DON CESAR URSIN
comédie antérieure, les Innocents coupables de M. de la Brosse, puisée à la même source et d'ailleurs d'un goût détestable.
Telles furent sans doute les causes du mauvais accueil que le public du Théâtre-Français fit à Don César Ursin le 15 mars 1707, et qui, au rapport du Journal de Verdun^ serait allé jusqu'aux sifflets malgré la présence du prince de Conti. Le parterre laissa à la cour le soin de louer l'art de l'intrigue et les mérites du style de Don César ^ et réserva ses applaudissements pour la petite pièce qui accompagnait la grande. Il sentit d'instinct toutes les promesses d'originalité qu'elle contenait, la « force du comique » qui y règne, et qu'un successeur de Molière allait peut-être surgir. Lesage, qui aimait, paraît-il, à conter cette histoire, se borna à philosopher sans amertume avec- ses amis sur cette différence des goûts à la cour et à la ville, où sa bonhomie et sa malice trouvaient également leur compte. Il se sentait d'ailleurs hors de page. « Que les petits génies, dit un poète dans le Diable boiteux, se tiennent dans les bornes étroites de l'imitation, sans oser les franchir. Il y a de la prudence dans leur timidité. » Lesage avait assez usé de cette prudence. La petite pièce dont le succès venait de récompenser ses efforts discrets et de plus en plus heureux vers l'originalité et allait le rendre oseur, c'est-à-dire auteur, suivant le mot d'un de ses plus brillants imitateurs, c'était Crispin rival de son maître.