‹ Le sage de l'IndostanChapitre 7 sur 14 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

Le Sage, le VieilhiJ, l'Enfant, Bélisaire.

BÉLISAIRE

Au séjour des mortels quelle voix me rappelle ? Quel art, pour me donner cette forme nouvelle, A rassemblé de moi les éléments divers, Dès longtemps dispersés dans ce vaste univers ?

LE SAGE

Bénissons l'Éternel. Approchez, Bélisaire, Et que votre vertu nous guide et nous éclaire. Parlez : lorsque jadis un tyran furieux Vous ravit sans pitié la lumière des cieux, Quel fut le sentiment qui domina votre âme ?

BÉLISAIRE

Je me dis, un soldat que la valeur enflamme, Et qui pour sa patrie affronte le trépas, N'excepte pas ses yeux du destin des combats. On veut me les ravir; je les perds sans me plaindre. J'ai méprisé la mort ; que puis-je avoir à craindre >

LE VIEILLARD

Vous fûtes insensible à cet affreux revers ?

BÉLISAIRE

Non : j'avais une épouse, un enfant dans les fers. En pensant à leurs maux, à leurs tristes alarmes^ A mon sang répandu se mêlaient quelques larmes. Mais j'appris leur exil, et bientôt la douleur, A l'espoir le plus doux, fit place dans mon cœur. Si je puis, m"écriai-je alors avec ivresse, Embrasser ces objets de ma x'wt tendresse ; Les serrer dans mes bras, les presser sur mon sein,

Sentir encor leur cœur palpiter sur le mien,

je suis assez heureux ; volons vers leur asile.

Un pauvre enfant guida ma démarche débile.

Que le chemin fut long ! que de maux ! que de soins !

La seule charité pourvut à nos besoins.

Vn jour, il m'en souvient, fatigué du voyage,

Mon guide était assis sur un tombeau sauvage ;

Un reptile en sifflant sort du sein des débris,

L'enveloppe soudain de ses affreux replis

Et s'abreuve du sang, que, d'une dent impure,

Il faisait lentement jaillir de sa blessure.

Je m'élance à ses cris, et mes faibles secours.

Mes efforts incertains conservèrent ses Jours.

Mais, glacé de terreur, interdit, sans haleine,

L'enfant sur ses genoux se soutenait à peine.

Il me fallut, errant dans ce bois écarté,

Seul, porter dans mes bras mon guide ensanglanté...

Je rejoignis enfin une épouse chérie.

Moment le plus cruel... le plus doux de ma vie !

Pressé contre son sein, inondé de ses pleurs,

J'oubliai, pour jamais, le monde et ses erreurs.

Et le faste des cours, et le fracas des armes.

Et mes lauriers sanglants baignés de tant de larmes.

Au sein de la nature, à moi-même rendu,

Je trouvai les vrais biens : la paix et la vertu.

LE VIEILLARD

Vous, à qui la clarté dut paraître si chère, Invincible guerrier, généreux Bélisaire, \'ous renoncez sans peine à ses brillants attraits ! \'ous bénissez le ciel !... et moi... je l'accusais !

(le sage arrose le feu sacré ; un nouveau trait de musique se faii entendre ; Milton paruit.j

scèxp: quatrième

Les précédents, Milton.

LE SAGE

Audacieux .Milton, vous dont la voix hardie.

Adoptant des Hébreux le culte et le génie,

Du premier des humains a chanté le malheur

Et décrit des enfers la ténébreuse horreur,

Quel Dieu vous inspira) Quelles mains immortelles,

Pour un essor si grand, vous prêtèrent des ailes ?

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