‹ Le Sahara algérienChapitre 74 sur 92 · TRIBU DES H AMI AN · texte numérisé non relu

TRIBU DES H AMI AN

TRIBU DES H'AMÏAN.

Les versants nord de la chaîne de montagnes des Ouled Sidi Cheikh, et les rives sud des deux chot' qui leur font une parallèle , sont sépares par un espace vide qui s'étend sur une largeur variable de quinze ou vingt lieues. C’est là que campe ordinairement la grande tribu des H'amïan. Cependant, comme toute les tribus du désert, elle a dans l’année deux mouvements de fluctuation qui la jettent, l’un au sud, et elle passe alors la montagne pour aller faire paître ses troupeaux, l’autre au nord, et elle déborde alors sur le T'ell, pour aller y chercher des grains.

On sait que ce va-et-vient périodique s’opère d’un coté au printemps, de l’autre à la fin de l’été ; l’hiver est la saison du repos sur le territoire national.

La tribu des H'amïan se divise en deux grandes fractions, qui s’appellent, de leur position :

H'amïan Cheraga , ou Trafi.

H'amïan R'araba, ou Cha’fa.

Ces fractions se subdivisent elles-même ainsi :

H'AMÏAN CHERAGA (de l’est), ou TRAFI.

dépôts de leurs grains.

Ouled A’bd el Kerim. Chellala el Gueblïa.

Cha’neb. Chellala el Dah'raouïa.

Derraga. — —

Ouled Ma’lla. — —

El Triât. — —

D’ALGER A INSALAH'.

dépôts de leurs grains.

Rezaïna. Hou Semr'oun.

Oulcd Ziad. Arba’ el Tah'atanïa.

H'al el Mah'i. Arba’ el Fouk'anïa.

A’kerma Cheraga. — —

Ouled Sidi Ah'med el Medjeboud. A’ sla.

HAMIAN R'ARABA (de l’ouest), ou CHA’FA.

Cha’fa.

Ouled Embarek.

Sbabh'a.

El Megann.

El Mer'aoula.

Béni A’gueba.

Béni Metteref.

Djenba.

Da’mecha.

El A’mour.

Ouled Fares.

Ouled A’ zi.

Sendan.

El Negagueza.

Ouled Serour.

El R'ïatra.

A’kerma R'araba.

La tribu entière des H'amian peut mettre deux mille chevaux sur pied.

Le chef des Cheraga se nomme Cheikh el T'aleb, celui des R'araba, Cheikh el Meh'aïcha. Aucun des deux n’est marabout', mais tous deux sont djouad (nobles) et très-riches, par conséquent puissants. Bien que maîtres absolus chez eux , ils sont cependant , ainsi

dépôts de leurs grains.

T'ïout

Selicit’a.

A’ïn Sefra.

l’cli.

Mer'erar el Tah'atania.

Mer'erar el Fouk'ania.

TRIBU DES H'AMIAN.

que nous l’avons dit, kbeddarn (serviteurs) des Ouled Sidi Cheikh , et leur sont dévoués de tête et de cœur. (Voir au paragraphe des Ouled Sidi Cheikh. )

Les Ifamïan possèdent d’immenses quantités de moutons, beaucoup de chevaux et surtout des chameaux. Les riches en ont jusqu’à deux mille; le plus pauvre en a deux au moins. Dans le désert, ces troupeaux ne paissent point confusément; ils sont divisés, les moutons, par groupes de quatre cents, et chacun de ces groupes prend le nom de a'ça , mot qui signifie proprement le bâton d’un berger et qui représente ici la quantité de moutons confiée à la garde d’un individu; les chameaux sont divisés par groupes de cent têtes, appelés ibel. 11 n’est pas rare de trouver des Arabes riches de vingt a'ça (8 000 moutons) et de quinze à vingt ibel (1 500 à ‘2 000 chameaux).

Essentiellement voyageurs et marchands, les H'amïan fréquentent :

Eiguig ,

Touat ,

Gourara ,

Béni Mzab ,

Tafilalet ,

et dans le Tell, les Béni A mer et les environs de Tlemcen. Ils y portent leurs produits et en rapportent les marchandises citées ailleurs.

Beaucoup d’entre eux font encore métier de louer leurs chameaux aux caravanes.

Un H'amïan nous disait : « Ce que nous aimons le mieux au monde c’est :

El Slougui (le lévrier).

T'ir el H'or (l’oiseau de race, le faucon).

El Mra (la femme).

El A’ouda (la jument).

Cette phrase caractéristique , devenue proverbiale dans la tribu , signale suffisamment les mœurs des H'amïan. Ils sont bons cavaliers, chasseurs, fort adonnés à l1 amour, et guerriers au besoin.

Leurs ennemis naturels sont les Chamba de Mettili et de Gueléa, avec lesquels ils sont presque toujours en guerre , malgré la distance et les difficultés de terrain qui séparent les deux camps.

Mais, nous l’avons déjà dit, les H'aiman s’avancent au printemps dans le sud, souvent jusqu’aux A’reg de Gueléa, et c’est le moment que choisissent les Cliamba pour tomber sur eux et leur enlever des troupeaux. De leur côté les Chamba remontent dans le nord jusqu’à El Bïod Mta’ Sidi Clieïkb, et les H'amïan prennent alors leur revanche. C’est une querelle traditionnelle incessamment alimentée par des r'azia.

A la guerre et dans leurs chasses, ils montent de préférence des juments; elles supportent mieux que les chevaux, disent-ils, la soif, la faim et la fatigue. Les poulains sont vendus dans le T'ell.

Ils chassent, avec des meutes de lévriers, Lautru»

TRIBU DES H'AMIAN.

clie, la gazelle, l’arouï, le begar el ouach, espèce d’ antilope qui a quelque ressemblance avec un veau. Nous en avons vu un chez M. le gouverneur général : il est de couleur fauve, ses cornes sont recourbées en arrière, cannelées, peu séparées sur le front.

Le petit gibier se chasse au faucon.

Comme les Sidi Cheikh, les Efamïan se distinguent par la beauté de leur race et le luxe des vêtements ; leurs femmes sont, elles aussi, fort belles et très-parées. Elles portent des bracelets de pieds et de mains, des colliers en pièces de monnaie, en corail ou en clous de girofle, des bagues en argent, en or ou en cuivre. Elles vont la figure découverte, ainsi que toutes les femmes du désert. Tous ces instincts de coquetterie ne se sont développés chez elles qu'aux dépens de la sévérité des mœurs.

A’bd el R'ader avait compris de quelle importance il était pour lui de dominer par l’impôt , ne pouvant mieux faire, les tribus sahariennes du sud de Tlemcen. Ce problème trouvait sa solution toute simple dans la régularisation des droits ( lezma ) qu’elles devaient payer, chaque année, sur les marchés du T'ell, et dont quelques-unes, comme les H'amïan , s’étaient affranchies à la faveur des derniers troubles.

Cette exigence de l’émir révoltait la fierté des H'amïan, qui ne voulaient pas le reconnaître, et, pendant plusieurs années, pour ne pas venir chez lui, ils allèrent dans le Maroc acheter leurs grains. Mais ils

D’ALGER A INSALAH'.

reconnurent bientôt que leurs intérêts étaient froissés par ces longs voyages : pour aller dans le Maroc , ils avaient quinze ou vingt jours de marche ; pour venir dans les montagnes des Eeni A1 mer ou dans les environs de Tlemcen, ils n’en avaient que quatre ou cinq; leur susceptibilité ombrageuse dut céder à ces considérations, et ils se soumirent.

SUITE DE LA ROUTE D’ALGER A INSALAH'

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