‹ Le Saguenay et la vallée du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 19 sur 55 · GS · texte numérisé non relu

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Au mois d'août, des personnes venant de Québec apportèrent la nouvelle que l'évêque avait décidé d'envoyer un prêtre résider à la Grande Baie dans l'automne même, si l'on pouvait lui préparer un logement convenable. Les colons se mirent done immédiatement à l'œuvre et ajoutèrent à la chapelle une sacristie assez g'ande pour servir de logement au futur curé, en attendant qu'on pût lui bâtir un presbytère. Le 20 octobre, M. Charles Pouliot, depuis quelques années vicaire à la Malbaie, reçut des lettres de mission pour aller desservir les différents postes ou chantiers du Saguenay, et élablir sa résidence à la Baie Ha ! Ha! Ainsi la Grande Baie est le premier endroit du Saguenay où il fut établi une cure. Pour l'entretien de leur curé, les colons s’entendirent entre eux et s’enzagèrent, chacun d'eux, à payer annuellement la somme de quatre dollars. La liste de souscription fut bientôt remplie, M. Price s’inscrivant en lête lui-même pour la somme de cent dollars qu'il continua de payer ensuite tous les ans, jusqu'au départ des Pères Oblats qui eut lieu en 1853.

C'est pendant l'automne de 1842 qu’arriva au Saguenay un homme qui restera longtemps célèbre dans ses annales par sa hardiesse, son énergie, son esprit d'entreprise, comme aussi malheureusement par son caractère farouche, ses lerribles vices, son manque absolu de scrupules et par les efforts qu'il fit pour empêcher les colons de se livrer à la culture.

li s'était fixé pour faire un grand chantier de bois au débouché de la petite rivière du Moulin dans le Saguenay, tout près de Chicoutimi. D’abord établi à son propre compte, il devint ensuite en peu de temps l'associé de M. Price. Cet homme, véritable type légendaire sur qui l’on a conté des choses absolument incroyables et cependant vraies, physionomie saillante entre toutes dans les commencements durs et en quelque sorte sauvages de l’établissement du Saguenay, se nommait Peter McLeod.

PETER McLEOD

Peter McLeod était un écossais métis. C'était un homme fait de plusieurs bêtes fauves, dans lequel s'étaient introduites quelques-unes des plus belles et des plus nobles qualités de l’homme. Il était fier et courageux comme un lion, souple comme un tigre, rusé et méchant à la fois comme la penthère, bon comme un enfant. Sa violence 12 connaissait ni entraves ni bornes. Apaisé, il était plus doux qu'un agneau ; mais il fallait bien se garder de l'approche de l'orage. Cette approche était foudroyante. McLeod passait d’un état à l’autre sans transition, enun bond. Sa colère éclatait comme la foudre, puis il n'y avait plus rien, pas même d’écho. Il

refusait à ses hommes leurs gages sous le plus futile prétexte, et sa bourse, jusqu’au fond, était largement ouverte à tous. Y puisait qui voulait. Il ne craignait rien sous le soleil et il était redouté de tous. Un jour, cependant, il se fit donner par un canadien qu’il venait d’insulter une de ces râclées énormes dont on se souvient toujours tant que l’on conserve ses membres et ses muscles. Le lendemain, il fit venir à son bureau celui qui l'avait moulu et aplati: «Tiens, lui dit-il, voilà deux cents dollars, mais va-l’en d'ici ; tu ne peux rester plus longtemps avec moi. Il ne faut pas que personne puisse battre Peter McLeod,

«Je ne m'en irai pas, dit l’homme. Je ne quitterai jamais Peter McLeod. »

Peter garda l'homme, et l’homme garda les deux cents dollars.

Une chose que Peter McLeod ne pouvait souffrir, c'était qu’on maltraitât le faible ; mais c'était plutôt par un sentiment allier de la force que par générosité, Il y avait vingt natures en lui; il tenait du conquérant barbare, du sultan, de l’écossais et de l’indien. Conquérant, il était fait pour l'être. A défaut d'empire, il promenait sa domination sur deux à trois cents têtes docilement pliées sous sa main de fer. Sultan, il avait une dizaine de femmes, à peu près accréditées, et bon nombre d’autres auxquelles il émiettait en passant ses redoutables faveurs. Il se plaisait à voir s’aligner à sa porte, quelquefois dans une longue

altente, les habituées de son harem, et à les faire répondre, chacune d'elles, à son appel. On voit qu'il avait en lui du moscovite aussi bien que du turc.

Ecossais, il l'était par la résolution, par la ténacité, ce que l'anglais appelle fixity of purpose. Il ne lâchait jamais une chose entreprise et une fois voulue. Indien, il l'était par une foule de côtés; par ses vices comme par ses qualités morales, par les excès, par la brutalité et la cruauté, commeaussi par un extrême dévouement toutes les fois qu'il était parvenu à savoir où placer ce dévouement. Ii l'élait aussi par ses qualités physiques. Jamais homme plus adroit et plus souple ne vécut sur terre. Il sautait de la hauteur de son quai, à dix-huit pieds au-dessus de l'eau, dans un canot d’écorce, sans le faire plonger ni même balancer ; le canot tressaillait un peu, mais ne penchait ni d’un côté ni de l’autre. C’est là ce que cent personnes, témoins oculaires, ont raconté de lui.

Jl buvait comme un teuton, sans merei pour luimême, avec fureur, avec la détermination de savoir qui des deux l'emporterait, de son estomac ou de la terrible eau de feu. Comprenant que la boisson était son ennemie mortelle, il en buvait avec rage ; et, ne pouvant la vaincre, il voulait au moins montrer combien il en fallait pour tuer un homme comme lui. Aussi, pendant neuf ans qu'il fut roi et maitre de Chicoutimi, n'est-il pas resté sobre peut-être trois

mois de temps. Il mourut de congestion alcoolique, après quelques jours seulement de maladie, pendant lesquels tout son corps se carbonisa. Son lit était une table placée dans la première pièce de l’ancienne maison de M. Price, laquelle renfermait alors quatre ménages, et qui, aujourd’hui complètement transformée, forme un élégant manoir situé sur la rivière Saguenay, entouré de jardins, ombragé d'arbres magnifiques, et au-dessus duquel flotte le pavillon du consulat de Norvége. (1)

Quand Peter McLeod vit que la mort était inévitable, et qu'il lui fallait céder au plus fort une fois en sa vie, il demanda qu’on ouvrit la croisée de sa chambre, et là, plongeant une dernière fois les regards sur les sombres montagnes qui bordent la rive opposée, sur toute cette campagne sauvage qui l’entourait, qui avait été son berceau, et qui, maintenant, le regardait mourir avec l'impassible sérénité de la nature, il resta longiemps silencieux à contempler cette scène muette qui déjà revêtait pour lui l’aspect de l'immensité, puis on le vit se soulever avec effort sur son séant et détourner violemment la tête. Un cri horrible sortit de sa poitrine en feu : « Non, àt-il entendre d’une voix rauque et brisée, mais qui

(1) L’honorable M. David Price, Le seul à peu près des Price qui aille encore de temps en temps à Chicoutimi, est consul de Norvége pour le Saguenay. Aussi, tous les. dimanches, les bâtiments, qui

sont dans la rade de Chicoutimi, hissent-ils leur pavillon pour le

saluer, et il leur répond en maintenant le sien toute la journée audessus de son toit.

trouva assez c'e force pour un cri suprême, non, Je ne veux pas mourir en face des montagnes de mon pays, » et il commença un geste désespéré , mais la mort était déjà là qui le tenait ; elle avança rapidement sur lui sa main impitoyable et, deux heures après, McLeod n'était plus.

Un dernier mot sur cette étrange figure, certainement la plus intéressante de l’histoire du Saguenay à cette époque. Elle est restée dans la pensée et sous le regard de tous ceux qui l'ont connue ; et lorsque les anciens habitants du Saguenay, qui ont subi sa terrible domination, parlent de Peter McLeod, c'est toujours avec un reste de haine singulièrement mêlé d’admiration, de crainte et de regret, oui de regret, car Peter McLeod, disent-ils, « fut le plus généreux en même temps que le plus intrépide des hommes de ce temps et de cette partie de notre pays. »

C’est de lui que viennent les pifons, espèce de bons que la maison Price continue d'émettre pour des montants variant de cinq cents à plusieurs dollars, et qui remplacent l'argent. Ces bons représentent ce que la maison Price doit à ses journaliers ; mais ils ne sont pas négociables en argent; ils ne sont valables que pour marchandises el dans le Saguenay seulement. Ainsi, un gagiste a-t-il fait une journée de soixante cents, on lui délivre un piton de soixante cents, avec lequel il se procure des provisions ou des marchandises dans les magasins de Chicoutimi, mais

surtout à celui des MM. Price. Ces ‘ns sont imprimés, et on les appelle pitons, du m: de baptème de McLeod, qui était Peter. De Peer à Piton, iln'y a qu’un pas; la transition est toute trouvée. Ce ne sont jamais les noms à donner qui embarrassent les canadiens.

Jusqu'en 1842, les pionniers n'avaient eu d'autre communication par terre avec les paroisses du comté de Charlevoix que par un sentier allant de l’Anse Saint-Jean à la Malbaie. Mais, dans le cours de cette année, des sauvages ayant fait observer que l'on pouvait facilement faire un chemin entre la Baie Saint-Paul et la Grande Baie, plusieurs citoyens de la Baie Saint-Paul et de Saint-Urbain, guidés par quelques Montagnais, et ayant à leur tête M. Boniface Cimon, ci-dessus mentionné, entreprirent dans l’automne une exploration volontaire. Cette exploralion confirma le dire des sauvages, et, l’année suivante, le gouvernement chargea M. J. B. Duberger, arpenteur de la Malbaie, de faire le tracé du chemin projeté. Le rapport de ce dernier fut en tous points conforme à celui des explorateurs.

1843.—Au printemps de 1843 fut élevée la charpente du presbytère de la Grande Baie, et, dans le

courant de juin, le gouvernement nomma un agent des Terres Publiques pour percevoir les revenus de la coupe des bois. Cet agent était M. John Kane, de la Baie Saint-Paul.

Dans l'automne, M. Price achela les dernières actions de la société des Vingt et un qui n’avait réuss; qu’à se couvrir de dettes. En revanche, la culiure commençait à faire des progrès sensibles,

1844.—M. Bourret, curé de la Malbaie, vint annoncer que l'archevêque avait récemment chargé les pères Oblats de desservir toutes les missions du Saguenay, tant canadiennes que sauvages, et qu’au mois d'octobre suivant quatre de ces Pères rempla ceraient M. Pouliot. L'’archevêque faisait savoir en outre que tous ceux qui cultivaient devaient payer la dime des grains récol'és ; quant à ceux qui gagnaient leur vie autrement que par la culture, ils seraient tenus de payer annuellement au moins un dollar aux missionnaires.

En effet, le 3 octobre, l'archevêque Signaï autorisait les pères Oblats de Marie Immaculée à «établir une maison de leur ordre dans le Saguenay et à y donner des missions.» On voit par là que les Pères Oblats avaient l'intention de s'y fixer d’une manière permanente.

Ils arrivèrent à la Grande Baie en goëlette le 15 octobre. Ils étaient au nombre de quatre : J. B. Honorat, supérieur de la mission, Flavien Durocher,

Médard Bourrassa et Pierre Fisette. Le lendemain même, les pères Durocher et Fisette partaient pour aller faire les missions de l'Anse Saint-Jean, du Petit Saguenay, de la Rivière Sainte-Marguerite, et, aussitôt après leur relour, se mettaient à étudier la langue montagnaise. Ils l’apprirent si bien que, dès le {° janvier suivant, le père Durocher était capable de prononcer son premier discours en celte langue devant une trentaine de familles montagnaises réunies à Chicoutimi.

(1845). Les Pres firent avancer considérablement, dans le cours de cette année, la construction de la chapelle et du presbytère de la Grande Baie. Le 17 janvier eut lieu la bénédiction de la première chapelle de Chicoutimi, construite à l’usage des Canadiens sur la rive est de la rivière du Moulin. Il y avait bien déjà la petite chapelle des Jésuites, mais elle avait été construite seulement pour l'usage des Indiens.

Au mois de mars, le père Durocher alla se fixer à Chicoutimi. D'après le rapport qu'il fit peu après à l'archevêque, on voit que la population du Saguenay alleisnait alors trois mille âmes, sur lesquelles il y en avait onze cents à la Grande Baie et six cents à la rivière du Moulin. On y voit de plus qu'il se manifestait déjà un élan irrésistible vers la colonisation et que les gens s'emparaient des terres du

mieux qu'il pouvaient, malgré les défenses de la Compagnie de la Baie d'Hudson.

C'est aussi en 1845 que le père Honorat fit élever la chapelle de Saint-Alphonse à une demi-lieue seulement de celle de Saint-Alexis, et qu’il y chanta la première messe le 25 décembre, à minuit. (Saint- Alexis était le nom de paroisse de la Grande Baie).

(1846). Au commencement de mai la chaleur avait été excessive depuis plusieurs jours et la plupart des colons profitaient de la sécheresse pour faire brûler leurs abattis de bois. Tout à coup, le cinq de ce mois, un incendie effroyable, poussé par un fort vent de nord-ouest, se déclara dans la forêt, tout près des établissements. En moins de deux heures, le terrible fléau a consumé presque toutes les habitations de l’Anse à Benjamin, de Saint-Alphonse, toute la partie du village de Saint-Alexis qui se trouvait entre la rivière Ha! Ha ! et la maison de M. Price, et tous les quais et lous les moulins. Les hommes étaient dispersés partout aux travaux des chantiers et de la campagne, et il ne restait aux maisons que les femmes et les plus jeunes enfants.

Tout ne fut bientôt qu'un amas de cendres et le soir vit toutes ces familles, désormais sans asile, errant sur la grève, dans le plus complet dénüment, ayant tout perdu et ne pouvant guère espérer de secours dans l'éloignement, dans l'isolement où elles se trouvaient.

La tradition rapporte que le feu s'arrêta d’une manière bien extraordinaire. Les habitants, voyant leurs demeures consumées et l'incendie sur le point d'attaquer la chapelle et les bâtisses attenantes, allèrent trouver le père Honorat et le supplièrent de faire tous ses efforts pour l'empêcher de continuer son œuvre de destruction. Le Père les ayant encouragés de son mieux et leur ayant prodigué toutes les consolations possibles, se rendit aussitôt à l'endroit où le feu se déchaînait avec le plus de violence, et c'est précisément à cet endroit même que le feu s'arrêta, dit-on, l'instant d’après, presque aussi promptement qu’il avait commencé.

Dès le lendemain, le père Honorat partait en chaloupe pour Québec où il allait faire à l'archevêque le récit du terrible malheur qui venait de désoler sa paroisse, L’archevêque et le séminaire envoyèrent de suite des secours considérables, et le gouvernement expédia un bateau-à-vapeur avec des provisions qui nourrirent les incendiés pendant plus de deux mois. Malheureusement, le bruit courut à Québec que les pertes des colons du Saguenay n'étaient pas aussi considérables qu’on le rapportait, ce qui empêcha la ville de souscrire plus de deux cent cinquante dollars pour leur venir en aide. Cet argent fut employé à acheter des étoffes et des vêtements.

Les mêmes bruits malveillants refroidirent le généreux élan des paroisses; cependant Kamouraska, les

Eboulcments, la Malbaie et la Baie Saint-Paul se firent remarquer par leur libéralité. Les Messieurs du Séminaire de Montréal envoyèrent la somme de vingt-cinq dollars,

Quoiqu'ils fussent loin d’être proportionnés aux perles éprouvées par les colons, ces secours n’en viurent pas moins fort à propos pour les aider à ensemencer leurs lerres qui, celte année, produisirent plus qu'ell-s ne l’avaient encore fait.

Comme il n’y avait pas à la Grande Baie assez de logements et de provisions pour tout le monde, on fit embarquer dès le lendemain de l'incendie une soixantaine de femmes et d'enfants en bas âge à bord d’une goëlette qui fut remorquée jusqu'à la Malbäie par le bateau-à-vapeur de M. Price.

C'est à partir de cette année, 1846, que la cullure prit des développements sérieux. Après les semences, chacun se mit à rebâtir sa maison, et, dans l'automne, le villige de Saint-Alexis renaissait de ses cendres. C'est encore à la suite de ce feu que le gouvernement fitchaîner le village par M. Jean Duberger, arpenteur ; celui-ci continua, quelques semaines après, à chainer et à diviser en lots la plus grande partie du township Bagot.

L'année 1846 vit aussi Jes pères Oblats exécuter’ le projet d'ouvrir le township La Terrière, c'est-àdire le Grand-Brûlé, ou Notre-Dame de La Terrière, de son nom paroissial. A cet effet, ils prirent un

nombre considérable de lois sur lesquels ils opérèrent de grands défrichements, et ils firent construire en outre un moulin à farine et une scierie. Depuis lors, la paroisse du Grand-Brûlé est devenue une des plus considérables de tout le Saguenay. Le onze juillet, 1853, l'évèque de Tloa, Mgr. Charles François Ballargeon, co-adjuteur de l'archevêque de Québec, visitait pour la première fois la mission du Gïand Brûlé et donnait la communion à 258 personnes, M. le curé de Chicoutimi, missionnaire des sauvages du Lac Saint-Jean, desservait le Grand- Brûlé en 1853 ; en 1854, il était desservi par le curé de Saint-Alphonse et de Saint-Alexis.

En l'année 1859, l'évêque confiait celle mission s un curé qui fut en même temps chargé des missione du Lac Saint-Jean. Ce curé était M. Alphonsà Casgrain, qui résida au Grand-Brûlé depuis le 15 octobre, 1855, jusqu'au 26 septembre, 1858. A celle dernière date, il fat remplacé par M. J. B. Villeneuve jusqu'au 10 octobre, 1861, et celui-ci par M. Joseph Hudon, jusqu’au 5 octobre, 1870. A M. Hudon succéda M. Jules Mailley, qui fut curé du Grand-Brûlé jusqu’au 24 septembre, 1876, et remplacé par M. Charles Bacon qui, le 6 octobre, 1878, céda à son tour sa plate au curé actuel, M, F. X, Delâge.

M. Delûge a eu l'obiigeance de nous fourair sur sa paroisse les renseignements suivants, accompagnés

d’un état, que nous publions ci-dessous, des baptèmes, mariages el sépultures qui y ont eu lieu depuis dix ans.

Au {* janvier, 1879, la paroisse du Grand-Brülé contenait douze cent soixante-une âmes (1261), sur lesquelles 820 communiants, en tout 174 familles, toutes canadiennes-françaises et toutes, moins trente, ayant pour chef un cultivateur. Tous les ans, quelques-unes de ces familles laissent la paroisse, mais c’est pour aller se fixer plus près du lac Saint- Jean. ‘

La paroisse du Grand-Brûlé est essentiellement agricole ; elle ne saurait augmenter en étendue, vu qu'elle est bornée au sud par des montagnes, au sudest par la Grande-Baie et Saint-Alphonse, au nord par Chicoutimi et au nord-est par Saint-Dominique.

L'église, la plus belle du Saguenay après celle de Chicoutimi, a cent pieds de longueur sur cinquante de largeur : elle a été commencée, de même que la sacrislie (en pierre) par M. Joseph Hudon et terminée par M. Jules Mailley. C’est aussi M. Hudon qui a fait construire l'élégant presbytère qui sert de demeure au curé du Grand-Brûlé,

Voici l'état des baplèmes, mariages et sépultures depuis 1870 :

1870.—Baptèmes 67 Sépultures 19 Mariages 14

1872 ” 64 “ 14 sd &

1873.—Baplèmes 49 Sépultures 4 Mariages 8 1874 “ 96 26 #6: “410 1875 “ 90 “ 17 DOS 1876 à is “ 13 “ 9 1877 49 É 16 OR 1878 de 49 + 15 “ 9 1879 * o1 VA 34 4) 44 L'état comparé de la production agricole dans le Grand-Brûlé, entre les années 1871 et 1879, accuse les résultats suivants :

—— 1871 1879 Minots de blé réeoltés..... esse sers cosoovoone 13,164 4,240 Do. d'avoine: ‘AO: ‘sssscuse seven sreresersesost rentes 16,280 | 26,000 Do d'orge dO sossss sopsarooe soscosase vosonsoaese e 3,402 | 946 Do de patates do ss sos sosonsese sssvonne 17,024 Tonneaux de fOÏN eee sosovosnrooooe ne000 vonresoes ience 559 Arpents de terre en culture... 13,262 |

Vers la fin de l’année 1846, les pères Oblats, surchargés d'ouvrage, demandèrent à l'évêque de leur adjoindre un jeune prêtre séculier, vu que, sur quatre pères qu’ils se trouvaient, trois étaient obligés de passer toute la saison de navigation hors de la paroisse pour conduire les missions, et que le père Honorat restait seul pour desservir toute la population du Saguenay qui était déjà très-nombreuse et disséminée dans bien des endroits. Alors, l'évêque envoya pour vicaire au père Honorat M, J. B. Gagnon, avec des pouvoirs aussi étendus que ceux du Père

lui-même. Celui-ci ne tarda pas à envoyer M.

Gagnon se fixer à Chicoutimi, et l’évêque donna son approbation à cet acte le 6 février, 1847. M. Gagnon devint ainsi le premier euré de Chicoutimi. Il y resta jusqu’en 1862 et fut alors remplacé par M. Dominique Racine, aujourd'hui évêque de Chicoutimi, lequel reçut, en outre des pouvoirs conférés à M. Gagnon, le titre de vicaire forain.

1847.—Cette année vit Pétablissement de Ja cour des Commissaires à Ja Grande Baie.

1848 —L'année 1848 est une des grandes dates de l'histoire du Saguenay. C’est à cette époque en effet que remonte la colonisation de la vallée du Lac Saint-Jean, événement mémorable dont on commence à peine à apprécier la portée et qui ne pourra donner tous ses fruits que dans un avenir encore bien éloigné de nous.

(1849) Le père Honorat est remplacé par le père Garin,

(1850) Le 9 janvier arrive au Saguenay la première malle qui y ait élé envoyée. A partir de cette date, la malle continue d'y être expédiée lous les quinze jours.

Les gens de Saint-Alexis font l'acquisition d'une cloche pour leur chapelle.

(1851) A partir du 22 décembre, le service de la malle se fait une fois par semaine.

(1853) Les pères Oblats quittent le Saguenay

après avoir vendu pour une somme modique Îles vastes domaines qu'ils possédaient au Grand-Brûlé. Leur administration financière avait été aussi désastreuse que leur dévouement apostolique avait été admirable, Voici les noms de ceux des Pères qui ont desservi le Saguenay en qualité de missionnaires :

Les R. P. B. Honorat

Flavien Durocher

Médard Bourassa.

P erre Fisette.

A. M. Garin.

Charles Arnaud.

E. Grenier.

F. M. Sallay.

J. H. Pinet,

(1854) On couvre en ferblanc le clocher de la chapelle de Saint- Alexis ; c'était le premier de tous les clochers du Saguenay qui eût encore reçu cetle parure.

(1855) La malle qui ne venait jusqu'alors qu’une fois par semaine com mence à venir deux fois. Elle passe par le chemin de la Baie Saint-Paul.

Les années 1856 et 1857 se passent sans événe-

ments qui méritent d'être signalés,

(1858) M. Otis, qui desservait depuis deux ans la paroisse de Saint-Alexis, en convoque les citoyens pour leur conseiller de demander à l’évêque un curé

résident. C’est ce qu'ils firent en s’engageant à lui souscrire chacun quatre dollars par année.

L’évêque envoie comme curé à Saint-Alexis M. L. A. Martel qui y arrive le 23 septembre, chargé en outre des missions de l’Anse Saint-Jean, du Tableau, du Petit Saguenay et de la Rivière Sainte-Marguérite, qu'il devait visiter deux fois par année. L'Anse Saint-Jean avait alors une population déjà assez considérable ; aussi M. Martel jugea-t-il à propos d’y faire bâtir une chapelle et un presbytère, et d'y fonder en outre une école qui existe encore. C’est aussi M. Martel qui fonda à Saint-Alexis la première école qui ait été ouverte dans le Saguenay. Il en confia la direction à M. Charles Fiset. Les parents devaient payer 25 cents par mois pour chaque enfant, ce qui empêcha bien des enfants pauvres de recueillir les bienfaits de l’instruction.

(1859) De grandes démonstrations ont lieu à l'occasion de la visite de l’évêque à Saint-Alexis.

(1860) Les habitants, réunis en assemblée, signent une requête demandant l'érection canonique de la paroisse de Saint-Alexis.

Les curés et les commissaires d'école, avec la permission du surintendant de l'Instruction Publique, engagent pour faire l'école des personnes non diplômées, mais le surintendant crée ensuite des difficultés et refuse :out octroi. De là des réclamations. M. Martel, pour couper court, demande

l'établissement au Saguenay d’un bureau d'examinateurs qui ait le pouvoir de conférer des brevets aux instituteurs ; car, parmi ceux qui aspiraient à l'être, la plupart n'avaient pas les moyens de se rendre à Québec pour y paraître devant le bureau des examinateurs de la province. M. Chauveau s’opposa de toutes ses forces dans le conseil à Padoption de cette mesure ; mais, après bien des requêtes signées par tous les intéressés du Saguenay, il fallut accéder à leur demande, et, le 8 septembre, 1862, un bureau d’examinateurs spécial était établi pour les comtés de Saguenay, Chicoutimi et Charlevoix. Les cinq premiers membres qui composèrent ce bureau furent les révérends J. B. Gagnon, L. Otis et L. A. Martel, MM. Ovide Bossé, Pierre Tremblay, John Kane * etJ. B. Plamondon.

(1861) Le 31 janvier, M. Olis lient une assemblée des habitants de Saint-Alexis et expédie ensuite le procès-verbal de cette assemblée à l’évêque qui, le 21 mai suivant, accorde le décret canonique érigeant en paroisse la mission de Saint-Alexis. Le 30 juin, les habitants adressent une requête accompagnée d’un plan de leur paroisse à l'effet de la faire

* M. Kane fut une des figures les plus remarquables du Saguenay à cette époque. Pendant de longues années il fut le seul magistrat qui y ait résidé. Il était l'homme du conseil et de la direction. Il était l’arbitre reconnu et incontesté dans tous les différends qui s'élevaient ; il constituait presque à lui seul l’élément moral et intellectuel au milieu de cette population d'agriculteurs à peine formés et de travailleurs qui ne connaissaient guère ce qu'était la loi morale. Aussi exeiça-t-il au milieu d’eux une autorité et un prestige que rien ne diminua jusqu’au jour où il quitta le Saguenay en 1874, en y laissant un souvenir qui survivra à plusieurs générations.

ériger civilement ; et le 23 aout, des lettres patentes, émises par le gouvernement, accordaient l'érection civile de la paroisse de Saint-Alexis telle qu'elle était constituée par l'érection canonique.

(1862) Trois nouvelles écoles spacieuses sont élevées à la Grande Baie, et deux dans les concessions Saint-Jean et Saint-Louis.

(1863) Deux candidats se disputent l'élection à l'Assemblée Législative, M. Kane et M. David Price. Celui-ci l'emporte à une immense majorité.

L'année 1864 vit mettre en pratique le principe de la cotisation pour le soutien des écoles, malgré l'opposition ordinaire de ceux qui ne font de différence en rien et ne sàvent pas plus apprécier un système qu’un autre.

Voici un état comparatif des baptêmes, sépultures et mariages qui avaient eu lieu à Saint-Alexis de 1846 à 1891 :

1846.—Baptèmes 72 Sépultures 32 Mariages 18

1847 OR A 35. ‘+ 24 1848 | de sr RS OR à :

1849 ‘6 70 de HU. AIR 1850 Lx 2 Le 1 RE D 1851 6 48 fs Cr 9

À partir de 1851, et jusqu’en 1858, il. y eut des registres communs pour Saint-Alphonse et Saint- Alexis. Ces deux endroits réunis contenatent en

185859 une population de 1,179 ânes ; il y avait 82 emplacements de pris et 128 enfants fréquentaient les trois écoles qui y étaient tenues, dont l'une, modèle, sous la directiou d'une élève de l’école Normale Laval,

Plusieurs postes dépendaient de la mission de la Grande Baie ; c'étaient ceux de l’Anse Saint-Jean, de la Rivière Sainte-Marguerite et du Pelit Saguenay. L'accroissement-de population, dans le premier deces endroits, avait été considérable ; aussi était-il devenu. nécessaire d'y installer un missionnaire résident,

Cependant il y avait peu ou point de communications, ou du moins étaient-elles très difficiles. Les colons de l’Anse Saint-Jean étaient pour ainsi dire des exilés. Il n’y avait point de voie de terre; en été, la voie d’eau seule existait par le Saguenay qui, l'hiver, se couvrait d’un pont de glace, et encore ce pont de glace refusait-il souvent passage des semaines entières, à la suite des tempêtes de neige ou des vents violents qui rompaient et soulevaient la croûte, et rendaient tout chemin impossible. D'un autre côté, l'ancien chemin du Marais, qui allait de l’Anse à la Malbaie, distante d'environ quarante milles, n’était plus praticable pour les voitures, à trois lieues seulement du point de départ; en sorte que les habitants de l’Anse vivaient dans un petit monde à part qui se bornait à eux-mêmes, et dont l'ennui el les privations de toute nature augmentuient encore tous les jours l'isolement.

“ La plus grande partie des habitants ”, écrivait, en 1871, M. Adoiphe Girard, missionnaire à l’Anse Saint-Jean, ‘ n'ont pas même le nécessaire, surtout le printemps. Ces pauvres gens vivent au jour le jour, et ils n'ont pas d’épargnes pour le temps des semences. A cette époque il faut gagner le pain pour la famille, et la saison favorable s'écoule de la sorte sans que l’on puisse suflisamment ensemencer les terres. Ici, ce sont les familles privilégiées qui ont de la viande toute l'année, Cependant ces pauvres gens, et les enfants surtout, si mal nourris qu'ils soient, jouissent d'un enbonpoint à faire pâlir les enfants des riches citadins.

Deux écoles, tenues sur un bon pied, fonctionnent ici ; elles sont fréquentées par 70 enfants environ. Elles sont sous le contrôle des commissaires. C'est au pauvre missionnaire qu'incombe la nécessité de faire les rapports au gouvernement et d'être secrétaire-trésorier, Quelle misère pour réunir l'argent nécessaire à soutenir ces écoles parmi des colons si pauvres, et dans un endroit où l’argent est si rare !......….

Et cependant on y réussissait, et la population allait toujours croissante et la production augmentait, comme on peut le voir par les statistiques suivantes qui se rapportent aux années 1871 et 1879 :

—— 1871 1879 Population de la paroisse... us, : ses susess 495 720 Minots de blé récoltés... ss sooocs on ove séteos 1,612 1,800 Don! d'aToINE A0 sisi soc cbbo sect" 1,007 2,900 Do d'orge Q0 ne daaienrada sel <T0BE 1,450 De de patates A0. nesseuss néons | D:D0S 6,000 Tonneaux de foin. sentent on bee sé dre 220 5,600 Arpents de terre EN CUT Eee à vmamnrrsr nes rar 2,611 3,800

PATRICE EEE RS ENTRE Re 5 EL

Nous allons interrompre ici la chronique annuelle de la Grande Baie, telle que nous venons de la faire, pour arriver sans plus de délai à l'état présent dont

nous allons esquisser en quelques lignes la physionomie,

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