‹ Le Saguenay et le bassin du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 75 sur 101 · A TRAVERS LES LAURENTIDES · texte numérisé non relu

A TRAVERS LES LAURENTIDES

Les sons d’une cloche retentirent dans le voisinage ; c'était le signal du dîner pour les employés de la Compagnie. Je me rendis chez St-Onge ; je dinai, puis je causai longuement, puis je pris des notes, puis je lus, en attendant le train qui devait me conduire au bout de la ligne, cinquante milles plus loin, au bont du fer ”, comme on

dit sur les lieux.

I] était environ quatre heures et quart quai ‘e montai

dans le seul et unique wagon que l’on attache at x trains de construction, pour l’usage des ingénieurs du chemin, des arpenteurs, des entrepreneurs de sections, de leurs femmes et de quelques rares voyageurs. C’était l’heure où, à cette époque de l’année, les premières voiles du crépuscule, encore indécises, descendent sur la terre,

eme

encieux, l'une après l’autre, toujours de plus en plus épaisses,

! . L rolongé, comme pour l’endormir doucement et graduellement. Un 1: mme fait k

ciel sans couleur et sans chaleur jetait sur la terre dénudée

Tr un pas- des torrents de mélancolie et linondait de reflets ternes | MAR

ille pieds et mats, comme l’atmosphère dun astre mourant. Seuls, | A

and elles dans les bois dépouillés, les sapins et les épinettes dres-

ile, qui les saient leurs silhouettes raides et droites, comme des ae

| j | FR, -Maurice. flèches que le sol eût lancées vers la nue; seuls ils don- RU

naient à la forèt ce qui lui restait d'ombre, et eette ombre était silencieuse et noire comme la nuit sur les tombeaux.

Les précipices, d’où parfois, quand les orages sy engouffrent, s'élèvent comme des soupirs arrachés aux entrailles de la terre, étaient étouffés sous l’épais | entassement des feuilles mortes, que le vent d'automne leur

voisinage ;

la Compa- avait jetées par tourbillons; les lacs, arrondis et creusés

is Je causal au pied des montagnes, semblaient comme de grands

h attendant réservoirs, pleins des larmes de la nature agonisante ; les ai

à . . s Q Q , | e la ligne, petites rivières, çà et là, tiraient péniblement leurs eaux Fe. , comme on déjà pesantes et engourdies; partout le silence, une MU PEL

atmosphère regorgeant de tristesse, une sorte de saisissement de la nature entière, dans lequel toute vie s'était

arrètée soudain, et le crépuscule épaissi donnant à tous ie monta les objets d’alentour des formes de spectres et de fantômes,

au x trains qui fuyaient épouvantés devant le souflle brûlant et les

lu chemin, jets de feux de la locomotive, ns, de leurs ait l'heure

voiles du

. Ja terre,

ous allons, nous av: space, aussi vi n Nous allons, nous avalons l’espace, aussi vite quo

peut le faire dans un train de construction, là où le

ballastage n’est pas encore ussez ferme pour permettre à

la locomotive de se lancer dans la plénitude de sa force,

comme le discours d’un député convaincu. IT s'agit

d'arriver pour le souper de six heures, au bout de l'île

du lac Edouard, à la première traversée de la Batiscan,

endroit décoré aujourd’hui du nom de station Beaudet,

où s'élève un log-house aristocratique, le Windsor, quar-

tier général et pension des entrepreneurs, des ingénieurs

et des arpenteurs.

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