‹ Le SageChapitre 8 sur 24 · C DON QUICHOTTE · texte numérisé non relu

C DON QUICHOTTE

Qu'on se reporte par exemple à l'histoire du désenchantement de Tinfante Burlerine et aujeùne y relatif de Sanclio (1. VI, ch. vu). Cet épisode, inspiré peutêtre du désenchantement de la Dulcinée de Cervantes, est traité avec une drôlerie d'humour et avec une verve de style qui méritaient bien tous les éloges du Journal des Savants^ et qui rivalisent avec les meilleures pages du vrai Don Quichotte. Et ce sont cent pareils « suppléments », comme Lesage les appelle modestement, qu'on pourra savourer dans son Don Quichotte trop ignoré. Certes il y a des morceaux un peu traînants ou d'une gaieté forcée, ou d'un réalisme qui va jusqu'à la scatologie inclusivement, mais l'ensemble se lit d'un trait, en vous maintenant dans cette humeur indulgente où l'on pardonne tout à qui vous amuse. Sur un point seulement, Lesage nous paraît blâmable, c'est quand il fait navrer à mort son héros par des archers de la Sainte-Hermandad sur lesquels son pauvre don Quichotte a fondu, en souvenir sans doute de la charge moins tragique qu'il avait exécutée sur eux dans Cervantes.

Cette fois enfin le public récompensa pleinement les tentatives obstinées de notre auteur pour greffer son originalité sur celle des Espagnols, car son Don Quichotte eut quatre éditions de son vivant et un succès durable, qu'il constatera lui-même, en 1707, dans la première préface du Diable boiteux. Il est même très probable qu'il prit assez de goût au thème de Cervantes pour le varier à sa guise, et nous croyons avoir reconnu sa main en divers en-

droits de ces suites de Don Quichotte que conserve la bibliothèque de l'Arsenal. Quoi qu'il en soit, à dater de son Don Quichotte^ il est manifeste que Lesage cherche à dégager de plus en plus sa personnalité littéraire de l'imitation des Espagnols.

Le succès de cette tentative eut pour premier effet de le ramener à leur théâtre et il écrivit Don César Ursin. L'imitation du modèle espagnol y a en effet les mêmes allures que dans le Don Quichotte : jusqu'au quatrième acte, Lesage a suivi Calderon dans sa comédie de Peor esta que estava [Cela ça de mal en pis), scène à scène, avec des retouches aussi adroites et aussi heureuses que dans Don Félix de Mendoce : mais il remanie tout le dénouement avec une prestesse et une liberté déjà toutes voisines de celles du Point d'honneur en trois actes, c'est-à-dire de sa deuxième manière. Décidément il passait maître dans l'art d'accommoder les Espagnols à notre goût, et celte pièce tenait, bien mieux encore que les précédentes, les promesses de la bruyante préface de 1700. L'intrigue de Don César Ursin nous paraît même un modèle du genre et d'une adresse à soutenir le parallèle avec les plus malins vaudevilles à ricochets de nos jours. Mais les contemporains, tout en la jugeant « soutenue et singulière », estimèrent qu'elle était « trop embrouillée » et « assez peu vraisemblable ». A vrai dire, les caractères n'ont ni originalité ni réalité. Enfin la pièce avait le double tort de paraître, comme le Point d'honneur, hors de nos mœurs, et de rappeler, outre la Fausse Apparence de Scarron, une

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