VILLAGES ET RIVIÈRE
DU VERSANT SUD DE L EST A l’ OUEST.
A cinq ou six lieues, en face de Sidi Bouzid et de E autre côté de la montagne, se trouve le marabout' de Sidi loucef, au pied duquel l'Oued el Merra prend sa source. El R'icha, village d’une centaine de maisons, est situé à quatre ou cinq lieues plus à l ouest, et donne son nom à l’Oued R'icha , qui va se jeter dans l’Oued Merra; réunies, elles sortent de la montagne et passent à Tadjemout, où elles prennent le nom d’Oued Mzi.
A cinq lieues de l’Oued R'icha, l’Oued Reddad sort entre deux mamelons, va passer au sud d’A’ïn Mad'i, prend le nom d’Oued Messa’ad, et se jette dans l’Oued Mzi, au delà de El Adouat'.
A quatre lieues de l’Oued Reddad, entre deux mamelons très-élevés, dont l’un s’appelle Djebel el Maleh' (la montagne de sel), et aux pieds desquels sont assis deux villages, Khodra, de trente maisons, et Taouïala, de cent maisons, sort un ruisseau salé très-abondant, appelé Oued Maleh'. Si nous en croyons les Arabes, des mines de plâtre considérables s’annoncent entre R'icha et Khodra.
Au nord, et très-près de ce dernier village, un groupe d’une vingtaine de maisons forme un k'sar appelé Anfous .
A deux ou trois lieues de l’Oued Maleh', on trouve El H'amouïda , village de vingt-cinq à trente maisons; il
D’ALGER A INSALAH'.
donne son nom à F Oued Ffamouïda , qui sort à ses pieds et va se jeter dans F Oued Malelf , avant de quitter la montagne.
A quatre lieues sud-ouest de la partie la plus avancée du Djebel A’mour, se trouve un village d’une vingtaine de maisons, appelé Bou A’iam (le père du drapeau), dont les environs sont, sur une assez grande étendue, très-riches en céréales.
Le Djebel A’mour est habité par une tribu arabe réputée de race noble (djouad) , qui prend son nom de la montagne, ou qui peut-être lui a donné le sien. Elle parle la langue arabe pure et vit sous la tente, bien que tous les chefs de ses diverses fractions aient des maisons dans les villages. Mais, ainsique nous l’avons dit, ce sont là leurs greniers, où le père et le fils, à tour de rôle, vont veiller à la garde des grains et des provisions delà famille.
Elle se divise en sept grandes fractions, qui sont :
1 0 Les Ouled Mimoun , djouad en possession du pouvoir , qui habitent ordinairement dans les environs de Ras el A’ïoun. Ils sont riches en moutons , en bœufs et en chameaux , qu’ils font paître , en été , dans les pâturages de Ras el A’ïoun ; en automne , du côté de Khodra et de Taouïala ; en hiver, au sud d’A’ïn Mad'i ; au printemps, du côté d’Ask'oura. Ils peuvent mettre sur pied soixante chevaux ;
2° Les Ouled A’ii Ben A’mer, qui campent dans les environs de F Oued Mena , et qui mènent la même vie , à peu près, que les Ouled Mimoun ; ils ont cent chevaux ;
DJEBEL A MOUR
3° Les Ouled Ral/mena , qui campent du côte d’ A’ flou; ils ont trente chevaux;
4° Les A’maza , qui habitent le meme pays à peu près. Ils ont trente chevaux et beaucoup de fantassins;
5° Les Ouled Iak/oub el iVaba (de la forêt), qui campent du côte de R'icha. Ils peuvent lever cent chevaux et six cents fantassins tout armes ;
6° Les Makna, qui campent dans les environs de LOued Lfamouïda ; une famille de Cherfa se trouve dans cette fraction. Ils peuvent lever trente ou quarante chevaux et quatre cents fantassins armes ;
7° Les Efadjalat, qui habitent les environs de SidiBouzid et de LOued el Beida. Cette fraction est, entre toutes, renommée par son courage, et c’est sur elle que s1 appuient particulièrement les Ouled Mimoun. Ils peuvent lever trois cents chevaux et beaucoup de fantassins.
Ainsi la tribu des A’mour est forte de six cents à six cent cinquante chevaux , et de trois mille fantassins , sans y comprendre une petite tribu de Kabyles venus on ne sait d’où, et qui vivent à part, sur le pic le plus élevé de la montagne El Ga’da.
« Ils sont là , nous disait un Arabe , perchés comme « des oiseaux. » On les appelle Kemamta. Quelquesuns , les chefs seuls, sans doute, parlent l’arabe, encore le prononcent-ils mal.
Tout le Djebel A’mour obéit à un cheikh nommé Djelioul Ben Yaléïa, djied (noble) des Ouled Mimoun, dont la famille a , de temps immémorial, le pouvoir en
D’ALGER A INSALAIf.
main. Djelloul est âgé de quarante ans à peu près; c’est un homme brave et fort , froid et sérieux ; on ne Fa jamais vu rire. Il sest révélé de bonne heure dans toute sa sauvage énergie , par le meurtre de son oncle , qui voulait le spolier. Avant lui, le Djebel A’mour, souvent ensanglanté par des guerres de fractions à fractions, était en état continuel de révolte contre les chefs ; mais Djelloul, toujours ferme et sévère, au besoin, jusqu’à la cruauté , a fait plier ou tomber devant lui toutes les têtes. C’est le soulfan de là montagne : il tue, bannit, bàtonne, pardonne en monarque absolu. Les contributions qu’il prélève sont considérables; mais il les dépense généreusement pour les pauvres et les voyageurs.
A’ bd el K/ader le tenait en grande estime et lui avait confirmé le pouvoir.
En cas de guerre avec les tribus voisines, outre que le Djebel A’mour est à peu près imprenable pour une armée arabe , il resterait encore un dernier refuge à ses habitants, le sommet du Ga’da. C’est le pic le plus élevé, le plus escarpé de ce pâté montagneux : on ne peut y grimper qu’un à un, par un sentier tortueux, difficile, suspendu entre deux précipices, ou bordé d’arbres, derrière chacun desquels il y aurait un homme et un fusil. Ces Thermopyles s'appellent Trik7 el Ga’da. A son sommet le Ga’da offre une plate-forme assez vaste pour donner asile à toute la tribu , femmes , enfants , troupeaux; des sources coulent sur les flancs, assez abondantes pour suffire à tous.
DJEBEL AMOUR
Des tigres , des panthères , des linx , des hyènes , des chacals, des sangliers, vivent au milieu de ce pâté montagneux torture de pics et de ravins. Dans les vallées on trouve des lièvres, desperdrix, des cailles, des poules de Carthage; dans les bois, des corbeaux, des ramiers, des bécasses ; au bord des sources et dans les marais , des poules d’eau, des bécassines; et sur les pics les plus élevés, des aigles, des vautours, des faucons.
Aussi la chasse est-elle en grand honneur dans la tribu , surtout cette chasse au faucon que nous avons abandonnée, et que les nobles arabes, comme nos seigneurs du moyen âge, aiment passionnément.
11 est assez remarquable qu’il n’y ait point de lions dans un lieu si bien fait, ce semble, pour leur donner un sûr asile et fournir au luxe de leurs repas de roi. Cette observation n’a pas manqué de frapper les Arabes, et faute de pouvoir l’expliquer par une cause naturelle, ils se sont, comme toujours, rejetés sur la légende :
« Autrefois, disent-ils, les lions étaient nombreux « dans le Djebel A’mour, si nombreux qu’ils décimaient « les troupeaux et se passaient souvent le caprice de « commencer par le berger. Un saint marabout', nommé « Sidi A’ïca, fut prié d’intervenir dans cette affaire; la « commission était difficile; mais Dieu est grand! Il se « mit en prière à travers la montagne, en ordonnant « aux lions d’aller chercher un gîte ailleurs. On n’en (( a pas vu depuis. »
L’animal que Shaw appelle fisthall, el leroui, qu'il
D’ALGER A 1N8ALAH'.
écrit, dans son orthographe anglaise, lerwee, habite les sommets les plus ardus de la montagne. Les Arabes et le dictionnaire de Frevtag l’appellent aroui. Il est de la grosseur d’un veau d’un an, de couleur fauve ; ses cornes, presque unies sur le front, sont canelées et rejetées en arrière; une touffe de poils d’un pied de long lui couvre la nuque, le poitrail et les genoux. Selon Shaw, c’est le tragelaphus de Pline.
SUITE DE LA ROUTE D'ALGER A INSALAH'
licuos.
14e jour de El H'amouïda à Stiteu . 8
A une lieue de El H'amouïda on quitte le Djebel A’mour, en passant au pied d’un pic élevé appelé Djebel T'ouïla ; on entre alors dans le Djebel K'sal , sur le versant sud duquel est situé le petit village de Bou A’iam.