‹ Le Sahara algérienChapitre 71 sur 92 · CHEVAUX · texte numérisé non relu

CHEVAUX

dépôts de leurs grains.

Ouled Sidi A’bd el H'akem. Sidi el H'adj A’bd el H'akem. Ouled Sidi Moh'ammed A’bd —

Allah'.

Ouled Sidi el H'adj Ah'med. Sidi el H'adj Ah'med.

El Meràsla. Bou Semr'oun.

El Ma’bda. —

Ouled Sidi Ben A’ïça. A’cela.

Ouled Sidi et Tadj. —

Ouled Sidi Brahim. Sidi Bou Douaïa.

Ouled Ben Bou Sa’ïd. Tineket.

Ouled A’ziz. Sidi Bou Douaïa.

Ouled Sidi Sliman. —

D'ALGER A 1NSALAH'.

Les Ouled Sidi Cheikh Clieraga campent ordinairement sur le territoire compris entre T Oued Zergoun au sud, Stiten au nord, Bou Adam à l’est, et les A’rbaouat à l’ouest.

Les Ouled Sidi Cheikh iVaraba campent sur le pays compris entre El Bïod R'ârbi à l’est, Figuig à l’ouest, et leurs montagnes au nord.

Leurs tentes, de couleur noire, sont toutes surmontées de bouquets de plumes d’autruche plus ou moins gros , selon la qualité du personnage ou la fortune de la famille; comme presque tous sont marabout', c’est là, disent-ils, un signe qui les distingue des tribus vulgaires.

Ils sont riches en chameaux, chevaux, moutons, chèvres et ânes, mais ils n’ont point de bœufs et très-peu de mulets.

Les soins à donner aux troupeaux ne les occupent point exclusivement; ils sont, par goût et par instinct, comme tous les Arabes, trafiquants autant que pasteurs ; on les compte en grand nombre sur les marchés des Béni Mzab, de Metlili , de Figuig et de Timimoun dans le pays de Gourara.

Ils y portent :

Du beurre.

Du fromage.

Du blé.

De l’orge.

Des laines.

TRIBU DES OULED SIDI CHEIKH

Des moutons.

Des tapis nommés frach.

Des nattes.

Des cordes en palmier.

Des chapeaux de palmier ornés de plumes d’autruche.

Ils rapportent des Béni Mzah :

Des fusils.

Des pistolets.

De la poudre.

Des balles.

Des pierres à fusil.

Des bernous.

Des h'aïk' d’hommes et de femmes.

Des chemises en laine.

Des chaussures-brodequins.

Des babouches de femmes.

Du calicot.

Des épiceries.

De la coutellerie.

Du fer.

De l’acier.

Des fers à cheval Des feutres pour selles.

Des laines filées et teintes.

Des teintures.

Ils rapportent de Timimoun :

Des esclaves nègres et négresses.

Des dattes.

Des vêtements de laine.

Du henna.

D’ALGER A INSALAH'.

De la poudre.

Du tabac.

Des peaux tannées appelées filali.

Des saïe (pièces d’étoffes noires venues du pays des nègres ; elles n’ont que six pouces de largeur; les femmes en font des ornements de tête).

Ils rapportent de Figuig les mêmes objets que ceux détaillés à l’article des Béni Mzab, et, en sus, tous ceux dont nous avons parlé ailleurs et qui sont tirés de Fâs (Fez).

Les chefs des deux grandes fractions de la tribu sont les mêmes que ceux des villages ; nous les avons nommés. Ils sont cherifs et prétendent descendre du premier khalifah' du prophète, Sidi Bou Beker Seddik', pour qui Mahomet aurait fait ce voeu :

Allah' idja’l rekoubek sas , Que Dieu fasse que ta famille monte

toujours à cheval,

Ou rekebtek tenebas. Que ton genou soit toujours baisé, Ou derritek tetâcha. Que ta postérité mange,

Ou derriti tebka belach , Quand la mienne aura faim.

Malgré cette communauté d’origine, chefs et fractions ont été souvent divisés ; mais depuis quelques années ils vivent en bonne intelligence.

La sainteté des Sidi Cheikh et l’influence de leur qualité vénérée , non-seulement n’est point contestée, mais , de temps immémorial , elle leur a attaché un grand nombre de tribus qui se sont déclarées leurs

TRIBU DES OULED SIDÏ CHEIKH

kheddam (serviteurs) et qui se font orgueil de ce titre. Dans le principe, disent les Arabes, quand Dieu eut consacré un homme par un prodige , cet homme fut reconnu marabout' . Les tribus voisines d’abord, puis, et à mesure que sa réputation s’étendait, des tribus plus éloignées vinrent le visiter et demander des miracles à ses prières , de la pluie ou du beau temps , des récoltes abondantes , des vœux pour les nouveau-nés, pour les femmes stériles, pour les troupeaux malades. C’est l’histoire de tous nos saints , avec la différence que, dans la religion mahométane, le titre de marabout' est héréditaire, et, avec lui, la puissance de cette aristocratie théocratique qui , de père en fils , rayonne sur un plus grand nombre d’individus.

Les kheddam (serviteurs) d’un marabout' sont obligés d’aller, une fois l’an, visiter le tombeau où repose le premier saint, chef de sa famille, et chaque pèlerin , suivant sa fortune , y laisse des cadeaux , appelés zïara.

A son tour, le marabout', ou quelqu’un de ses parents , va visiter les kheddam , et ce voyage est encore l’occasion d’une ample récolte de présents qui, cette fois , prend le nom de el ouada.

Le marabout' impose à ses fidèles telle ou telle prière, ordinairement très-courte, de quelques mots seulement, mais qui doit être dite, à heure indiquée, souvent des milliers de fois, que l’on compte sur un chapelet; cette action s’appelle deker. Cependant une condition exigée,

D’ALGER A INSALAH'.

c’est de changer souvent de prière et de laisser chaque fois, au patron, qui seul peut vous en indiquer une nouvelle, une petite redevance.

À l’aide de ces obligations pieuses , les marabout' se sont si bien empares de l’esprit des populations que beaucoup d’entre eux, comme certains abbés de notre moyen âge , se sont faits , dans un cercle plus ou moins étendu , plus puissants que leur soult'an lui-même , qui les tient toujours en grande vénération , forcé qu’il est de se ménager leur intervention; il ne l’obtient souvent qu’au prix d’une riche ouada. Ils sont d’ailleurs affranchis de toute espèce de corvées et d’impôts.

Tous les Arabes ont un grand respect pour les Ouled Sidi Cheikh ; mais leurs kheddam particulièrement dévoués de père en fils, sont :

Les Châmba.

Les gens de Ouargla.

El Mekhadma.

H'al el Touat.

El Ar'ouaf K'sal.

La moitié des A’rba.

Ouled Khelif.

Ouled Cha’ïb.

Zenakha

Djebel A’mour.

La moitié des H'arar.

H'al Engad.

El H'assessena.

Béni A’mer.

TRIBU DES OULED SÎDI CHEIKH

H'amïan.

Douï Menïa.

Dja’fra.

Ouled A’ïad.

On comprend facilement qu’avec autant de moyens d’action cette tribu, qui par elle-même est peu de chose, soit cependant une véritable puissance. Klieddam et tribu ne reconnaissent, en réalité, de seigneur et maître que leur marabout' , et lui obéissent passivement, le soult'an ne vient qu’ après; « car, « disent-ils, si un soult'an peut nous faire du mal , Dieu « peut nous en faire bien davantage. »

Une révolte s’élève-t-elle dans la tribu? il suffit au marabout' d’une menace : « Que Dieu vous maudisse ! « qu’il rende vos femmes, ou vos palmiers, ou vos chaa melles stériles ! » pour que tous viennent lui baiser les pieds. Il en est de même pour les kheddam : « Ainsi, « nous disait un Arabe, les Ouled Sidi Cheikh n’au- <( raient que vingt chevaux , ils ordonneraient à la « puissante tribu des H'amïan, qui en a deux mille : elle « obéirait dans la crainte de Dieu. »

Il faut l’avouer, au reste, les Ouled Sidi Cheik semblent n’user de ce pouvoir que pour faire le bien ; généreux et hospitaliers , si leurs zaouïa s’emplissent parles riches, qui y apportent :

Des moutons ,

Des dattes ,

Du blé ,

D’ALGER A INSALAH'.

Des fruits , Du beurre .

Du benjoin ,

Des bougies ,

Des vêtements de laine, De l’argent ,

Et même des chameaux ,

elles se vident par les pauvres, que les besoins d’un voyage ou qu’une intention pieuse y appellent en foule tous les ans , et par les malades , les estropies et les aveugles qui viennent y demander un miracle.

Apprennent-ils qu’il y a parmi leurs fidèles contestation de tribu à tribu , de fraction à fraction , de douar à douar, et même d’individu à individu ? ils se portent intermediaires, et s’ils ne peuvent, de chez eux, arranger la querelle, si elle s’envenime, un des chefs monte à cheval et se rend sur les lieux; là, assis sous la tente la plus vaste ou en plein air, entoure d’une foule attentive, il se fait amener les parties adverses qui ne manquent jamais à l’appel et, par tous les moyens, cherche à les concilier.

« J’ai assisté à une de ces scènes , nous racontait un u Arabe, et voici ce qui se passa : Après s’être fait ex- « pliquer Y affaire, après avoir entendu les témoins « pour et contre , le marabout' dit à tous : « Que Dieu u maudisse le démon! car le prophète a dit : La dis- « pute est comme le feu ; que Dieu maudisse celui qui <( l’a allumé, et qu’il accorde sa miséricorde à celui qui

TRIBU DES OULED SIDI CHEIKH

« l’éteint! Le bien vaut mieux que le mal; du bien sor- « tent le repos, l’agriculture, la joie, le bonheur, les « enfants ; du mal , la douleur , les pleurs , les cris , la « famine, la destruction, les perturbations, l’insomnie. (( Dieu m’a envoyé pour apaiser les querelles; je n’y ai (( aucun intérêt personnel, je ne vous demande pas « d’argent ; ce que je fais , c’est pour l’amour de Dieu ; « vous dites, n’est-ce pas, que vous êtes mes service teurs, et que vos ancêtres étaient les serviteurs de « mes ancêtres ; eb bien ! accordez-vous pour l’amour « de Dieu, de vos ancêtres et des miens. »

(( 11 exposa alors ce qui était juste , et il reprit :

« Je vous ai montré le bien et le mal : choisissez. Si « vous voulez le bien , il est là ; si vous voulez le mal , « vous vous en repentirez.

« Les parties intéressées s’étant entendues pour faire « la paix , il prit un chapelet qui lui vient de son père , (( le passa au cou de chacun des assistants , et appela (( sur eux , sur leurs biens et sur leurs familles les béné- « dictions de Dieu, par des prières appelées fath'a. Tous « les assistants levèrent alors les bras à hauteur de la « poitrine, et ouvrirent leurs mains comme il est prescrit « par le rite musulman, c’est-à-dire la paume tournée « vers le ciel , et le marabout' continua :

(( O mes enfants, je me suis réjoui de vous , en vous « voyant m’appeler au milieu de vous : que Dieu vous « en sache gré , que Dieu vous protège; que Dieu vous « accorde ce que vous pouvez désirer dans vos familles,

D’ALGER A INSALAH'.

(( et qu’il vous rende comme l’abeille; en l’air, elle dit :

« O le protecteur ! et sur la terre : O le généreux !

a Toute l’assemblée avait les larmes aux yeux , et tous «. ayant demandé au saint marabout' sa bénédiction, il (( leur dit :

« Celui qui a quelque chose dans le cœur ,

« Que Dieu l’accomplisse !

« Qu’il l’accomplisse promptement I

« Parla bénédiction de la Mecque et de tout ce qui l’entoure ;

« Par celle de lella (dame) Fat'ima et de son père;

« Par celle de ce lieu et de celui à qui il appartient.

(( Les pleurs et les cris redoublant , il imposa silence (( de la main , et il termina par cette bénédiction :

« Que Dieu vous fasse teter à tous le teton de sa miséricorde ! »

Grâce à l’intervention paternelle de leurs chefs , il est rare qu’une contestation entre K'heddam des Sidi Cheik dégénère en querelle, et plus rare surtout qu’ils en viennent aux mains. Un moment cependant la tribu même a été fortement divisée, l’un de ses chefs, Sidi ll'amza , étant au plus mal avec A’bd el K'ader , depuis la mort du cheikh des Engad, El R'omari, qui était son ami et que l’émir avait fait tuer, tandis que Ben T'aïeb, au contraire, avait non-seulement reconnu l’émir, mais lui payait des contributions. Ces symptômes de mauvaise intelligence se sont peu à peu effacés , à mesure que la puissance d’A’bd el K'ader s’est ellemême annihilée.

TRIBU DES OULED. SIDI CHEIKH. 239

Les Ouled Sidi Cheikh ne s’allient qu’entre eux ; ces nobles de la tente croiraient déroger en donnant leurs filles à des étrangers, à moins qu’ils ne soient, eux aussi, marabout' de grande famille, et telle est la vénération générale dont ils sont entourés, même en dehors de leur territoire, que l’empereur du Maroc, Moula A’hd er Rah'man, a épousé, l’année dernière, la sœur de Sidi H'amza, nommée El Iak'out(le rubis). Il ne faudrait pas en inférer, toutefois, que ce mariage unisse les deux beaux-frères par des liens très-étroits ; les soult'ans du R'arb (de l’ouest) sont dans l’habitude de se laisser aller facilement , et sans pour cela s’engager en rien , à contracter de ces mariages avec les filles des familles distinguées, que l’opinion publique cite pour leur beauté. Ils les gardent plus ou moins longtemps : un mois , six mois , un an ; le divorce’ les en débarrasse quand le caprice est passé , mais sans que la femme y perde en considération; c’est, au contraire , un honneur très-envié des plus nobles que celui de la réépouser au sortir du harem impérial.

Les Ouled Sidi Cheikh sont renommés pour leur beauté; ils ont d’ailleurs tous les goûts de nos anciens gentilshommes. Ils aiment les beaux vêtements, les armes riches , les brillants équipages de guerre et de chasse ; ils ont des meutes de lévriers , qu’ils font porter sur des chameaux jusqu’au lieu désigné , où ils courent l’autruche et la gazelle. Dans le désert même, ils passent pour d’excellents cavaliers, et leurs chevaux sont

D’ALGER A INSALAH'.

superbes. Ceci ne s’entend évidemment que des plus riches; mais toute la tribu se distingue néanmoins par ses allures aristocratiques.

Leur nourriture habituelle est le lait , les dattes , le couscouçou , la chair de mouton et celle de chameau .

On assure qu’au printemps ils abreuvent leurs chevaux avec le lait de leurs chamelles , et que ce régime les engraisse d’une manière étonnante, mais de l’encolure et de la croupe seulement , sans leur donner de ventre. Nous avons entendu dire la meme chose de plusieurs autres tribus du désert.

SUITE DE LA ROUTE D’ALGER A INSALAH'

20e jour d’El Bïod à l’un des deux villages appelés A’rba el Gueblïa (du sud) et A’rba el D'ah'rouïa (du

nord ) . 6

En suivant la vallée fortement encaissée de l’Oued el A’rba, qui prend sa source dans le Djebel Trik' el Beida, se nomme Oued el A’rba, à hauteur des villages de ce nom , passe à El Bïod Mta’ Sidi Cheikh, et s’appelle Oued el Bïod, coule, vers le sud, dans les sables, sous le nom d’Oued R'arbi , et va se perdre au pied des A’reg de Guelea’.

La série de villages dont nous allons donner la description , et qui peuplent les montagnes dites des Sidi Cheikh, sont tous sous la dépendance plus ou moins

ARBAOUAT.

directe des Sidi Cheikh eux-mêmes ou des H'amïan Cheraga et R/araba.

A’RBAOUAT.

On donne ce nom à deux petits villages de trente ou quarante maisons, appelés, de leur position, l1 un Et Tah'atanïa (du bas), et F autre El Fouk'anïa (du haut). Leur chef se nomme Bel Dïar.

Les Arabes qui y déposent leurs grains sont les fractions suivantes des H'amïan Cheraga ou Trafi.

H'al el Mahi'.

Ouled Sidi Ah'med el Medjeboud.

Akerman Cheraga.

Ouled Zïad.

lieues.

21e jour des A’rba aux deux Chellala . . 10

CHELLALA EL GUEBL1A (du sud).

C’est un village d’une cinquantaine de maisons construites en pierres unies par de la terre glaise, sans chaux ; il a une mosquée et une école ; il est entouré d’un mauvais mur d’enceinte en pisé, ouvert par trois portes que l’on appelle : Bab a’ïn A mer, Bab Taferende , et Bab el Kherabich. La justice y est confiée à un lvadh qui se nomme Si MolVamed ben el MalVfoud.

242 D’ALGER A INSALAH'.

Celte bourgade a été bâtie autour d’une source trèsabondante appelée A’ïn cl Djedida; elle arrose les jardins potagers et les vergers extérieurs, plantés d’arbres fruitiers très-nombreux , de grenadiers , pêchers , figuiers , vignes , etc. ; mais où il n’y a point de dattiers. La garance y vient naturellement.

Quelques morceaux de terre cultivable donnent de l’orge à la population; le blé lui est apporté du Tell par les tribus nomades.

L’industrie des habitants se borne à la culture de leurs jardins, à la vente de leurs légumes et de leurs fruits, qui sont, dit-on, magnifiques et très-estimés ; les femmes tissent des vêtements de laine : bernous, h'aïlv , djellaba , bonnets de femmes appelés benika et ceintures de femmes.

Les xArabes qui y déposent leurs grains sont les Ouled A5bd el Kerim , fraction des H'amïan Cheraga.

Le chef de ce k'sar se nomme Cheikh Embarek ; il peut lever quarante à cinquante fusils.

CHELLALA EL DAH'RAOUIA (du nord).

Ce village , dont le nom indique la position par rapport au précédent , contient une centaine de maisons , mal bâties , sans chaux ; il est entouré d’un mauvais mur d’enceinte en pisé ouvert par deux portes : Bab el

CHELLALA EL GUEBLIA.

A’skri (la porte du Fantassin) et Bab en Nouader (la porte des Meules de paille); il a une petite mosquée et une école ; un faleb , qui se nomme Si bel K'açem ben A’bbou, y remplit les fonctions de k'ad'i.

Deux sources abondantes appelées, Tune A’ïn A’ mer, l’autre A’ïn Ouled Zïan, prennent naissance dans le village même , et vont , par des conduits, arroser les jardins riches, comme ceux de Chellala el Gueblïa, en fruits et en légumes ; on y voit quelques rares dattiers , mais dont les fruits n’arrivent que difficilement à maturité.

De mauvais armuriers, des forgerons, des menuisiers, des juifs teinturiers , orfèvres, etc., suffisent aux besoins de nécessité première des habitants. Comme leurs voisins, ils font commerce de leurs fruits et de leurs légumes; de plus queux, ils récoltent un tabac très-fort qui s’écoule à bas prix chez les tribus voisines, et fabriquent, avec le arar, du goudron qu’ils vendent aux Arabes pour goudronner les chameaux.

A une ou deux lieues du village, la montagne appelée El Medouer est riche en carrières de plâtre. On l’emploie à blanchir les laines par ce procédé : après qu’on l’a fait cuire et qu’on l’a bien pilé, on le met dans de l’eau froide où l’on met également la laine filée que l’on veut dégraisser , et, disent les Arabes , elle y devient blanche comme du lait.

Le savon est inconnu dans les deux Chellala; il y est remplacé par une argile appelée terba , qui nettoie, dit-on, très-bien.

D’ALGER A INSALAH'.

Les Arabes qui déposent leurs grains à Chellala el DaWraouïa sont les fractions suivantes de la tribu des Ifamïan Cheraga :

Cha’neb.

Deraga.

Ouled Ma’lla.

Et Triât.

Le cheikh du village se nomme Cheikh el Efafian ; il peut lever une centaine de fusils.

Une vingtaine de familles juives sont tolérées à Cliellala , aux conditions de se distinguer de leurs compatriotes en portant des savates noires, un féci ou un mouchoir noir à la tête , de laisser toujours la droite aux musulmans, de ne point monter de chevaux. Ils n’ont point de synagogue , et leur cimetière est à part.

Une petite rivière, appelée Oued Chellala , prend sa source au nord des deux villages , dans la montagne nommée CheggaSidi Seliman, et va se jeter dansFOued Bou Semr'oun.

lieues.

22e jour de Chellala à A’sla . 8

A’SLA.

A’SLA.

C’est un petit village de cinquante à soixante maisons, situé sur un rocher, sans mur d’enceinte. 11 donne son nom à une petite rivière qui arrose ses jardins et va se jeter au sud dans l’Oued Malehk

Même industrie, même commerce que les précédents; pas de juifs.

Le cheikh de El A’ sla se nomme Moh'ammed ben Mekhlouf : il peut lever de cinquante à soixante fusils

Les Arabes qui y déposent leurs grains sont une fraction des H'amian Cheraga ou Trafi , appelée Ouled Sidi Ah'med el Medjeboud , et les deux fractions suivantes des Ouled Sidi Cheikh R’araba :

Ouled Sidi Ben A’ïça.

Ouled Sidi et Tadj.

A cinq lieues est de El A’ sla se trouve Bou Semr’oun.

BOU SEMR'OUN.

Village d’une centaine de maisons, entouré d’un mauvais mur d’enceinte en pisé, ouvert par trois portes : Bab el Guebli, Bab elFortas, et Bab en Nouaçi; il a une mosquée dans l’intérieur de laquelle est un puits , le seul du village. Une source abondante, placée

246 D’ALGER A 1NSALAH'.

en dehors et nommée A’ïn Sidi Cheikh, fournit aux besoins de la population.

La justice y est confiée à un k'ad'i nommé Sidi A’h'med ben A’chour.

Les jardins de Bou Semico un sont vastes , bien cultivés , arrosés avec soin , plantés de nombreux arbres fruitiers et de vignes. On y compte de trois à quatre mille dattiers qui fournissent à la nourriture habituelle des pauvres, dont quelques-uns ne mangent presque jamais de pain ni de couscouçou; pour que les dattes ne leur fassent point de mal , ils les mélangent , soit avec du lait, soit avec des légumes quelquefois chauds.

Outre les fruits , les raisins et les légumes, les habibitants de Bou Semr'oun récoltent du tabac, un peu de blé de Turquie, un peu de millet, de la garance et de Forge; le blé leur est apporté du T'ell par les tribus voisines.

Ils possèdent des moutons, des chèvres, des chameaux. Presque tous sont jardiniers, quelques-uns menuisiers, forgerons, cordonniers, et très-peu sont marchands; les étoffes de première nécessité leur viennent du T'ell , par les Arabes nomades.

En dehors du village , on voit quatre marabout' s trèsvénérés dans le pays. Ils s’appellent :

Sidi A’bd el K'ader Djilali.

Sidi Bou H'afes el H'adj.

Sidi Bou Semr'oun.

Sidi Ah'med et Tedjini.

BOU SEMR'OUN.

Ce dernier a été bâti en l’honneur du père deTedjini, qui commande à A’ in Mad'i , et qui est , ainsi que nous l’avons dit, d’une famille de Cherfa. Ces marabouts, comme tous les autres , sont enrichis par les riches pèlerins , et défraient les pauvres.

A cinq ou six lieues de Bou Semr'oun, la montagne appelée Touasez el A’ mer fournit du plâtre employé à blanchir les laines.

Les Arabes qui déposent leurs grains dans ce k'sar , sont :

Rzaïna, fraction des Trafi,

Ouled Sidi Abd el H'akem , \

Ouled Sidi Moh'amrned A’bd / fractions des Ouled Allah', l Sidi Cheikh R'eraba,

Ouled Sidi el H'adj Ah'med, )

El Merasla.

El Ma’da.

Le cheikh de Bou Semrfoun est élu par la population ; celui actuellement au pouvoir se nomme Cheikh ben Zïan ben Ma rner ; il dispose d’une centaine de fusils.

L’Oued Bou Semrhun prend sa source au Djebel Tamedda et se jette dans l’Oued Malelf.

lieups.

23e jour de El A’sla on se rend à Tïout,

D’ALGER A INSALAH'.

T'IOUT.

Village de cent à cent cinquante maisons , sans mur d’enceinte. Il a une mosquée, une école, etc. Ses jardins sont bien plantés d’arbres fruitiers , de nombreux dattiers, de beaucoup de vignes.

T'iout est dominé au nord par Djebel el R'oundjaïa , d’où coulent deux sources, l’une appelée A’ïn el Mourdj, l’autre A’ïn el Meçaoud; réunies, elles forment l’Oued T'iout qui traverse le village, arrose les jardins par des conduits, s’écoule au sud par un col appelé Kbeneg el Meçarig, et va se jeter dans l’Oued el MalelV.

Le cheikh de T'iout se nomme Ah'med ben H'adi , et le k'ad'i El H'adj el A’rbi.

Ce village peut lever de cent cinquante à deux cents fusils.

Les Arabes qui y déposent leurs grains sont :

Cha’fa , \

Ouled Embarek , f

, . , > fractions des H amian R araba.

Sbabh a , i

El Megan , J

1 if ues.

4e jour de T'iout on se rend à A’ïn Sefra.

A’IN SEFRA.

A’IN SEFRA.

C’est une bourgade de deux cent cinquante maisons à peu près , sans mur d’enceinte , et menacée , du côté du sud, par les sables que les vents amoncèlent en petits mamelons. Elle a une mosquée et une école. Du côté du nord , beaucoup de sources qui descendent de la montagne arrosent ses jardins , sous le nom d'Oued Sefra, et vont se jeter dans l’Oued T'ïout.

A’ïn Sefra n’a pas de dattiers.

Les Arabes qui y déposent leurs grains sont les fractions suivantes des H'amïan R'araba ou CliaTa :

Béni Metteref.

Da’mecha.

Djenba.

Le cheikh de ce village se nomme El Iazid , le k'ad'i Sid Sah'ali.

Il y a eu autrefois mésintelligence entre A’ïn Sefra et T'ïout; comme il arrive toujours en pareille circonstance , les Arabes de la tente, voisins des deux villages, avaient pris, selon leurs intérêts, parti pour ou contre vlans la querelle. Ils vivent maintenant en paix.

lieues.

25e jour cl’ A’ïn Sefra on se rend à Sebcifa.

D’ALGER A INSALAH'.

SEFIC1FA.

C’est une petite ville de trois cent cinquante maisons à peu près , sans mur d’enceinte. Sa mosquée n’a point de minaret; c’est du haut de la terrasse que le moueddin appelle à la prière.

Seficifa est dominée au nord par Djebel Mer'ad , d’où descendent des sources qui, réunies, arrosent les jardins sous le nom d’Oued Seficifa, tournent à l’ouest, et vont se jeter dans l’Oued Ich, dont nous parlerons plus bas.

Le commerce de ce Idsar est le même que celui des autres villages.

Les Arabes qui y déposent leurs grains sont les fractions suivantes des H'amian iVaraba ou Cha’fa :

El Mekhaoula.

Béni A’gueba.

Seficifa peut lever trois cent cinquante fusils à peu près.

Au sud de A’ïn Sefra et de Seficifa se trouvent deux villages, voisins l’un de l’autre, appelés, l’un El Mederar el TalVatanïa (du bas), l’autre El Meferar el Fouk'anïa (du haut).

MER'ERAR EL FOUK'ANIA.

MER'ERAR EL FOUK'ANIA.

C’est un village de cent cinquante maisons en mauvaise construction, avec mosquée, école, puits, etc. Ses jardins , riches en légumes , arbres fruitiers et dattiers, sont arrosés par l’Oued Mer'erar qui descend , sous le nom d’Oued El H'aïmer , de Djebel el H'aïmer , prend le nom d’Oued Mer'erar à hauteur des villages, s’appelle plus bas Oued Keçab et se jette dans l’Oued Namous, qui est la continuation de l’Oued Maleh'.

Le cheik de Mer'erar el Fouk'anïa s'appelle Bou Ras ; le k'ad'i, Si Ah'med ben Guedda. Ce k'sar peut lever cent cinquante fusils à peu près.

Les deux fractions suivantes de la tribu des H'amïan R'araba y déposent leurs grains :

El Khïatra.

A’kerma R'araba.

MER'ERAR EL TAH'ATANIA.

Ce village est situé un peu au-dessous du précédent. Il se compose de deux cents maisons à peu près, sans mur d’enceinte. Il a des puits , une mosquée, une école. Ses jardins sont riches en légumes , arbres fruitiers et vignes. On y compte quatre ou cinq mille dattiers , dont les fruits sont renommés pour leur grosseur

D’ALGER A INSALAH'.

et très-estimes. Toutes ces plantations sont arrosées par des sources et par l’Oued Mer'erar.

Le cheikh de ce k'sar se nomme Sid Moh'ammed ben Cherif; le k'ad'i, Sid Moustafa. 11 peut lever deux cents fusils à peu près.

Les Arabes qui y déposent leurs grains sont les fractions suivantes des H/ami an ïVaraba ou Cha’fa .

Sendan.

El Negagueza.

Ouled Serour.

Il fait un commerce très-suivi avec Figuig.

lieues.

26e jour de Seficifa à Ich . 7

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