MILTON
Le malheur m'instruisit. Xon, je n'aurais jamais, Sans le malheur, formé de si vastes projets. Jouet de la fortune et poète éphémère.
Heureux, j'aurais rampé dans le sentier vulgaire, je fus persécuté : j'éprouvai ce transport Qu'oppose une âme forte aux injures du sort. Sans biens et sans amis, errant dans les ténèbres, Je fixai mes regards sur ces hommes célèbres Victimes, comme moi, du destin irrité : Le vieux Tyrésias, ce prophète vanté, L'aveugle Tamyris, le chantre Méonide Homère, que, surtout, j'osai prendre pour guide. |e cherchai le sujet le plus propre à mes vœux. Terrible, intéressant, sombre et majestueux. Loin de ces demi-dieux, si vantes dans les fables. Loin de ces paladins aux géants retoutables, le choisis pour héros, pour objet de mes vers, Le père des humains : pour scène l'Univers.
Si mes efforts heureux, dignes de mon ouvrage,
De la postérité méritent le suffrage,
Si ma muse, fertile en préceptes profonds,
Fit goûter des vertus les touchantes leçons,
Si j'ai de quelque gloire honore ma patrie,
Tout est le fruit du sort qui poursuivit ma vie :
Sa rigueur fut pour moi le FJicu qui m'inspira.
Le bonheur m'eût perdu, le malheur m'illustra.
O des faibles humains aveuglement extrême!
Ils blasphèment de Dieu la volonté suprême.
Ils accusent le sort; et peut-être sans lui,
Au milieu des forêts ils vivraient aujourd'hui.
Sans la nécessité, mère de l'industrie,
Ils seraient sans talent, sans vertus, sans génie.
Elle les contraignit d'abandonner les bois,
De fonder des cités et de créer des lois.
Elle forgea le fer, elle bâtit les villes,
Dessécha les marais, rendit les champs fertiles,
Dompta de l'Océan les flots impétueux,
Unit les nations par d'invisibles noeuds.
Le pilote s'instruit au milieu de l'orage :
Le malheur est l'école où se forme le sage.
\''ainqueur des éléments ainsi que des revers,
L'homme a conquis la terre et subjugué les mers !
LE VIEILLARD
\'otre brûlant discours et m'entraîne et m'enflamme, O Milton , vos leçons se gravent dans mon âme. Un doute cependant occupe mes esprits : \'ous connûtes le jour que n'a point vu mon fils,
(Le sage évoque de nouveau et Sandcrson parait.)