NOTICE
SUR LA Vlli ET LES ŒUVRES DE FABRE D'OLIVET
Sur M. Fabre d'Olivct on ne connaît pas de biographie quelque peu importante.
Il }'■ a plusieurs années, la France protestante en publia une, assez abrégée.
Il s'en trouve une autre dans le Dictionnaire de Bouillet, qui n'est pas très exacte.
Le journal le Soleil^ dans un feuilleton littéraire de 1888, en rendant compte des œuvres dramatiques de 1789, a cité une pièce de Fabre d'Olivet. — Voici à peu près l'article de Bouillet :
« Fabre d'Olivet, littérateur médiocre, parent de Jean Fabre, naquit à Ganges (Hérault) le 8 décembre 1768, et mourut à Paris le 25 m.ars 1825. Il aécrit des pièces de théâtre et quelques poésies. Il est surtout remarquable par la tournure mystique de son esprit. Vers la tin de sa vie, il devint à peu près fou, et publia un volumineux ouvrage intitulé : La langue hébraïque restituée, où il se donna pour avoir trouvé la clé des hiéroglyphes « et prétendit avoir découvert le véritable sens des mots hébreux, que personne n'avait compris avant lui.
Cet ouvrage insensé fut mis à l'index. Il prétendit encore pouvoir guérir les sourds-muets. »
Dans cette courte biograpliie il n'y a guère que la parenté et les dates qui soient exactes.
M. Fabre d'Olivet mourut, en eftet, à Paris, en 1825, mais point fou ; du moins ses derniers ouvrages n'en donnent nullement l'idée. Dans son grand ouvrage sur la grammaire hébraïque, il ne prétend point du tout posséder la clef des hiéroglyphes : il regrette, au contraire, de ne pas les expliquer, et semble seulement pressentir qu'ils ne tarderont pas à l'être, par d'autres que par lui.
Il ne prétendit pas guérir les sourds-muets; mais il réussit, en effet, à en guérir quelques-uns. Dans sa jeunesse il avait étudié la médecine. Sa grande érudition l'avait mis en rapport avec des savants de tous les pays : de sorte qu'à l'aide de toutes ces connaissances, il parvint à guérir le fils d'une intime amie de sa famille, Rodolphe Grivel.
Quant à ce titre de littérateur médiocre, c'est affaire d'appréciation (i) personnelle, peut-être partagée par quelques critiques, et inévitablement combattue par tant d'autres. Si, pour juger du talent d'un auteur, on pouvait s'en rapporter au succès de ses ouvrages, Fabre d'Olivet n'est pas sans mérite, car ses ouvrages eurent parfois de grands succès.
(i) Cette appréciation a été supprimce dans les éditions postérieures du Dictionnaire de Douillet. Cette citation fut tirée d'une des premières éditions, les suivantes eu différent (notamment la xvi').
Une appréciation toute mcderne d'un ancien ouvrage de Fabre d'Olivet fera ressortir quelle différence on trouvera souvent dans l'expression des jugements littéraires. Cet ancien ouvrage est une pièce de théâtre intitulée : Le 14 Juillet, fciit historique en un acte et en vers. Une chronique théâtrale du journal h Soleil, du 16 juillet 1888, apprécie et l'œuvre et l'auteur d'une façon toute nouvelle, où se trouve quelque nuance de politique.
Le spirituel critique, après avoir passé en revue les œuvres inspirées par la prise de la Bastille, arrive à parler de celle-ci.
« Il y a, dit-il, un autre 14 Juillet : celui-là, dans le genre classique et oratoire, est de ce Fabre d'Olivet, si étrange, sorte de fou apocalyptique et visionnaire , qui ne manquait pas de talent et dont on a tort de ne pas tenir compte, quand on fait l'histoire du romantisme. Par son tour d'esprit de Ballanche épileptique, par ses imitations ou adaptations de Byron, par ses poésies mystiques et ses rêveries moyenâgeuses, il en fut peut-être un facteur important. Il en fut, à coup sûr, un représentant bien curieux. Son 14 Juillet, qui fut représenté en juillet 1790, est cependant de peu d'intérêt. Il est tout optimiste, oratoire et extatique. Il nous donnepourtant une idée de ces révolutionnaires royalistes, assez répandus à cette date, qui ne voulaient pas séparer leur amour pour les conquêtes de 89 de leur fidélité au roi, et qui prétendaient faire de la France, selon le mot un
instant célèbre, une : Démocratie royale. Il y a dans le 14 Juillet un toast au roi, très significatif à cet égard. Songez que la pièce a été représentée et applaudie. Les acteurs ne jouent jamais de pièce de circonstance qu'ils ne soient assurés du succès. »
« Voici une partie de ce toast :
« Grand roi ! des cœurs pervers, de lâches courtisans Voudraient d'un joug chéri nous montrer impatients. Reviens de ton erreur, vois ce peuple fidèle, Brûlant pour toi d'amour, plein de crainte et de zèle ; Vois-le, fier mais soumis ; volage mais constant... Et vois dans ce transport refl"et du sentiment. «
« Brave Fabre d'Olivet ! c'est lui qui méritait l'églantine! Cœur généreux, grand esprit synthétique qui inventait d'un coup, tout à la fois, l'identité des contradictoires et la conjonction des centres! »
Voilà pour le 14 Juillet et la prise de la Bastille.
Cette pièce est la première des œuvres quelque peu importantes que publia son auteur: il avait alors 21 ans.
Antoine Fabre avait été envoyé fort jeune à Paris par son père, riche fabricant de Ganges, pour compléter son éducation commerciale. C'est là qu'il se développa. Un hasard heureux de voisinage le mit en rapport avec un médecin célèbre , le docteur Sigault. Celui-ci, remarquant sous des dehors un peu timides des moyens très étendus, une grande facilité pour toutes choses, et peu de goût pour le commerce.se mit dans la tète d'en
faire un médecin. Un s;rand désir de savoir enç^açea le jeune homme à suivre avec zèle les leçons de l'amical et savant professeur. En même temps il s'initiait aux affaires dans la maison de son père. Son goût le poussait vers la littérature et ses diverses occupations ne réussirent pas à l'en détourner. Il commença par composer, presque secrètement, de petits récits en vers. Use sentait attirépar la poésie^ et les grands événements de 89, qui éclatèrent alors, ne firentque développer cette vocation. 11 composa des pièces de vers sur les événements du jour. L'une d'elles, insérée dans un journal, attira l'attention, fut admirée et attribuée àFabre d'Eglantine,qui n'était encore connu que par ses œuvres littéraires. Le jeune auteur comprit combien d'erreurs pourrait faire naître cette ressemblance de nom. Il changea le sien. Au nom de Fabre, qui était celui de son père, il joignit le nom de d'Olivet, qui appartenait à sa mère. Elle était la dernière descendante des d'Olivet de Sauves, nul re portait plus ce nom, et son fils aîné se trouvait naturellement autorisé à le prendre. Plus tard il se fit confirmer ce droit par un acte régulier, et signa tous ses ouvrages de son nom de Fabre d'Olivet.
En 1790, il composa une ode sur la nomination du député de Nîmes, Rabaut de Saint-Etienne, à la présidence de l'assemblée : morceau poétique qui ne fut pas publié et eut cependant un certain retentissement.
Il continuait d'écrire au milieu du tourbillon révolutionnaire, qui entraîna toute la fortune de son père, en-
gloutie^ comme tant d'autres, dans ce torrent et perdue par suite des assignats, de la guerre qui fermait tous les marchés étrangers aux produits français, et de tant de bouleversements que produisent les révolutions. Il a dépeint cette terrible époque dans quelques pages écrites à la fin de sa vie, qu'il appela: « Mes Souvenirs. »
« Pendantla Terreur, a-t-il dit, pendant ces deux années incommensurables, leseulmoyen de sauver sa tète était de s'envelopper d'une complète obscurité. » Il était associé aux affaires de son père et tous deux travaillèrent à éviter une faillite,, qu'ils eussent regardée, dans de tels moments, comme un déshonneur et un manque de patriotisme. Son père ne sauva que de faibles débris à peine suffisants pour le faire subsister, avec sa femme etses filles, dans la petite ville de Saint-Hippolyte(Gard) où il se retira. Le fils resta dans Paris, comptant sur sa plume comme unique moyen d'existence.
Fabre d'Olivet collabora quelque temps à un journal appelé : Vlnvisible. Il fournit quelques ouvrages à une publication bi-mensuelle qui paraissait sous le titre de : Bibliothèque des romans. Il écrivit aussi, mais bOus un pseudonyme {un nom de femme, M""' de B...), une production futile, intitulée: le Savant de Société, recueil de jeux de salon dans le goût de l'époque, qui eut un succès fou.
Enfin il arriva à une position plus stable, lorsque les affaires générales s'apaisèrent un peu. Il n'avaitpas porté les armes, mais son frère était sous les drapeaux, et
aidé du général Bernadotte. avec lequel il était lié depuis le commencement de la Révolution, il obtint une place dans les bureaux de la guerre.
Il continua à travailler, dans ses moments de loisir, à des ouvrages plus sérieux. Il publia, en 1799, un roman A:^alaïs et Je gentil Aimar. Ce n'était qu'un roman , et bien qu'il aiteu du succès, il ne le signapas toutd'abord.
L'ouvrage suivant fut d'un genre plus scientifique : le Troubadour . Recueil de poésies occitauiques, tel fut le nom qu'il donna à la langue et à la littérature des xii% xiii® et xiv" siècles dans le Languedoc et la Provence. Il voulait faire, pour le Midi, ce que l'éloquent Macpherson avait fait pour les Bardes du Nord : fliire revivre une littérature oubliée, une langue presque perdue. De toutes les œuvres occitaniques qu'il put retrouver, il donna des traductions, précédées d'une dissertation savante sur l'état des lettres dans ces temps reculés.
Ce livre (publié en 1804) fut adressé à sa mère et quelques fragments de la dédicace feront comprendre avec quel entraînement il s'était consacré à ce travail.
D'un langage si doux, ô combien ma jeunesse,
Ma mère, a dû chérir les faciles attraits.
En disant ces vieux chants, que tu m'avais appris,
Je sentis qu'à nos cœurs la langue la plus chère
Est toujours celle où nous fûmes instruits
A prononcer ce tendre nom de mère.
L'un de tes fils s'honore au milieu des combats
Et moi, que le devoir loin de tes yeux appelle,
Des lettres et des arts adorateur fidèle,
Je leur consacre mon loisir,
Heureux de te donner un moment de plaisir,
Heureux de ton génie héritier plus docile
Si j'eusse réuni, guidé par tes leçons,
Les fruits de mon étude aux roses de ton style
Aussi facilement que j'ai joint nos deux noms.
Il a fait, dans cette pièce de vers, le portrait de sa famille, fixée dans cet antique Languedoc qu'il aimait tant. Son jeune frère André mourut des suites de la funeste campagne de Saint-Domingue. Cette mort prématurée, a-t-il dit, m'enleva un frère tendrement aimé, et ravit à la France un homme de bien, rempli do talents, de vertus et de modestie.
Fabre d'Olivet avait imité les travaux de Macpherso;:; comme lui, il fut accusé d'avoir quelquefois suppléé, par son imagination, aux frngments originaux qui lui manquaient pour compléter ses traductions. A cela il répondait, sans façon, que : il ne refuserait jamais d'être comparé à Macpherson, qu'il admirait beaucoup.
Quelques années avant la publication de cet ouvrage, il s'était lié avec M. Valentin Haûy, le célèbre fondateur de l'Institution des aveugles, et dans cette œuvre si utile il l'aida puissamment de son concours et de sa plume.
Il composa pour cette maison naissante des articles de journaux, beaucoup de morceaux de poésie, et enfin une pièce de théâtre, qui fut publiée et représentée par
les aveugles eux-mêmes : U Scu^ô de riitdoslaiî, drame philosophique, mêlé de chœurs.
L'idée de faire paraître des aveugles sur la scène était due tout entière à M. Haiiy ; M. Fabre d'Olivet se chargea de l'exécution, et ce véritable tour de force réussit parfaitement.
Ce furent les dernières œuvres poétiques qu'il publia. M. Fabre d'Olivet se maria en 1805, il épousa M"*^ A. Warin, née comme lui dans le midi de la France, mais en Gascogne, près d'Agen.
Il venait de jeter les premiers fondements de son grand ouvrage d'étymologie, et cette époque semble marquer une nouvelle phase dans son existence.
Le monde qu'il avait tant fréquenté fut presque abandonné; il se renferma chez lui, dans sa famille, et se consacra tout entier à ce travail qui lui coûta dix années de peines et de veilles.
Il ne fut distrait un moment de cette vaste étude que par une autre traduction, celle des Vers dorés de Tythagore^ qu'il dédia à la Classe de la langue et de la littérature de l'Institut de France.
La traduction est en vers non rimes, qu'il appela vers eumolpiques, et qu'il fit précéder d'un discours sur l'essence et la forme de la poésie. Cet ouvrage parut en
Cette vie laborieuse et paisible fut troublée par les soins qu'il donna au jeune Grivel, sourd-muet de naissance, que sa mère avait amené de Suisse à Paris pour
le illire instruire. M. Fabre d'Olivct le voyait souvent, s'y intéressa et se demanda pourquoi toute surdité native était réputée incurable.
A l'aide de ses premières études médicales, de ses relations avec beaucoup de savants médecins, de ses connaissances dans toutes les branches des sciences humaines il entreprit de soigner Rodolphe Grivel et réussit parfaitement. Cet événement vint à se divulguer et toutes les familles où se trouvaient des enflints atteints de surdité vinrent le prier de les guérir. Entraîné par sa bonté de cœur, il aurait voulu les satisfaire; mais il n'était pas médecin. La loi, par une sage prévoyance, interdit la pratique de l'art médical à tout homme n'ayant pas fait d'études réguhères; évitant ainsi de livrer la santé publique aux dangereux remèdes des charlatans. Ce n'était, certes, pas le cas avec le savant Fabre d'Olivet; mais la loi n'admet pas d'exception de personnes, il n'y a devant elle ni privilège, ni exemption. Il reçut une défense absolue de continuer; sa liberté même fut menacée.
M. Fabre d'Olivet, troublé, rebuté par une sorte de persécution, abandonna toutes ses cures et se renferma dans le silence. Il se remit avec une nouvelle ardeur au travail, compléta sa grande étude d'étymologie, la fit paraître en 1815, après en avoir obtenu l'impression à l'imprimerie du Collège de France.
Le premier mot de cet ouvrage est celui-ci : — « L'origine de la parole est généralement inconnue. C'est^
dit rautCLir, en cherchant à remonter à l'origine Je hi parole que j'ai rencontré cette langue (la langue hébraïque) et que je l'ai particulièrement envisagée, comme une de celles dont les principes grammaticaux pouvaient le plus sûrement conduire à cette origine inconnue. »
Court de Gébelin, ajoute-t-il plus loin, lui en avait lui-même tracé le chemin en déclarant l'origine de la parole « divine ». — « Comment, » s'écrie ce célèbre écrivain, « comment a-t-on pu méconnaître ici le doigt du Tout-Puissant? Comment a-t-on pu se persuader que les paroles n'avaient aucune énergie par elles-mêmes ? qu'elles n'avaient aucune valeur qui ne fût de convention, et qui nepùt être différente? que le nom de l'agneau pouvait être celui du loup, et le nom du vice celui de le vertu? que l'homme fut muet et réduit à de simples cris pendant une longue suite de siècles? Que ce ne fut qu'après une multitude d'essais infructueux et pénibles qu'il put balbutier quelques mots, et plus longtemps après qu'il aperçut que ces mots pouvaient se lier entre eux, former des phrases, composer des discours, et devenir la source de l'éloquence et de la poésie, par l'invention de tout ce qui constitue l'ordonnance admirable des tableaux de la parole ? »
Il semble que Court de GébeHn avait deviné l'ouvrage de Tabre d'Olivet, et par avance cherché à lui servir d'introduction, en exprimant ainsi sa pensée : — « Il est très possible qu'un homme retiré aux confins de l'Oc-
cident. vivant dans le xtx" siècle après J.-C, entende mieux les livres de Moïse, ceux d'Orphée et les fragments qui nous restent des Étrusques, que les interprètes égyptiens, les Grecs et les Romains des siècles de Périclès et d'Auguste. Le degré d'intelligence requis pour entendre ]qs langues anciennes est indépendant du mécanisme matériel de ces langues : il est tel que l'éloignement des lieux ne saurait lui porter atteinte. Ces livres anciens sont mieux entendus aujourd'hui ([u'ils ne l'étaient même par leurs contemporains, parce que leurs auteurs, par la force de leur génie, se sont autant rapprochés de nous qu'ils se sont éloignés d'eux. Il n'est pas seulement question de saisir le sens des mots, il faut encore entrer dans l'esprit des idées. Souvent les mots offrent dans leurs rapports vulgaires un sens entièrement opposé à l'esprit qui a présidé à leur rapprochement. »
Fort de pareils encouragements, M. Fabre d'OHvet poursuivit son travail grammatical, et ensuite s'empressa de répondre aux attaques, qu'il pressentait contre son ouvrage .
« J'ai traduit la cosmogonie de Moyse, dit-il, en littérateur après avoir restitué en grammairien la langue dans laquelle elle fut écrite; ma traduction ne doit être considérée que comme une œuvre littéraire et nullement théologique. Je n'ai point prétendu qu'elle commandât à la foi de personne, encore moins qu'elle pût l'affliger. Je ne m^ suis engagé exprès dans aucun com-
mentaire, laissant au lecteur le soin de les faire Uii-mêMne et selon sa manière de voir. »
« Ces idées, purement littéraires, ne doivent point devenir théologiques. C'est à quoi il faut faire bien attention, afin de ne pomt m'imputer ensuite des mouvements religieux qui ne seraient pas mon ouvrage. Remontant rux principes de la parole et rencontrant sur mes pas la pensée de Moyse, je me suis trouvé engagé à la faire connaître. Mon intention ayant toujours été pure, j'espère que les résultats en seront heureux. »
Devant ces déclarations de l'auteur, tombent entièrement les idées qu'on a cherché à faire circuler sur son compte : qu'il avait voulu fonder une religion nouvelle. Rien ne fut jamais plus loin de sa pensée.
Son œuvre n'est qu'une œuvre littéraire, qu'il défend: — « S'agit-il de mon style? Je l'abandonne. Veut-on s'attaquer à ma personne ? Ma conscience est mon refuge. Est-il question du fond de cet ouvrage? Qj.i'on entre en lice : mais je ne reconnaîtrai de digne athlète que celui qui se présentera sur le champ de bataille de la vérité et armé par elle. Il faudra se montrer avec une connaissance entière et parfaite de l'hébreu, et me prouver, par des interprétations fondées sur des principes meilleurs que les miens, que j'ai mal entendu cette langue, et que les bases sur lesquelles repose mon édifice grammatical seraient fausses. »
A l'époque où nous vivons, ce n'est qu'avec de tels arguments qu'on peut espérer convaincre.
Quelques années après, il publia un ouvrage d'histoire générale intitulé : Etat social de Vhonune, on histoire philosophique du genre humain.
Publiées en 1823, ces longues annales s'étendent depuis les temps préhistoriques jusqu'à leur date. L'auteur s'écarte de la ligne ordinairement suivie par les écrivains, et s'attache surtout à faire ressortir le rôle de la Providence, de la main de Dieu dirigeant les événements du monde, souvent en lutte avec la volonté des hommes.
Quelques phrases du commencement de l'ouvrage le représenteraient comme très hostile à l'empereur Napoléon !«'•. Ce ne fut que passager. Plusieurs fois il écrivit des vers en son honneur, composa un oratorio à l'occasion de son sacre, une autre pièce de vers h. propos d'un très beau portrait impérial, exposé par le grand peintre miniaturiste Augustin.
Enfin il présenta deux vers à l'Académie des Inscriptions ei Belles-lettres pour décorer le piédestal des chevaux de Corinthe; vers qui semblent glorifier les victoires d'alors :
Fiers enfants du passé, portez à l'avenir Des miracles présents l'immortel souvenir
Fabre d'Olivet avait été profondément irrité par les persécutions que lui attira la guérison du jeune Grivcl. Sa rancune ne s'arrêta pas à ceux qui le poursuivirent, il la fit remonter jusqu'à l'empereur, qui ne s'y était pas opposé.
Plus tard, il parut revenir de ses préventions, et rendit hommage aux talents militaires de Napoléon.
Ses derniers ouvrages furent : la traduction d'un drame de Lord.Byron, Caïn, mystère dramatique en 3 actes. — Une tragédie en vers intitulée : Idamore on le prince Africain, ouvrage écrit en vue de signaler les horribles abus de la traite des noirs, et les crimes où entraîne le droit à exercer l'esclavage.
Ce dernier ouvrage resta complètement inédit.
La traduction de Byron fut imprimée.
Parmi les articles de journaux qui parurent en 1825 sur la mort de M. Fabre d'Olivet, il faut citer un article du Coîistituliounel :