INSTRUCTION PUBLIQUE
Les municipalités scolaires du comté de Chicoutimi sont parmi les mieux organisées de la province de Québec, et sont de celles dont l'inspection est la mieux suivie, la plus intelligente : tous les ans on constate que les écoles font des progrès réels, et qu'à peu d’exceptions près, elles sont tenues sur un bon pied et fonctionnent bien. Certains obstacles cependant nuisent au développement plus rapide et plus considérable de l'éducation dans ce comté, et ces obstacles sont d'autant plus difficiles à vaincre qu'ils naissent de l’aveuglement et de l'ignorance des pères de famille qui se refusent à se laisser convaincre des choses les plus évidentes. Le plus sérieux peut-être de ces obstacles est le manque de livres, de papier et d'autres fournitures d'école indispensables que les parents refnsent d'acheter :
« À ce sujets, dit M. Savard, inspecteur de ce district scolaire, je dois dire que l'institution du Dépôt de livres a produit de bons effets; mais les commissaires, dans un grand nombre de municipalités, sous prétexte que les parents ne veulent pas acheter les livres nécessaires à leurs enfants, négligent de se les pu mpaf et en conséquence, on trouve cette année bien des écoles où manquent les livres etc. De plus, plusieurs commissions scolaires m'ont répondu qu'elles aimaient mieux laisser leurs écoles sans livres plutôt que de voir une partie de leur subvention retenue par le gouvernement pour payer les livres qu'elles achètent, Dans ces cas-là, les commissaires devraient être, selon moi, forcés d'acheter les livres, pour les distribuer ensuite gratuitement, Ce mode serait beaucoup plus avantageux pour l'éducation. En imposant une cotisation additionnelle chaque année, la plupart des intéressés paieraient sans
rien dire, tandis qu'autrement, le plus grand nombre d'entre eux laissent leurs enfants sans livres etc, et ne s'en occupent plus,
« Un autre obstacle, 7e nuit aussi le plus au bon fonctionnement des écoles, et déjà signalé bien des fois par mes collè-
ues, est le manque d'assiduité des enfants aux classes, Le >esoin qu'un certain nombre de parents ont de lours enfants pour les travaux agricoles, et l'indifférence chez un grand nombre d'entre eux, jointe au manque de moyens, font que les absences des élèves sont trop fréquentes. Cette année (1879,) une cause importante des absences a été la rougeole qui a sévi d'une manière alarmants sur les enfants dans mon district d'inspection.
« J'ai eu la satisfaction de constater, cette année, des progrès marquants dans la lecture courante et surtout raisonnée, Ce bon résultat est dà à l'introduction des livres de M. Montpetit, qui sont en usage dans toutes les écoles de mon district, à l'exception de la municipalité scolaire de la paroisse de Saint- Alphonse, qui n'en a pas encore pourvu ses écoles, Riea de surprenant à cela ; lescommissaires je cette municipalité sont toujours lents et les derniers à se soumettre aux instructions du DNS
« L'écriture est généralement soignée ; la grammaire, l'arithmétique, le calcul mental ont continué de progresser, et même sont cultivés avec plus de soin que les années dernières. Le dessin est aussi enseigné et appris par le plus grand nombre des élèves, dans presque toutes les écoles.
« J'ai été obligé de laisser diriger, pendant le dernier semestre, plusieurs écoles par des inutitutrices non diplômées, en remplacement d'insttutrices qui ont quitté l'enseignement pour cause de mauvaise santé, ou parcequ'elles se sont mariées. Comme les commissaires se trouvaient dans l'impossibilité d’en trouver d’autres dans le comté, j'ai cru devoir en agir ainsi plutôt que de laisser fermer les écoles. Les institutrices non brevetées 2 ont dirigé des écoles sont capables, et elles ont bien réussi
ans l’enseignement.
« Ces institutrices nou diplômées sont assez instruites pour obtenir un brevet; mais eiles sont obligées, pour cela, d'attendre qu’elles aient atteint l'âge de dix-huit ans ; il en résulte un inconvénient bien grave. Pour y obvier, je sollicite auprès du départément comme une faveur spéciale pour mon district d'inspection, vu la pesliion exceptionnelle où il se trouve placé et le manque d’institutrices y résident, que le bureau des examinateurs puisse accorder des brevets élémentaires aux personnes de dix-sept ans qui seraient capables. D'un autre côté, je crois qu'il serait à désirer que les connaissances exigées pour les institutrices fussent étendues, surtout pour l’arithmétique et la grammaire. L:s candidats, pour obtenir un brevet élémentaire, subiraient un examen sur l’arithmétique jusqu'aux
règles de profits et pertes, el résoudraient lors de leur examen un problème su:: les fractions, la règle d'intérêt simple, et sur les règles d’escompte, de profits et pertes. En grammaire, les candidats devraient être tenus de répondre, non-seulement sur les élements, mais aussi sur les principales règles de la syn-. taxe. Les raisons qui m’engagent à exiger que les candidats possèdent une instruction plus développée qu'autrefois, sont que l’on rencontre aujourd’hui, dans une foule d'écoles élémentaires, des jeunes enfants de 14 et 15 ans, qui ont appris toute l'arithmétique et la grammaire, et si leur maitre ou maitresse ne connait que ce qui est exigé aujourd’hui, lors de leur examen devant le bureau des examinateurs, il arrive souvent que les enfants perdent leur temps. De plus, comme la tenue des livres en partie simple, l’art épistolaire, le calcul mental et agriculture sont obligatoires, il serait bon que les candidats fussent aussi examinés sur ces matières, »
Ce n’est ni la bonne volonté ni le zèle qui manquent aux commissaires ou aux secrétaires des municipalités ; mais la crise commerciale qui a été si longtemps prolongée, i'élat de gêne et la pauvreté relative du comté de Chicoutimi, font que certaines municipalités sont presque dans l'impossibilité de remplir leurs obligations comme elles le voudraient. Pour pouvoir maintenir les écoles sous leur contrôle, à l'exception de la ville de Chicoutimi, les commissaires sont obligés de faire payer leurs cotisations en grains, qu’il revendent au printemps. «Les institutrices qui consentent à accepter de ces produits, en requièrent à compte sur leur salaire en janvier, continue M. Savard, ce qui explique pourquoi Tes municipalités ne peuvent payer tout le montant dû à la fin du premier semestre. » Pour compléter ce paiement, les commissaires reçoivent du département de l’ins- truction publique une subvention qu'ils partagent également entrelesinstitutrices. A la fin du deuxième
semestre, les institutrices sont généralement bien payées ; car les commissaires trouvent facilement à cetle époque les moyens d'échanger leurs produits pour de l'argent. Si les commissaires ne voulaient pas se soumettre à ces nécessités de situation particulières au comté de Chicoutimi, ils seraient obligés de fermer les écoles. Le seul moyen praticable pour eux de les maintenir sera encore peut-être pendant plusieurs années d’accepter des paiements en nature, l'argent étant une chose extrêmement rare dans le Saguenay, et la plupart des transactions n’y étant guère que des échanges de produits.
Malgré les défauts, ou plutôt les inconvénients et les misères que nous venons de signaler, il faut reconaître que les municipalités du comté de Chicoutimi ont à cœur l'avancement de l’éducation, comme du reste en fait foi le dénombrement successif des écoles que nous allons mettre sous les yeux du lecteur.
1° cæicourimi (ville)
On trouve dans cette petite ville quatre écoles élémentaires fréquentées par 288 élèves: c'est une école de’‘plus que l’année précédente et une angmentation de 29 dans le nombre des élèves. Quatrevingt- quatre de ces élèves apprennent depuis l'A. B. C. jusqu’à la lecture courante, 108 lisent couramment, 96 lisent bien, 201 étudient l’arthmétique et le calcul mental, 22 la tenue des livres, 79 la grammaire,
l'orthographe et l'analyse, 26 l'art épistolaire, 25 la géographie, 56 l’histoire, 166 le dessin, 47 l’agriculture et 98 la musique vocale.
On enseigne dans ces écoles toutes les matières exigées par le programme officiel. La série complète des livres de M. Montpetit y est adoptée. Les commissaires d'école de l'endroit, présidés par M. le shérif Bossé, sont des hommes remarquablement intelligents ét désireux de faire faire tous les progrès possibles, comme le démontrent les résultats obtenus. De même, les parents montrent du zèle pour l’instruction de leurs enfants et les envoient régulièrement aux classes.
2 cHicouTim (paroisse)
La paroisse de Chicoutimi contient douze écoles élémentaires, fréquentées par 532 élèves, 14 de plus qu’en 1878. Cent vingt-deux de ces élèves apprennent depuis l’abécé jusqu’à la lecture courante, 181 lisent couramment, 229 lisent bien, 388 écrivent, 380 étudient l'arithmétique et le calcul mental, 82 la tenue des livres, 199 la grammaire, 101 l'orthographe et l’analyse, 56 l’art épistolaire, 99 la géographie, 131 l’histoire, 281 le dessin linéaire, 97 l’agriculture et 200 la musique vocale.
Toutes ces écoles, surtout les écoles Nos. 1 et 8 sont bien tenues et font des progrès remarquables, à l'exception des écoles Nos. 6, 7 et 9 qui sont en
arrière des autres. Les commissaires visitent regulièrement deux fois par année les écoles avec l’inspecteur , ils font preuve de zèle et de dévouement pour l'éducation.