‹ Le Sahara algérienChapitre 42 sur 92 · DE SOUK A IV DAMES · texte numérisé non relu

DE SOUK A IV DAMES

étroites qu’un homme n’v peut passer qu’à pied. La défiance mutuelle est si grande que, par crainte d’être assassinés , les marchands ne se rendent point en personne au marché de la ville , et qu’ils y envoient leurs esclaves.

line division politique a précédé et nécessité cette division de territoire. De temps immémorial deux familles principales sont, dans R'damês, en possession du pouvoir :

L’une s’appelle Ouled el H'adj Ah'med;

L’autre A’ bd el Djellil.

Il y a quatre-vingts ans, à peu près, qu’une lutte s’engagea entre elles, et, comme toujours, elle était signalée par des combats et des massacres qui F envenimaient chaque jour davantage, quand Ioucef, pacha de Tripoli , s’interposa comme suzerain; sa médiation fut acceptée, et il décida que la ville serait partagée en deux quartiers, dans chacun desquels commanderait un chef indépendant de son voisin. C’est alors que la muraille de séparation dont nous avons parlé fut élevée. Cette mesure amena la paix, et rien depuis ne l’a troublée.

Les cheikh actuellement au pouvoir s’appellent :

Celui de l’est , MolVammed el Ouachi ;

Celui de l’ouest, A li.

L’un et l’autre demeurent dans une k'asbalé, ou petit château fortifié.

iVdamês échappe trop facilement , par sa position , à

R'DÀMÉS.

l’autorité directe de Tripoli pour n’avoir pas tente de se rendre indépendante. C’est ce qui est arrivé il y a quelques années : le refus des impôts, si difficiles à percevoir sur ces points éloignés , fut probablement le motif de rupture; mais une armée partie de Tripoli vint mettre le siège devant la ville rebelle , la prit après une lutte acharnée, et lui imposa un tribut considérable; elle dut livrer notamment vingt-cinq chameaux chargés de poudre d’or. Il serait curieux de constater ce fait, dont nous ne garantissons point l’authenticité , et que nous révoquons même en doute ; car, quelque riches que nous supposions les sables aurifères du désert, les difficultés que présente la chasse à la poudre d'or, comme disent les nègres, et la très-petite quantité qui en est apportée sur les marchés des villes du Sahara ne nous permettent pas de croire qu’une seule d’entre elles ait pu en charger vingt-cinq chameaux. Peut-être cependant était-ce là un trésor en réserve et depuis longtemps accumulé.

Les habitants de R'damês sont presque tous voyageurs et marchands ; ils ne restent chez eux que pendant la saison des grandes chaleurs, qu’ils appellent smaïen. Leur ville est à la fois l’entrepôt des marchandises qu’ils reçoivent de l’intérieur et de celles qu’ils vont chercher à Tripoli et à Tunis.

Bien qu’ils aient de nombreux chameaux, ils louent encore , pour ces voyages , ceux des tribus nomades, leurs voisines.

DE SODE A R'DAMÈS.

Ils portent à Tunis et à Tripoli :

Des esclaves.

De la poudre d’or.

Des peaux de tigre du pays des nègres.

Des dents d’éléphant.

Des étoffes (saies).

Des boucles d’oreilles et des bracelets en or.

Des lames de sabre.

Des bracelets en corne qui viennent des Touareg. Des chaussures en forme de brodequins.

Ils en rapportent :

De la verroterie de toute couleur, par quintaux. De hautes chachïa.

Des draps de toutes les couleurs, moins la noire. Des cotonnades.

Des foulards.

Des habillements confectionnés.

Des miroirs.

De la soie rouge, en grande quantité.

Des essences.

De l’antimoine pour noircir les paupières.

Des chaussures noires.

Des épiceries.

Des scies , des pioches , des limes , des serrures, etc.

De la coutellerie.

La plus grande partie de ces marchandises, les verroteries et les chachïa surtout, s’écoulent dans le désert et jusque dans le pays des nègres, sous la protection des Touareg, (pie l’intérêt d’un commerce régulier attache

R'DAMÈS.

aux habitants de R'damès , et qui se chargent, moyennant redevance, de faire arriver leurs caravanes à destination.

Les tribus arabes qui déposent leurs grains à R'damès sont les

S'iouf.

Ouled A’bd el Kamel.

Our'emma.

Quelques Touareg campent aux environs de la ville.

L’histoire de la fondation de R'damès , comme celle de presque toutes les villes du désert , ne repose que sur une légende :

Autrefois un riche habitant du Fezzân étant mort, une querelle s’engagea entre ses trois fils au sujet de son héritage. Un des trois fut tué par les deux autres, qui, effrayés de leur crime, s’enfuirent dans le désert, emmenant avec eux leurs femmes et leurs troupeaux. Le hasard les conduisit dans une petite oasis arrosée par deux sources, et naturellement plantée de dattiers ; ils s’y établirent. A peu près à la même époque, un homme était chassé de El Ar'ouat' par un marabout'. Après avoir longtemps marché , il se trouva face à face avec les proscrits du Fezzân, dont les gourbis encore peu nombreux n’entouraient qu’une des deux sources de l’oasis, celle de l’est.

u D’où viens-tu? » lui demandèrent les premiers occupants ; sa conscience avait de bonnes raisons pour prêter une phrase évasive à sa langue : il craignait d’avoir

DE SOUF A R'DAMÈS.

affaire à de braves gens. « Je viens, leur répondit-il, et oit « fai dîné hier, en arabe, dda âmes . » On respecta sa discrétion, pour ne pas l1 autoriser à devenir indiscret lui-même; peu à peu la connaissance devint plus intime; il était jeune, une des Filles de ses hôtes était en âge de mariage , on la lui donna, et une nouvelle tente s’établit sur la source de l’ouest. Bientôt les gourbis se multiplièrent, des maisons plus solides s’élevèrent çà et là , et formèrent enfin une ville à laquelle il ne manquait plus qu’un nom. On se souvint alors du dda âmes du El Adouati, et, pour consacrer sa bienvenue, on nomma la cité nouvelle R'damês.

Les habitants de R'damês, dont le plus grand nombre est de sang mêlé, parlent un langage particulier qui semble tenir de celui des Touareg, leurs voisins. Leurs mœurs sont, dit-on, sévèrement surveillées, et, par suite, assez pures. La femme qui divorce ne trouve plus à se remarier. Celle qui se prostitue est chassée de la ville.

On n’y trouve point de juifs.

ROUTE

DE TOUGOURT A GARDAIA

DIRECTION DE l’eST A l’oTJEST.

Les routes que nous allons donner sont les principales de celles qui sillonnent le terrain compris entre le Chebka Mta’ el Arfouatf, Merrïer, Tougourt et Gardaïa : terrain de sable, coupé de marais et de mamelons, tourmenté par de nombreuses ravines dont l’hiver fait des torrents, et que l’été dessèche. C’est le pays de station et de parcours de la grande tribu des Ar'azlïa. Ces sables, fécondés un moment par les pluies de l’hiver, se voilent, au printemps, d’une herbe abondante, appelée a’cheb et sont alors envahis par les nombreux troupeaux des tribus nomades, qui déposent leurs grains à Tougourt et dans les villages de l’Oued Rh7, à El Guerrara, à Gardaïa, à El Ar'ouaf et à K/sir el H'aïran .

lieues.

1er jour à K'rat ou Dinar . 12

C’est un lieu habituel de station, mais où l’on ne trouve point d’abri.

2e ... à El A’iïa

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