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SCÈNE SECONDE Le sage, lin vieillard, un Enfant aveugle

LE SAGE

Étranger, quel que soit, dans ce désert aride. Le sort qui vous égare ou le soin qui vous guide, Acceptez mes secours; ouvrez-moi votre cœur ; Ne craignez rien, parlez : j'ai connu le malheur.

LE VIEILLARD

La \oix du peuple est juste, et selon sa promesse

Je vois que la vertu s"unit à la sagesse.

Heureuse la patrie, heureux le sol sacré,

Qu'habite le mortel par les Dieux inspiré.

Cet enfant... que de maux le destin nous impose !

D'un pénible voyage est l'objet et la cause.

Vous le voyez^ le ciel l'eût comblé de présents

Mais il ferme à ses feux le plus beau de ses sens.

Consumé de chagrin, dans Ormus, ma patrie,

Je traînais dans les pleurs ma languissante vie ;

Implorant tour à tour les Dieux et les mortels,

Prodiguant tous mes biens, assiégeant les autels :

Lorsque des étrangers, à qui de longs voyages

Avaient des nations appris tous les usages,

Me dirent, que, non loin des rivages fameux

Qu'habita Zoroastre au temps de nos aveux,

Vivait seul, retiré dans une grotte obscure,

Un sage vertueux, l'amour de la nature,

Dont la force magique et les ordres puissants

Faisaient gronder la foudre et déchaînaient les vents.

Ce récit en mon cœur fit naître l'espérance ;

Et je vis sur ces bords un terme à ma souffrance.

Le salut de mon fils fut mon unique loi :

Je partis, et, le sort s'intéressant à moi,

Nous entrâmes, guidés par la faveur divine.

Hier, avec la nuit, dans la ville voisine.

Seul, conduisant mon fils, aux premiers feux du jour.

J'ai, dans ce lieu désert, cherché votre séjour.

Ah ! ne rebutez pas ma timide prière.

Pour l'amour paternel, rendez à la lumière

Mon fils, errant, hclas ! dans la nuit des tombeaux.

Votre cœur est touche de l'excès de mes maux ;

Vos yeux, tournes vers moi, se remplissent de larmes.

(>"en est fait! et mon fils va contempler les charmes

Du soleil éclatant et de l'azur des cieux :

Il connaîtra son père, il lira dans ses yeux.

O sensible mortel ! dans son bonheur extrême

Il vous devra bien plus qu'à la nature même!

L1-: SAGE

Quil m'est cruel, hélas! dans le trouble où je suis, De détruire l'erreur qui charme vos ennuis? Profondément ému, je voudrais pouvoir faire Ce prodige inouï que votre cœur espère; Et ee n'est qu'à regret

LE VIEILLARD

Vous résistez, grands Dieux !

LE SAGE

Mon pouvoir n'est pas tel qu'on l'a peint à vos yeux. La nature a ses lois que nul ne peut enfreindre. Je ne suis qu'un mortel, et je dois, sans me plaindre, Adorer comme vous et bénir ses travaux. Toujours quelque bonheur accompagne nos maux.

LE VIEILLARD

Quoi! cet infortuné qu'a trahi la nature

LE SAGE

Il doit à ses décrets obéir sans murmure. L'enfant qui, de sa mère, oublierait tous les soins Et qui la maudirait pour un bienfait de moins, Que mériterait-il ? Le nom d'ingrat, sans doute :

O vieillard ! des ingrats ne suivez pas la route. Il est vrai, votre fils, privé de la clarté, Languit dans l'ignorance et dans l'oisiveté ; La nature, pourtant, de sa plus pure flamme N'a pas privé ses yeux sans pénétrer son âme : Sachons en proiiter. Et s'il faut, aujourd'hui, Vous prêter des secours, comptez sur mon appui.

LE VIEILLARD

Eh! quel espoir, sans vous, me reste-t-il encore ? Affaibli par les ans : c'est vous seul que j'implore ; Daignez me secourir, daignez guider mes pas. Vers ce but fortuné que je ne connais pas. Puisqu'il faut que mon fils renonce à la lumière, Du moins de la sagesse ouvrez-lui la carrière. Et qu'au fond de son cœur l'éclat de la vertu Le dédommage, hélas ! du jour qu'il a perdu.

LE SAGE

Eh bien! soyez content, père tendre et sensible ; A vos vœux désormais il n'est rien d'impossible. Pour éclairer nos cœurs par des moyens nouveaux Des mortels, à ma voix, vont sortir des tombeaux. J'invoquerai le nom de ces hommes sublimes Qui^ du sort oppresseur innocentes victimes, Opposant leur courage à sa fatalité, Ont marché d'un pas ferme à l'immortalité. Le savant Sanderson, le vaillant Bélisaire, L'audacieux Milton et le divin Homère, A vos regards surpris, paraîtront tour à tour. Ne craignez pas pourtant, que du sombre séjour, Par de magiques sons, j'aille troubler les mânes. Il est un art plus noble ignoré des profanes.

Quand le ciel le permet, un prodige nouveau Fait sortir la clarté de la nuit du tombeau. Invoquons riiterncl.

LE \IE1I.I.AHD

Kt toi, sans nulle crainte, Adresse à Dieu, mon fils, ton innocente plainte.

(Le sage vers: l'alcool sur le feu sacré: une llammc brillante remplit la grotte, de sons harmonieux se fcnt entendre.)

CHŒUR AÉRIEN Etre éternel, toi, dont les feux Fécondent la nature entière, O Dieu puissant de la lumière, Dieu puissant, exauce nos vœux.

Un sage t'implore,

Viens le protéger;

Que ta main colore

L'air le plus léger.

Qu'un brillant nuage

Vienne offrir au sens

La parfaite image

Des êtres vivants.

l'enfant aveugle

Dans la nuit profonde

Où coulent mes jours,

Mon espoir se fonde

Dans ton seul secours.

l'enfant le ciiœuk

O Dieu que j'implore, Un sage t'implore

Sauve du danger Viens le protéger ;

L'enfant qui t'adore ; (^ue ta main colore

Viens le protéger. L'air le plus léger.

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