‹ Le Sahara algérienChapitre 16 sur 92 · BERR1 AIN · texte numérisé non relu

BERR1 AIN

Berrïan est à neuf lieues est de Gardaïa; c’est un village de deux cent cinquante à trois cents maisons , entouré d’une enceinte crénelée. Ses jardins sont arrosés par des puits. H y a des écoles et des mosquées.

Les Meklialif et les Ouled Iahïa y déposent leurs

grains.

GUERARA.

GUERARA.

Guerara est à Test de Gardaia, et à deux jours de marche sur F Oued Ser'rin , qui vient du Chebka Mta’k el AVouatk C’est une ville un peu moins grande que Gardaia ; elle est entourée d’une enceinte très-élevée, et percée de trois portes , qui sont :

Bab el R'arbi.

Bab el Cherki.

Bab el Oued.

Entre Gardaia et Guerara le terrain est pierreux; cependant on trouve auprès de l’Oued en-Nça des cèdres et des bethom (térébinthes).

Les jardins de Guerara sont remarquables par leur étendue et leur fertilité ; des puits assez nombreux permettent de les arroser fréquemment.

Cette ville était autrefois sous la dépendance de Gardaia ; mais, depuis longtemps déjà, elle se gouverne elle-même par une djema’.

On y a constaté la présence de quatre Européens : trois Espagnols et un Français qui se dit officier, et qui s’appelle El H'adj Ioucef.

Les tribus qui déposent leurs grains à Guerara sont :

Les Mekhalif.

Les AYatcha.

Ouled A’mer.

Ouled Ounaïs.

Fractions des Arba\

D’ALGER A OUARGLA

El A’r'azlïa.

Ouled Seïali'.

H'all T'aïbat.

Ouled Sidi Bel K'assem.

La confédération des Béni Mzab est un centre où viennent afïluer toutes les tribus du désert ; selon ses besoins, chacune y vient acheter ou vendre.

Celles qui fréquentent le plus habituellement les marchés des Béni Mzab sont :

El Keraïch.

Ouled Lek'red.

Ouled Gherif.

H'alouïa.

Flitta.

El H'arar.

El H'adjalat.

El A’mour.

Ouled Sidi Cheikh.

El A Vouât' K'sal.

Ouled Zïad.

Ouled Naïl.

H'all Bou Sa’da.

Ouled Sidi Zïari.

Ouled Sassi.

Ouled H'arkat.

Ouled A’mera.

Embarka ou A’bid Allah'.

El A’r'azlïa.

El Arba’.

Ouled Jak'oub.

GUERABA.

Saïd.

El Mekhadma.

Chambet Bou Rouba.

El Medabeh'.

El Mekhalif.

Ouled Iah'ïa'.

Ouled Seïah'

Sa'ïd Ouled A'mer.

Ouled Moulât.

Selmïa.

Ouled Sidi Bel K'assem.

A'rba’ïa.

H'all N’efta.

H'all Ouargla.

H'all el Oued.

H'all es-Souf.

H'all Tougourt.

H'all Temacin.

H'all Gourara.

H'all Kela\

Touareg.

El A’r'ouat'.

A’ïn Mad'i.

Tadjemout.

K'sir el H'aïran.

Ouled Mokhtar ben A’ouda.

Rah'man.

El Mefatah'.

Douaïr.

Ces tribus apportent aux Béni Mzab :

Des laines en quantité.

D’ALGER A OUARGLA

Du blé, de l’orge.

Beurre de brebis.

Moutons.

Chevaux.

Anes.

Quelques bœufs.

l)e l’huile.

Des peaux tannées.

Nègres.

Henna.

Alun.

Poudre.

Dents d’éléphant.

Poudre d’or.

Plumes d’autruche.

Glands doux.

Fèves, pois chiches.

Chachia.

Ceintures.

Chaussures.

Indiennes.

Cotonnades.

Soies.

Du drap en quantité.

Épiceries.

Mercure.

Armes.

Verroterie.

Coutellerie.

Un peu de sucre.

Un peu de kermès pour teinture.

Garance.

Dattes.

GUERARA.

Acier.

Fer.

Tapis.

Des gazelles , des lièvres , du gibier vivant.

Des autruches vivantes , etc.

Il y a peu de temps encore que la plupart de ces marchandises étaient apportées de Tunis. Elles commencent à venir d’Alger ; et il est probable que plus nos rapports deviendront directs avec la première zone du désert , nos routes étant d’ailleurs plus sûres que celles de Tunis , plus nous accaparerons tout le commerce des Béni Mzab.

Les germes d’irritation qu’A’bd el K/ader a laissés dans le désert, et particulièrement chez les Béni Mzab, les ont à jamais éloignés de lui , et disposés peut-être à établir avec nous des relations sur lesquelles ils pourraient compter un jour, en cas d’une nouvelle incursion de l’émir dans le sud. Quand À’bd el K/ader faisait le siège d'A’ïn Mad'i, il écrivit aux Béni Mzab, pour leur ordonner de reconnaître son gouvernement , et de se soumettre à lui; car, ajoutait-il, Dieu m’a donné la victoire, il m’a choisi ; tous les musulmans doivent me reconnaître. Il terminait en menaçant, s’ils ne se soumettaient pas , de faire couper la tête à tout Mzabit qui tomberait entre ses mains.

Les Béni Mzab lui répondirent :

« Nous ne sortirons pas du chemin qu’ont suivi nos « ancêtres; nos voyageurs , nos commerçants te paie-

D'ALGER A OUARGLA

(( ront, dans les pays qu’ils traverseront , les droits ou (( tributs qu’ils payaient aux Turcs , mais nous ne te li- « vrerons jamais nos villes, et le jour où tu viendras « avec tes canons et tes bataillons , nous abattrons les « remparts de nos villes , nous te le jurons, pour que « rien ne sépare les poitrines de nos jeunes gens des « poitrines de tes soldats ; tu nous menaces de nous « priver des grains du Tell, mais nous avons pour « vingt ans de provisions de poudre et de dattes , et « nous récoltons ce qu’il nous faut à peu près de blé « pour vivre. Tu nous menaces de faire mettre à mort (( tous les Béni Mzab qui habitent tes villes ; tue-les si « tu veux, que nous importe ! Ceux qui ont quitté notre « pays ne sont plus de nous ; fais plus , écorclie-les ; et (( si tu manques de sel pour conserver leurs peaux, nous a t’en enverrons en quantité.

« Tout ce que tu as dans les mains, apporte-le. »

A’bd el K'ader fut violemment irrité de cette réponse noblement orgueilleuse , mais il dissimula son ressentiment jusqu’à son retour à Tak'dim. Une fois dans le centre de son gouvernement, ildonnal’ordre d’incarcérer immédiatement tous les Béni Mzab qui se trouvaient à Médéa, Miliana, T'aza, Bor'ar, Maskara, Tak'dim , etc. Les motifs qu’il donnait de cette mesure arbitraire étaient que les Béni Mzab avaient envoyé des secours à Tedjini , pendant le siège d'À’ïn Mad'i ; qu’ils avaient des intelligences suivies avec les chrétiens

D’ALGER A OUARGLA

d’Alger et d’Oran, enfin, qu’ils n’étaient que des musulmans schismatiques.

Il n’osa pourtant pas pousser plus loin une vengeance dont le véritable motif, si bien déguisé qu’il fut, n’était point inconnu , et il se vit contraint par l’opinion publique , de rendre la liberté à ses prisonniers ; ce qu’il ne fit toutefois qu’après les avoir frappés d’une amende qui les réduisit tous à la mendicité.

SUITE DE LA ROUTE D’ALGER A OUARGLA

lieues.

21e jour on traverse Béni lsguen et El A’tef en laissant l’Oued Mzab sur la gauche , et l’on arrive à un puits nommé El Noumerat; c’est le seul

endroit sur la route où l’on trouve de l’eau;

on a fait treize lieues dans les sables . 13

22e .. . à A’reg Mta’ Gourfan, petit mamelon de sables. 13 23e . . . à Khou el A’trous (le Frère du Bouc), mamelons

de sables . 13

24e . . . pendant onze lieues on marche encore dans le désert, et l’on arrive au pied des montagnes qui cachent Ouargla , et que l’on appelle Cha’bet el Meh'al. Sur le versant nord se trouvent les ruines d’un village abandonné, nommé Bamendil. Leur versant sud est planté de dattiers , Ouargla est à deux lieues en avant ; cette journée est donc de treize lieues . 13

Total . 52

D’ALGER A OUARGLA

RÉCAPITULATION DE LA ROUTE d’aLGER A OUARGLA.

lieues.

d’Alger à El A Vouât' . 107

de El AYouat' à Gardaïa . 40

de Gardaïa à Ouargla . 52

Total général . 199

OUARGLA

Du sommet aride et nu de Chabetel Meh'al, le voyageur a sous les pieds une forêt de dattiers , échelonnée sur le versant sud de la montagne, et qui, gagnant la plaine, s’étend jusqu’à une lieue plus loin dans un sol marécageux.

A mesure qu’on s’avance, la physionomie devient différente : les dattiers sont moins pressés , des arbres fruitiers de loute espèce leur disputent le terrain, et des carrés de culture annoncent l’aclion de la main de l’homme.

Dans le centre à peu près de cette forêt devenue jardin, une muraille crénelée, couronnée de quarante forts à deux étages , en terrasses , crénelés eux-mêmes , enceint un immense périmètre, coupé de jardins intérieurs, semé de cinq ou six cents maisons blanchies au plâtre, que dominent trois mosquées et une k'asbah'; c’est Ouargla.

Ouargla est située par 31 0 de latitude nord et 0°, 25'

OUARGLA

longitude ouest, à cent quatre-vingt-dix-neuf lieues d’Alger, et à cinquante-deux du pays des Béni Mzab. Comme Tougourt , elle est protégée par un fossé parallèle à sa muraille d’enceinte , et que l’on peut à volonté remplir d’eau.

Elle a six portes :

Bab el Rebïa.

Rab Baba Ah'med.

Bab Rebah'.

Bab Bou Isaak'.

Bab A’mar.

Bab A’zi.

Chacune d’elles s’ouvre en face d’un pont en maçonnerie jeté sur le fossé.

Au milieu des jardins extérieurs de la ville , vient mourir l’Oued el Mia (la rivière des Cent) , que l’on appelle ainsi parce qu’elle reçoit, dit-on, cent rivières sur sa route. Elle vient de Djebel Baten , à quatre jours de marche N.-E. du Tidikelt.

Malgré ces nombreux affluents l’Oued el Mia n’a d’eau qu’en hiver* son lit est très-large, et c’est pour cette raison sans doute qu’elle est à sec pendant tout l’été ; il suffit cependant d’y creuser à une très-petite profondeur pour y trouver de l’eau.

Ouargla , ainsi posée sur un sol marécageux , est vivement affectée de fièvres pendant les mois de mai et d’octobre ; quand les pluies cessent et quand elles commencent. Ces fièvres ne sont toutefois dangereuses

D’ALGER A OUARGLA

que pour les etrangers ; là , comme sur beaucoup d’autres points, elles sont rarement mortelles pour les indigènes.

Ouargla ne possède pas de sources; elle est fournie d’eaux par des conduits qui les prennent dans les jardins extérieurs, et vont, en passant sur les ponts , alimenter des bassins publics.

La ville est divisée en trois quartiers appelés du nom des habitants.

Béni Siçin.

Béni Ouakeïr.

Béni Brahim.

Chaque quartier a sa mosquée , ses écoles ( medeasa) où desWba enseignent aux enfants la lecture, l’écriture et la religion. Les maisons sont généralement assez mal construites en briques crues et en pierre ; il semble au reste que ce soit là le moindre souci des habitants , carie minaret de l’une des trois mosquées, celle des Béni Brahim , est à peu près en ruine , et la k'asbalé, qui autrefois avait ses jardins, ses écuries, ses prisons, ses bassins, sa mosquée, est elle-même dans un tel état de délabrement qu’il y reste à peine un logement pour le sultan.

Bien que les habitants Ues trois quartiers d Ouargla semblent former trois familles très-distinctes , tous obéissent ordinairement à un chef suprême , qui prend le nom de sultan , et qui est élu par la djema’.

Nous avons déjà parlé souvent de la djema’ , ou as-

OUARGLA

semblëe des notables ; nous la retrouverons dans presque toutes les villes du désert , mais toujours plus ou moins soumise à un maître absolu et meme héréditaire. A Ouargla au contraire, c'est la djema’ qui est le véritable pouvoir exécutif; elle se compose de douze membres dont chaque quartier fournit un tiers , et si elle se nomme un chef, elle peut aussi prononcer sa déchéance; au reste, elle sen passe assez volontiers, et c’est le cas présent ; elle gouverne alors elle-même le pays.

Ouargla se prétend la ville la plus ancienne du désert ; si l’on en croit la tradition, voici en quelle circonstance fut élu son premier sultan. Jusque-là elle s’était administrée tant bien que mal et sans forme précise de gouvernement ; mais le désordre et la rivalité des grands l’ayant jetée dans l’anarchie, les partis s’égorgeaient, et l’on convint enfin de se donner un chef. Le prendre dans la ville c’eut été blesser trop de susceptibilités, soulever trop de haines, ne rien consolider pour l’avenir ; il fut convenu qu’on demanderait à l’empereur de Maroc d’envoyer un cliérif, un descendant du prophète , devant lequel toutes les ambitions se tairaient, et qui serait nommé sultan. Contre toute attente, l’empereur refusa ; c’était une raison de plus pour insister, et les gens d’Ouargla firent offrir à Sa Majesté le poids en poudre d’or du prince qu’elle voudrait bien leur donner ; le marché fut conclu .

Le sultan , accueilli par tous , fut logé dans la f/as-

D’ALGER A OUÀRGLA.

balé, et « pour qu’il ne vécût pas du bien des pauvres, « et ne fût pas forcé de piller pour vivre , on lui donna (( autant de jardins qu'il y a de jours dans Tannée. »

Ce premier sultan et ses enfants furent bons princes ; mais, plus tard, sa famille s’étant considérablement accrue, les ambitions rivales ramenèrent l’anarchie; peu à peu d’ailleurs les sultans avaient aliéné et vendu les jardins que Ton avait donnés à leurs ancêtres. Devenus pauvres, ils furent déposés, et la ville, ou plutôt la djema’ s’en nomma de nouveaux.

La race des Clierfa, autrefois princes d’Ouargla, existe encore ; l’an dernier même , un de ses membres fut élu sultan ; mais il oublia bientôt la sévère leçon qui avait été jadis donnée à sa famille : « Il mangeait « impudemment le bien des pauvres, et se laissait aller « à toute sorte d’excès ; » aussi fut-il déposé après quatre mois seulement de règne.

La déposition d’un sultan se fait avec tous les égards dus à la dignité déchue, sans formes brutales, et comme par une convention tacite sanctionnée par Tusage; à l’heure où la musique du sultan joue, c’est-à-dire aux heures des prières, un des membres de la djema’ fait signe aux musiciens de se taire. Il n’en faut pas davantage, le sultan a compris, il n’est plus que simple particulier, et il rentre dans la vie commune.

Le sultan d’Ouargla n’a plus, comme autrefois, un domaine particulier; chaque quartier de la ville défraie tour à tour sa maison ; de plus, il lui est annuellement

OUARGLA

alloué 1 80 saâ de dattes (le saâ est une mesure variable de quarante à cinquante livres ). Au moment de la récolte on prélève encore , à son profit , une charge de chameau sur le produit de cent dattiers ; cet impôt lui constitue un revenu considérable, car le district d’Ouargla ne contient pas moins de soixante mille dattiers , dont le nombre est rigoureusement enregistré.

Les amendes qu’il impose pour les vols et les délits de toute sorte lui sont également attribuées.

11 n’a aucun droit sur l’A’chour proprement dit; l’A’chour qui n’est autre chose que la dime , est perçu par la djema et sert à nourrir les pauvres et les pèlerins malheureux, qui de l’ouest gagnent la Mecque par le désert.

La justice est confiée aux soins du k'ad'i de la cité; le k'ad'i actuel se nomme Si Moh'ammed Oulid Sidi A’t'allah'.

Voici quelques fragments des lois pénales que ce magistrat est chargé d’appliquer :

Les voleurs sont exposés à un poteau sur une place publique et frappés d’une amende. Les meurtres peuvent être rachetés à prix d’argent. La femme adultère qui, d’après la loi musulmane, doit être battue de lanières et lapidée, est beaucoup moins sévèrement punie à Ouargla , où , comme dans tous les grands centres de commerce , les mœurs sont fort relâchées : elle est simplement répudiée ou châtiée par son mari.

Les habitants d’Ouanda sont d’une couleur fortement

D’ALGER A OUARGLA

altérée par leurs alliances habituelles avec leurs esclaves négresses; et, bien que la couleur brune n’influe en rien sur les droits d’héritage et de nationalité, elle semble cependant entacher l’individu d’une espèce de réprobation morale; ainsi, les blancs purs prennent avec orgueil le titre de el léarar (gens de race), et désignent les sangs mêlés par ce terme de mépris, el kbelatia (les abandonnés). Presque tous les chefs de la djema’ sont blancs , et les femmes blanches sont particulièrement recherchées en mariage; d’où l’on pourrait conclure que l’aristocratie du pays évite le mélange de sa race avec les races inférieures; elle a d’ailleurs en elle un sentiment de dignité qui se traduit par ce trait caractéristique : les femmes nobles se voilent le visage , les autres vont la figure découverte.

Les mœurs de la population entière sont, du reste, fort dissolues : non-seulement nous retrouvons près des murs de la ville et sous la tente ces espèces de lupanars qui se recrutent des belles filles du désert; mais, ce dont nous douterions sans les témoignages nombreux qui nous l’ont affirmé, c’est que, dans la ville même, on trouve des mignons qui font ouvertement métier et marchandise de leurs débauches. Ce sont de très-jeunes gens, qui vivent à la manière des femmes, se teignent comme elles les cheveux , les ongles , les sourcils et les lèvres; ils sont, il est vrai, généralement méprisés et relégués dans la classe des filles publiques, mais ils vivent, ce qui prouve que leurs compatriotes, malgré

OUARGLA

leurs dédains affectés, sont en secret plus qu’indulgents.

A certaines époques de l’année , Ouargla a d’ailleurs ses saturnales, son carnaval avec ses débauches, ses mascarades et son laisser aller nocturne.

Aux fêtes d’Aïd-el-Kebir, d’El A’choura et d’El Mouloud, on habille tant bien que mal des jeunes gens en costumes européens d’homme et de femme, car nos habits étriqués sont un sujet intarissable de plaisanteries; on figure des lions en fureur; des enfants enfarinés sont déguisés en chats ; on affuble de baillons et d’oripeaux bizarres un individu qui représente le diable ; et cette mascarade , escortée de la jeunesse montée sur des chameaux , et pressée par la foule des curieux accourus de tous les environs , court pendant sept nuits les rues et les marchés de la ville.

Ce jeu singulier s’exécute de temps immémorial; sa tradition , comme celle de notre carnaval , ne remonte pas jusqu’à son origine.

La langue des gens d’ Ouargla n’est point l’arabe, elle semble tenir du mzabïa et du zenatïa ; cependant tous les chefs de la ville et les t'olba parlent arabe.

Ouargla a sous sa dépendance quelques villages dont les plus importants sont :

D'ALGER A OUARGLA

EL ROUISSAT,

A une lieue et demie ouest; c’est un groupe de quarante maisons, bâties dans une forêt de dattiers et sur un sol tellement fertile, qu’on ne prend aucun soin d’irrigation. L’hiver, les environs de Rouissat sont marécageux, et l’été, bien qu’il n’y ait pas de sources jaillissantes, des puits très-peu profonds, de cinq ou six pieds au plus , donnent de l’eau en abondance.

Entre Rouissat et Ouargla , on voit des carrières de plâtre.

El, H'EDJAD.IA et A’IN AMER.

A une lieue et demie ou deux lieuesausud, on trouve, en face l’un de 1 autre et très-rapprochés , les deux villages d’El Lfedjadja et d’Aïn-A’mer : le premier de cinquante ou soixante maisons, fautre de cent â peu près. Toujours des dattiers et des jardins, arrosés par de nombreuses sources jaillissantes.

A moitié chemin entre Ouargla et ces villages, on rencontre un lac salé appelé Sebkha et MalalV, qui fournit du sel en si grande quantité qu’on peut en enlever, a certaine saison, quatre ou cinq cents charges de chameau, sans qu’il y paraisse ; c’est du moins ce que nous disait l’Arabe a qui nous devons ces renseignements.

SÏDl KHOUÏLED.

S1DI KHOUÏLED.

A cinq ou six lieues au sud-est est situé le village de Sidi Khouïled , habité par une famille de marabout' et , pour cette raison , exempt d’impôt. Bien que situé au milieu des sables, Sidi Khouïled est entouré de dattiers et de jardins bien cultivés, car on trouve beaucoup d’eau à quelques pieds sous terre.

Dans tous ces villages on ne parle que l’arabe.

A une lieue et demie, sud-ouest, du village de Bouissat s’élève une montagne en forme de piton nommée Djebel Krima ; au sommet on trouve un puits très-profond, et les ruines d’un village que la difficulté de la position aura sans doute fait abandonner. On appelait ce village Krima.

A une lieue plein nord de Krima s’élève une autre montagne nommée Djebel el Ao’bad (montagne des adorateurs), et k une lieue est de Djebel el Ao’bad se trouvent les débris d’une grande ville abandonnée que l’on nomme Cedrata, et qui, selon la tradition, aurait été détruite par un cbérif du Maroc, appelé K'aïd el Mans'our.

Sous les flots de sable on distingue encore les restes de la muraille d’enceinte et les ruines d’une mosquée. Une source très-abondante, et qui se divise en quatre petits ruisseaux, coule a quelque distance de ces ruines.

D’ALGER A OUÀRGLA.

À deux lieues en avant de H'edjadja, sept mamelons de sable se prolongent vers Djebel Rrima. On les appelle El Bek'erat, les jeunes chamelles; ce nom consacre un miracle :

Un soir, un chamelier arrivant du désert, fatigué et mourant de soif, s’arrêta à une source connue pour boire et faire boire ses sept chamelles; mais la place était prise , un homme y puisait de l’eau pour arroser ses palmiers ; « dépêche-toi, méchant corbeau noir, lui cria le chamelier. » L’imprudent venait d’insulter un marabout'. Le saint leva les yeux au ciel , étendit les mains, et les sept chamelles se couchèrent pour ne plus se relever, elles n’étaient plus que du sable.

Les trois grandes tribus des :

Mekhadema ,

Chambet Bou Rouba , Sa’ïd.

campent dans le territoire d’Ouargla, et quelquefois sous les murs de la ville où elles déposent leurs grains. Chacune d’elles se compose de plusieurs fractions :

Mekhadma.

/ Béni H'assan.

! Ouled Nçer.

J Béni Khelifa.

\ Béni T'our.

I El A’rimat.

\ Ouled Ah'med.

60 chevaux.

500 fusils.

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