nous l'espérons, le public, détrompé par lesfaits, quittera enfin le préjugé séculaire que

sans les yeux diicoips, ihommene saurait faire œuvre utile à autrui, préjugé sifuneste aux aveuglesinstruits et courageux qui cherchent à gagner leur vie par leur travail. Mais, si absorbés que nous puissions être par le soin de l'active propagande que nous poursuivons et par larecherche d'écrivains dont le talent servira notre grande cause, nous n'aurions garde d'oublier ceux qui, il y a cent atis, nous ont frayé la voie, et Fabre d'Olivet estdu nombre. Il mit spontanément sa plume auservice des aveugles et, dans les recueils littéraires alors à la mode, il plaida en vers et en prose la cause des enfants d'Haùy. Sans doute, écrits dans le goût de l'époque, ses plaidoyers n'ont pas toute la vigueur, toute la précision recherchées aujourd'hui lorsqu'on veut porter juste, iJiais ils ont eu leur heure : or, c'était la première. Honneur aux ouvriers de cette heure-là ! Une grande pensée domine tout ce petit drame du « Sage de l'Indostan » ; c'est celle de la régénération du malheureux par le courage et la persévérance que donne le malheur lui-même. Plusieurs des vers de Fabre d'Olivef peuvent être cités aux aveugles comme des formules précises du devoir que Dieu impose à celui que l'infortune accable : grandir avec l'obstacle et le surmonter .

I Le pilote s'instruit au milieu de l'orage,

0 Le malheur est l'école où se forme le sage. »

L'appel que Fabre d'Olivct adressait, en vers, au public de son temps lorsqu'il disait :

IL O vous dont le cœur est sensible, (c Venez contempler nos travaux.

« Voyez, au milieu de nos maux, « Ce que l'étude rend possible, »

cet appel, nous le répétons sans cesse : (( Venez visiter

nos écoles, nos ateliers, disons-nous, et, après avoir examiné les résultats de renseignement intellectuel, musical ou industriel donné aux aveugles, vous croirez, vous comprendrez que les aveugles instruits de nos jours peuvent être utiles non seulement à eux-mêmes, mais encore à la société active au sein de laquelle ils aspirent à reprendre la place modeste que la cécité semblait leur avoir fait perdre. ))

Veuillez agréer, etc.

Maurice de la Sizeranne

Secrétaire Géiièril d; V Association Vahniin lla'àij pour le bien des i^^uglej.

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