SCÈNE PREMIÈRE
LE SAGE, seul (Sortant d'une méditation profonde, .
Non, je ne puis percer ton sublime mystère, Je ne puis te comprendre, 6 Nature! ô ma mère! Lequel de tes enfants assez audacieux Soulèvera le voile épaissi sur nos yeux? Qui pourra remonter à Tessence des choses, Connaître leurs effets, développer leurs causes? Nul mortel. C'est assez, faibles jouets du sort, Nous, pour qui la naissance est si près de la mort, Nature ! c'est assez que notre intelligence Connaisse sa faiblesse, et sente ta puissance. Heureux, qui, dégoûté des plaisirscorrupteurs, Humble dans ses désirs, sévère dans ses mœurs, Loin du bruit des cités, se choisit un azyle Ignoré des mortels, innocent et tranquille ; Qui, de la vérité saisissant le flambeau, A l'erreur comme au vice arrache le bandeau. Et qui, sans passion, sans orgueil, sans système, Interroge à la fois la nature et lui-même. Son génie, à sa source en secret ramené, Contemple l'Éternel dont il est émané.
(Il se lève vivement en achevant ces mots.)
Être suprême! O toi, dont l'essence profonde Est l'âme, le principe et le ressort du monde, Toi, dont la main puissante a lancé dans les airs Ces globes lumineux qui peuplent l'univers, Je te salue, ô Dieu! reçois le faible hommage D'un être intelligent, fier d'être ton ouvrage. Trop sou\ ont sur la terre, adoré des mortels,
Le sang:lant fanatisme usurpa tes autels,
Son culte t'outragea; la stupide ignorance
Te méconnut; l'orgueil nia ton existence.
Des hommes égarés, avec trop de succès,
S'armèrent contre toi de tes propres bienfaits.
Du crime et de l'erreur je connus l'imposture;
Je te cherchai moi-même au sein de la nature ;
Et, grâce à ton secours, je marchai sur ses pas
Loin des indifférents et surtout des ingrats.
Pénétré de l'ardeur qui m'anime et m'éclaire,
J'ai plané, près de toi, loin du sentier vulgaire :
J'ai pensé que le feu devançant l'univers
Avait seul de l'espace occupé les déserts.
Sous cet emblème saint j'ai voulu t'adorer;
El mes mains, sur l'autel où je viens t'implorer,
Ont allumé ce feu dont la brillante flamme
Te rappelle à mes sens et te peint à mon âme.
Peut-être... Mais que vois-je ? Un vieillard languissant
Au pied de ces rochers conduit un faible enfant;
Accablé de fatigue, il s'avance avec peine :
L'un et l'autre en ces lieux quel motif les amène ?
11 n'importe, courons ; servons l'humanité :
Le premier des devoirs est l'hospitalité.