‹ Le Saguenay et le bassin du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 46 sur 101 · LES GRANDS TRIBUTIRES DU LAC SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

LES GRANDS TRIBUTIRES DU LAC SAINT-JEAN

D” toutes les rivières qui débouchent dans le lac Saint-Jean, celles qui coulent au nord et à l’ouest sont les plus considérables, de même que les plus belles et

\ LA MON à 12 or DURE € SUD fe NS ir (a U F PET *.:

Fs 5" y À

Tr Ce a ré

les plus importantes, À cause de l’étendue et de la fertilité des régions qu’elles arrosent. Telles sont la Chamouchouane, la Mistassini et la Péribonca, toutes trois douces et tranquilles à leur embouchure, mais ne tardant pas à devenir rapides et à présenter des cascades succédant aux cascades, à mesure qu’on remonte leur cours jusqu’à la hauteur des terres où elles prennent leur source.

La Chamouchouane 1, qui peut être considérée comme une continuation de la rivière Saguenay, fut explorée pour la prenère fois par l'arpenteur Normandin qui la remonta jusqu'au lae Nekoubau, près duquel se trouit en 1860 l'établissement de M. Peltier, dont il est fuit mention au commencement de cet ouvrage ; à quelques milles en deca, sur le lae Chomontchouan, se trouvait aussi un des postes du roi, établi en 1690. Ce poste était composé d’une maison et d'un magasin bâtis en pieux debout, de la dimension de douze piedscarrés et reposant

sur un arpent carré de terrain défriché.

Chamouchouane est un nom indien qui signifie “où

l'on guette lorignal.” Il a été donné àune belle et pitto-

resque rivière dont l'embouchure a trois quarts de mille

de largeur, et dont le cours inférieur arrose quatre cantons,

les cantons Normandin, Demeules, Chamouchouanc et

Parent, ces deux derniers formant la bordure nord-ouest

du lae Saint-Jean,

La Chamouchouane reçoit plusieurs petits aflluents,

dont le plus considérable est la rivière au Kaumon qui

coule vers le sud-ouest, en traversant le canton Demcules,

(paroisse de Saïnt-Félicien), et atteint, à six ou sept licues

de son embouchure, la région des marais et des plaines

arides où la eulture devient impossible. Le sol. sur la

rive occidentale de la rivière, semble un peu plus fertile

1— Autrefois on écrivait Chomontchouan, Aujourd'hui lerthographe Ashuapmouchouan est assez usitée.

comme plorée \ qui la rouuit est fait uelques trouvait ste était en pieux

reposant

Le ** Iïoù » et pitto- ; de mille ‘6 cantons, jouane et

1ord-ouest

affluents, aunmnon qui Demeules, sept lieues les plaines sol. sur la

plus fertile

hui l'ortho-

que celui de la rive opposée. IT est en général formé d'alluvion et de terre végétale recouvrant une marne argileuse sons laquelle s'étend une couche d'argile qui, elle-même, repose sur un lit de marne bleue et molle, étagement qui est un signe de fertilité remarquable ; et ce sol conserve la même composition dans toute la vallée de la Chamouchouane, jusqu'à une trentaine de milles de son embouchure, à un éndroit appelé le Portage à FOurs, alors qu'il devient sablonnenx et par temps marécageux, impropre à la colonisation.

Dans son expédition de 1828, M. Bouchette n'avait pas dépassé le Tl'ortage À Ours ; de nos jours, la Chamouchouane à été explorée jusqu'à plus de cent milles de son embouchure, et l’on à trouvé qu'à cette distance elle avait encore au delà de quatre cents pieds de largeur. Elle contient de nombreux rapides et plusieurs chutes, qui deviendraient d'excellents pouvoirs hydrauliques si l’on y construisait des moulins, Son cours süit une direction à peu près nord nord-ouest, et traverse de belles forêts

d'épinette, de sapin, de bouleau, de tremble et de cyprès.

Vient ensuite la Ticouapee, bordée de rives luxuriantes, qui traverse les cantons nouveaux de Parent et de Nor-

mandin, et qui vient confluer avec la grande rivière

Mistassini, à très-peu de distance de l'embouchure de

cette dernidre.

La Mistassini, le premier des tributaires du lac Saint- Jean, est une noble rivière qui n’a pas moins de trois milies de largeur à son embouchure où de nombreux îlots, inondés de saules au feuillage intense, semblent autant de vastes bouquets plongés dans ses ondes. Ces petites iles sout basses, touffues et couvertes d’une végétation luxuriante qui leur donne parfois un aspect tropical

: 1 Entre leurs rives coulent, remplis de brochets, de nom- | . . . (e

breux chenaux qui sont autant d’artères de la Mistassini, 7. . °° Y

et au milicu desquels il est souvent diflicile de se retrouver P

et de diriger sa course: le gibier aussi y foisonne, les

canards et les outardes, en troupes serrées, venant s’alattre

pour y banqueter ensemble, parmi les hautes herbes

grasses qui s’étalent comme une bordure le long des

chenaux. ! Sur les rivages de la terre ferme on voit se

dresser de gracieuses forêts de trembles et de frènes ; de

temps à autre, même, quelques groupes de grands ormes,

vigoureux ct touffus, étendront leurs puissantes branches

1—Au printemrys, les outardes vont Icin dans le nord, parce qu'elles n’ont pas de quoi manger sur les terrains que le Lac recouvre, Elles vont vers la hauteur dés terres, où elles font leur couvée, Quand vient septembre, ellcs redescendent, se réunissent au Lac d'où elles repartent Far groupes, chaque groupe volant vos son endroit de prédiléetion, qui est Kamouraska, PIle Verte: Saint-Jeachim ou Sorel,

Les outardes sont des oiseaux de passage qui, apris avoir de séiourné quelque peu Cans tous ces endroits, sedirigent vers Lesud,

Sainttrois lots, uatant petites tation opical, e nohitassini, trouver nne, Îles 'atattre herbes ong des voit se nes ; de L ormes, ranches dr, parte we le Lac font eur unissent

ant vos Le Verte:

ris avoir

JS le sud,

sur Ja rivière comme pour lui verser la fraîcher de leur ombrage. Quelques log houses, dernières habitations du Lac, se montreront aussi à demi ensevelies dans les bois le long de la rivière Ticouapee, au milieu des souches encore fumantes et des inombrables racines d'arbres, à peine déchaussées, qui s'entrelacent sous les pas.

La Mistassini, d’un mot composé indien qui veut dire “ grosse roche,” a un cours de plusieurs centaines de milles de longueur. Elle est navigable, jusqu’à six lieues de son embouchure, pour des embarcations, bateaux à vapeur ou autres, qui ne tirent pas plus de trois à quatre pieds d’eau, car il coule, tout près de la rive, un cheral qui a bien, en certains endroits, près de douze pieds de profondeur: jusqu’à présent on a remonté la rivière en canotsur une longueur d'environ cent vingt milles, malgré quelques rapides et quelques petites chutes, au bout desquels commencent les portages. C’est le chemin par lequel descendaient autrefois les Mistassins, peuple qui habitait autour du grand lac Mistassini, le lac des Baies. Ils venaient faire la traite des pelleteries à la Pointe-Bleue, dernier poste situé dans la partie septentrionale du Canada. Ils descendaient ordinairement vers le mois de juin pour faire leur trafic et pour rencontrer le missionnaire ; on pouvait voir, il n'y a pas longtemps encore, un poste que la compagnie de la Baie d'Hudson avait à l'embouchure de la Mistassini; les erues du printemps l’ont miné et il est tombé en ruines.

La première partie du cours de la rivière est magnifique ; de grands arbres s’y montrent fréquemment et la navigation en est douce et commode ; mais, dans certains endroits, il faut gravir des rochers cscarpés, faire des portages et marcher sur des troncs d'arbres pourris qui

enfoncent sous les pas.

La distance du lac Saint-Jean au grand lac Mistassini est de 450 à 500 milles ; on la parcourt en trois semaines environ, tandis qu'il en faut moins de deux pour revenir, à moins de retard extraordinaire causé par le vent sur les lacs, Les portages sont au nombre de quarante ct un, et l’on compte une soixantaine de rapides ; quant aux lacs, il n’y en a pas moins de trente-sept, dont 30 petits. Sur les bords du lac se trouve un poste de la compagnie de la Baie d'Hudson qui nest guère considérable aujourd’hui, mais qui autrefois était fort important, au dire des anciens missionnaires qui l’ont visité. On y compte une vingtaine de familles indiennes, en tout quatre-vingts âmes à peu près, qui dépérissent l’une après l’autre ou bien qui s'en vont, tantôt à Betsiamis, tantôt au lac Saint-Jean. Il y à des causes nombreuses au dépérissement presque irrémédiable des Indiens du nord ; ce sont en général l'excès de faim durant l'hiver, l'excès de nourriture dans l'abondance, l'excès de fardeau dansles portages, lorsqu'ils

ne se nourrissent guère que de poisson, leurs canots étant

nugniit et la ertains es por-

ris qui

istassini emaines revenir, at sur les ct un, et aux lacs, its, Sur rie de la ourd'hui, bs ANCIENS vingtaine nes à peu qui sen ean. Il presque 1 général ure dans lorsqu'ils

1ots étant

mi

d'un poids énorme, l'excès de course À la poursuite du aribou, de l’orignal et même du loup-cervier, insuffisance de la nourriture, et, enfin, les maladies épidémiques, telles que la petite vérole et les scrofules.

La Mistassini à été appelée justement aussi “ Rivière de Sable,” à cause de ses rives sablonneuses et des bancs de sable de son ernbouchure qui s'étendent au loin dans le lac Saint-Jean. Ce sable est apporté par la rivière et accumulé de telie sorte qu’il n’y à pas plus de deux à trois pieds d’eau dans le lac entre la Mistassini ct la Péribonca, et qu’il faut, pour trouver une certaine profondeur, se rendre jusqu’à quatre ou cinq milles au large. Souvent même, sur.les battures qui se succèdent, l’eau ne dépasse pas quinze à dix-huit pouces de profondeur. Qcelques-unes de ces battures, à force de recevoir tous les ans un nouvel apport de sable, sont devenues et sont restées complètement à découvert. Telle est la longue pointe elle-même de la Mistassini qui forme la rive septen-

trionale Ge son embouchure, autrefois banc de sable, et

Le]

aujourd’hui prairie luxuriante de foin sauvage, qui a trois pieds de hauteur et qui est tellement épais qu'on ne peut s'y trayer un passage qu'au moyen d’un bâton ; aussi le gibier de toute sorte y vient-il en troupes nombieuses festoyer et s’ébaudir avec délectation.

En même temps que le sable, les rivières du nord et de

l'ouest du Lace charroient les paillettes de mica qui sy

Page 1