‹ Le Saguenay et la vallée du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 32 sur 55 · CHEMIN DE QUÉBEC AU LAC SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

CHEMIN DE QUÉBEC AU LAC SAINT-JEAN

C'est aux années 1847 et 1848 qu'il faut remonter pour trouver la première mention de ce fameux chemin direct de Québec au lac Saint-Jean qui fut silongtemps regardé comme une chimère et qui :’est devenu une réalité que depuis 1877. A cette époque (1847-48), MM. Blaiklock et Duberger, arpenteurs, furent chargés de faire une exploration qui permit d'établir la ligne que le chemin devait suivre, s’il était praticable, etil résulta de leur rapport «qu'il était inutile de chercher plus longtemps à ouvrir un chemin à travers un pays qui n'était nullement propre à l’agriculture et brisé par des chaînes de montagnes escarpées, tandis que celte exploration entraînerait des dépenses considérables, sans avantage pour le service public » ; et M. J. H. Price, alors commissaire des Terres de la Couronne, disait en manière de conclusion dans son rapport ministériel : «En examinant les opérations faites par MM. Blaiklock et Duberger, telles qu'elles sont indiquées dans les plans de M. Blaiklock, il paraît que, bien que l’on puisse tracer jusqu'à la rivière Jacques-Cartier, et probablement quelque peu au delà, un chemin passable qui serait la continuation du chemin actuellement ouvert jusqu’à Stoneham, cependant la nature escarpée et montagneuse du pays, sur un espace de plusieurs milles à l’est ou à l’ouest de la ligne d'exploration, fait qu'il est impossible de

{racer ou même d'ouvrir un chemin d'aucune espèce, pendant que le sol, à cause de sa nature pierreuse, n’est nullement propre à la culture, sauf quelques lisières de terrain isolées dans le voisinage des rivières. » :

Toute idée de pratiquer un chemin à travers une pareille région, ‘qui s’offrait dans des conditions si défavorables, fut donc abandonnée, et l'on n’y pensa plus jusqu’en 1863, alors {que plusieurs citoyens de Saint-Roch de Québec, parmi lesquels il est juste de mentionner MM. Vallée et Picard, convaincus par des explorations particulières de la possibilité d'ouvrir un chemin entre Sloneham, à quinze millesau nord-ouest de Québec, et le lac Saint-Jean, firent pratiquer dans le bois, à leurs propres frais, une voie d'environ cinq milles de longueur, qu'ils auraient sans aucun doute prolongée si le gouvernement, en présence de cette tentalive privée, ne se fût résolu à faire faire une exploration, et, comme conséquence, le chemin luimême.

On sait ce qu'il advint de cette exploration qui fut pendant un assez long temps l’objet des plaisanteries et des sarcasmes des députés de la Chambre chaque fois qu’un incident quelconque la rappelait. Il en subsiste aujourd’hui deux rapports, eelui des arpenteurs Nelson et Hamel, et celui de M. J. Perreault, alors député à l’Assemblée Législative.

Pour qu'une pareille entreprise pût réussir, il eût fallu que les explorateurs l’eussent faite dans une

saison favorable qui leur eût permis de se livrer à une investigation minutieuse des lieux. Or, c'est cette première condition indispensable qui fit défaut. Les explorateurs, entrés dans la forêt le 24 octobre, trouvaient de la neige-deux jours après leur départ et étaient arrêtés dans leur marche par un mauvais temps presque continuel. Si l’on en croit M. Perreault, le parti engagé dans cette expédition aurait eu à lutter, non-seulement contre l2s intempéries d’une fin d'automne, mais à subir même toute espèce de privations et à se voir menacé d’une disette complète. Une fois pénétrés dans la forêt, les explorateurs, suivant lui, n'auraient guère pu faire autre chose que chercher à en sortir au ylus vite, n'importe comment, pour ne pas périr d’inanition.

Toutefois, malgré les désavantages de la saison et l'impossibilité pour les explorateurs de faire toutes les recherches que nécessitait l'objet de leur expédition, ils n’en conclurent pas moins dans leur rapport qu'il était facile et serait même peu coûteux d'ouvrir un bon chemin de Stoneham au lac Saint-Jean. Aussi, l'année suivante, MM. Vallée et Picard envoyaientils, sous leur propre responsabilité, une dizaine de travailleurs pour continuer les travaux commencés l'automne précédent et faire un chemin d'hiver jusqu'au lac Jacques-Cartier, c'est-à-dire jusqu’à la moilié de la distance entre Stoneham et le lac Saint- Jean. D'autres citoyens de Québec, pris d'émulation à la vue de leur courage et de leur persévérance,

parfaitement renseignés du reste sur la praticabilité du chemin projeté el convaincus de son importance, avaient voulu se joindre à MM. Vallée et Picard, et contribuer de leur bourse au succès de cette entreprise qui se continua alors assez rapidement, et d'autant plus économiquement que chaque travailleur était intéressé au résullat.

Cette activité ne tarda pas à porter ses fruils, et bientôt les ouvriers, à la tête desquels se trouvaient des personnes qui connaissaient la forêt pour l'avoir parcourue en tous sens dans de nombreuses excursions de chasse et de pèche, eurent pratiqué dans le bois environ trente-trois milles d’un chemin bordé de belle et bonne terre, sans côtes et relativement facile. De l'endroit où ils étaient parvenus jusqu'au lac Jacques-Cartier, il y avait tout lieu de croire, d’après l’expérience des travailleurs et leurs assertions, que le cherin serait tout aussi bon, sinon meilleur encore.

Plus tard, M. Jean Gagnon, chargé par le curé de Beauport, M. G. Tremblay, de faire le tracé du chemin, disait dans son rapport: «Les montagnes où les rivières Ma'baie, Chicoutimi, Sainte-Anne et Montmorency prennent leur source, présentent des cimes d’une grande élévation. Sur le 24° mille j'ai traversé une rivière large de cinquante-cinq pieds, tributaire de la Chicoutimi. De cette rivière au lac Jacques-Cartier, le terrain est uni et ne paraît devoir offrir aucune difficullé pour le tracé. Toutes les côtes réunies forment une longueur de pas plus de trois milles et demi, à partir du poste de Métabet-

chouane, sur une distance d'environ 52 milles que comprend le tracé que j'ai fait entre le lac Saint- Jean et le lac Jacques-Cartier. Il tombe beaucoup moins de neige dans la vallée que j'ai suivie que dans les endroits qui avoisinent le Saint-Laurent ; j'ai constaté, par des observations journalières, que la profondeur de Ja neige était généralement de trois pieds à trois pieds et demi.

« Dans l’autre moitié du chemin, c'est-à-dire celle qui est comprise entre le lac Jacques-Cartier et Stoneham, le tracé suit la rive ouest du lac Jacques- Cartier dans toute sa longueur, laquelle est d'environ sept milles. Depuis le lac Jacques-Cartier jusqu'au petit lac à l'Épaule, à sept lieues de distance, le terrain est sablonneux. De ce dernier lac à Stoneham, distance d'environ neuf lieues, le terrain est bien boisé et très-propre à la culture. Le poisson abonde dans tous les lacs situés le long du chemin. Cette seconde partie du tracé ne présente pas plus de difficultés pour l'ouverture d’un bon chemin d'été que l'autre, Elle offre moins de côtes que la première partie. A l'exception de la section qui comprend la grande coulée au point de départ de Sloneham, le chemin ouvert suit l’ancien chantier des chasseurs, dont M. Blaiklock ne paraît pas s'être éloigné dans sa dernière exploration. »

Pendant les années qui suivirent l’époque dont pous venons de parler, la question du chemin de Québec au Lac Saint-Jean ne manqua pas d'occuper les esprits de temps à autre avec plus ou moins d’in-

tensité ; on y revint à plusieurs reprises, les tentatives furent renouvelées, quelques-unes même poussées au point de faire croire à la réalisation de l'entreprise, jusqu’à ce qu'erfin, en 1877, le gouvernement prit la détermination sérieuse et efficace de poursuivre l'œuvre jusqu’à sa complète exécution.

Avant 1878, les colons du Lac Saint-Jean avaient soixante-cinq milles à faire pour afteindre la Grande Baie, puis un trajet de 165 milles de plus par le chemin Bagot pour se rendre à Québec. Par le nouveau chemin, une distance de 140 milles seulement les sépare de Ja capitale; voilà donc du coup un chemin qui diminue de 85 milles l’espace compris entre la capitale et le Lac. [1 y a es maisons de campement construites sur son parcours, avec de bonnes écuries pour les chevaux et les bestiaux, et les personnes chargées des postes sont obligées de tenir le chemin en bon ordre. Ce chemin, qui a pour point de départ Stoneham, aboutit à Métabetchouane, Il a 2% pieds de largeur pour le présent, mais on ne tardera pas à l'élargir sans doute davantage pour le mettre mieux en état de répondre aux besoins de la colonisation et de donner passage aux troupeaux de bestiaux, de moutons et de pores. Dans son état actuel, le chemin est simplement passable ; l'hiver, on met entre trois et quatre jours à le parcourir d’une extrémité à l’autre ; mais il se passera encore quelque temps avant qu'on puisse l'utiliser commodément-pendant la belle saison.

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