L'AVENIR
132.— L'avenir du Haut-Saguenay est tout écrit dans son présent. Une étendue de plus de quatre millions d’acres, sillonnée en tous sens par de très-fortes rivières qui se réunissent toutes dans un centre commun, communiquant avec la mer au moyen du Saguenay qui est comme la grande artère de la contrée, un excellent sol, des pouvoirs d’eau en nombre prodigieux, d'immenses | forôts bien boisées, un climat pour le moins aussi favorable que celui de la partie du Bas-Canada déjà établie, ' tous ces avantages, s’ils existent réellement dans toute V’étendue qu’on leur suppose, d’après les témoignages que nous avons vus, ne peuvent manquer d’attirer une
nombreuse population de colons laborieux dans un temps plus ou moins éloigné. Cela dépendra de ce que fera le gouvernement pour y encourager la colonisation. | 133..—I1 s’y formera une race d’hommes austère, énergique, intelligente. Une nature forte et grande les inspirera, ‘Car le cœur de l’homme emprunte toujours quelque chose à la nature des lieux où il est élevé.
12°.—La source principale de la richesse du Haut- Saguenay sera la fertilité de ses terres. La divine providence paraît avoir voulu compenser les inconvénients de sa position géographique, relativement aux localités voisines, en déposant dans son sol des germes particuliers de fertilité qu’on trouve rarement ailleurs. Ce sera avant tout un distriet agricole. La génération actuelle ne le verra pas tout établi; car la colonisation n’est pas l’affaire d’un jour ; c’est l’œuvre du temps.
135..—Voici le témoignage d’un homme qui faisait partie de la grande exploration du Saguenay en 1828. A son retour dn lac Saint-Jean, il écrivit à Tadoussac une lettre qui fut publiée dans la Bibliothèque Canadienne, numéro du imois d’octobre de la même ‘nnée, sans nom d'auteur, avec ces mots en tête : “ Lettre 6 d’un individu du parti quia exploré le Saguenay, ‘ etc.” Mais cela n’ôte rien à l’autorité du témoignage, Cn comprendra en la lisant que l’estimable auteur avait de bonnes raisons de ne point donner son
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nonr. Cependant on le reconnaît bien, Il jugeait ainsi le Saguenay dans son avenir.
‘ Je vais maintenant vous informer du résultat de mes observations immédiates et de mes opinions à Pégard de étendue de pays qui vient d’être explorée depuis le poste de Chicoutimi sur le Saguenay, jusqu’à celui de Métabetchouan sur le lac Saint-Jean, et autour de ce beau lac. Et pour commencer par Chicoutimi, je vous dirai que, selon moi, ce poste est si éminemment propre à devenir un des principaux entrepôts d’une population étendue dans la colonisation future de cette partie du Bas-Canada, et d'une importance si essentielle pour la ville et le district de Québec, tant à cause de la quantité de terres fertiles qui se trouvent dans les environs qu’à cause de la facilité de communiquer par eau dans toutes les directions, encore augmentée par la marée qui s'élève à ce poste à près de 20 pieds, que quiconqne est capable d'apprécier la valeur etles avantages de telles ressources, ne peut qu'être étrangement surpris de voir qu’un si beau territoire, qui l'emporte en étendue et en fertilité sur plusieurs des états souverains de l’Europe (en Allemagne et en Ita.se), ait été jusqu’à présent entièrement négligé, et pour ainsi dire sacrifié, pour la misérable somme d’environ £1000, au plus, et tout compté, de moins de 2000 livres courant de rente annuelle, en faveur d‘une compagnie de coureurs de bois ({ndian traders.)
‘ L'homme impartial, capable de se former une
juste idée de limportance future de cette belle et sure L La
rivière, de cette seccnde sinon de cette principale clef du Bas-Canada, ne saurait se rendre raison du peu de cas qu’en a fait jusqu’à présent le gouvernement local, ou doit en chercher l’explication dans la sagacité et l'adresse de la compagnie de traitants qui a joui jusqu’à cette heure exclusivement des profits provenant de la traite des pelleteries avec les sauvages, et dans linfluence qu’on sait que cette compagnie possédait au temps de son opulence et de sa splendeur. Le Saguenay est peut-être le véritable bras d’or futur de ce pays.
‘ On trouverait peu de difficultés à ouvrir un chemin du fond de la Baie des Ha ! Ha ! (excellent havre et beau site pour un établissement), jusqu’à la rivière des Aulnets, et conséquemment jusqu’à la Belle-Rivière (qui sont toutes deux, comme vous savez, navigables pour des canots et des bateaux), au lac Saint-Jean. Par ce moyen on éviterait la totalité, ou du moins une grande partie des portages et des rapides de cette belle chaîne de lacs, et les produits futurs de cette vaste étendue de pays seraient amenés àce poste avec facilité, et de là transportés par eau et avec la marée à Québec ou ailleurs, suivant les circonstances.
“ Ilest évident qu’on pourrait, avec la plus grande facilité, pratiquer un chemin d’hiver direct et commode, pour cette communication éminemment utile, même dans les années d’un certain nombre d’établissements. Ce serait un moyen puissant d’ouvrir un débouché aux ressources de ce beau district et d’y envoyer de Québec tous les articles de nécessité ; d’où il résul-
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terait un grand avantage pour la communauté entière.
“ C’est un fait notoire qu’en cette année 1828, la récolte du blé, au-dessus de Québec, y compris le district de Montréal et le Haut-Canada généralement, jusqu’à présent regardés comme les principales ressources pour les céréales, a presqu’entièrement manqué, le grain ayant été gâté par la nielle ; tandis que depuis la Malbaie en descendant, même jusqu’au poste sur le lac Saint-Jean, le bié s’est trouvé d’une bonne qualité généralem=nt. Ilest vrai qu’il n’en a été semé à ce poste qu’une petite quantité, mais 1l s’est trouvé d’une très-bonne qualité. Ça été également le cas à la Pointe ou au Port au Persil, à environ sept lieues audessous de la Ma'baie ; et j’ai dans les mains des preuves incontestables de ces deux faits.
‘ Certainement cette circonstance devrait être un motif de plus pour induire à promouvoir l’établissement et à hâter la culture de ce beau pays, si récemment exploré. Ona trouvé que les côtes et les rivages du lac Saint-Jean abondent en carrières inépuisables de pierre à chaux et en couches étendues de bélle marne, ces deux principes connus de fertilisation.
“ Ajoutez à cela qu’il y a une variété d’autres considérations importantes qui demandent l'attention prompte d’un gouvernement vigilant et d’une législature sage et libérale sur cesujet. Les ports de Tadoussac et du Saguenay seuls méritent bien qu’on s’en occupe, comme étant &apables d’acmettre les plus gros vaisseaux, en toute sûreté et plus tard l’automns, et comme
étant situésau-dessous des grands dangers et difficultés de la navigation du fleuve, avec l’avantage d’avoir en vue, jour et nuit, le phare de l’Ilc Verte (1), en même temps qu’on y est à l’abri de tout danger jusquetard en décembre.
‘“ L'établissement et l2 culture des beanx districts en question pourrait, à quelque époque future de l’histoire du pays, dans le cas possibis,sinon probable, où une armée ennemie se serait rendue maîtresse du pays intermédiaire entre Québec et Montréal, fournir des approvisionnements considérables, tant par terre que par eau, et en parfaite sûreté à la garnison de Québec, et par là sauver la colonie ; caril est à peine possible que lun ou l’autre de ces canaux de communication pût être interrompu par une force ainsi située au-dessus ; et le promontoire ou l’isthme du Rocher qui se trouve entre deux, et qui commande en même temps et le port de Tadoussac et l’étroite entrée du Saguenay, paraît susceptible d’être rendu à peu près imprenable.
& L’écrivain qui appuie sur les avantages importants et manifestes qu'offrent ces beaux districts, auxquels jusqu’à présent les voyageurs et autres semblent n’avoir fait aucune attention, et sur la nécessité impérieuse de les occuper et de les coloniser promptement, court sans doute le risque d’être regardé comme un visionnaire bâtisseur de châteaux en Espagne ; et comme un rêveur d'Eldorado et de Pays de Cocagne, s’il se hasarde
(1) On pourrait ajouter maintenant celui de l'île Rouge. Il devrait y en avoir un sur le petit rocher au bout de la batterie aux Allouettes, à l’entrée du Saguenay.
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de pronostiquer l’importance future de ces vastes contrées. Il est néanmoins manifeste et très-évident que la Grande-Bretagne a peu connu jusqu’à présent l’imme..se valeur, l’étendue et l’importance de ses colo. nies; non plus que la facilité démontrable de les gouverner et de se les attacher par les plus forts et les plus indissolubles de tous les liens, ceux de l'intérêt, de la commodité et de la sûreté mutuels./?