LE PASSE
6,—Sous le rapport de la colonisation, l’histoire du Saguenay d’autrefois n’est pas longue. Elle se réduit
- à dire qu’à l'exception de quatre ou cinq postes où la
compagnie de la Baie d'Hudson faisait la traite des pelleteries avec les sauvages, tout le reste du pays est toujours demeuré, jusque vers 1837, dans l’état le plus sauvage possible. destiné comme il l'était à de nombreuses familles montagnaises dont la chasse et la pêche enrichissaient une compagnie de marchands de pelleteries. Trois de ces postes, Tadoussac, Chicoutimi et Métabetchouan avaient chacun une petite chapelle en bois, d’environ 25 pieds sur 30, plus une maison pour l’agent du poste et le magasin, et une autre pour les engugés-voyageurs de la Compagnie. La seule terre en culture était un petit jardin et quelques arpents de terre que l’on permettait quelquefois à de vieux employés de eultiver à leur profit. Le lac Saint-Jean possède encore trois ou quatre colons établis de cette manière.
1.—Il faut pourtant dire que sous ce dernier rapport, le poste de Métabetchouan a fait exception pendant un certain temps. Les Pères Jésuites y avaient fait des défrichements assez considérables, Mais depuis qu’ils se sont retirés, la forêt a repris son ancien domaine, et le merisier, le bouleau et l’épinette croissent mainte-
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nant à leur aise dans les champs.de blé d’antrefois. Il ne faut pas en être surpris. La religion avait planté là l’étendard de la civilisation. Peu à peu un petit village se serait formé autour de la pauvre chapelle pour être le noyau d’une nouvelle colonie. Mais cela n’eût pas fait l'affaire du commerce des pelleteries ; le presbytère a donc été remplacé par un comptoir. Dès lors le prêtre n’a plus paru là qu’une fois l’année pour rencontrer les sauvages au temps de la traite.
Voilà à peu près ce qu'était le Saguenay du temps de nos pères au point de vue de la colonisation, Mais considérée sous d’autres rapports, cette contrée si sauvage n’est pas sans quelques souvenirs historiques. Les relations des premiers Européens qui ont exploré notre Saint-Laurent nous ont transmis des informations sur le Saguenay qui peuvent intéresser.
8.—Les rapports faits par les sauvages à Jacques Cartier à son arrivée à Tadoussac, à Stadaconé, à Hochelaga et à l’Isle-aux-Coudres, sur le cuivre du Saguenay, sont chose assez curieuse. Il n’est pas non plus sans intérêt de remarquer en passant quelques unes des idées religieuses des Montagnais du Sagnenay au temps de Champlain. Toutes ces particularités et autres, jugées trop petites sans doute pour figrrer dans une histoire générale du Canada, trouvent tout naturellement leur place dans une histoire particulière du Sa. ) guenay, même à propos de colonisation.
9—Le er Septembre 1535 (1) Jacques Cartier
(1) Les voyages de Cartier en Canada ayant eu lieu avant la ré. forme du Calendrier Julien, sous Grégoire XIII en 1582, les dates
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mouillait devant Tadoussac avec sa petite escadre de trois vaisseaux. Avant d'y arriver, à la première vue de la haute chaîne de montagnes qui borde en cet endroit le Saint-Laurent, les deux sauvages, qu’il avait emmenés en France l’année précédente, des côtes de Gaspé, lui avaient dit “ que c’était ie commencement “ du Saguenay et terre habitée, et que delà venait le “ cuivre rouge qu’ils appellent caquet dazé ”’ (1). Voilà la première trace du Saguenay dans notre histoire. Les sauvages de Tadoussac étaient occupés à faire la pêche du loup-marin et autres poissons.
10.—Suivant le rapport des mêmes sauvages, ce pays se divisait en trois provinces où royaumes. Le Saguenay s’étendait depuis l’île d'Anticosti jusqu’au Cap Tourmente (2), où Peau cesse d’être salée. Le Canada dont la principale bourgade était S£adaconé (Québec), commençait au Cap Tourmente où l’eau devient douce, et se prolongeait en remontant Je fleuve jusque vers Hochelaga qui formait la dernière province (3). Mais revenons à Cartier. Il était alors à son second voyage.
11.—Poursuivant de là sa ronte, il découvrit près de l'embouchure de la rivière Sainte-Croix, appelée de. puis rivière Saint-Charles, le village de Stadaconé situé sur la partie du côteau Sainte-Geneviève où se
Canada, (2) Note 8 sur les Mémoires de Champlain, page iij, du même
ouvrage.
(3) M. Garneau, voi. I. page 64.
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trouve maintenant le faubourg Saint-Jean (1). Un peuple doux et sans méfiance se pr' senta à lui et fixa es regards étahis des Français. Donacona qui était le principal chef du pays fit une harangue de bienvenue (2).
12.—Jacques Cartier se rendit ensuite à Hochelaga (Montréal). Montrant du cuivre rouge aux sauvages, il leur demanda par signes s’il venait du pays situé du coté des grands lacs (à l'Ouest). “ Ils commencèrent ‘à secouer la teste, disant que non, et montrant qu’il “ venait du Saguenay, qui est au contraire du pré- “ cédent.” (3)
13.—De retour à son poste de Sainte-Croix bâti pendant son absence, à l'embouchure de la rivière Saint- Charles (4), Jacques Cartier apprit des sauvages que la rivière du Saguenay, à la distance de huit à neuf jours de marche de son embouchure, ne portait que de petites embarcations ; que derrière le village du Saguenay (il est difficile d’en fixer la position) elle entre dans deux ou trois grands lacs; qu’il y a une mer d’eau douce, et que les sauvages du Saguenay leur avaient dit qu’on n’avait jamais entendu parler qu'’ancun homme n’en eut trouvé le bout, car ils n’y avaient jamais été eux-mêmes, Ceci s’accorde assez avec ce que l’on connaît de la géographie de cette contrée.
(1) Note de l'éditeur des Voyages de Jacques Cartier, page 54, déjà cités.
(2) Sagamos de M, Bibaud.
(3) Mémoires de Jacques Cartier, page 47.
(4) Probablement à l’erdroit où la petite rivière Laïret se dé-
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