‹ Le Sahara algérienChapitre 23 sur 92 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

D’Alger à Biskra par la route de l’est . 124

par la route du sud-est . 99

BISKRA ET LES ZIBAN

Biskra est moins une ville, proprement dite, que la réunion de sept villages ou quartiers disséminés dans des plantations de dattiers qui couvrent environ 20 000 hectares de terrain. Au centre, à peu près, s’élève la casbah, espèce de château fort où la garnison est casernée. La mosquée principale se distingue par son minaret dont le sommet domine les plus hauts palmiers. L’ensemble des constructions n’a rien de remarquable; comme dans tout le Sahara les maisons, bâties en pisé, sont couvertes en terrasses. On y compte quatre mille habitants.

Cette ville est la capitale politique des Ziban .

Les Ziban sont fermés au nord par une chaîne de montagnes habitées par des tribus insoumises; cette chaîne s’étend de l’est à l’ouest depuis El Kantara jusqu’à Megaous, chez les Ouled Sultan. Ces deux défilés sont les seules portes qui , de ce côté , donnent passage pour

D’ALGER A TOUGOURT

aller du Tell dans le Sahara. Le village d’El Kantara a pris son nom d’un pont de construction romaine, jeté sur une petite rivière qu’encaisse une gorge ravinée, d’un effet très-pittoresque, et que les indigènes appellent aussi El Kantara. Nous donnons son parcours avec la description du bassin de l’Oued Djedi.

Les Ziban (pluriel de Zab) faisaient autrefois partie de la Mauritanie sitifienne ; les ruines que l’on y trouve encore en grand nombre attestent que les Romains y avaient élevé des établissements nombreux.

Les Ziban sont maintenant divisés en trois parties appelées de leurs positions :

Zab Dah'araoui, Zab du nord.

ZabK'ebli, — du sud.

Zab Cherki , — de l’est.

Les villages du Zab Dah'araoui sont :

El Amri.

El Bordj.

Foukhala.

T'olga (ruines romaines).

Ferfar

Za’tcha.

Lichana (ruines romaines). . j

Bouchar'oun.

Felaouch (ruines romaines).

Les villages du Zab K'ebli sont :

Lioua.

BISKRA ET LES ZIBAN

Sah'ira.

Mekhadama.

Bent'ious.

Zaouïa Sidi el A’bed.

Ourlai.

Melili.

Bigou.

Feliach.

Oumach.

Kora.

Biskra.

Sidi O’k'ba.

Nous donnerons, à la description du bassin de l’Oued Djedi, le nom de quatorze ruines romaines qui se trouvent dans le Zab Kfebli.

Les villages du Zab Cherki sont :

El Out'aïa.

Branès.

Chetma.

Gr'ata.

Seriana.

Touda.

Sidi Khelil.

A’ïn Naga,

Zriba.

Zribet Ah'med.

Bades.

Eliana.

El Khanga.

El Feïd.

Les populations de ces villages, ainsi que nous l’avons

D’ALGER A TOUGOURT

fait remarquer pour presque tous les habitants sédentaires du Sahara, ne sont point d’origine arabe. On retrouve dans leurs mœurs, dans leurs habitudes politiques, religieuses ou agricoles, les traits caractéristiques des aborigènes.

Les principales tribus qui vivent sous la tente dans les villages des Ziban sont les

H al Ren Ali.

Cherfa.

Ghamera.

Dreïdes,

sous la protection desquelles se sont mises quelques petites tribus ou fractions de tribus trop faibles pour former unité ; telles sont les

Ouled Sidi Amer, qui suivent les Ghamera.

Béni Brahim. — —

Adissa. — —

Kletema, — les Hal Ben Ali.

Frehat, — les Dreïdes.

Loumouisset, — les Cherfa.

Toutes ces tribus obéissent au cheickh el arab.

Quoique le territoire des Ziban soit fertile en fruits , légumes et céréales, les récoltes de blé et d’orge ne suffisent point à la consommation des habitants, et les nomades viennent s’en approvisionner dans le Tell.

Les palmiers constituent la véritable richesse des Zi-

B1SKRA ET LES ZIBAN

baniens ; les plus riches propriétaires de palmiers sont les Hal Ben Ali et les Cherfa.

Au printemps, quand le moment d’entrer dans le Tell est arrivé, les tribus se réunissent près d’Outaïa et s’acheminent lentement vers le but de leur voyage en faisant de fréquentes baltes jusqu’à El Beclieria.

Beaucoup d’autres tribus du Sahara opèrent, à la même époque , le même mouvement , et toutes passent par les Ziban, suivies de leurs innombrables troupeaux. C’est un fléau périodique pour les propriétaires de jardins. Du lieu de la dernière station, des convois de chameaux, chargés de dattes et d’autres produits du désert, sont expédiés, dans toutes les directions, sur le Tell , pour y opérer des échanges. En attendant leur retour, les tribus passent le reste du printemps et une partie de l’été, campées dans les pâturages environnants. Auprès d’elles se rendent alors les cultivateurs du Tell pour recruter des moissonneurs , qui , se détachant par groupes , vont camper à proximité des champs qu’il faut moissonner. Chaque travailleur reçoit pour salaire le douzième du blé et le dixième de l’orge qu’il a moissonné.

Ces travaux terminés, les tribus se réunissent pour se rapprocher du grand marché de la Temania , où la zmala du cheickh el arab qui doit le présider s’est déjà établie, A un jour indiqué, le cheickh el arab plante son drapeau sur le point culminant de la colline, et des crieurs annoncent que le marché est ouvert et se

D’ALGER A TOUGOURT

tiendra tels jours de la semaine. Des cavaliers partent en même temps pour aller en donner avis aux caïds des tribus connues pour fréquenter habituellement la Temania, et à celles qui, du Sahara, se sont rendues dans le Tell par Megaous.

Le marché de la Temania est l1 un des plus importants du Tell; c’est un rendez-vous général où tous les produits du nord sont échangés contre ceux du sud.

Les tribus des Ziban importent :

Des dattes, des kessoua (vêtements de laine), du henna, des abricots séchés dont sont très-friands les Arabes, et dont ils usent pour accommoder certains mets , de la garance , des armes et autres objets apportés de Tunis par le Djerid ; elles exportent des laines brutes, des moutons, du beurre, de l’huile, des fèves, des pois chiches, beaucoup de céréales.

Les tribus des environs de Tougourt et quelquesunes des environs de Souf, exportent les mêmes denrées et importent des nègres, des plumes d’autruche, de la poudre d’or, des kessoua, du henna. Les affaires terminées , le retour au désert se fait en sens inverse tîe l’arrivée dans le Tell.

Depuis une douzaine d’années ce mouvement commercial , paralysé par un état de guerre continuel , avait subi un ralentissement notable : les tribus de Tougourt n’y prenaient plus qu’une part très-indirecte ; celles de Souf n’allaient plus qu’à Tunis ; mais les relations avec le Djerid offrent si peu de sécurité , menacées que sont

BISKRA ET LES ZIBAN

les caravanes par les bandes armées qui les guettent au passage pour les piller, que peu de spéculateurs osent s’aventurer dans ces dangereux voyages. Aussi, voyonsnous toutes les tribus revenir peu à peu où les appellent leurs intérêts et leurs besoins et reprendre le chemin de nos marchés. Les Oulad Moulât, tribu guerrière qui n’avait jamais fait de voyage dans le Tell avant la domination française , y sont venus cette année et s’y sont rencontrés avec les Fêtait, les Ouled Zeit, les Béni Brahim, les Ouled Sidi Amer, les Ouled Na’ïl, les Draissa et beaucoup d’autres petites tribus ou fraction de tribu venus des points les plus éloignés du Sahara.

Le mouvement progressif de ces migrations est un fait d’une haute importance et qui prouve la confiance des tribus nomades dans l’équité, de notre administration. Il est remarquable d’ailleurs que les Sahariens n’éprouvent pas pour nous cette antipathie que nous avons trouvée chez les montagnards et chez les habitants du Tell. L’appât du gain domine chez eux et fait taire les scrupules du fanatisme. Les Cherfa, les Dreïdes et les Béni Brahim, tendent même à venir s’établir dans le Tell où plusieurs de leurs familles sont déjà fixées. Chaque année voit se détacher de la fraction nomade quelques familles nouvelles qui viennent planter leurs tentes près de celles de leurs frères , dès qu’elles ont pu réaliser les premiers éléments nécessaires pour se livrer à l’agriculture, ce quelles font en vendant leurs palmiers aux Hal Ben Ali et aux Ghamera, chez lesquels

D’ALGER A TOUGOURT

on ne retrouve point ces tendances vers la vie agricole.

TRIBU DES HAL BEN ALI

Les Hal Ben Ali disent descendre d’une colonie djouala (idolâtre) qui habitait jadis Tobna, sur le versant sud du Djebel Ouled Sultan. C’est une opinion accréditée chez eux et chez tous les Arabes , que leurs pères se seraient faits chrétiens avant de se faire musulmans, et qu’ils auraient ainsi subi les influences de tous les dominateurs de l’Afrique.

Ils semblent , en effet , entachés de réprobation aux yeux des autres croyants ; car, lorsque pour la première fois après leur soumission à la France , ils marchèrent avec nous au combat , les Arabes ennemis les insultaient en leur criant : « Chiens de chrétiens ! vous êtes bien « dignes de votre origine ! infidèles ! fils d’infidèles ! »

Selon leurs tolbas, voici leur histoire :

Autrefois , vivait à Tobna une ancienne famille en grande vénération dans tout le pays et dont le chef s’était acquis une juste réputation de sagesse. C’était à l’époque de Y invasion musulmane. Cet homme, aimé de Dieu bien qu’il fût idolâtre, reçut en songe cet avertissement, que Tobna serait menacée le jour où l’on découvrirait dans les environs la trace d’un chameau. Or, un jour qu’il avait envoyé un domestique chercher,

TRIBU DES HAL BEN ALI

avec un âne , des fruits dans un jardin à quelques lieues de la ville, il vit sur le soir l’âne revenir sans son guide et les paniers inégalement chargés ; donc on avait tué son serviteur, donc on avait pris des fruits dans le panier à moitié vide. Son rêve lui revenant à l’esprit, il partit le lendemain pour visiter les environs , et découvrit avec effroi les pas d’un chameau empreints dans le sable. A quelques jours de là, ses préparatifs de fuite étaient faits , il avait réalisé tous ses biens en numéraire, et il allait chercher sur la montagne un refuge hospitalier. Cependant l’homme sage ne pouvait pas partir sans prévenir ses compatriotes du malheur qui les menaçait; il prit donc un couple de pigeons , pluma la femelle et la renferma sous un vase avec ce billet : « Qui fera (( comme le compagnon de ce pigeon fera bien ; qui « ne fuira pas, sera dépouillé comme celui-ci. » Et il alla se réfugier sur le Bou Taleb, d’où il lâcha le second pigeon après lui avoir attaché au cou un billet sur lequel ce seul mot, Bou Taleb, était écrit.

Les habitants de Tobna qui n’avaient pu s’expliquer l’avertissement symbolique du pigeon plumé, en comprirent le sens en voyant revenir le pigeon messager. Tous cependant n’y voulurent pas croire ; les esprits forts bravèrent l’oracle , les plus peureux se sauvèrent sur le Bou Taleb; ceux-ci furent les plus sages, car Tobna, assiégée quelque temps après par Ali, chef de l’armée musulmane, fut prise, pillée, saccagée.

Au milieu du désordre , une femme se sauvait à tra-

D’ALGER A TOUGOURT

vers les rues ensanglantées , en pressant sur son cœur un fardeau, enveloppé dans ses vétemens; comme un soldat voulait le lui arracher , elle tomba à genoux en s’écriant : « C’est mon fils, Mouloud! » et elle entr’ouvrit son haïck ; l’enfant sourit au soldat en lui tendant les bras. Ali passait par là : la mère était belle, il la fit conduire dans sa tente. Plus tard, il adopta l’orphelin et lui donna son nom. — Ce fut le père des Hal Ben Ali.

Mouloud Ali parvint à une haute fortune dans le Tell, et, à sa mort, son commandement fut partagé entre ses trois fils.

Saoula, l’aîné, fut liakem de Constantine; Ali Ben Ali, le second, commanda dans le Tell depuis Sétif jusqu’au Roumel; Dif Allah, le troisième, placé directement sous les ordres d’Ali Ben Ali, partageait avec lui l’autorité.

Des querelles leur mirent bientôt les armes à la main. Ali Ben Ali, battu d’abord, puis abandonné par ses troupes, se vit enfin contraint de fuir dans le Sahara, où l’accueillirent les Dreïdes, alors maîtres absolus du désert.

Selon la chronique, il dut ce bienveillant accueil à celte circonstance, que les Dreïdes n’avaient pas de chevaux à cette époque , et qu’il arriva chez eux monté sur un très-beau cheval. Hardi cavalier, Ali fixa sur lui l’attention de ses hôtes, qui lui donnèrent une tente et le marièrent à l’une des plus belles

TRIBU DES HAL BEN ALI

filles de la tribu. Son courage à la guerre aidant sa fortune , il fut bientôt , et d’une voix unanime, élevé à la dignité de cbeikli el arab ; dignité héréditaire qui devait se perpétuer dans sa famille , mais qui , par suite de guerres et de révolutions dont il est difficile de suivre les phases, passa, vers l’époque de l’invasion turque, chez les Gannah, descendants de Dif Allah. Les Hal Ben Ali, restés au désert, y devinrent si puissants, bien que leur chef eût été déshérité du titre de cheikh el arab, qu’ils prélevaient des impôts jusque chez les Béni Mzab. Vaincus plus tard et soumis par les Turcs, ces nouveaux conquérants les tinrent néanmoins en si grande estime , qu’ils les constituèrent makhzenia, titre qui les exemptait de tout impôt.

Cette tribu, vraiment aristocratique, très-orgueilleuse de son antique noblesse , a conservé sa race dans toute sa pureté; ses familles ne s’allient qu’entre elles; il n’est permis aux jeunes gens de déroger à cette règle qu’en faveur des belles filles de la tribu des Abd el Nour.

L’arbre généalogique des Hal Ben Ali était déposé dans la mosquée de Sidi Okba ; il a disparu , et toutes les recherches pour le trouver ont été vaines. Ils accusent les Hal Ben Dif Allah , leurs frères de la branche cadette, de l’avoir brûlé lorsque Ben-Gannah, le cheikh el arab , fit en 1 840 une expédition à Sidi Okba.

La tribu des Ben Ali est du nombre de celles où se recrutent ces audacieux aventuriers, qui courent le dé-

D’ALGER A TOUGOURT

sert pour piller les voyageurs. Des espions disséminés dans toutes les oasis informent exactement leurs bandes de l’arrivée d’une caravane, de la nature et de l’importance de son chargement , du nombre de cavaliers qui l’accompagnent , de la direction qu’elle doit prendre.

De leur côté , les chameliers étudient le terrain ; ils ont eux aussi leurs espions, hommes spéciaux, roués au métier d’éventer la marche des flibustiers du Sahara. C’est par eux que la caravane sait où croisent la bande Doudène, celles de Mamraf, de Nami, et surtout celle de Refèze, la plus redoutée de l’est. Si le péril est imminent , si la caravane est trop faible , elle attendra, dans l’oasis où elle est campée, pendant trois, quatre, six mois au besoin , que d’autres voyageurs viennent la renforcer, ou que les pillards, fatigués, soient allés chercher fortune ailleurs ; mais , quand ils ont flairé la proie , quand ils savent qu elle est là sous les palmiers, à l’horizon , sous les murs de cette ville , protégée par une tribu amie , et qu’il faudra bien enfin qu’elle reprenne la route, ils luttent avec elle de patience : feignant une retraite , ils la provoquent à la confiance et ce sont alors des marches et des contre-marches dans tous les sens; au jour, ils décampent à grand bruit et s’enfoncent à l’est si la caravane est à l’ouest, au sud si elle est au nord; mais ils laissent en partant un espion, couché dans le sable comme un chacal au guet, ou recouvert de branches comme un

TRIBU DES HAL BEN ALI

buisson, gardant jusqu’à la nuit l’immobilité la plus complète. Ils reviendront alors, au grand galop de leurs chevaux ou de leurs chameaux, au bivouac de la veille, interroger leur vedette. Ces hommes de fer manœuvrent ainsi pendant des mois entiers, sous le soleil ardent , mangeant un peu de farine , buvant un peu d’eau saumâtre; et si enfin, les chameliers abusés , ont plié leurs tentes et se sont remis en voyage , u alors , disait Refèze , dont nous citons textuellement « les paroles, il se fait dans l’air un changement que « je ne puis définir; mais la solitude du désert est t( troublée , et , quoique toute une journée de marche « nous sépare de la caravane , un bruit imperceptible « m’apprend que le moment d’agir est arrivé. Lé- « gers comme la gazelle, nous nous élançons dans « une direction qui n’est jamais la mauvaise , et nous « découvrons bientôt à l’horizon de la grande plaine (( le bienheureux nuage de sable qui achève de nous « orienter. »

Ces rencontres sont d’horribles luttes où l’un des deux partis est anéanti.

Une de ces expéditions fut entreprise il y a deux ans par cinquante cavaliers. Ils avaient été avertis du prochain passage d’une riche caravane sur la route du Djerid à Souf. Leur première halte, en sortant de Biskra , fut à El Haouch , nom que prend la rivière de Biskra à dix ou douze lieues de cette ville , au sud-est de Sidi Okba, Comme dans le lit desséché de beau-

D’ALGER A TOUGOURT

coup d’autres rivières, on trouve de l’eau dans celui de l’Oued Ilaouch en creusant à quelques centimètres de profondeur.

La seconde balte fut à Bou Loutet où l’on se procure de l’eau par le même procède, peine qu’évitent souvent aux voyageurs les nombreux sangliers qui fouillent le ravin pour se désaltérer.

La troisième halte fut à Ben Mel où l’eau est rare et saumâtre.

Le quatrième jour au matin , la caravane était en vue ; elle se composait de 69 chameaux ; à midi , elle était pillée. Une partie des objets volés appartenait à des marabouts vénérés : elle leur fut religieusement renvoyée par l’intermédiaire du cheikh el arab.

Les Ziban fournissent deux bandes de ces voleurs ; elles se réunissent pour faire leurs coups de main si les caravanes sont bien escortées.

Refèze, chef de la bande à laquelle il a donné son nom , est un homme vraiment extraordinaire : c’est une célébrité. On dit de lui qu’il a une si grande habitude du désert, qu’il lui suffit de flairer le sable pour reconnaître , sans jamais se tromper et quelle que soit d’ailleurs l’obscurité de la nuit , le lieu où il se trouve. La teinte plus ou moins foncée du terrain lui indique où gît un filet d’eau et à quelle profondeur.

Nous avons entendu répéter cela si souvent par tant d’autres Arabes, et particulièrement par des gens de Souf, que , sans oser le donner comme un fait ac-

TRIBU DES CHERFA.

quis , nous n’oserions pas non plus le révoquer complètement en doute.

Avant l’occupation de Biskra par l’armée française, le cheikh el arab et les cheikhs des tribus avaient une part de prise dans ces expéditions.

TRIBU DES CHERFA.

Les Cherfa sont originaires du royaume de Fez, et il existe encore à Tafilet une fraction considérable de leur famille.

Cette tribu, dont le nom indique une origine religieuse noble , n’avait cependant pas autrefois un seul membre qui pût faire preuve authentique de noblesse. Aussi, les tribus voisines l’ appelaient-elles ironiquement cherfa ble clierif (cherif sans cherif). Pour eu finir avec ces plaisanteries, les Cherfa assemblés réunirent une somme d’argent considérable et la confièrent aux plus dignes avec mission d’aller à la Mecque chercher un cherif dont la généalogie fût incontestable. Un saint homme de Médine, nommé Abderahmann, descendant de père et de mère du prophète, consentit à suivre les ambassadeurs, à la condition qu’on lui donnerait son pesant d’or. Le marché conclu , Abderahmann partit pour le Tafilet, où les Cherfa le reçurent à genoux et l’élurent sultan. Selon la tradition, il envahit

D’ALGER A TOUGOURT

le pays jusqu’à Merakech, et c’est de lui que descendrait la famille impériale du Maroc.

La fraction des Cherfa , maintenant établie dans les Ziban , se serait détachée du gros de la tribu parce que son chef, SidiNdejim, ayant tué un de ses frères, aurait été obligé de fuir. De nouveaux émigrants, chassés par les guerres qui désolaient alors le sud du Maroc, rallièrent bientôt Sidi Ndejim, et il devint si puissant que toutes les tribus des Ziban se liguèrent contre lui. Cette haine, encore active, força, dans l’origine, quelques familles des Cherfa à s’exiler jusque dans le beylik de Tunis, et beaucoup d’autres à venir s’établir dans le Tell. Le noyau de la tribu habite les Ziban, mais, chaque année, des émigrations nouvelles viennent planter leur tente auprès des douars de leurs frères les Tellia. Il est remarquable que les nomades ne s’acclimatent que trèsdifficilement dans le Tell, et qu’ils y perdent beaucoup de monde pendant les deux premières années de séjour.

Page 1