‹ Le Saguenay en 1851 [microforme]Chapitre 41 sur 51 · NE · texte numérisé non relu

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terreau Saguenay. Un colon obtient du gouvernement une terre que i’agent, M. Kane, lui vend. Fort du permis de l’agent, il va s’établir sur son acquisition. A peine a-t-il commencé à y faire les premiers travaux, que des réclamations lui arrivent de tous côtés. Une personne réclame cette terre pour y avoir passé trois ou quatre années, avant et y avoir formé le dessein de la prendre. Une autre prétendra y avoir fait le premier abattis ; lequelabattis a été fait an moyen de quelques branches d’arbres coupées çà-et-là, ou pour y avoir mis ses initiales sur des arbres ou sur des piquets. Une troisième dira qu’elle a acheté cette même terre d’une tierce personne qui lui a vendu ses droits, droits résultant d’un abattis fait comme nous venons de le mentionner. Une quatrième prenant le rôle du lion, s’emparera de cette terre, parce qu’elle lui convient, etque le possesseur n’a ni la force ni les moyens nécessaires pour re-

‘ poüsser comme elle le mérite, cette infraction au droit

dé propriété,

116. Mais, dira-t-on, que fait donc l’agent des terres pour le gouvernement? Ce qu’il fait? rien. Et que veut-on qu'il fasse ? La loi qui règle l’administration des terres de la Couronne, le laisse sans pouvoirs comme. sans moyens de protéger et les colons et la propriété de la Couronne livrée au pillage et à la force brutale, Il a vendu cette terre dont la couronne n'avait pas encore disposé ; tous les réclamants s’étant toujours donné de garde de lui faire part de leurs prétendus droits, Que peut-il faire ? Ira-t-il lui-même mettre l'acquéreur et possession ? Mais coment ? Aurast-il

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recours aux tribunaux de justice ? Mais où s’adresserat-il? Dénoncera-t-il cette voie de fait, ces vexations au département des terres de la couronne ? Autant lui vaudrait de s’adresser à l’empereur de la Chine ou du Japon. Aura-t-il recours à la force ? Mais qui justifierait ce recours à la violence ? En attendant, que fera le pauvre colon dépossédé et privé du capital employé à l’acquisition d’une terre dont il ne peut jouir ? 117.—“ Le colon du Saguenay est dans une situation exceptionnelle. A une distance considérable de tous les marchés, il ne trouve dans le territoire qu’il habite aucun moyen de se procurer par la vente de ses modiques produits, s’il en a, l'argent dont ila besoin. Ainsi il ne peut vendre ni ses grains, ni le bois de ses terres dont il ne peut disposer, qu’en les échangeant contre des effets par fois peu utiles, èt toujours évalués à un prix trop haut. Le seul commerce qui s’y fasse est celui de l’exploitation des bois de la couronne ; mais ce commerce, quelqu’avantageux qu’il soit à ceux qui le font, n'offre aucun avantage au reste des colons. Les employés des chantiers reçoivent en échange de leur travail des marchandises et des provisions. Les propriétaires de ces chantiers avancent bien libéralement à tous les colons les choses dont ils ont besoin, mais ce qu’ils achètent ils le prennent à crédit ; ils s’endettent, et comment trouveront-ils le moyen de payer ? Aujourd’hui une très-grande partie des colons sont endettés chez les marchands au montant de la valeur de leurs terres, qui quoiqu’elles soient pour la plupart la

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propriété de la couronne, sont cependant hypothéquées aux créanciers des colons.

118.4 Il faut donc trouver un remède à ce mal ; mais quel est ce remède ? c’est là le point difficile. Je me hasarderai néanmoins à donner mon opinion à çe sujet. Ai

‘ Le gouvernement ne pourrait-il pas aussitôt que l’état financier de la Province le permettra, faire faire les chemins nécessaires au progrès de la colonisation, et à l’avantage des colons? Faire ouvrir, par exemple, le chemin nécessaire pour relier le Saguenay aux paroisses avoisinantes, et au reste du Canada ; faire faire le chemin tracé sur les plans du Saguenay depuis Ba. gotville jusqu’au lac Saint Jean, Ces chemins sont indispensables, et ne peuvent être entrepris que par la Province. Les travaux qu’ils nécessiteraient donneraient de l’emploi aux colons et seraient pour eux un moyen de se procurer de l’argent, chose rare et très rare dans cette partie du pays.

‘ Un autre moyen serait de continuer le prix des terres à 15. l’acre. On pourrait avec avantage vendre ces terres à rente foncière rachetable par moitié ou par parties à la volonté de l'acquéreur. Dans la position actuelle du Saguenay, il est impossible aux colons de pouvoir payer le prix des terres dans le délai fixé par l’ordre du bureau des Terres en date du? mars 1849 /1),

119.—< Dans mon humble opinion, je crois que l’adoption de ces deux moyens contribuerait efficacement

(1) On sait quece délai a 6té successivement étendu jusqu’au 1er octobre 1857,

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