‹ Le Saguenay et la vallée du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 29 sur 55 · LE TOWNSHIP NORMANDIN · texte numérisé non relu

LE TOWNSHIP NORMANDIN

Ce township, qui renferme environ 50,000 acres de terres arables, sur unesuperficie de cinquante milles, peut être distribué entre cinq cents colons ayant chacun un lot de cent acres. La colonisation en a été entreprise au commencement de 1879 jar une société qui a pris le nom de « Sociélé de colonisation de la Vallée du lac Saint-Jean, » à la tête de laquelle on voit figurer notre entreprenant et zélé concitoyen, M. E..Beaudet, le député actuel du comté de Chicoutimi. Elle est composée de cinq membres qui ont obtenu du gouvernement provincial une concession de 26,000 acres dans le dit (ownship, chacun des sociétaires recevant en même temps le privilége de prendre

quatre lots ; ces quatre lots par personne, le lot étant de cent acres dans les conditions ordinaires d’établissement, donnent qualre cents acres ; soit, au total, 20,000 acres.

La concession a été faite moyennant vingt cents l'acre, prix en quelque sorte établi des terres du lac Saint Jean. Si le gouvernement le percevait directement, il retirerait $80.00 pour chaque lot de 400 acres ; mais la société en retire $90.00, parce qu’elle réserve un fonds de dix dollars par chaque lot pour dépenses imprévues et autres de toute nature.

Chaque sociétaire s’est obligé à payer ses quatre lots de cent acres chacun dans l’espace de dix-huit mois, par versements Je $22 50 tous les six mois. Le premier versement a été fait d'avance, et les travaux ont immédiatement commencé.

Lessociétaires ont tiré au sert les lots qu'ils devaient

prendre et ils ont laissé de côté une réserve de quatre cents acres pour l'érection d’un village et la construction d'une scierie et d’un moulin à farine.

Mais comme en dehors de la concession de vingt mille acres qui lui était faite en bloc par le gouvernement, il restait environ mille acres de terre arable dans le township Normandin, la société a obtenu du cabinet provincial qu'il lui fût permis d'établir une deuxième catégorie d'actionnaires à qui elle concéderait des lots de cent acres.

Cette dernière facilité était surtout établie en vue de favoriser les gens du Saguenay, déjà à l’étroit dans

certains townships. Beaucoup d'entre eux voulaient aller sur de nouvelles terres, et comme le township Normandin était réputé fertile entre les fertiles, c'est de ce côté qu’ils cherchaient à se porter. Les paroisses d'Ilébertvilleet deSaint-Jérôme, seules, étaient prêtes à fournir un contingent de deux cents colons.

En obtenant de pouvoir étendre ses opérations et de créer plusieurs catégories de colons en dehors des cinquante actionnaires primilifs, la societé pouvait librement entamer le township Albanel, au nordouest de celui de Normadin, et qui ne contient pas moins de 40,000 acres de terre arable. Le fait est que les récentes explorations ne portent pas à moins de 100,000 acres le nombre des bonnes terres qui se trouvent dans la presqu'ile formée par les rivières Chamouchouane et Mistassini.

Au sujet du township Albanel, voici ee qu'écrivait, le 18 octobre dernier, M. Horace Dumais qui en a fait ’arpentage dans le eours de l'hiver :

« Depuis que j'ai mis les pieds dans Albanel, j'ai marché de surprise en surprise. Rien de jus beau que les forêts qui ombragent les vallons et les coteanx sur une graude étendue de ce canton. Le sol est très-riche et des plus faciles à défricher ; le bois y pousse avec une vigueur qu'on s'explique aisément dès lors qu'on étudie la nature du sol; c'est un jardin, ni plus ni moins. Je crois pouvoir trouver 300 lotset plus de première qualité dans cette partie ; avec cent lots de plus dans Normandin et au moins cent autres lots, tout aussi bons, sur les terres vacantes à l’ouest de ces deux townships, on aura 50,000 acres de terre fertile, ou mille lots de 50 acres chacun.

« Si les gens de Québec voulaient former une société de colonisation, en profitant des avantages que la dernière loi a mis

entre les mains du gouvernement, plus de mille colons, recevant chacun cinquante acres de terre, pourraient aller s'établir

confortablement sur la péninsule formée par la Mistassini et la Chamouchouane. Le chemin va être ouvert jusqu'à la rivière Ticouapee cet automne, si rien ne vient mettre obstacle aux travaux que je fais .continuer dans la direction des bonnes terres de Normandin et d’Albanel, Je conseillerais de faire diriger un mouvement vers ce dernier canton, parce que l'intérèt du lac Saint-Jean nous y retient plus qu'ailleurs, plus surtout que le canton projeté de Racine qui déboucherait directement à Chicoutimi, et qui n’a aucun trait-d'union avec les autres parties colonisées du Lac Saint-Jean. Le canton Racine est d'un accès difficile pour le moment, et n’a pas non plus ce je ne sais quoi que l’on ressent à la vue de l'immense plateau où Albanel et Normandin s'alignent avec ampleur et invitent à venir respirer l'air vivifiant qui circule sous leurs magnifiques forèts à essences résineuses et au feuillage toutfu. »

Un grand avantage pour la Société, c'est qu'elle s’est fait payer en dix huit mois le prix de chaque lots de quatre cents acres, tandis que le gouvernement accorderait pour cela à chaque colon un délai de cinq ans, suivant les règles ordinaires.—Il est vrai que la Société se fait payer dix dolars de plus que le gouvernement ; mais aussi la colonisation et les chemins se font sans aucun retard, les travaux avancent aussi rapidement que les versements ont lieu, et l'arpentage n'éprouve aucune espèce de délai, L'action du gouvernement serait lente ; celle de la Société est rapide. Les colons, laissés à eux-mêmes, progresseraient péniblement ; grâce à une société qui possède des ressources, le développement du township sera prompt et le nord-ouest du lac Saint- Jean offrira bientôt un vaste champ de culture qui ne fera que s’agrandir largement tous les jours.

La société fera construire des moulins à farine et

des scieries. Le township Normandin, baigné par la

rivière Ticouapee, un des bras de la Mistassini, ne manque pas de pouvoirs d'eau, ni de bois de commerce, tels que le bouleau, l'épinette, le merisier, le frêne, le sapin, le tremble, le peuplier, le mélèze (lamarac), l’orme, et aussi le sapin, quoique ce dernier produit de la forêt soit en quantité moindre que les autres.

« La société de colonisation du bassin du lac Saint- Jean » a été fondée par des particuliers dont quelques-uns sont des capitalistes, d'autres marchands, et le reste pour la plupart des gens à l'aise, animés uniquement d'un but patriolique, celui d'ouvrir à la colonisation une magnifique région agricole, de faciliter ses relations avec les autres parties de la vallée du Lac déjà habitées, et de donner l'exemple de ce que l’on peut faire dans notre pays quand on sait employer ses moyens et diriger avec intelligence l'esprit d'entreprise. |

La plupart des sociétaires n'iront pas s'établir eux-mêmes sur les lots que le sort leur a donnés; mais ils y enverront leurs proches, parents à tous les degrés, et leurs amis qu’ils désirent voir s'établir daus la province, au lieu d'aller demander bien loin de leurs foyers, au Manitoba par exemple, des terres qui sont loin de leur faire défaut dans leur propre pays. Une pareille initiative mérite tous les encouraments et doit stimuler le zèle de toutes les personnes enlreprenantes.

En développant la colonisation dans la vallée du lac Saint-Jean, on y mulliplicra nécessairement les communications, el bien des projets qui paraissaient chimériques, il y a quelques années, qui semblent encore aujourd'hui d'une réalisation presque insurmontable, déviendronten quelque sorte faciles. Cela, nous le verrons avant peu ; la vallée du Lac se transe forme rapidement, et si la construction d'un chemin de fer vient s'ajouter au mouvement imprimé vers celte région depuis deux ans passés, il nous sera réservé d’avoir à nos portes un pays merveilleux que nous pourrons voir grandir encore librement pendant au moins un quart de siècle.

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